Chapitre 16 : Une frontière fragile (3/3)

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Les gardes s’élancèrent contre eux sans détour. Les défenseurs de la justice abandonnèrent alors les rivalités réveillées et s’unirent contre leur ennemi commun. En s’écartant du centre, Helmut éleva son épée et rejoignit Elena. D’une position opposée par rapport à sa sœur adoptive, elle lui adressa un ultime regard puis se positionna à l’offensive. Elle inspira ensuite et se rendit compte que la guerrière s’était déjà lancée à l’assaut.

Hidina se rua sur ses adversaires. D’un cri de frénésie, elle bondit sur le premier garde à sa portée. Lorsque sa botte perdit le contact avec le sol, sa hache se planta entre les deux yeux de son ennemi dont le heaume ne le protégea guère de l’estocade subie. Tombant à la renverse, il succomba en peu de temps. La combattante peina à extraire son arme enfoncée dans le crâne et força pour la récupérer. Puis elle récupéra, d’un souffle lent, débordant de fureur. Entourée par des gardes vengeurs, elle fut sauvée de justesse.

D’un coup sec, Regnak décapita l’assaillante de sa consœur. Sa lame de bronze se macula de part et d’autre du fluide vital. En vue d’extirper Hidina de sa position délicate, il l’empoigna par ses épaulières en écaille. Dextrement, ils évitèrent les épées fendant l’air à un rythme intensif et rejoignirent les deux archers, lesquels usaient profitablement de leur arc. Le souffle régulier, les genoux fléchis, ils encochèrent et décochèrent successivement. Chaque fois que leur corde se détendait, leurs flèches fusaient à une vitesse vertigineuse. La plupart se fichèrent net sur les cuirasses ou les jaques des gardes, d’autres se plantant misérablement aux côtés des orchidées. Les ennemis touchés par les traits chutèrent sur le sol et expièrent c leur dernier souffle. Dans leur exultation, Hidina et Regnak protégèrent leurs compagnons des offensives ennemies. Ils brandirent fermement leur arme et lardaient leurs assaillants de multiples coups. Quand ils ne tranchaient pas l’air, ils tailladaient vivement les broignes de leurs adversaires et les arrêtèrent sur leur lancée.

Suite à un assaut trop brutal, Regnak dut reculer. Une pointe de lame avait frôlé son visage et une estafilade rectiligne zébrait sa joue. Presque en retrait, il se positionna près d’Helmut.

L’adjoint étudia le combat tout en se défendant. Derrière lui, Soerid enchaînait ses adversaires, tapait du pied, frappait de son marteau. Chacun de ses assauts se répétait inlassablement. Par des attaques implacables, le guerrier détachait les heaumes de la tête des gardes puis écrasait leur crâne qui ne résistait pas à l’âpre impact. Ainsi, il les échinait tous d’assauts fatales, et ses victimes se multipliaient.

Même si cette méthode de combat ne lui plaisait guère, Helmut ne partagea pas son opinion, trop focalisé sur ses propres adversaires. Devançant Elena, il braqua son épée vers les gardes ennemis. Harcelé de tout côté, le jeune homme se mut avec astuce et se défendit de toutes ses forces. Dès qu’ils approchèrent, il exécuta un pas de côté. De là, une garde tenta de lui asséner une vive estocade. Son tasset fut quelques peu entaillé, mais il réussit à riposter sans subir la moindre égratignure. En guise de contre-offensive, il orienta sa lame en direction de l’épaule adverse. Elle parvint à parer, et les lames s’entrechoquèrent dans un intense tintement. De nouveau, Helmut pivota, leva son épée et cisailla la gorge de son adversaire. Dans sa lancée, il flanqua un coup de poing à son second assaillant. Ce dernier se mit à saigner du nez, sa bouche pleine de juron. Son exténuation le rattrapant, Helmut opta seulement pour se défendre. Tandis qu’un troisième adversaire l’attaquait, il alterna entre de simples parades et d’habiles ripostes. Il rejoignit le milieu du cercle puis enchaîna les contre-attaques avec Regnak.

Pour les soutenir, Elena bondit puis enfonça sa masse d’armes vers son principal assaillant, les pointes s’enfonçant sur sa tâte. Sur cette victoire, elle extirpa sèchement son arme puis affronta les autres gardes. Nonobstant la diminution progressive de leurs rangs, ils redoublèrent de véhémence. Contrairement à Helmut, l’adjointe ne retenait pas ses coups au nom d’une bataille à la loyale. En effet, lors de ses assauts, elle visait le visage des gardes et abattait son arme sans pitié. Armée de souplesse et de vivacité, elle la maniait d’une main, évitait les offensives et s’imprégnait du sifflement du métal. L’impact des picots sur les lames les déviait inévitablement, et les gardes périssaient, les côtes broyées ou leur crâne écrabouillé. Défensive de prime abord, Sylvia étudia l’attitude de sa sœur adoptive, et en eut un sourire. Les deux jeunes femmes avaient hérité du même enseignement, se séparer n’avaient pas grandement influencé leur manière de combattre. La masse d’armes supplantée par l’épée, l’adjointe Haelienne adopta une position offensive. La lame penchée, elle fendait l’air, dextre et véloce. La poignée glissait entre ses doigts et d’une main à l’autre, son épée brillait quand le sang giclait. À chaque opportunité, Sylvia décapitait ses adversaires, les pas feutrés et vifs. De cette manière, elle esquivait la totalité des assauts. Elle faillit recevoir un coup fatal lorsque deux gardes l’attaquèrent en même temps, mais elle tint bon. Faute de la violence de l’impact, elle ploya les genoux et chancela. Vulnérable, elle fut sauvée à temps par sa sœur adoptive. Elena dévia l’épée de la garde puis l’empala. Au lieu de la remercier, Sylvia la foudroya du regard puis poursuivit l’affrontement.

Muette comme une tombe, Loka se contentait de parer. En reculant sans cesse, sa lame s’entrechoquait avec ses épées, au gré des étincelles, chant forcené de l’acier. En position défensive, elle tournait autour d’eux, le regard indifférent, sans chanceler De par sa résistance accrue, Loka exaspérait tellement les gardes qu’ils en perdaient leurs moyens et se mirent à attaquer sans réfléchir. Ils s’aperçurent rapidement leur chapelet d’erreurs fatidiques. Sans s’être concerté au préalable avec Snekor, Loka profitait de ses talents d’assassins pour le laisser agir, ce qui ne la déçut pas. Par derrière, l’espion saisit leur tête puis leur trancha précisément la gorge. Snekor enchaînait les victimes avec une aisance inquiétante, glissant ou bondissant de l’une à l’autre avec souplesse. À l’aide de son soutien, Prahel put affronter ses adversaires avec plus de sûreté. Elle ne tirait que rarement, mais ses tirs furent nets. Ses carreaux se fichaient sur ses cibles, criblant leur poitrine. Si Itard bataillait comme son supérieur, il s’efforçait tout de même à protéger l’arbalétrière en plantant ses deux haches dans le front de ses ennemis. les guerriers défendaient les archers corps et âme.

Esquintant à peine leurs adversaires, les gardes tombaient les uns après les autres. Même si les Unukoriens et les Haeliens se battaient chacun de leur côté, ils en vinrent aisément à bout. À mesure que leurs opposants s’épuisaient, à force de transpercer les broignes et de faire tomber les têtes, les gardes succombèrent à coup de lames et de traits plantés net sur leur corps. Bientôt, les défenseurs de la justice ne furent plus encerclés. Ainsi, les menaces d’Auloth devinrent futiles, car ses alliés n’étaient plus qu’un amoncellement épars de cadavres frais.

— C’est du gâchis…, commenta Loka en remuant du pied une tête détachée.

Loin de tout, Auloth transpirait d’abondance. La défaite des siens le figeait de terreur, cumulé aux regards farouches des membres. En étouffant un cri d’affolement, il fit volte-face puis tenta de s’esbigner en direction de l’est. Helmut rengaina sa lame puis se lança à sa poursuite tandis que ses compagnons restaient immobiles, contemplant le massacre. Il le rattrapa facilement, le jeta à terre d’un coup de pied brusque et l’y maintint. Sa lame encore ensanglantée refléta la lueur diurne, symbole du tranchant de la justice. Auloth ravala sa salive, pantelant. Quelques gouttes de sang maculaient son pourpoint pendant que le jeune homme pointait son épée vers sa gorge.

— Auloth Draen, déclara-t-il, au nom de la justice Unukorienne, je vous arrête ! Vous allez nous suivre bien gentiment jusqu’à Adroder où vous serez jugé pour ce que vous avez fait ! Et puis…

Helmut tomba à la renverse. Pendant qu’il dressait calmement son réquisitoire, Auloth lâcha un soupir de soulagement. Pourtant, quand le jeune homme fut âprement poussé sur le côté, une vision d’horreur le remplaça. En enfonçant brutalement son pied sur son ventre, Soerid brandit son marteau.

— Voilà pourquoi la justice Unukorienne est faible ! vociféra-t-il. Cet enfoiré a essayé de tous nous tuer et vous voulez encore l’épargner ? Je vais vous montrer la véritable justice !

Ni les vives protestations d’Helmut, ni le hurlement d’effroi d’Auloth ne le retinrent. Violemment, Soerid asséna un coup de marteau sur le chauve. Son œil gauche s’en détacha et sa tête commença à se déformer. Son crâne fut broyé sous les impacts dont la brutalité s’intensifia graduellement. En quelques coups, il ne reste plus que des morceaux de cervelle baignant dans un liquide vermeil, tandis que des os s’éparpillaient autour de la tête détruite. Soulagé de s’être débarrassé de lui, Soerid rengaina son marteau puis s’épongea le front. Il observa alors l’hémoglobine tapisser les orchidées d’une coloration vermeille lors de son inexorable écoulement.

Les défenseurs de la justice se rapprochèrent afin d’observer à leur tour le meurtre sanglant. En tant que témoin direct, Helmut en était absolument outré. Il se releva et pointa sa lame en direction de l’adjoint.

— Qu’avez-vous fait ? déplora-t-il. Au nom de quoi vous êtes-vous permis de le tuer ?

— C’était la bonne chose à faire et vous le savez, répliqua Soerid.

Armes au poing, les deux hommes s’apprêtaient à s’affronter, malgré leur éreintement suite. Pour leur empêcher de commettre l’irréparable, Elena s’interposa rondement entre eux. Rassérénée, Sylvia les dédaigna et se gaussa des grognements de ses collègues.

— Arrêtez, par pitié ! supplia Elena. Oublions cet incident et repartons de notre côté.

— Comment serait-ce possible ? dit Helmut. Je viens de voir devant moi la brutalité des Haeliens. Je comprends mieux maintenant pourquoi nos royaumes ont été séparés.

— Justement, nous ne devons pas rentrer en conflit ! Ce serait donner raison à Auloth…

Les instants qui suivirent, un silence morne s’abattit. Avec un certain dégoût, les archers et les guerriers enjambèrent les dépouilles et se rejoignirent à l’amplification du vent. Ils rengainèrent leurs armes et se débarrassèrent autant que possible de leurs intentions belliqueuses. Avec humilité, Soerid finit par détacher son regard d’Helmut et s’éloigna quelque peu. Inopinément, Prahel rompit le mutisme ambiant.

— Nous ne pouvons pas partir immédiatement, lâcha-t-elle. Je vous rappelle que des gens ont traversé la frontière. Des intrus !

— Les poursuivre ne fait pas partie de notre contrat, dit Sylvia. Ils sont à Unukor, c’est donc leur problème maintenant.

— Comment pouvez-vous être autant négligents ? blâma l’arbalétrière. Ils viennent de chez nous. C’est notre responsabilité !

En dépit des doléances de Prahel, l’adjointe hocha négativement la tête et haussa les épaules. Prête à partir, elle effleura son pommeau. La patrouilleuse s’apprêta à entamer le voyage de retour, mais elle allait considérablement moins vite que Snekor. S’avisant de son éloignement rapide, Itard l’interpella avant qu’il ne disparût dans l’horizon :

— Hé ! Attends-nous avant de partir !

— Pourquoi donc ? lâcha Snekor sans se retourner. Je connais le chemin pour rentrer à la guilde. Si je vous attends, vous allez encore me ralentir.

Snekor disparut dans la vallée dégagée et cabossée sous les murmures indicibles du guerrier. Loka plongea successivement son regard dans sa direction puis vers ses alliés. Piaffant d’impatience, l’idée de rester plus longtemps avec les Unukoriens répugnaient la plupart d’entre eux. Décochant un sourire narquois, Sylvia frôla l’épaule de sa sœur adoptive.

— Nous nous retrouverons, susurra-t-elle. Et à notre prochaine rencontre, je te tuerai.

— Tu ne pourras pas, répliqua Elena. Si je meurs, comment te tuerai-je ?

Sylvia se retint de ricaner et se déroba. Elle se dota d’une sérieuse inflexibilité en refermant sa main sur sa poignée. Elle guida les Haeliens, comme à l’allée, laissant derrière le sillage de la justice. Dans le silence total, ils rentrèrent officiellement dans leur royaume.

Désormais, le terrain ne comportait plus qu’un amas d’orchidées devenus vermeil. Avec effroi, Garon et Milena constatèrent les ravages qu’ils avaient perpétrés, bien que la lutte eût plu à certains, dont Hidina. Un sourire d’accomplissement se dénotait sur son faciès strié par sa cicatrice et maculé par le sang. Isolé par rapport à ses compagnons, Regnak plissait les yeux et observait l’horizon. L’envie d’abandonner ces lieux les submergeaient, restait encore la décision.

Subitement, Helmut tomba à genoux. Des rafales balayaient sa chevelure châtain. Inquiète, Elena se rapprocha et lui caressa l’épaule.

— Que se passe-t-il ? s’enquit-elle. Nous devons rentrer et annoncer au maître tout ce qui s’est passé. Je comprends ta déception et ta frustration. Nous avons accompli tout ce voyage pour rien…mais essaie de ravaler ta colère.

— Je crains qu’Auloth avait raison…, murmura amèrement Helmut. Unukor et Haeli ne vont plus rester de simples rivaux bien longtemps…

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