Enquête

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Vocabulaire :

Kyōji = information, renseignement

*****


— Et ce jour-là, Solan est morte et j'ai recueilli Tenshi et Renai. Voilà, tu connais toute l'histoire. Je suis navrée de te l'apprendre dans de telles circonstances. Ah, et j'allais presque oublier, mais ton nom est Tsubame Ewig Uchiki.

Yoake fit une pause, considérant la jeune fille assise en face d'elle. Elle n'y avait pas prêté attention au début, mais elle ressemblait beaucoup à sa mère plus jeune. Elle avait la même peau brune et satinée, les mêmes yeux noirs que l'amirale et, curieusement, le même grain de beauté sur le cou que Shio, son père. Son cœur se serra douloureusement ; tout son passé ressurgissait brusquement, et la présence de la fille de celle qui avait été sa meilleure amie rendait le tout plus concret, elle avait le sentiment de revivre les mêmes événements que douze ans auparavant. Un sourire amer se peignit sur ses lèvres pâles. Elle devait se retenir pour ne pas la serrer contre elle et pleurer.

L'herboriste semblait elle aussi être au bord des larmes. Le regard vide, elle contemplait ses pieds.

— C... Ce n'est rien, Yoake, je vous en suis au contraire reconnaissante, souffla-t-elle, encore sous le choc de l'enchaînement imprévisible des révélations. Je ne suis pas... Comment dire...

Elle hésita, craignant de blesser l'Impératrice.

— Ça peut sembler odieux, mais ça ne fait pas grand chose de savoir que ma mère est morte. Je veux dire, je ne m'en souvenais pas avant, j'étais trop jeune ; et maintenant, tous ces souvenirs sont totalement effacés, pour moi, c'est étranger, extérieur. Les personnes à qui je tiens, ce n'est plus tant ma vraie famille, mais plutôt vous tous.

Elle désigna le petit groupe dispersé autour du torrent et adressa un sourire en coin à Tenshi, qui avait pour elle une importance toute particulière : la jeune archère pleine de vie et de volonté avait été son seul repère ces derniers jours, et elle en était venue à la considérer comme une sœur.

— Mais je suis plus sereine, c'est difficile d'ignorer qui l'on est et d'où l'on vient, conclut-elle. J'avais ces connaissances en herboristerie, mais je ne savais même pas qui me les avait enseignées.

— Ça fait bizarre aussi de réaliser qu'on est pas ce qu'on pensait être, remarqua Renai. Pour toi, c'est plutôt heureux, tu avais peur d'être une meurtrière mais finalement, tu es herboriste. Alors que Tenshi vient de Hakujin, ce n'est pas très glorieux... Et moi d'une famille de pêcheurs. Nous n'avons pas vraiment l'étoffe de princesses... Enfin, peu importe, de toute façon, je ne pourrai jamais m'habituer à être appelée Tsuya.

— Ni moi Hasaki, renchérit Tenshi. Toi, Yoake, ça ne t'a apparemment pas dérangée de te faire passer pour une certaine Haruka... Comment as-tu trouvé ce prénom ?

Elle avait cru comprendre que l'Impératrice avait dissimulé son identité à Kura et Awa, mais le choix de ce nom l'intriguait.

— C'est celui de ma grand-tante, la sœur cadette de Megumi, répondit Yoake en se passant une main dans les cheveux. Fubuki Shiro Munła̧ et Haruka Warabi Nowa̧,, les héroïnes de guerre, qui ont soutenu leur sœur aînée afin qu'elle puisse régner en tant que Reine légitime de Suna, bien qu'elle ait passé toute sa vie jusque là à Śikju : tu dois les connaître, j'imagine. Je les ai toujours admirées, alors quand j'ai dû improviser et trouver un pseudonyme pour ne pas attirer l'attention, j'ai tout de suite pensé à elles !

— Très bon choix, complimenta Tenshi en connaisseuse de l'histoire de Suna. De plus, Fubuki était maître d'arme à Kaishinju sous le règne de Yanagi, non ? Si ça se trouve, elle a enseigné le kendō à Kagome...

Yoake sourit ; l'archère surdouée était également férue d'Histoire et en savait parfois plus qu'elle-même. Sa mémoire ne cesserait jamais de l'étonner.

— C'est bien possible... Où est-elle, d'ailleurs ? Je ne l'ai pas vue depuis que Hirameki est parti...

— Elle a dû se retirer pour réfléchir, avança Iro. C'est une personne avec un grand sens de l'honneur et du devoir, apprendre la vérité a dû la briser, bien qu'elle n'en ait rien montré...

Tenshi approuva en hochant la tête ; une telle réaction ne la surprenait guère de la part de Kagome, qui avait le don de disparaître avec autant de rapidité que de discrétion. Pourtant, Renai fronça les sourcils à la mention de cette explication.

— Nous sommes tous sous le choc. Tout à coup, toute notre perception du monde et notre identité ont été remises en question. Pourtant, aucune d'entre nous ne se voile la face et court se cacher loin de la réalité, assena-t-elle. Si elle a des choses à se reprocher et à apprendre, il fallait qu'elle reste ici plutôt que de se faire la belle.

— Tu es dure avec elle, Kagome pensait bien faire et est totalement déstabilisée à présent qu'elle sait qu'elle a menacé à plusieurs reprises Yoake en personne. Hirameki l'a manipulée, c'est évident, contra Tenshi, qui avait vu la guerrière sous un autre angle.

— Peut-être, mais elle aurait pu s'en rendre compte avant. Lorsqu'on voyage dans le temps, on s'aperçoit rapidement que quelque chose cloche, par rapport aux vêtements, au langage, aux technologies, voire même à la situation géopolitique ! Si elle n'a pas fait marcher son cerveau, elle ne peut s'en prendre qu'à elle-même ! Même toi, Ten, tu aurais pu lui dire que tu ne comprenais rien à ce qu'elle racontait !

Renai était insatisfaite par la tournure qu'avaient pris les choses, et ne comprenait pas pourquoi sa sœur tentait tellement de couvrir Kagome. Pour elle, il était totalement absurde de quitter le navire en marche alors qu'elle aurait pu apporter tant d'informations pour les aider à résoudre le mystère de sa présence à NEGI. Car cette question la travaillait : comment la fille du dernier Garant Tameiki s'était-elle retrouvée dans ce monde maudit et dangereux, et pourquoi était-elle devenue un fantôme ? Quel secret cachait-elle ? Puisqu'elle se cachait, elle devait avoir quelque chose sur la conscience...

— Mais je pensais que c'était de la diplomatie, moi, et que c'était normal que j'y comprenne goutte... se justifia Tenshi piteusement. En même temps, je n'ai jamais rien lu mentionnant ce qu'elle m'a décrit. Je serais bien incapable de t'expliquer son histoire abracadabrante, et j'ai l'impression qu'on passe à côté de quelque chose de très important. Certains événements du passé ont été enterrés et on a effacé toute trace des archives, je ne vois que ça. Autrement, je pense que je saurais quelque chose. Mais c'est vrai que la période des années 190 à 200 est assez peu documentée, notamment les événements autour de la mort subite de toute la famille royale.

— Tu es au courant de quelque chose, Yoake ? demanda Renai. Vu que tu nous sors des trucs pas possibles depuis tout à l'heure, je me disais...

Yoake pinça les lèvres en tâchant de rassembler ses souvenirs, mais tout était flou.

— Alors... J'ai dû le savoir à une époque, il y a douze ans, lorsque j'ai eu accès aux Archives Secrètes à l'occasion de mon couronnement. Mais je crains que ça ne me soit passé au-dessus de la tête...

Iro ne put réprimer un sourire en voyant l'Impératrice penaude se faire fustiger par ses filles adoptives.

— Sinon, nous pourrions lui demander directement, proposa-t-elle, pragmatique.

— Oui, bonne idée, acquiesça Yoake, soulagée que l'attention se détourne d'elle.

Les quatres jeunes filles se levèrent et suivirent l'Impératrice qui partit d'un pas décidé le long du torrent, dans la direction de Kura.

J'ai le sentiment d'aller voir tout le monde pour poser des questions, chuchota Tenshi à l'intention de son amie.

Et moi, qu'il y a beaucoup trop de révélations et de liens familiaux entre les gens.

— D'ailleurs, tu préfères Iro ou Tsubame ?

— Hm... Couleur ou Hirondelle ? Je choisis le prénom que mes parents m'ont donné, c'est à peu près tout ce qu'il me reste d'eux. Et puis, lorsque je les reverrai, je me verrais mal leur dire : "J'ai changé de nom, maintenant c'est Iro !"

— Ça marche, Tsubame ! Moi, Tenshi me convient, personne ne va m'appeler autrement...

— Je préfère Ange à Fil de lame, ça te correspond mieux. Même si toi c'est plutôt l'arc, ton truc. Et paradoxalement, tu ne viens pas d'une famille d'anges, ce serait même plutôt le contraire.

— C'est pas ma famille. Je ne me sens aucune affinité avec une bande de brutes sanguinaires, très peu pour moi.

— Pourquoi vous chuchotez ? intervint Renai, perplexe.

Je sais pas, c'est marrant.

Elles continuaient à suivre Yoake, quand soudain Tenshi posa une question dérangeante.

— On va où, là ? Parce qu'on ne sait pas où est partie Kagome, aux dernières nouvelles.

Yoake pila net en réalisant ce fait indéniable.

— Effectivement.

Renai soupira, ignorant si elle devait être amusée ou désespérée par la légèreté de l'Impératrice.

— Je m'en charge.

Naturellement, elle orienta son flux magique vers son œil droit, qui prit une teinte vermeille.

— Ouah, s'extasia Tenshi, comment tu fais ça ?

— Tu n'es pas la sœur des jumeaux Hanē pour rien, sourit Yoake. Il m'a fallu trois mois avant d'arriver à activer le Sangenri. Quel type de magie pratiques-tu ?

— Je ne me souviens plus du nom exact, mais elle appartient à la famille des Kyōji.

— Inutile de développer, j'y comprendrai rien de toute façon, pressa Tenshi, qui gardait un mauvais souvenir du long monologue de Kagome lors de leur première rencontre.

— Pff, tu m'embêtes, ça intéresse peut-être les autres ! Non ?

Tsubame et Yoake secouèrent la tête, embarrassées.

— Ça va, j'ai compris, soupira Renai. C'est par là.

Elle se repérait grâce aux émanations magiques propres aux magiciens. Pourtant, à mesure qu'elle avançait, sa piste se dédoublait, avec deux fréquences similaires, bien qu'infimement nuancées ; des éclats de voix leur parvinrent, et elles n'avaient plus aucun doute quant à leur provenance : après des années d'inimitié, Yayū et Kodama se rendaient leurs comptes.

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