Chapitre 17 : Fin d'entraînements (2/2)

7 minutes de lecture

Erihelle ressentit une sensation tellement étrange que des murmures ésotériques s’échappèrent de sa bouche. Quand cette magie dont elle s’habituait progressivement parcourait lentement son corps, elle finit par en éprouver un certain plaisir, et même à jubiler. La jeune femme jugea bon de se murer dans sa concentration, profitant de l’instant. Le flux magique circulait en elle tel un inexorable écoulement transcendant son être.

Erihelle alterna entre inspirations et expirations régulières afin de s’habituer à cette nouvelle magie qui s’emparait d’elle. Elle tendit ses bras, parallèles à son corps, et pencha légèrement sa tête vers l’arrière, laissant sa natte glisser par-dessous son épaule. Dans ces conditions optimales, elle demeura immobile, les pieds légèrement relevés. Alors que ses doigts s’agitaient, son corps tout entier baignait dans cet environnement enchanteur. En vue de prolonger cette expérience, elle ferma ses paupières, les pieds légèrement relevés.

Dès qu’Erihelle les rouvrit, la magie finit par lui procurer un effet certes tangible, mais peu dicible. Il régnait un silence absolu que seuls le maître et le second étaient capables de perturber. La salle où Pilan leur prodiguait son savoir était fermée sur elle-même et isolée du reste du bâtiment. Par conséquent, l’air était sec, une chaleur parfois insoutenable les meurtrissait et la poussière contribuait au remugle permanent. En revenant à une réalité où elle n’était qu’une humaine parmi tant d’autres, Erihelle s’aperçut avec déception des défauts du réceptacle physique que constituait son corps. Son chemisier en lin collait à sa peau, faute d’une transpiration exubérante, et ses limites la rattrapèrent très vite. Elle s’éloigna de sa plénitude nouvellement acquise en un instant.

La jeune femme s’autorisa un regard de biais, adressé au vieil homme. Ce dernier souleva ses bras et contorsionna ses doigts. Erihelle en écarquilla des yeux. Au cours de leur apprentissage, Ibytrem avait apprécié l’effet de la magie oubliée sur son corps. Même si son apparence physique demeurait inchangée, il avait retrouvé sa vigueur d’antan.

À proximité du mur, où les étagères se succédaient, Pilan les observa d’un air mystérieux. Les bras croisés derrière le dos, il s’avisa des progrès de ses apprentis L’un comme l’autre avaient écouté toutes ses paroles et les avaient appliquée à la lettre. Contre toute attente, Erihelle et Ibytrem s’étaient rapidement adaptés à ce nouveau milieu et s’étaient imprégnés de ce savoir fascinant. Quand il considéra leurs résultats satisfaisants, il se gratta le menton puis décocha un sourire étrange. Les mages s’immobilisèrent et tendirent l’oreille afin d’écouter ses prochaines instructions.

Mais Pilan ne leur en confia pas. Enfermé dans un mutisme, il exécuta plusieurs pas devant lui. Bien que sa démarche fût assurée, il semblait absent, comme happé dans une autre existence. Dans l’opacité ambiante, seul son médaillon argenté luisait faiblement. En oscillant autour de son cou, il émettait un tintement régulier. Le second vint entre Ibytrem et Erihelle, lesquels émettaient quelques doutes vis-à-vis de son attitude.

Pilan examina d’abord son maître. Il était très satisfait de ce qu’il était devenu : en apprenant cette nouvelle magie, le vieil homme recouvrait une meilleure santé. Il marqua un soupir ponctué lorsqu’il croisa le regard de la jeune femme. Sans se détourner, elle comprit que Pilan lui accordait sa confiance, dorénavant. Au début de sa formation, quelques semaines plus tôt, il craignait effectivement que sa curiosité l’exhortât à commettre des erreurs. Depuis, sa loyauté était acquise.

Pilan se positionna devant par apprentis. De cette manière, il pouvait les observer conjointement, du coin de l’œil. Il inspira profondément avant de rompre le silence.

— Je n’ai plus rien de direct à vous enseigner, déclara-t-il. Vous avez encore beaucoup à apprendre, mais l’essentiel de la magie oubliée consiste d’abord à habituer son corps. À force de ne plus être utilisée, elle peut endommager voire détruire les utilisateurs imprudents. C’est arrivé à certains… comme Thosur.

Ibytrem se rembrunit, le temps de vérifier que ses mains étaient inaltérées. Avec souplesse, il le releva et ouvrit nettement ses paumes résistant à la sollicitation coutumière que son apprentissage avait exigée.

— Je ne suis pas comme lui, affirma le maître avec entêtement. J’ai été plus prudent, et je dois avouer que tu m’as bien formé, Pilan. On parle des ravages dont est capable la magie oubliée, mais finalement, elle n’est pas si différente des autres types. Peut-être qu’elle est dangereuse, mais toute magie l’est, je crois que chacun de nous ici le sait. Je regrette de ne pas avoir eu l’occasion de l’apprendre avant. Je regrette aussi que les lois l’aient interdite. Toute ma vie, j’ai ignoré son potentiel et le bien qu’elle pouvait apporter à l’humanité. J’avais tort.

— Vous auriez pu tenter de les changer, blâma le second, étant donné votre place. C’est trop tard, désormais. Mais je suis content d’avoir pu compenser votre manque. Je suis aussi content d’avoir intéressé d’autres personnes.

— Malgré les apparences, mon corps me remercie d’avoir acquis ce savoir, intervint Erihelle. Je ne pense pas que tout le monde partagera mon point de vue à la guilde. Comment allons-nous rester dans l’ombre ?

— Là est toute la subtilité, dit Pilan, tout sourire. Je n’avais pas l’intention que vous restiez dans l’ombre. J’ai mis du temps avant de vous avouer ma véritable nature. Croyez-moi, je suis encore loin de vous avoir tout dévoilé. À présent, votre rôle se jouera ailleurs.

Ce disant, il se plaça devant son supérieur, tournant le dos à Erihelle.

— Maître, vous aviez l’intention d’abandonner votre rôle de maître pour apprendre ce qu’il était advenu de votre frère. Que diriez-vous de reprendre ce qu’il n’a pas pu achever ? Laissez-moi devenir maître. Pendant ce temps, vous irez poursuivre votre apprentissage de la magie oubliée à Dagoni. Elle circule en vous, mais vous n’avez pas encore expérimenté tous les sorts que vous êtes désormais capables de déployer.

— Es-tu certain ? demanda Ibytrem, hésitant.

— Si vous voulez savoir, je suis prêt à devenir maître ! Je sais que la guilde ne m’a pas beaucoup vu, ces derniers temps, mais je rattraperai cette faute sans délai.

Il se tourna vers la jeune femme. Intéressée, elle se rapprocha davantage et ne le quitta pas du regard.

— J’aimerais l’y accompagner, suggéra-t-elle. Ma place est là-bas. Moi aussi, il me reste à tant apprendre ! Quand cet enseignement sera achevé, alors je deviendrai seulement une véritable mage. J’étais cloîtrée dans l’ignorance pendant si longtemps…

— J’en doute, répondit froidement Pilan. Ibytrem peut se détacher de son devoir. Officiellement, partir à Dagoni sera l’occasion pour lui de quitter les siens en bons termes et de se consacrer à ses problèmes personnels. Toi, Erihelle, tu es membre de l’association. Ce n’est pas si simple, je le crains.

— Ça l’est ! rétorqua la mage en serrant le poing. Autrefois, je me suis engagée parce que j’aimais la magie et que je voulais m’en servir pour une bonne cause. Si mes objectifs ne concordent plus avec ceux de l’association, je n’ai plus rien à y faire.

— Ne te précipite pas, tu risques de nous dévoiler. Réfléchissons plutôt. Si le maître part officiellement, il est tout à fait possible que tu te joignes à lui. Dans le cadre d’une mission particulière, j’entends. Ce ne serait une première. Il est déjà arrivé qu’une personne extérieure à la guilde soit aidée par un membre désigné par le maître. Or, je serai bientôt maître, j’estime avoir mérité ce titre. À vrai dire, pour éviter d’éveiller les soupçons, d’autres membres pourraient même vous accompagner.

— Est-ce vraiment une bonne idée ? s’enquit le vieux maître.

Sûr de lui, le second changea de position, de manière à pouvoir s’adresser à Ibytrem et Erihelle d’égal en égal. Il se gratta de nouveau le menton du bout de son index.

— Voilà une excellente idée ! pavoisa-t-il. Je crois que j’ai trouvé comment nous allions procéder à partir de maintenant. Je vais d’abord vous laisser vous remettre de vos émotions. Ensuite, d’ici quelques jours, maître, vous ferez un discours au cours duquel vous me nommerez maître de la guilde parce que vous vous jugez trop âgé pour continuer. Sauf si on vous a observé ces derniers temps, les membres comprendront. Vous préciserez également que vous voyagerez jusqu’à Dagoni en compagnie d’Erihelle, et que vous ne refuserez pas la compagnie de membres supplémentaires. Combien vous rejoindront ? C’est imprévisible. Mais ça n’a importance, tant qu’ils ne vous gênent pas… Au moindre problème, n’oubliez pas que vous disposez de la télépathie comme tous les mages. De mon côté, je m’assurerai de bien m’occuper de la guilde de justice. Qu’en pensez-vous ?

Si Erihelle se contenta d’hocher la tête, Ibytrem dut réprimer quelques tressaillements instinctifs. Il extériorisa ses pensées dès que Pilan eut fini de parler.

— Tu es certain que nous n’éveillerons pas les doutes ? s’enquit-t-il. Aussi, penses-tu qu’ils t’accepteront comme maître ? Je veux bien t’obéir, Pilan, mais ce n’est peut-être pas le cas de tous.

— Peu d’entre eux ont grincé de dents lorsque je suis devenu second. Après tout, j’avais arrêté Mirielle et rétablit la sérénité au sein de la guilde. La situation est peut-être différente aujourd’hui, mais concrètement, ils ne peuvent pas se plaindre. La justice est ainsi faite.

Pilan leur adressa un ultime regard sans apporter de précisions supplémentaires. Peu après, il joignit promptement ses mains, inspira brièvement, puis disparut en un claquement de doigts. De part et d’autre de la salle vide de bruit, les mages sentirent le souffle de l’air résultant de sa téléportation.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

phillechat
Le chat chaque jour
suit la stricte discipline
du bel haïku
2233
563
21
17
sujet17
Fallorn Saga est une suite de roman qui ont tous un point commun : ils se passent dans le monde imaginaire de... Fallorn ! ( eh oui, fallait le trouver !^^) Le principe est simple, plusieurs histoires se déroulent en parallèle les unes des autres. Bien que certaines soient plus étalés sur le temps que d'autres, elles finissent toujours par se rejoindre à un moment donné. Certaines se croiseront plusieurs fois, d'autres non...


L'Amulette du Temps est le premier roman de cette saga. Il dépeint le voyage d'une elfe des bois, Elàlia, d'un nain, Girin, d'une femme, Aurore et de deux hommes, Bohord et Koto. Ensembles, ils vont chercher l'Amulette du Temps, une amulette capable de faire voyager son possesseur dans le temps afin qu'il puisse changer le cours de sa propre vie, mais aussi celui du monde.

Les chapitres seront découpés pour que chaque partie ne dépasse pas les 5-6 minutes, et je publierais toutes les parties d'un chapitre en même temps afin d'éviter une attente inutile.

Etant donné que c'est le tout premier d'une série, il risque forcément d'y avoir quelques coquilles, aussi, je vous demanderais d'être indulgent^^ Mais surtout de faire un maximum de retours positifs ou non.

Sur ce, bonne lecture :)
45
117
620
90
Claire Zuc
[EN COURS]
Après les Années Sombres pendant lesquelles tous les Mages ont été tués, le Grand Prêtre a toujours du mal à localiser les sanctuaires magiques. Tant qu'ils ne seront pas détruits, la magie continura d'enfanter des Sangs Noirs.
Suivez l'épopée de Warren et Hazu, compagnons forcés d'une aventure qui decidera du destin de l'île.
32
64
344
36

Vous aimez lire Brad Priwin ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0