En attendant son retour.

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Je regarde ce vieil homme, debout devant cette vitrine qui renferme ses trésors. Oh, rien de clinquant ou de grande valeur, mais à ses yeux, c'est la plus grande des richesses. Une collection de cartes postales envoyées par son fils lors de son tour du monde.
Ce vieillard n'a plus toute sa tête, foutue maladie qui lui grignote ses souvenirs un peu plus chaque jour. Mais à voir ses yeux brillants aujourd'hui, je sais qu'il se souvient. Il observe les cartes et je sais que sa sélection est déjà faite depuis longtemps. Toujours la même.

  • Mon grand m'a envoyé cette carte d'Argentine. Regardez comme c'est beau.

Je m'approche de lui et regarde cette carte, j'en connais le décor par cœur maintenant.

  • Oui, très. Il a bien de la chance d'être là-bas.

Il repose la carte à sa place et se dirige vers la fenêtre.

  • Il est en retard aujourd'hui, non ?
  • Non, Monsieur Chassin, il n'est pas encore midi. Il ne va pas tarder.

Comme chaque bon jour, il attend le facteur. En bon professionnel qu'il est, celui-ci met un point d'honneur à passer à la même heure quoi qu'il arrive. Je pense que les gens du village qui connaissent son histoire, ont de la peine pour lui.
Cet homme attend le retour de son fils depuis huit ans maintenant. Retour qui ne se fera jamais, car l'avion le ramenant au pays, s'est écrasé dans l'Océan. Hélas ce souvenir à été l'un des premiers oubliés au début de la maladie et personne n'a le courage de le lui rappeler et le voir encore souffrir, avant d'oublier à nouveau.
Après le passage du facteur et la déception de n'avoir pas la lettre tant espérée, Monsieur Chassin va s'installer dans son fauteuil, à côté du meuble où trône la photo de son fils. Je sais qu'il brasse ses souvenirs en la regardant. Je m'installe à ses côtés et commence à coudre. Le feu dans la cheminée crépite et la chaleur rassurante envahit la pièce.
Ce travail inattendu, me prend tout mon temps, mais je ne le changerais pour rien, même pas pour un million. J'aime beaucoup trop ce vieux monsieur pour le laisser seul. Cela fait dix ans que je veille sur lui maintenant.
Il est l'heure du coucher. Le soleil a disparu depuis un moment déjà.
Je l'aide à s'installer dans son lit. Lui tend ses antibiotiques et m'assure qu'il les a bien avalés. Je le borde comme chaque soir. Il est tellement ponctuel quand il n'oublie pas.

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