Chapitre 29 : Plans secrets (2/2)

5 minutes de lecture

Emplie d’une aura opaque, Erihelle ne se sentait pas parfaitement à l’aise avec la magie qu’elle employait. Le flux coulait dans ses veines et parcourait son corps sans qu’il le tolérât totalement. D’abord indicible, le sort se révéla des plus étranges, puisqu’il mêlait deux phénomènes diamétralement opposés. D’une part, la circulation du flux s’effectuait à une vitesse inouïe. D’autre part, il engendrait une pression non négligeable qui la clouait au sol.

Elle haussa le chef et fixa son adversaire d’entraînement. Les genoux pliés, le dos courbé, Odos osait à peine croiser son regard. Non pas que sa timidité l’ankylosât, mais des regrets se lisaient sur son visage. De surcroît, tout comme Erihelle, il transpirait abondamment. De sa main braquée en sa direction, une fumée vaporeuse s’exhalait tandis que ses jambes flageolaient. Toute son attitude dénotait son aversion à s’adonner à la magie oubliée. Craintivement, il venait de lancer un sort à la mage. De ce fait, un mince filet du sang coulait depuis sa joue gauche. Elle n’en était pas dérangée : elle se contenta de lécher ce qui effleura à même ses lèvres. En revanche, sa chevelure, désormais longue et lâchée, fut entachée de fluide vital. Comme toujours, sa cape oscillait en résultante de ses mouvements. Toutefois, elle préparait un sort qui ne lui permettait d’user pleinement de sa souplesse.

Ibytrem et Cabain assistaient à l’entraînement. Le vieil homme, adossé contre le mur, était fasciné par toute la quantité de magie oubliée qui diffluait. Par contre, l’adjoint se retenait d’interrompre brutalement le duel factice. Tout le perturbait : le positionnement des deux combattants, le regard hargneux qu’Erihelle flanquait à son adversaire et son attitude impavide et l’anxiété permanente qui bloquait Odos. Une admonition silencieuse de son ancien maître l’empêcha de s’ingérer. Il ne s’arma pas du courage nécessaire pour s’opposer à une volonté hostile.

Erihelle entreprit de balancer toute cette magie contenue en elle. De fait, Ibytrem était assez impatient et estimait que la préparation s’éternisait. Posant un pied vers l’avant, elle le lança, et un rayon noirâtre fusa droit. Il heurta de plein fouet le bras droit d’Odos. L’impact fut si fort qu’il projeta le roux deux mètres vers l’arrière et lâcha un cri stridulant. Inquiet, Cabain se précipita vers lui et le releva. D’une main précautionneuse, il retroussa la manche de son protégé afin d’observer l’étendue des dégâts. Il faillit hurler.

Une coupure longiligne traversait tout son avant-bras. Le sort avait pénétré légèrement sa peau. Hormis cette apparence repoussante, son bras semblait intact. Tout du moins, aucune de ses fonctions n’avait été altérée. Néanmoins, l’écorchure, quoique superficielle, était nette. Fulminant intérieurement, l’adjoint réprimanda du regard Ibytrem et Erihelle. Cette dernière manifestait d’ailleurs davantage la fierté que la résipiscence.

— Regardez ce que vous avez fait ! accusa Cabain.

— Ce n’est rien de bien grave, rétorqua le vieil homme en haussant des épaules. Ce sort laisse une marque persistante, mais au bout de quelques jours, elle finit par disparaître.

— Quelques jours ? Mais est-ce que vous vous rendez compte de ce que vous faites subir à Odos ? C’est ça, votre magie fascinante ? J’y vois des sorts destructeurs qui auraient dû rester oubliés !

— Tu es bien insolent, Cabain, constata Ibytrem. Où est passé ta curiosité d’antan ?

— De quelle curiosité parlez-vous ? s’indigna l’adjoint, la main agrippée sur le poignet d’Odos. La magie me fascine pour les bienfaits dont elle est capable, pas pour la destruction qu’elle peut commettre. Depuis des jours, vous vous servez d’Odos et d’Erihelle pour l’expérimenter. Ce n’est pas humain de les utiliser à des fins si malsaines. Maître, je ne vous reconnais plus…

Sa dernière phrase s’étouffa dans un gémissement plaintif. Il s’avisa qu’Odos se mit à blêmir. Il enroula alors sa main autour de son épaule et le soutint pour le transporter dans sa chambre. À mi-chemin, il croisa le regard d’Erihelle dont la sérénité devenait déconcertante.

— Ne deviens pas comme lui, chuchota-t-il.

Le conseil s’imprégna directement dans l’esprit de la jeune femme. Ses bras ballants oscillèrent autour de sa ceinture et sa cape remuait encore et toujours. Ces paroles, teintées de bienveillance, apparaissaient en surface comme une mise en garde qu’Erihelle jugea troublante. Elle entendit à peine ce que dit Ibytrem après un soupir.

— C’était prévisible… Je crois qu’ils sont incorrigibles. Pour l’instant, je ne peux pas leur en vouloir, car moi-même, je ne me suis intéressé à la magie oubliée que tardivement. Mais ils sont encore jeunes et bornés. Ils refusent d’admettre qu’il existe une autre magie que celle qu’on leur a apprise.

Erihelle ne lui répondit pas. L’ancien maître partit à son tour, laissant son alliée esseulée. Plongée dans la solitude, elle ricana nerveusement. Sur la longue table vétuste, des vieux grimoires trônaient encore, peu utilisés. Elle les lorgna avec mélancolie. Un soupir morose s’ensuivit, aussi long que son regard braqué dans cette direction.

— Que suis-je devenue ? demanda-t-elle à elle-même.

Des rictus fébriles s’emparèrent d’elle. Elle se dirigea vers la table avec sa légèreté retrouvée. La magie oubliée emplissait toujours la pièce. Le flux flottait tout autour d’Erihelle, invisible mais présent. En l’utilisant, la jeune femme l’avait libéré de son corps. Maintenant qu’elle ne le contrôlait plus, il voletait librement et partout. Les limites physiques ne constituait pas une véritable gêne, le flux implorait parfois d’être exploité par bien des manières. Car il ne se créait ni ne se dissipait.

La membre s’assit négligemment. Dans un premier temps, elle fouilla dans les livres. Pour ce faire, elle saisit les couvertures et feuilleta avidement les centaines de pages, comme si les écritures souillées par des amas de poussière lui révèleraient une quelconque vérité. Inaccomplie et insatisfaite, Erihelle manqua d’éclater en sanglots.

— Pourquoi a-t-il fallu que je me lance seule dans cette quête de savoir ? Tout ce que je voulais, c’était en découvrir plus sur les fondamentaux de la magie. Pourquoi n’ai-je pas été suivie ? Pourquoi je me retrouve, séparée de tous mes amis ? Je viens de blesser un adolescent innocent. Le pire, c’est que j’en retire plus de la fierté que de la honte !

Des larmes perlèrent sur son visage. Elle se pinça les lèvre, frotta vigoureusement ses joues et se massa les tempes. La mage inspira ensuite profondément pour endiguer une respiration saccadée. Ses doigts glissaient sur la table, passaient d’un grimoire à l’autre. La solitude enserra son cœur tandis que la tristesse persistait. Calée sur son siège, elle agita nonchalamment la main droite, guignant d’un seul œil les ouvrages. Ses phalanges grattèrent les contours. Presque désespérée, elle voulut pleurer de tout son être, mais même seule, sa dignité persista.

Erihelle releva alors fermement la tête. Les rires et leurs pleurs s’effacèrent devant une inébranlable détermination. Elle referma tous les livres et les plaça en colonne. Ravalant sa salive, elle balaya la pièce du regard et hocha imperceptiblement du chef. La mage tendit son bras et referma son poing. Une lueur bleuâtre s’en exhala immédiatement.

— Je n’ai plus besoin d’ami ni de famille, décida-t-elle. La quête du savoir exige des sacrifices. Tant pis je me sépare d’eux. J’ai appris la magie oubliée, je ne peux donc pas revenir en arrière. À présent, je vais devoir m’en servir.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

sujet17
Fallorn Saga est une suite de roman qui ont tous un point commun : ils se passent dans le monde imaginaire de... Fallorn ! ( eh oui, fallait le trouver !^^) Le principe est simple, plusieurs histoires se déroulent en parallèle les unes des autres. Bien que certaines soient plus étalés sur le temps que d'autres, elles finissent toujours par se rejoindre à un moment donné. Certaines se croiseront plusieurs fois, d'autres non...


L'Amulette du Temps est le premier roman de cette saga. Il dépeint le voyage d'une elfe des bois, Elàlia, d'un nain, Girin, d'une femme, Aurore et de deux hommes, Bohord et Koto. Ensembles, ils vont chercher l'Amulette du Temps, une amulette capable de faire voyager son possesseur dans le temps afin qu'il puisse changer le cours de sa propre vie, mais aussi celui du monde.

Les chapitres seront découpés pour que chaque partie ne dépasse pas les 5-6 minutes, et je publierais toutes les parties d'un chapitre en même temps afin d'éviter une attente inutile.

Etant donné que c'est le tout premier d'une série, il risque forcément d'y avoir quelques coquilles, aussi, je vous demanderais d'être indulgent^^ Mais surtout de faire un maximum de retours positifs ou non.

Sur ce, bonne lecture :)
45
115
620
90
Claire Zuc
[EN COURS]
Après les Années Sombres pendant lesquelles tous les Mages ont été tués, le Grand Prêtre a toujours du mal à localiser les sanctuaires magiques. Tant qu'ils ne seront pas détruits, la magie continura d'enfanter des Sangs Noirs.
Suivez l'épopée de Warren et Hazu, compagnons forcés d'une aventure qui decidera du destin de l'île.
32
64
344
36
Défi
hersen
Sans savoir si je le finirai, je me lance dans le Writober.

De châtaigne à Halloween, les chemins à prendre sont infinis !
167
240
122
18

Vous aimez lire Brad Priwin ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0