Chapitre 20 - Blanc

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Ma monture s'arrête brutalement, coupée dans son élan par une lourde porte de bois et de fer. Ce doit être là. Je mets pied à terre, en veillant à ne pas glisser sur les marches, et lâche les rênes. Le cheval s'ébroue mais ne bouge pas pour autant. Je m'approche de la porte et la pousse. Elle me résiste. Je soupire. Ça me rassure un peu. Toutes les portes ne me sont pas ouvertes. Si elles l'avaient été, c'aurait été suspect.

Je ne me crois pas assez forte pour la défoncer, et je ne parviendrai pas à convaincre un cheval de mettre un coup de sabot assez puissant pour le faire pour moi. Il ne me reste plus qu'à espérer. De toute façon, je ne peux pas abandonner ici. Enfin, il serait peut-être plus juste de dire que je ne peux plus abandonner. La garde a l'air d'avoir été prévenue. J'entends un drôle de fracas, en bas, comme si des gens se battaient. Des bruits de métaux qui s'entrechoquent, des cris de rage et de douleur, des pleurs... Ils résonnent étrangement dans ma tête. Je ne comprends pas.

Pourquoi ces gens, qui servent les puissants, qui ont bon espoir, un jour, de se rapprocher d'eux, se battraient-ils les uns contre les autres ? Pourquoi se dresserait-on contre la garde, alors qu'elle ne fait que son travail ? Pourquoi condamner à mort les Rois en combattant ceux qui les protègent ?

À côté de moi, le cheval tente de bouger et me heurte. Je secoue la tête. De toute façon, ce ne sont pas mes affaires. Ils font ce qu'ils veulent, ils disent ce qu'ils croient vrai, et moi je dois agir. Je ne sais ni crocheter les serrures ni enfoncer les portes, et la seule chose que je puisse faire, c'est toquer suffisamment fort pour qu'on m'entende de l'autre côté. Mon poing heurte violemment le bois, et je regrette un peu cette pensée trop optimiste. Je ne suis peut-être même pas au bon endroit... Je m'appuie sur les paroles d'un homme fou au premier abord, et je m'appuie sur un cheval, parce que je ne suis armée que d'un coupe papier... La lame au clair, j'attends que l'on m'ouvre, pour peu qu'il y ait réellement des gens à l'intérieur.

" Ouvrez donc cette porte, Edward !"

Je sursaute. Est-ce moi que l'on appelle Edward, ou bien quelqu'un va-t-il ouvrir cette porte et se retrouver en face de moi ? Et puis, qui est cet Edward ? Il me semble n'avoir entendu ce nom que très récemment, et encore, au détour d'une conversation, peut-être aux abords de la librairie. Je me prépare à mettre un coup de pied dans la porte, tout en sachant que ce sera probablement inutile.

Et, avant que je n'aie pu agir, la porte s'ouvre, et l'homme qui se tient devant moi n'a rien d'un serviteur. Bien au contraire, il porte sa couronne avec toute l'arrogance des hommes. Soudain tout me revient. C'était aujourd'hui la réunion des Douze Majestés, le Conseil des Rois, où se décide le destin du monde. Il est donc normal que le Premier Roi du Sud-Ouest et tous ses collègues soient attablés autour de cette... De cette... Ce n'est visiblement pas une table de bois. Ce n'est pas non plus fait de métal, c'est certain. En fait, ça ressemblerait plutôt à... Un animal.

" Eh ! On peut savoir qui vous êtes et ce que vous nous voulez ?"

Je suis trop distraite pour trouver ne serait-ce qu'un intérêt à sa question.

" Excusez-moi... C'est bien un... C'est une table en écailles de dragon, au milieu de la pièce ?

- Est-ce que vous voulez bien répondre à mes questions, espèce de jeune impertinente ? Sinon, je vous remets à la porte !

- Je suis Helen Mithra, je venais pour vous tuer... Mais je ne comprends pas... Pourquoi garder un dragon dans une tour ? Et pourquoi est-ce que vous vous êtes installés autour de lui ?

- Ah ! Miss Mithra, nous vous attendions. Venez, prenez place ! Je suis sûr que vous avez plein de choses à nous dire !"

Il me tire un siège vide et ne comprends pas que je reste debout, à le fixer.

" Vous... Vous m'attendiez ? Alors que je venais vous tuer ?

- Nous tuer ? Vous n'y pensez pas ! Nous venons de voter à l'unanimité l'attribution des pleins pouvoirs à l'écrivain de ce livre sensationnel. À coup sûr, vous devez le connaître, car il décrit des évènements que seul un Immuable peut avoir vécu. Dites-nous donc qui il est, et nous remettrons le sort de tous nos royaumes entre ses mains."

Je ne sais pas quoi dire. Si même eux en ont été capable, il ne fait aucun doute que d'autres l'ont également deviné.

" Vous le savez, j'en suis sûr. Dîtes-nous son nom, et vous verrez vos plans se réaliser. Vous savez aussi bien que moi qu'il est de votre côté.

- De mon côté ?"

Je ne peux m'empêcher de relever ces quelques mots. Après tout... De quel côté suis-je ? En fait... Quels sont les côtés ?

" Je... Je ne... Je ne crois pas être dans aucun camp. Je ne suis pas venue pour monter les hommes les uns contre les autres. Ce n'est pas mon rôle. Moi... Moi, je dois les faire progresser, avancer, sans qu'ils ne perdent de vue l'impact de leurs actes sur leur monde. Je ne veux pas me battre pour cet idéal, parce que c'est tout ce que l'humanité fait pour atteindre son but. Je dois leur apprendre l'importance de la vérité, et l'utilité de la paix. Je ne suis dans aucun camp, et c'est malheureusement la plus grosse erreur que j'aie répétée au cours de mon existence. Je vous prie de m'en excuser."

Les douze souverains ont leurs yeux fixés sur moi. Ils ont l'air de ne pas pouvoir croire à ce qu'ils viennent d'entendre. L'un d'eux bégaye :

" C'est... C'est tout à fait... C'est ce que dirait... Vous êtes... L'écrivain ?"

Je lève mes yeux et hoche la tête. Voilà, c'est dit.

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