Chapitre 7 : Premières missions (1/2)

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Brad avançait sur un dallage strié de pavés triangulaires, dans un couloir barlong baignant dans la clarté estivale. Sa tenue lui était confortable : ses bottines de cuir foulaient souplement le pavage et son pantalon en coton s’assemblait avec sa légère tunique couleur chanvre à manches courtes. À cette heure matinale, l’astre diurne dispensait une chaleur modérée. Les membres motivés se réveillaient dès l’aube en quête d’une mission salvatrice pour leur patrie. La nouvelle recrue désirait leur ressembler, mais ses craintes obscurcissaient son esprit. Helmut lui avait confié une courte épée en fer, lui permettant de débuter dans des conditions optimales. Cependant, s’en munir angoissait l’adolescent au lieu de le rassurer. L’adjoint le guidait en direction de la salle où les responsables confiaient consciencieusement les missions. Il traversait l’allée, la tête relevée, la démarche certaine, et saluait ses camarades tout serrant fermement la poignée de sa longue épée. Brad enviait la bravoure de son frère, aussi lui jetait-il constamment des regards admiratifs. Pour lui, ces coups d’œil l’exhortaient à s’adonner pleinement à son nouveau métier. Il ne pouvait guère retarder l’échéance : défendre de la justice ne consistait pas simplement à disposer d’un titre judicieux, le jeune homme voulait par-dessus tout le mériter. Il devait prouver sa valeur au sein de l’association.

Les deux frères se rapprochaient progressivement de la salle convoitée. Près de la porte à double battants, Brad eut un instant d’hésitation et se figea en conséquence. Soucieux, Helmut retira la main de son pommeau et la posa sur l’épaule de son cadet. Un sourire fraternel accompagne son geste.

— D’accord, admit-il, je t’ai sûrement refroidi, l’autre jour, en t’avertissant sur les dangers de notre métier. Mais sache que même si tu veux devenir guerrier, toutes les missions ne se finissent pas de manière dramatique. Et puis, tu n’es pas obligé de t’exposer dès le début. Malheureusement, mon statut m’empêche de t’accompagner. Par contre, je connais quelqu’un qui t’épaulera. Un très bon ami.

L’ouverture la porte, grinçante et intrigante, suscita la curiosité de Brad. Il le suivit pour découvrir la pièce où les adhérents s’engageaient à leur indéfectible devoir. Très spacieuse, elle comprenait principalement un mur latéral, dont la convexité mettait en exergue une multitude de papiers accrochés. Ces feuilles étaient des contrats destinés à tous, et avec le consentement des intendants, des dizaines de défenseurs s’en emparaient chaque jour. Sur une longue table en ébène, triés dans des tiroirs, d’autres ordres de mission s’entassaient, surveillés par une dizaine de responsable. Depuis la large fenêtre, Brad apercevait des groupes de patrouilleurs se diriger vers les plaines. Adeptes des longs voyages, ils se mettaient souvent en route dès l’aube. S’éternisaient alors guerriers et archers, tâtonnant plus longtemps avant de se décider.

Helmut balaya les lieux du regard et identifia plusieurs de ses connaissances. Il reconnut la jeune patrouilleuse Macialle Nallen, équipée d’une broigne de cuir ordinaire, la tête garnie de courtes mèches noires. Taciturne et solitaire, elle étudiait les différents contrats avec flegme et s’intéressait peu à tout. Athalnir se consacrait lui aussi à son choix, ses allers-retours traduisant son hésitation. Faute de mieux, il discutait sereinement avec Regnak, Hidina et Jicella au coin de la salle, dans l’ombre de tout regard indiscret et avec déférence. Helmut reconnut également deux responsables avec lesquels il avait eu l’occasion de converser par le passé. Consciencieux dans leur travail quotidien, Raianne Dolam et Oris Jelen alternaient leurs rôles : l’un renseignait ses confrères et consoeurs, l’autre choisissait les contrats selon les demandes les plus urgentes, qu’elles fussent publiques ou privées. De même, ils babillaient avec trois guerriers moyennement satisfaits de leur besogne. Près des papiers, une quantité considérable de membres se congloméraient pour obtenir et accomplir une mission décente. Attendant patiemment, Yûki Tenpoin croisait les bras pendant que ses collègues se massaient devant lui, le long du mur. Archer à la réputation inflexible et issu d’une famille réputée, il paraissait paradoxalement anecdotique en ce jour. Toutefois, son arc en if incurvé particularisait son ample tenue d’archer en cuir. Helmut le connaissait de loin, mais il était singulièrement frappé par la manière rigoureuse et impassible avec lequel il enchaînait ses contrats. À proximité, Aureg et Lantan, duo réputé de combattants, s’évertuaient à trouver une mission convenable. Le premier était un guerrier blond au plastron de fer cabossé et à l’espadon affûté tandis que le deuxième était un archer à l’épaisse crinière noire attachée à sa nuque.

À peine arrivé, Brad lorgna le mur gauche, composé d’un entassement de vétustes mais robustes pierres. Il ne se rendit pas compte que quelqu’un hélait son frère. Entendant une voix distincte, il scruta toutes les directions, noyées par le nombre. La vue d’un jeune homme à l’allure amène le soulagea. Ce dernier lui flanqua une tape amicale à Helmut en guise de salut.

— Tu es là ! se réjouit l’adjoint, répliquant à l’identique. Je suis content de te revoir !

Helmut se tourna vers Brad, lequel resta perplexe face à tant de familiarités. L’adolescent les fixa tous deux et se força à sourire, peinant à obtenir ses aises.

— Voici Brad, mon petit frère, reprit Helmut avec enthousiasme. Il vient de rejoindre la guilde. Brad, voici Percedon Ermedes, mon meilleur ami. Avant que je devienne adjoint, nous accomplissions régulièrement nos missions ensemble. Un frère d’armes inséparable et un allié de confiance, tu te devais de le rencontrer.

Percedon dévisagea Brad, affublé d’un sourire amène. Le jeune guerrier présentait des ressemblances avec Helmut, du moins, cet aspect frappait Brad. Néanmoins, Percedon était plus corsé et de deux ans plus âgé que lui. Il portait deux épées courtes dont les fourreaux respectifs se croisaient sur sa dossière en cuir. Sa cuirasse en cuir noire était émaillée de sangles à moitié recouvertes par le tissu vert de ses vêtements légers. Des gambisons de jambe, une sobre tassette et des brassards à bande complétaient son équipement, s’accordant à son gabarit. Ses larges épaules mettaient en valeur son menton carré exempt de barbe, et sa chevelure flavescente laissait son front dégagé. Au surplus, ses yeux ambre intensifiaient l’insistance de son regard.

À force d’être dévisagé, Brad s’orienta ailleurs, Percedon cessa donc de l’importuner : il ajusta son tasset et haussa les épaules tout en conservant son sourire. Après quelques instants, il s’intéressa derechef à la nouvelle recrue.

— J’avais hâte de te rencontrer ! dit-il allègrement. Helmut m’a beaucoup parlé de toi, surtout hier. Je suis venu ici pour cette raison, d’ailleurs, mais je suppose que tu le sais déjà.

— Oui, précisa Helmut, je t’avais dit que je ne te laisserai pas débuter seul. Comme tu le sais, être adjoint me coûte énormément de temps et je crains fort de ne pas en avoir pour t’aider. En revanche, Percedon ne m’a pas suivi lors de ma promotion. Il est resté un guerrier, l’un des meilleurs que je connaisse. Il est donc la personne idéale pour te former. Tu es toujours décidé, n’est-ce pas ?

Brad opina du chef mais ne répondit rien de plus. Retardant l’inévitable, il s’interrogea sur la relation entre les deux amis.

— Vous avez fait vos premières armes ensemble ? demanda-t-il.

— Tout à fait, répondit Percedon. Pour être honnête, Helmut s’est toujours mieux battu que moi. Après tout, vos parents étaient guerriers à la guilde, vous êtes familiers avec ce mode de vie. Moi, je viens de la campagne. J’ai dû tout apprendre en arrivant ici, il y a une décennie.

— Ne te sous-estime pas, rassura l’adjoint, tu es très doué avec les armes. Sinon, je ne t’aurais pas appelé, et tu n’aurais pas accepté. Brad s’est déjà entraîné par le passé, mais il n’avait pas encore l’âge d’aller sur le terrain. Aujourd’hui, il est membre à part entière de notre association. À toi de lui montrer comment se déroule une mission. As-tu déjà une idée de comment tu débuteras avec lui ?

Percedon gambergea courtement. Il se gratta le menton et haussa les sourcils lors de sa réflexion.

— Pour tout avouer, avoua-t-il sur un ton léger, je n’y ai pas vraiment réfléchi. Il doit bien y avoir un contrat là-bas qui convient pour une mission à deux, supposa-t-il.

Subitement, un courant d’air se faufila dans la pièce, par-delà la porte entrebâillée. Helmut ressentit un frisson si inattendu qu’il s’extirpât de la conversation pour jeter un œil à la dérobée dans cette direction.

— Je vais vous laisser, déclara-t-il en se raclant la gorge. Le devoir m’attend.

Helmut ne tergiversa pas : il ouvrit les battants, qui crissèrent aussitôt sur le pavé, et retourna à ses obligations. Brad comprit immédiatement que son destin dépendait désormais de Percedon. Il le dévisagea à son tour et hocha la tête : armé de détermination, il espérait nouer sa propre relation avec lui.

Hidina sollicita le nouveau duo avant que Percedon pût emmener Brad jusqu’au mur. La guerrière leur adressa un signe presque inepte en se rapprochant d’eux. L’adolescent la fixa, hébété, ce à quoi Hidina se contenta de plisser les yeux. Elle fut vite rattrapée par Athalnir, Regnak et Jicella. Le patrouilleur précisa la situation alors qu’un rictus d’inquiétude filait sur son faciès.

— Pardonne-moi de te déranger, Percedon, mais nous avons besoin de toi.

— Dans quel but ? s’informa le guerrier, stupéfait.

— C’est à propos de la mission que tu voulais faire avec Regnak ? intervint Brad.

— Tout juste, opina le patrouilleur. Comme tu peux le voir, Hidina et Jicella ont accepté de se joindre à nous.

À l’évocation de leur nom, elles décochèrent un sourire discret. Brad les observa du coin de l’œil, réfrénant tressaillements et commentaires.

— Entre temps, reprit Athalnir, je me suis mieux informé sur la situation à Vikila, comme tout patrouilleur sensé le fait. Les bandits y seraient plus nombreux ou plus coriaces qu’annoncé. Ils ont tué deux villageois, notre devoir nous impose de les arrêter avant qu’ils n’en tuent d’autres ! Mais comme ils sont dangereux, je ne pouvais pas seulement y aller avec Regnak, ce serait prendre trop de risques.

— Donc, tu as demandé l’aide de Jicella et Hidina et tu me demandes aussi mon aide, acheva Percedon en devinant sa pensée.

— Nous ne serons pas trop de cinq pour cette mission, estima Athalnir.

— Cinq ? répéta le guerrier d’un air volontairement godiche. Ne voyez-vous pas le jeune homme à côté de moi ?

Face au sous-entendu de son nouveau guide, Brad eut un frisson fugace. Si Hidina et Regnak lui offrirent faciès goguenard, Jicella foudroyait ostensiblement l’intéressé du regard.

— Tu nous proposes de mettre en péril la mission pour lui ? tança-t-elle.

— Il a besoin d’apprendre ! le défendit Percedon. Si vous vouliez mon soutien pour cette mission, pourquoi ça vous dérangerait-il que vous ayez un compagnon supplémentaire ? Vu votre poste, n’espérez pas autre chose qu’un affrontement direct.

— Je ne voulais pas spécialement de ton aide, répliqua Jicella. Athalnir souhaitait juste un autre guerrier pour nous accompagner et puisque tu étais là, il a pensé à toi. Il doit sûrement y avoir de bien meilleurs combattants que toi, mais bon, être un ami avec un adjoint, ça aide à la réputation, semble-t-il.

Inactif jusqu’alors, Regnak se mêla à la discussion en secouant légèrement de l’épaule de la guerrière.

— Hé ! s’écria-t-il, les yeux accusateurs. Personne ne t’a obligé de venir avec nous. Si tu n’es pas contente, tu peux t’en aller.

— Calmez-vous ! cria Athalnir en levant les bras. Je me moque de qui vient avec moi, j’ai juste besoin de compagnons ! Nous sommes censés représenter la justice et défendre les citoyens. Les associations courent à leur perte si nous perdons du temps à nous disputer comme des gamins !

— C’est pourtant important de bien choisir ses compagnons, reprit la guerrière en effleurant impassiblement sa hampe. Êtes-vous capables de vous fier à un nouveau sous prétexte que c’est le petit frère d’un adjoint ? Pour l’instant, son recrutement n’est que du piston.

— Je sais me servir d’une arme ! affirma Brad avec une conviction douteuse. Je n’ai juste jamais tué avec.

La défense du nouveau intéressa grandement Jicella. Elle toisa l’adolescent, parée de son sourire narquois.

— Le jour où tu apprendras sera donc le jour où tu tueras pour la première fois, dédaigna-t-elle. Accompagne-nous si tu veux, gamin. Mais sache que si tu es en danger, je ne serai pas là pour t’aider. L’entraide, c’est important, mais pas au point de me sacrifier pour quelqu’un que je connais à peine.

— Ne t’en fais pas, coupa Percedon, je le protègerai. Tu pourras t’occuper de toi-même, Jicella, voire d’Hidina si le cœur t’en dit.

— Parfait, acheva la guerrière. Alors, qu’attendons-nous ?

Athalnir fit volte-face et riva ses yeux vers la porte. Elle oscillait entre position ouverte et fermée, vivant l’afflux continu de défenseurs. La journée avançait et sa mission lui taraudait par-dessus tout. Ainsi, il se tourna un bref instant vers ses compagnons et déclara fermement :

— Merci d’avance pour votre aide. Retrouvez-moi dans une heure devant l’entrée, le temps que nous préparons. Et soyez prêts à tout.

Ce disant, il referma la main sur sa poignée et s’éclipsa d’une démarcha raide. Les trois guerriers se regardèrent avec assurance, trépignant d’impatience à l’idée de lancer un assaut groupé contre des bandits. Pour leur part, Percedon et Brad semblaient plus hésitants. Toutefois, l’adolescent fut décisivement encouragé grâce à lui. Quitte à se lancer dans une première mission périlleuse, la présence d’un ami cher de son frère le rassurait. Sur cette pensée somme toute optimiste, il n’oublia pas qu’il affrontait de véritables ennemis pour la première fois : une angoisse subsistait en lui, l’atteignant depuis le fond de son être. Luttant contre son mal intérieur, il suivit Percedon pour réaliser tous les préparatifs nécessaires.

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