Rayon d'espoir

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D'un geste sec, les mains glacées refermèrent le livre que Tsubame venait de finir. Elle écarta une mèche blanche qui tombait sur les yeux de Kura, ses yeux clos depuis bien longtemps.

Le silence régnait dans la pièce exiguë où ils passaient le plus clair de leur temps, l'une veillant sur l'autre et lui tenant compagnie.

Il en était ainsi depuis cinq ans. Cinq années de souffrance, aussi bien physique que morale, pour le deux survivants, les deux miraculés.

Sur les murs aseptisés, des dessins, des aquarelles colorés ; des chefs- œuvres rayonnant de bonheur et de réalisme.

Dans un coin, près de la tête du lit, une commode ensevelie sous des cadres désespérément vides.

Tsubame se leva de sa chaise et fit quelques pas vers l'étagère où s'amoncelaient livrés, feuilles volantes, pochettes et cahiers. Avec un soupir, elle reposa parmi les autres l'ouvrage qu'elle avait lu. Ceux-ci n'étaient pas classés par ordre alphabétique, sur leurs tranche, on pouvait lire : "A, T, K, Y, R, Y, K, K, T."

Ces livres figuraient parmi les choses auxquelles elle tenait le plus ; ils étaient passionnants, riches en enseignements ainsi qu'en émotions, et surtout, pleins de souvenirs.

Elle resta pensif quelques instants devant sa bibliothèque réduite, puis retourna s'assoir près de son ami.

Elle lui prit la main et se mit à lui parler doucement, comme à son habitude.

— J'ai fini de lire les Livres Mémoriaux de Yayū. Celui de Yoake était particulièrement intéressant, et m'a prouvé que j'avais bien fait de croire en sa parole, ce jour-là. Mais il était tellement déroutant ! Je n'arrive pas à m'habituer à appeler Ten et Ren Hasaki et Tsuya, pour moi, ce seront toujours Tenshi et Renai, les princesses jumelles. Je ne sais pas ce que tu en penses, Kura, mais moi j'ai encore du mal à vraiment apprécier Awa, avec tout le mal qu'elle a fait... Même si ça n'était pas vraiment de sa faute, pour Yoake. Non, ça, c'était Yayū le fautif. Mais il a contrecarré les plans de Hirameki et ne l'a pas tuée, comme il devait le faire, et puis, il a fini par se réconcilier avec sa sœur. Heureusement d'ailleurs, parce que leur dispute était partie d'un malentendu... Pff, je ne parle que de choses déprimantes... Tu te souviens de quand on s'est perdus dans la forêt à côté de la cabane ? On a erré pendant des heures jusqu'à ce que Kodama nous retrouve, en plus, on était à moins de cent mètres de la maison ! Ce qu'ils s'étaient moqué de nous... Mais c'était drôle quand même, après coup. Et puis, la fois où Tenshi a fait une invocation d'orléas alors qu'on se baignait ? La débandade, je n'ai jamais vu Yoake courir aussi vite...

Quelqu'un toqua timidement à la porte.

— Tsu ? fit une voix étouffée. Je peux entrer.

— Oui, vas-y ! Désolée, Kura, je vais voir ce que c'est, s'excusa-t-elle en lui lâchant la main.

Elle retomba, immobile, sur les draps blancs.

— J'apporte de nouvelles fleurs de la part de la Reine Arisa, expliqua la nouvelle arrivante, une femme au visage jovial légèrement plus âgée que Tsubame.

— Ok, merci, Eirin. Tu peux les poser là, dit-elle en désignant une petite table de chevet.

Eirin se dirigea avec son plateau couvert de jonquilles vers l'endroit indiqué et percuta au passage une pochette qui traînait sur le rebord. Celle-ce tomba sur le lino bleu, répandant son contenu au sol.

Les feuilles virevoltèrent un instant, comme en apesanteur, avant de redevenir inertes.

— Oh, pardon ! s'exclama Eirin, confuse.

Ee se pensez pour les ramasser, mais Tsubame fut plus rapide. Elle rassembla les pages éparpillées sans y jeter le moindre coup d'œil et les reposa sur la table, à leur place.

Soudain, son regard croisa celui bleu azuré de Tenshi. Elle tressaillit, remuée au plus profond d'elle-même. Comme les photos pouvaient être réalistes ! L'espace d'une seconde, elle avait cru à un fantôme.

Envahie par la nostalgie, elle ne put s'empêcher de sourire, attendrie. Les années défilèrent, illustrées par des photos de chacun, toutes celles qu'elle avait pu récupérer depuis son retour à Suna. Kodama et Yayū jouant sur la plage, Tenshi et son premier arc, Ren à une remise de prix littéraire, Yoake en voyage avec son père, même l'Impératrice en compagnie de sa sœur et de sa mère, Awa et son jitte, Kagome, Minto et Yūutsu. Enfin, Solan, Shio et une toute petite fille qui la fixait de ses grands yeux noirs étonnés, dans les bras de la meilleure amie de son père, Kaya.

Le papier glacé avait un peu vieilli et les couleurs étaient passées, mais la ses yeux, il renfermait un trésor inestimable.

Les représentations de leurs amis signées Kura, qu'il avait réalisées au cours des deux années passées à NEGi, étaient également rangées dans cette pochette renfermant beaucoup de souvenirs précieux.

Elle les avait décrochées quelques années auparavant, ne souhaitant plus voir tous les jours les visages souriants des défunts regrettés, surtout les trois Réceptacles qui l'avaient précédée. À force, elle avait fini par oublier où elle les avait mis.

Elle serra les feuilles contre son cœur.

— J'ai retrouvé nos amis, Kura, annonça-t-elle. Merci, Eirin.

— Pas de quoi, répondit-elle, embarrassée. Une autre chose, Tsu : madame Naisho est dans le couloir, elle désire te voir.

— Dis-lui de venir, je suis dispo.

Eirin acquiesça et sortit de la chambre avec son plateau vide.

Peu après, une femme poussa à son tour la porte. Elle promena ses yeux verts dans la pièce et s'avança d'un pas décidé.

— Bonjour, Jūgoya, la salua cordialement Tsubame.

— Docteur Uchiki, lui répondit-elle poliment.

— Combien de fois devrai-je vous dire de m'appeler Tsu, comme tout le monde ? Je suis plus jeune que votre fils !

— Pour moi, vous resterez toujours un médecin formidable à qui je dois la vie de Kura, lui sourit Jūgoya. Sans vous, il serait mort depuis longtemps.

"Je n'y suis pas pour grand chose, c'est surtout Kodama, Yayū, Kagome et Tenshi qu'il faudrait remercier..." songea-t-elle amèrement.

— C'est tout naturel, Kura représente aussi beaucoup pour moi. Il est juste que je m'occupe de lui, après tout ce qu'il a fait pour moi.

Sa mère accepta sa justification en opinant.

— Comment va-t-il, aujourd'hui ?

— Son état est stable, le calme plat. Il n'a pas bougé ni eu le moindre signe de réaction. Ses fonctions vitales suffisent à le maintenir en vie, il est parfaitement autonome de ce côté-là. C'est ce qu'on peut espérer de meilleur, après les traumatismes qu'il a subis.

— A-t-il des chances de se réveiller ?

Le visage de Tsubame s'assombrit momentanément.

— Kura a été victime d'un puissant maléfice. Hira... Le Garant nous avait alors dit qu'il dormirait pour toujours. En le tuant, nous espérions que cela romprait le sort, mais chaque jour qui passe amoindrit ses chances. La médecine a fait son possible pour soigner son corps, mais son esprit, là où œuvre le maléfice, est inaccessible pour les scalpels. Si c'est son âme qui est blessée, le docteur Uchiki ne peut rien faire ; seules Jūgoya et Tsubame ont le pouvoir de la guérir. C'est pourquoi je passe de longues heures à lui parler. Peut-être m'entend-il, peut-être pas. Mais c'est le seul moyen, puisque même la magie n'a rien pu faire pour lui. On ne pourra pas me reprocher de ne pas avoir tout essayé.

La mère de Kura hocha la tête, l'air grave.

— Je vous suis très reconnaissante. Merci infiniment pour tout.

Elle se mordit la lèvre.

— Puis-je avoir quelques minutes avec mon fils ?

— Bien sûr. Prévenez Eirin lorsque vous partirez, je viendrai vous dire au revoir.

Tsubame sortit de la chambre sur la pointe des pieds et referma la porte pour leur laisser plus d'intimité. Immédiatement, elle fut happée par le fourmillement incessant de l'hôpital ; des voyants clignotaient, les sonnettes retentissaient, les infirmières se hâtaient dans les couloirs.

Elle rajusta sa blouse blanche où son nom était brodé et se rendit mécaniquement à la machine à café. Tandis qu'elle insérait quelques pièces dans la fente, une voix dans son dos l'interpela.

— Hey ! Tsu ! Ça va ?

Elle se retourna en souriant et évita de justesse la chiquenaude traditionnelle.

— Salut, Empy !

— Ça faisait un bail ! Alors, qu'est-ce que ça fait d'être enfin médecin ?

— Bof, pas grand chose. La dernière année était plus fatigante, surtout que tu n'étais plus là pour faire le pitre en cours et me remonter un peu le moral.

— C'est normal aussi, tu t'occupes toujours d'un comateux. Moi je préfère quand les patients sont violents, c'est plus rigolo !

Tsubame souffla sur son café brûlant et but une petite gorgée.

Les visiteurs affluaient de partout pour voir leurs proches ou amis hospitalisés dans ce grand établissement au cœur de la capitale. D'ordinaire, Tsubame ne remarquait presque pas la présence de ces anonymes et ne leur prêtait aucune attention. Pourtant, un visage parmi la foule capta son regard.

Une jeune fille marchait résolument vers le couloir des soins continue, là où Kura était interné depuis cinq ans. Ses traits lui semblaient familiers, tout en étant assez particuliers ; impossible de dire si elle l'avait déjà vue quelque part.

— Qu'est-ce qu'il y a ? interrogea son ami. Attends, je voulais te présenter mes amis, ils vont arriver d'une minute à l'autre. Ah, ils sont là, justement.

Tsubame dévisagea les nouveaux venus.

— Audrey et Noctali, je vous présente Tsubame !

— Enchantés !

— Heu, moi de même, balbutia Tsubame, perplexe. Qui c'est ? chuchota-t-elle à son ami.

— Écrivain et troubadour professionnels. Je les ai rencontrés à un forum littéraire... Mais c'est une autre histoire. En fait, ils font partie du groupe de héros qui ont exfiltré des dizaines d'enfants kidnappés il y a des années ! Après avoir passé des mois à faire des recherches et peaufiner leur plan, ils ont voyagé jusqu'à Kōriguni pour en libérer le plus possible. Et puisqu'ils accompagnaient une de leur protégées ici, je leur ai proposé de te rencontrer !

— Ah, je vois... Mais dans ce cas... Attends une seconde, je vais vérifier quelque chose, je reviens dans une minute !

Tsubame posa sa tasse sur la première table qu'elle croisa et retourna sur ses pieds hâtivement.

"Je dois en avoir le cœur net."

On lui avait parlé d'une nouvelle incroyable, mais de là à ce qu'elle vienne ici...

Elle ouvrit à la volée la porte de la chambre et fut frappée par la sérénité qui y régnait. Honteuse de s'être laissée emporter par l'émotion, elle s'avança plus calmement.

La jeune fille était là, comme elle l'avait pressenti. Ses courts cheveux bordeaux ondulés dissimulaient les traits de son visage. Lorsqu'elle se tourna vers Tsubame, le médecin ressentit un choc au creux de son estomac ; elle possédait les mêmes yeux vert profond que la mère de Kura.

Jūgoya rompit le silence avec un de ces sourires chaleureux dont elle avait le secret.

— Docteur Uchiki, voici Yulian, ma fille.

— Yulian... Je... J'ai beaucoup entendu parler de toi, articula Tsubame d'une voix tremblante.

— C'est vrai ? fit mine de s'étonner cette dernière. Il a sûrement exagéré...

— Je suis très heureuse de vous voir saine et sauve, ainsi que d'enfin faire votre connaissance. J'imagine que ça n'a pas été facile.

— Merci pour votre sollicitude. Tout cela est derrière moi à présent, grâce à Noctali et Audrey. Je leur dois beaucoup.

— Un de mes amis vient de me les présenter, ils ont l'air très sympathiques, répondit Tsubame.

Yulian s'assit près du lit de son frère et l'embrassa délicatement sur la jour, avant de serrer ses mains dans les siennes.

— Kura... C'est moi, Kura, c'est Yulian. Yasha, ta petite sœur ! murmura-t-elle. Je suis de retour. Je vais bien, alors ne t'inquiète plus, mon grand frère adoré. Je t'aime très for. Si tu savais comme tu m'as manqué ! Sans toi et maman, j'avais peur, j'étais terrifiée. Je pensais que je ne vous reverrais jamais. Mais c'est fini maintenant. Je suis là, et on ne se quittera plus.

Émue, Tsubame sentit les larmes lui monter aux yeux. À ses côtés, Jūgoya reniflait en se couvrant la bouche de la main.

— Kura, poursuivit Yulian, maman m'a raconté tout ce que tu as fait pour moi. Que tu espérais pouvoir aller me sauver toi-même, et que tu es entré dans un clan en risquant ta vie. Merci. Puisqu'on est réunis, qu'on est enfin une vraie famille, il ne tête qu'une chose pour que mon bonheur soit total : jouer avec toi encore une fois, comme quand on était petits. Alors s'il te plaît, réveille-toi vite. Je sais que tu m'entends. Dépêche-toi de sortir de cet hôpital, ça fait bien trop longtemps que tu y es et que tu combats tes démons à l'intérieur. Mais j'ai besoin de toi là, et maman aussi. Je t'en prie, réveille-toi. Fais-moi un signe comme quoi tu m'entends, réveille-toi.

À ces mots, elle se jeta au cou de son frère et l'enlaça en sanglotant.

Sur la jour froide du dormeur, une unique larme se perdit dans les cheveux rouges de Yasha, qui l'attrapa au vol comme un message d'espoir, comme un arc-en-ciel sous la pluie de ses pleurs de tendresse.

"Yulian et Jūgoya ne sont pas seules à souhaiter de tout leur cœur ton réveil, Kura. Le monde extérieur nous attend, moi, j'ai commencé à suivre mon chemin, mais je ne veux pas te laisser derrière moi. Souviens-toi de nos rêves, de nos projets d'avenir. Rappelle-toi que moi aussi, je t'aime."

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