Sauver ce qui peut encore l'être

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Alors qu'elle s'apprêtait à se lever pour partir à la recherche de Kura, Tsubame aperçut des gens qui gravissaient la pente, essoufflés et manifestement paniqués.

"Reste calme, agis naturellement. Ils pourront sans doute t'aider."

— Bonjour, messieurs dames. Puis-je vous...

— Crédiou, la pov' petite, z'avez vu ? Elle est toute écorchée ! la coupa une femme aussi rouge que son tablier.

— Comme l'aut' gars, en bas... D'où ils sortent, tous ces zigs ? fit remarquer un moustachu à l'accent prononcé.

— Un éclair, des mourants qui tombent du ciel et le Grand Temple de Sashinju qui part en fumée... C'est un mauvais présage, mes amis. Les dieux sont en colère, avisa un vieil homme coiffé d'un chapeau de paille. Mais peu importe, nous devons prendre soin de ces petits jeunes.

— Viens avec nous, mademoiselle, lui offrit une petite fille en lui prenant la main.

Sidérée, Tsubame se laissa guider par la petite troupe de villageois si accueillants et qui lui offraient l'hospitalité sans même lui demander qui elle était et d'où elle venait.

Sur l'autre versant de la colline s'étendait leur petit hameau, composé d'une demi-douzaine de maisonnettes en cercle.

Au centre, la place publique accueillait les trois ou quatre badauds qui n'étaient pas montés à la rencontre de l'arrivante, c'est-à-dire les doyens qui dépendaient d'une canne ou d'un fauteuil roulant pour se déplacer.

Tsubame se sentit revivre lorsqu'elle aperçut, au milieu d'eux, la tignasse ocrée qui commençait à tirer sur le blanc de celui pour qui son cœur battait.

— Kura ! s'écria-t-elle en accourant. Grace soit rendue aux dieux, tu es vivant !

Les villageois l'observèrent, médusés, l'enlacer comme en s'agrippant à une bouée de sauvetage et pleurer de joie et de désespoir en répétant son nom comme une prière fervente.

Chassant ses larmes d'un revers de la main, elle s'employa à panser ses innombrables plaies, assistée par la fillette de la colline, qui exécutait silencieusement ses instructions, très concentrée sur ses gestes.

— Donne-moi de la consoude. Bandage. Prépare un cataplasme de plantain. Un de sauge. Compresses. Quintefeuille. Une attelle. Consoude. Attelle. Vinaigre à l'œuf, tu mets de la grande camomille avec du jaune d'oeuf, du vinaigre, de la cannelle et du curcuma. Aide-moi à lui faire avaler ça. Compresses. Plus de plantain.

La gamine obéissait avec zèle et efficacité, consciente de la gravité de la situation. Elle connaissait la plupart des plantes utilisées et vérifiait auprès de son grand-père les recettes pour les cataplasmes et les onguents donc Tsubame avait besoin.

Lorsqu'elle eut terminé, la jeune gisōisha s'épongea le front d'une main sanguinolente.

— Toi, au moins, je t'ai sauvé, Kuramoya. Tu devrais m'être reconnai...

Elle n'acheva pas sa phrase ; épuisée, elle s'effondra à côté de son patient dans la poussière et sombra dans un sommeil sans rêve.

Lorsqu'elle en émergea, elle reconnut la petite fille à ses mèches blondes et à son sourire éclatant.

— Ko... dama ? marmonna-t-elle, la vision trouble.

— Moi, c'est Fun-Sui ! Tu peux m'appeler Sui, si tu veux. Et toi, comment tu t'appelles ?

— Tsubame, répondit-elle faiblement.

— Tsu ? Trop cool ! Tiens, tu veux boire un cataplasme de sauge ? Je l'ai préparé toute seule en regardant dans ton livre, déclara Sui en lui tendant une tasse.

—  Les cataplasmes doivent être appliqués sur la peau, pas bus. Mais merci, ça ne peut me faire que du bien. Il est très bien fait, en tous cas, tu te débrouilles comme un chef.

Fun-Sui rosit sous le compliment et fila hors de la chambre.

Tsubame demeura seule, allongée sur un futon dans ce qu'elle devinait être une chambre d'enfant, au vu des jouets empilés dans un coin et des chefs-d'œuvre colorés qui tapissaient les murs.

Fun-Sui revint rapidement, accompagnée de son grand-père, qu'elle reconnut comme étant Chapeau de Paille.

Après l'avoir saluée de la tête, il s'assit par terre près d'elle.

— Je vous remercie de m'avoir hébergée, mais je crains d'abuser de votre bonté en demeurant ici plus longtemps, déclara-t-elle en se redressant.

Il l'arrêta d'un geste.

— Ne vous faites pas de souci pour cela. C'est la moindre des choses. Votre ami dort dans la chambre voisine, nous avons renouvelé les soins que vous lui aviez prodigué il y a trois jours, mais son état stagne.

— Trois jours ?

Tsubame rejeta sa couverture, bondit sur ses pieds et se rua vers la chambre de Kura, suivie par ses deux hôtes. Elle fut rassurée de voir des plaies propres, ses attelles bien en place et sa tête soigneusement bandée. Ses cheveux, en revanche, se dépigmentaient de plus en plus et étaient plus blancs que trois jours auparavant.

— Ses blessures ne se sont pas infectées et il n'a pas de fièvre, l'informa-t-il. Cependant, il faut l'hospitaliser au plus vite pour le mettre sous perfusion et le surveiller constamment, nous n'avons pas le matériel nécessaire ici, vous vous en doutez. Tout le village s'est relayé à votre chevet, mais ce n'est pas suffisant. Fun-Sui, va faire une infusion de tilleul pour la dame.

Tsubame prit alors conscience de son impolitesse en omettan de se présenter en bonne et due forme.

— Je suis Tsubame Ewig Uchiki, et voici mon ami Kuramoya Migaru Naisho. Notre histoire est difficile à expliquer...

— Vous n'avez pas besoin de me la raconter. Si j'en crois mes yeux fatigués, vous êtes Réceptacle, il est normal que vous gardiez vos secrets, lui sourit-il.

Tsubame baissa tête ; des secrets, elle en avait, c'est sûr, plus qu'elle en aurait aimé savoir.

Se rappelant soudain d'une chose très importante, elle s'adressa au vieil homme.

— Auriez-vous vu une jeune femme d'une vingtaine d'années nommée Awa, petite, brune et aux yeux bleus ? Elle aussi est gravement blessée, elle n'en à plus pour longtemps...

Il se gratta le menton, pensif.

— Je n'ai rien entendu dans ce sens. Nous allons faire des recherches dans les environs, mais nous ne sommes qu'une poignée, et le bocage est vaste... Sinon, je vous suggère de lancer des avis de recherche en vous présentant à un bureau de garde de la ville.

— Où est-ce ?

— Sashinju se situe à sept kilomètres à l'ouest, vous ne pouvez pas la rater.

Tsubame médita cette information, essayant de mettre des mots sur une question cruciale.

— Cela peut paraître un peu abrupt, mais qu'elle est la situation politique depuis la disparition de l'Impératrice Yoake ? J'ai vécu dans des contrées très reculées sans moyen de recevoir des nouvelles...

— Nous vivons dans des temps troublés, avec une paix relative, mademoiselle. Au début, il y a eu beaucoup d'émeutes dans les grandes villes de Suna, les gens réclamaient le couronnement des parentes éloignées de Yoake, mais comme ils ne parvenaient pas à s'accorder sur une seule prétendante, cette idée a été abandonnée. Un consulat a été mis en place, et gouverne provisoirement, le temps qu'une nouvelle Reine soit élue, mais il s'embourbe, impossible de tomber sur un consensus, alors il patauge depuis plus d'un an. Mais la monarchie tient toujours le coup, si c'est ce que vous vouliez savoir, vous devriez recevoir bon accueil en tant que soutien majeur des Reines de Suna. Il y a bien du quelques soulèvements de Communautaires, d'Identitaires, d'Anarchistes et de divers groupuscules extrémistes, mais ils n'ont pas pris beaucoup d'ampleur. Le pire est derrière nous.

— Je vois, acquiesça Tsubame, rassurée.

Au moins, elle ne serait pas clandestine dans son propre pays.

— Je vous remercie infiniment, monsieur...?

— Fun-Shutsu. Ce n'est rien. Vous voulez donc vous rendre à Sashinju pour hospitaliser votre ami et commencer à chercher mademoiselle Awa ?

Tsubame se mordit la lèvre, embarrassée d'avoir à demander un service supplémentaire à son hôte.

— Vous n'avez pas de moyen de transport, j'imagine ? s'enquit-il, anticipant sa question. Pas de souci, je vais vous emmener avec Fun-Sui.

— Oh, ne vous dérangez pas pour..

— On va voir Papa ? Chic alors ! s'exclama Fun-Sui en faisant irruption avec son infusion.

— Son père travaille en ville ? interrogea Tsubame, surprise.

— Fun-Ka est commerçant à la capitale, mais Fun-Sui vit avec moi à la campagne à cause de son asthme, elle supporte mal de rester trop longtemps chez lui... lui confia Fun-Shutsu.

— C'est triste...

Tsubame pensa à son propre père, dont elle ne connaissait que le nom.

"Je le chercherai après. Il m'a déjà attendue deux ans, il patientera bien quelques jours de plus. La priorité, c'est soigner Kura et retrouver Awa, s'il est encore temps."

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TeddieSage
Blog sentimental et personnel, sans horaire fixe.

Salut. Moi c'est Danny ou si vous préférez, Teddie. Pour une présentation plus complète, lisez le premier article. Je tenais juste à vous remercier d'avoir pris la peine d'ouvrir cette page, au cas ou vous souhaitiez mieux me connaître.

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