Chapitre 23 : Retour inopiné

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Le corps de Prahel Corid était étendu sur le sol, bras et jambes tendus, le cou tranché. Sa tête s’était immobilisée juste devant la porte. Entre les deux, une mare de fluide écarlate s’écoulait inexorablement. Elle n’existait plus. Rebelle effrontée, l’arbalétrière avait payé son attitude de sa vie. Ni l’insurrection de la masse, ni des desseins raisonnables ne l’avaient protégé de ce sort fatidique. Seuls demeuraient le sillage d’une justice ébranlée, où ses défenseurs se retrouvaient confrontés aux limites de leur idéologie. Protéger le royaume devenait ardu quand les représentants des bonnes valeurs répandaient la violence entre eux, jusqu’à commettre l’impardonnable.

Galao Transko laissa glisser ses doigts le long du manche de sa hache. Comme elle demeurait inclinée, des gouttes supplémentaires s’ajoutaient peu à peu au contrecoup de l’exécution sanglante. Il rengaina son arme en renâclant volontairement. Autour de lui, les membres réagissaient avec véhémence à la brutale mise à mort. Ils multipliaient les cris de haine, les invectives et certains semblaient même prêts à l’attaquer. Leurs collègues eux-mêmes endiguaient ces vaines tentatives, en particulier Soerid. Au sein de la salle principale, il régnait un véritable hourvari.

— Espèce d’assassin ! injuria une archère.

— Vous appelez ça de la justice ? lança un guerrier. Foutaises ! C’est indigne d’un maître !

— Cette traîtresse n’a eu que ce qu’elle méritait ! soutint une patrouilleuse. On ne peut pas pardonner une tentative de meurtre !

— Une condamnation à mort, ici, c’est immoral ! improuva un autre guerrier.

Rohi resta de marbre, contenant sa hargne. Par une brève observation de la foule agitée, il remarqua que beaucoup de défenseurs se comportaient identiquement, à l’instar de Loka, Nakialle et Rosendil. Quelques membres s’écartèrent du groupe principal, notamment Jeina, flanquée de son ami Claunor. L’archère dégobilla aussitôt, tapissant le pavé d’un fluide différent. Puisque les adjoints défendaient corps et âme leur maître, aucun ami de Prahel ne put venger sa mort.

Sylvia adressa un regard intimidant à tous les opposants afin d’empêcher toute tentative de rébellion. Empoignant fermement la poignée de son épée, seul son sens moral l’interdisait de taillader vif tout inconscient. Soerid, pour sa part, était beaucoup moins subtil. En plus de beugler à tout va, il faillit brandir son marteau, mais un avertissement de son supérieur l’arrêta au dernier moment. Ce dernier se dressa devant la dépouille de sa victime, l’air sévère.

— Fermez-la, tous autant que vous êtes ! vociféra-t-il. Vous n’allez pas m’apprendre comment rendre la justice ! Toutes mes actions sont justifiées et si vous n’êtes pas contents, rien ne vous empêche d’abandonner et de partir ! Prahel a tenté de me tuer et mes pouvoirs me laissaient parfaitement le droit de la tuer ! Vous ne pouvez que la blâmer !

Sans attendre des réponses impulsives de la part de ses membres, il se tourna vers Snekor et Aero, à l’écart des autres.

— Jetez son corps dans la nature, leur ordonna-t-il. Je ne veux plus la voir.

— Quoi ? s’écria Itard. Vous n’avez même pas la décence de lui offrir une sépulture décente ? Vous êtes ignoble à ce point ? Il faut avertir les autorités Haeliennes autres que notre institution de ce qui vient de se passer ! Maître… Le meurtre entre membres, surtout si le maître est impliqué, ça ne s’était plus produit depuis longtemps !

— Je comprends ta colère, Itard, mais si tu veux que cette félonne soit enterrée, tu devras le faire toi-même.

Le guerrier se retint de hurler. La tristesse occulta sa colère lorsqu’il observa plus calmement le corps de Prahel. Les espions s’approchèrent du cadavre en prenant soin de ne pas piétiner le sang qui continuait de se répandre. Ils exécutaient l’ordre avec une impassibilité si effrayante qu’Itard et plusieurs de ses homologues en furent dégoûtés. Ils traversèrent alors la foule, laquelle se dispersait malgré un sentiment persistant d’indignation. Cependant, ils s’arrêtèrent au bout de quelques pas à peine. Pour cause, la porte d’entrée s’ouvrit dans un grincement sourd.

Shanarie et Leonas étaient revenus.

Leur retour inopiné plongea la salle dans un mutisme complet. Au mieux, on les gratifia de coups d’œil méfiants. Certains dardèrent des yeux hautement hostiles. Les adjoints s’avancèrent vers eux, maussades. Tant silencieux qu’ils furent, ils affrontèrent tout de même les regards soupçonneux de leurs confrères et consœurs avec dignité.

Les membres ne daignèrent même pas parler d’eux en les nommant. Pourtant, bien que Shanarie et Leonas fussent éreintés et dans un état physique fragilisé, ils les reconnaissaient parfaitement. Chez l’épéiste, ils décelèrent des yeux très perçants sur son visage lisse autour duquel ses mèches brunes se dispersaient. Chez le lancier, ils dénotèrent surtout son bouc pointu que son cache-œil noir surmontait. Ils s’apparentaient à des êtres nouveaux, dont la mission les avait transformés à tout jamais. D’inflexibles maîtres d’armes se présentaient face à des membres désorientés. On les traitait ni comme des adjoints, ni comme des personnes privilégiées. On les dévisageait comme des étrangers non assumés.

Impartialement, Shanarie et Leonas s’approchèrent de leur maître. Malgré son silence, le lancier dissimulait son outrecuidance héritée du succès de leur contrat. Pour l’occasion, les maîtres d’armes étaient égaux dans leur démarche et leur valeur.

Le cadavre de Prahel Corid attira d’emblée leur attention. Ils comprirent la raison de l’ambiance morose et fielleuse de la pièce. Souvent confrontés à la mort, leur retour les amenait à en voir une de plus, celle d’une consoeur. Leonas contempla courtement l’arbalétrière d’un air indifférent. Pour sa part, Shanarie étouffa son léger chagrin d’un plissement de lèvres. Elle connaissait peu la jeune femme, mais savoir qu’un membre de sa guilde venait de périr la peinait, peu importe le motif. Une succession de regards bien placés leur permirent de dissiper immédiatement leurs interrogations. Entre autres, ils se heurtèrent à la colère de leur maître et aperçurent le carreau fiché sur le mur.

L’adjoint se détourna hâtivement du cadavre et rompit sans ambages le silence.

— Erkeo Transko est mort, annonça-t-il.

— Et tous les prisonniers également, s’empressa d’ajouter sa partenaire.

Parmi la foule, seul Galao esquissa un sourire de satisfaction. Il vit directement l’œil manquant de Leonas, mais il n’en fit aucune remarque. Sinon, le succinct rapport entraîna d’épars marmonnements. De plus, les portes latérales claquèrent tapageusement aux passages successifs des membres toujours agités. L’effervescence ne s’apprêtait pas à être contenue nonobstant les efforts des deux adjoints. Frustré de son impuissance, Soerid s’évertua à les contenir tandis que l’autorité de sa collègue se suffisait.

Sylvia relâcha son épée et regarda ses deux collègues. L’attention sur eux retombait, alors, elle leur sourit, surtout à Shanarie. Soerid, quant à lui, exhiba une fierté dont les maîtres d’armes se moquaient. Assez furieux de leur indifférence, il s’éloigna prestement entre des jurons personnels.

Par un geste de la main, le vieil homme les invita à le suivre. Shanarie et Leonas contournèrent alors le corps de Prahel Corid et virent les deux espions qui s’apprêtaient à porter la dépouille. Quand le lancier croisa le regard de Snekor, il s’immobilisa net, stupéfié.

— Snekor ! Mais que fais-tu ici, maintenant ?

L’interpellé n’obtint pas plus de réaction que l’adjoint n’eut de réponses. Pendant quelques instants, Leonas fut incapable de se mouvoir, bouche bée. Shanarie passa alors sa main devant sa tête et eut une moue dubitative. Le maître d’armes reprit ses esprits et la suivit par-delà la porte. Ainsi, ils échappèrent aux éventuelles répercussions, du moins durant un certain temps. Tandis que les espions se mettaient à soulever l’arbalétrière défunte et privée de sa tête, Rohi tomba à genoux. Il ne cachait plus sa tristesse. Désormais, il se fichait des regards indiscrets, car il s’était retenu trop longtemps. Membre de l’association depuis peu, l’âpreté de la réalité le rattrapait, et même à son âge, il rencontrait encore son amie. La mémoire de Prahel Corid devint une de ses propriétés alors que la mélodie du métal tranchant et des jets de sang résonnaient sans relâche dans sa tête. Rohi Asthor avait perdu une amie, ainsi que ses repères.

Dès qu’ils arrivèrent au bureau, Shanarie et Leonas s’installèrent sans même demander l’autorisation de Galao. Ce dernier s’assit en face d’eux, intéressé par ce qu’ils avaient à raconter et les dévisagea comme à son habitude. Divers sentiments se lisaient sur ses traits, mais il préféra se montrer chiche en émotions.

— Vous êtes parvenus à tuer mon cousin, félicita-t-il. Je suis fier de vous ! Dommage que cela t’ait coûté un œil, Leonas…

— Je m’en remettrai, assura Leonas. Ne vous tracassez pas.

— Il nous a fallu du temps pour le rattraper, concéda Shanarie. Ils avaient fui jusqu’aux montagnes des Sitrick. Ce voyage nous a beaucoup fatigués… Nous avons surtout beaucoup traîné pour le retour.

— Je n’ai pas besoin de connaître les détails, savoir qu’ils sont morts me suffit amplement. Puisque cela vient de vous, je sais que vous dites vrai.

Ce disant, le vieil homme gratta les tables de ses phalanges si longuement qu’il faillit en meurtrir ses doigts. Une pointe de mécontentement contrastait avec sa satisfaction.

Shanarie se rembrunit. Elle coula aussi un regard perplexe à son partenaire et entrevit un sourire en coin qu’elle jugea inapproprié.

— La situation n’est pas idéale pour autant, reprit-il en joignant les doigts en ogive. Après mon cousin, c’est une arbalétrière de la guilde qui m’a trahi. Comme vous l’avez sans doute deviné, elle a essayé de me tuer, donc je l’ai exécutée. Elle avait une certaine influence ici, et quelques amis, donc cette décision n’a pas fait l’unanimité. Mais je n’avais pas le choix !

— Pourquoi a-t-elle tenté de vous tuer, au juste ? demanda Shanarie, dubitative.

— Elle n’était pas d’accord avec une décision que j’avais prise, répondit le maître. C’était une femme impulsive, elle est donc allée plus loin que je ne l’aurais cru. Tout cela me désespère. D’abord Erkeo, maintenant elle, c’est intolérable ! J’essaie de maintenir la sécurité dans le royaume en y appliquant une justice forte, pour éviter toute tentative de rébellion. Pourtant, plus les années avancent et plus il y a de rebelles ! En qui puis-je faire confiance ?

— Vous pouvez nous faire confiance, affirma Leonas. Après tout, nous avons toujours exécuté toutes vos demandes, même les plus immorales et les plus risquées.

— C’est vrai, admit le maître. Mais vous n’êtes pas très souvent ici. Durant votre absence, j’ai dû nommer Soerid en tant qu’adjoint. J’avais tellement peur que vous ne reveniez pas. Maintenant, je m’aperçois que vous êtes plus utiles à l’extérieur qu’ici. Je ne veux pas abuser de vous, mais j’ai besoin de vous ailleurs.

En guise de réaction, Shanarie recula légèrement sur sa chaise et Leonas fronça les sourcils d’un air nonchalant. Remarquant leurs doutes, Galao posa ses coudes sur le bureau et se tut quelques instants.

— Si vous avez dû traquer mon cousin jusqu’aux Sitrick, poursuivit-il, vous êtes allés assez loin. Je ne vous cache pas que le prochain contrat que je vais vous donner risque de vous emmener plus loin encore. Je ne vais pas vous accabler pour le moment, car j’estime que vous avez mérité quelques jours de repos. Je vous préciserai tout en temps voulu. En attendant, faites-vous discrets.

Leonas se leva tout en ajustant sa veste salie par son voyage. En revanche, Shanarie resta assise. De multiples appréhensions se manifestèrent à travers ses yeux. Assaillie par les doutes, elle se racla la gorge sans quitter son maître

— Maître… êtes-vous certain de ce que vous faites ? demanda-t-elle, inquiète.

— Je suis toujours certain de ce que je fais, déclara-t-il avec un soupçon d’arrogance. Ne viens pas croire toutes les rumeurs à mon égard, Haeli a encore besoin de moi. Certains des miens ont beau douté de mes décisions, ça n’y changera rien.

— Et après ? Vous prenez beaucoup de décisions douteuses, mais avez-vous pensé à l’avenir sur le long terme ?

— Tu veux savoir qui je vais désigner pour me remplacer quand mon heure arrivera ? Je dois t’avouer que j’hésite. Leonas et toi, vous avez passé beaucoup de temps hors de la guilde et vous êtes peu familiers avec la plupart des membres. Aucun de vous deux n’est donc apte à me succéder. Soerid, il vaut mieux éviter aussi. Il ne reste plus que Sylvia qui dispose du respect de ses pairs. Cependant, elle est encore trop jeune pour devenir maîtresse. Mais, de toute façon, je ne compte pas tirer ma révérence de sitôt.

— Vous allez donc continuer à nous confier des missions impliquant… de tuer ?

— Bien sûr ! Après tout, c’est votre spécialité. Pourquoi poses-tu cette question ? Je croyais que tu prenais plaisir à tuer.

— Je croyais que c’était le cas, mais je me trompais, confia Shanarie.

Galao grigna insensiblement et fronça les sourcils. La manière dont il était assis rendait son adjointe mal à l’aise, aussi détourna-t-elle le regard.

— C’est vraiment dommage, dit-il. Tu es extrêmement douée avec les armes, ce serait dommage de ne pas user de ton talent principal.

— Je n’ai pas dit que j’arrêterai ! clarifia l’adjointe. Seulement, j’espère que si vous nous exiger de nous de tuer lors de prochains missions, nous le ferons pour une bonne raison.

— On tue toujours pour une bonne raison, affirma le maître. Par nécessité.

L’adjointe secoua pensivement la tête. Elle se tourna aussitôt et se rendit compte que son compagnon s’était éclipsé depuis un moment. Dès lors, elle ne demeura plus davantage en tête à tête avec son supérieur et franchit à son tour la porte toujours ouverte. Elle n’osa cependant pas accorder toute sa confiance à Galao. Depuis des semaines, Shanarie doutait de plus en plus de son entourage et de ses engagements. Or, son retour ne s’était pas déroulé comme escompté. Certains la voyaient comme une ennemie, d’autres la craignaient. Quoi qu’il en fût, elle n’attirait aucunement la sympathie d’autrui, à l’inverse de l’adjointe dont elle était censée défendre le titre. Cette perspective la troubla.

Le corps de Prahel Corid fut traîné des limites du bâtiment de la guilde jusqu’aux conifères à proximité. Au fur et à mesure, le sol s’imprégna de son sang tandis que ses vêtements se maculèrent des feuilles que les espions piétinèrent sur le chemin. Aero la tirait péniblement par les jambes, dévoilant des rictus de temps à autre. Snekor, lui, transportait sa tête et sa main coupées avec beaucoup d’aisance et de la froideur.

Au bout de plusieurs minutes, Aero ne supporta plus le poids qu’il soulevait en se déplaçant. Parvenu au pied d’un séquoia au feuillage persistant, il s’arrêta pour reprendre son souffle. Lors de son halètement instinctif, Snekor déposa délicatement la tête et la main à côté du corps. Le vent s’engouffrant entre les épais troncs caressa alors leurs tempes. Près de l’espion impassible, Aero ne cessait d’anhéler, pourtant, il ne se plaignit pas. Pour sa part, Snekor croisa les bras et contempla le cadavre, empreint d’une fugace mélancolie.

— C’est vraiment dommage, déplora-t-il. Du peu que je la connaissais, Prahel avait beaucoup de potentiel. Si elle n’avait pas agi de manière aussi irréfléchie, elle aurait pu survivre. Cela dit, j’ai éprouvé un certain plaisir à voir son exécution. C’était propre et rapide, la hache a parfaitement accompli son devoir. Une mort idéale, en somme.

— Tu trouves ? Elle parlait trop. Un jour ou l’autre, je savais que ce débordement allait arriver. Mais se faire tuer par son propre maître, c’est… radical.

— Si on veut survivre dans ce monde, il ne faut pas être fort, il faut être malin. Ceux qui ne le comprennent pas périssent dans la souffrance.

— Tu as l’air d’en savoir beaucoup. Dis-moi alors, comment se fait-il que tu connaisses notre adjoint alors que tu viens à peine de t’intégrer à la guilde ?

— Nous devrions mettre son corps plus loin, éluda Snekor.

Leur dialogue faisant office de pause fut interrompu à leur grand malheur. Depuis un autre séquoia, Itard émergea vers eux, la maussaderie dévorant ses traits. Il brandissait une de ses haches, avec une absence nette de conviction.

— Laissez-moi m’occuper de son corps ! supplia-t-il, les larmes aux yeux. Il ne mérite pas d’être dévoré par les animaux en pleine nature !

— Comme tu veux, accepta Snekor en haussant les épaules.

Aero dévisagea l’espion dubitativement, étonné qu’il eût consenti en une fraction de seconde. Le guerrier rengaina sa hache et s’approcha du cadavre, se pinçant les lèvres tant il était affligé. Au lieu de le transporter directement, il lança un regard antipathique à ses deux collègues.

— Pourquoi avez-vous accepté de sortir son corps si vous cédez si facilement ? réprimanda-t-il sur un ton acerbe.

— Parce que contrairement à ce que tu penses, répliqua Snekor, nous n’exécutons pas les ordres sans réfléchir.

— Vous servez donc vos intérêts ?

— Comme tout le monde. Ne sois pas naïf. Même ici, beaucoup de prétendus défenseurs de la justice accomplissent leurs contrats par appât du gain ou pour acquérir une réputation, et non par bonté d’âme. Certains l’assument et d’autres non.

— Qu’insinues-tu ? Que nous ne valons pas mieux que des simples mercenaires ? Tu nous méprises pour ce que nous sommes ? Pourquoi t’a-t-on engagé, dans ce cas ?

— Tu peux interpréter mes propos comme tu le souhaites. De toute façon, je connais bien les personnes de ton genre. Tu es triste aujourd’hui, mais demain, tu continueras de te plier aux règles. Sais-tu pourquoi ?

Il désigna Prahel du doigt. Un court silence s’ensuivit, lors duquel la brise se faufila entre les conifères et rafraîchit les lieux. Les poings serrés à hauteur de ses cuisses, Itard comprit le sens des paroles de l’espion.

— Votre maître a été malin, reprit-il froidement. En exécutant Prahel, il s’est assuré que plus personne ne se rebelle. Il a agi selon ses propres règles et a terrifié ainsi la plupart de ses opposants. Mais ne soyez pas dupes. Aucune révolution ne s’est faite par une seule personne. Ce sont des centaines de citoyens qui doivent se soulever pour changer une société.

Il inspira profondément puis pivota sur ses talons, rivant son regard en direction de la capitale.

— Actuellement, vous avez besoin de la guilde, et la guilde a besoin de vous. Va donc transporter le corps de Prahel jusqu’à Keinnor, ce n’est pas bien loin. Néanmoins, crois-moi, même si tu leur dis la vérité sur sa mort, ni les nobles, ni les seigneurs ne s’opposeront à Galao pour autant. Ce serait trop facile.

Snekor lança un ultime coup d’œil à son interlocuteur puis fit demi-tour pour rentrer à la base. Aero le suivit, évitant le regard inquisiteur du guerrier.

Itard usa de sa solitude acquise pour exhiber tout son chagrin. Les larmes perlèrent de ses joues, et ses hurlements retentirent tant et si bien qu’une kyrielle de colibris s’envola en même temps. Dès qu’il fut rasséréné, il prit son courage à deux mains et traîna à son tour le corps de son amie. Progressivement, il s’éloigna de la nature et retourna à la civilisation. En l’honneur de Prahel Corid, il se focalisa sur l’instant présent : un nouvel objectif, sur le court terme, l’imposait moralement de lui offrir une sépulture décente. Qu’elle fût considérée comme une traîtresse ou un martyr, cela lui importait peu pour le moment. Il souhaitait juste pouvoir se recueillir devant elle, afin que vive l’impérissable souvenir d’une arbalétrière tuée pour son devoir. Pour son insoumission.

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Sur ce, bonne lecture :)
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