Quotidien d'une écervelée (et troisième secret)

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— Bienvenue à la Maison Dokusōsē, boutique de fournitures et de manuels magiques depuis 72 ! la salua le vendeur lorsque Yoake ouvrit la porte en faisant tinter une clochette au passage. Que puis-je faire pour vous ?

— J'aimerais voir votre nouveau stock de cartes d'invocation, on m'a dit qu'il arriverait aujourd'hui et j'avais demandé à ce qu'il soit mis de côté pour moi...

— Veuillez m'excuser, je suis stagiaire, et c'est mon premier jour, je ne suis pas aucourant de cela... bredouilla le jeune garçon en rougissant.

— Ça ne fait rien. Votre employeur n'est pas ici ?

— Si, il est dans l'entepôt, à faire l'inventaire. Je... Je vais le chercher tout de suite.

Le stagiaire se hâta pour ne pas faire patienter sa cliente, et manqua de renverser un flacon en rasant de trop près une étagère. Il se confondit en excuses et trébucha de nouveau avant de prendre la poudre d'escampette. Il revint bientôt, flanqué d'un homme entre deux âges, pansu, au crâne lissa, à la longue barbe brune et richement habillé.

— Bonjour, Fun-Ka, déclara Yoake en souriant à sa vue.

— Ah, Yoake ! Je t'attendais ! Ta livraison est dans l'entrepôt, comme promis.

Il lui serra vigoureusement la main en lui frappant l'épaule. Son stagiaire les fixait tous deux, hébété.

— Yo... Yoake... Comme l'Impératrice Yoake ? balbutia-t-il, les yeux ronds.

— Elle-même, mon garçon ! L'Impératrice de Suna, en chair et en os ! la présenta le tenancier.

— Vous... Vous...

— Ne dis pas ça, tu le terrorises, signala Yoake au commerçant hilare. Petit, comment t'appelles-tu ?

— S... Senshū, Votre Altesse Impériale.

Le garçon tremblait comme une feuille ; elle jugea qu'il ne devait pas avoir plus de douze ou treize ans.

— C'est un très beau prénom. Écoute, Senshū, je suis peut-être l'Impératrice, mais je n'aime pas qu'on me vouvoie. Je suis Yoake, tout cimplement. Et n'aie pas peur, je ne vais pas de manger !

— Oui, Votre... Yoake, acquiesça Senshū, pas convaincu.

— Continue à tenir la boutique pendant que je règle mes affaires avec Yoake, s'il te plaît. En cas de problème, viens me chercher, mais je doute qu'un deuxième Impératrice se pointe ! rit Fun-Ka.

Il tendit le bras pour indiquer la voie.

— Par ici, enfin, tu connais le chemin.

— Il faut dire que je te rends souvent visite ! Quelles fortunes j'ai dépensées chez toi...

— La Maison Dokusōsē est très honorée d'avoir fidélisé la souveraine de Suna.

L'entrepôt était une grand pièce aux murs de pierre nue et entièrement rempli d'étagères sur lesquelles s'empilaient des livres, des herbes, des papiers talismans, des poupées vaudou, des pochettes de sang artificiel pour les invocations occultes... Chaque article était soigneusement empaqueté, étiqueté et référencé dans les archives de la boutique, avant d'être livré à des magiciens, apprentis ou chevronnés, étudiants ou professionnels, sunians ou étrangers. Cette maison avait acquis une grande renommée à travers tout le continent, et ses articles de bonne qualité se vendaient comme des petits pains.

Fun-Ka ouvrit un carton rangé à part dans un coin sous l'œil attentif de Yoake.

— Et voilà les nouvelles cartes ! De vrais petits bijoux ! Du côté des offensives, les dernières nouveautés en direct de la manufacture d'Ilméo : SIG DOUX, Beignetta, MP4...

— Un lecteur MP4 ? interrogea-t-elle, confuse.

— Non, c'est une vraie arme. Je me demande bien pourquoi ils ont lui donné un nom pareil, d'ailleurs...

— Et ça, qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle en désignant une carte au contour argenté.

— FN-SIMBA. C'est l'unique exemplaire adapté en carte, la version solide n'a même pas commencé à être produite. Ce mmodèle a été perfectionné afin de l'alléger sans en amoindrir la puissance de feu. Tu as l'œil pour les trésors, Yoake.

— Ce n'est pas dans mes habitudes d'acheter des cartes offensives, mais je vais la prendre. L'insécurité monte, ces derniers temps, je me sentirai plus rassurée avec cette carte dans mon jeu.

— Pourtant, personne ne te menace. Tu es une souveraine aimée, Yoake, plus encore que ta grand-mère Megumi, lui assura Fun-Ka en se caressant la barbe. Et puis, ce n'est pas très fair-play d'opposer aux armes blanches des truands les dernières innovations technologiques de Shikyū !

— Ils l'auront mérité. Bien, qu'as-tu d'autre ? Des objets ? Des animaux ?

— Toutes mes excuses, il n'y en a pas. Ces étourdis ont oublié de m'en fournir, bien que je leur ai expressément précisé qu'il m'en fallait absolument. Que dis-tu de ça, à la place ?

Yoake fit la grimace.

— Des défensives, je déteste ça. Je ne sais pas pourquoi, je n'arrive jamais à les faire marcher, ça m'énerve. En revanche, je viens d'apprendre à utiliser les cartes de support...

— Aha, dans ce cas, j'aii ce qu'il te faut !

Il parcourut le dédale d'étagères à la recherche de la section Support.

— Et voilà ! L'intégralité de la collection des Soins ! Fracture, brûlure, écorchure, piqûre d'insecte, ongle incarné, cuite, crise de foie, intoxication alimentaire, tout !

"Et "maladie génétique incurable", y a pas ?" pensa Yoake avec amertume, avant de se reprendre.

— Parfait ! Ça peut toujours servir. Tu peux me l'emballer ?

— Tout de suite. Il te faut autre chose ?

— Non, il faut que je rentre, les filles m'attendent pour déjeuner. Elles croient que je travaille ! s'amusa Yoake.

— Ah ? Et qui gère les affaires du Royaume, si tu passes ta matinée à faire des emplettes incognito ? demanda Fun-Ka en haussant un sourcil interrogateur.

— Moi. Je m'y mettrai cet après-midi, je terminerai plus tard, c'est tout. Je trouvai ça dommage de ne pas profiter de cette matinée radieuse ! Et puis, qui pourrait rester toute la journée assis dans son bureau à lire, remplir, écrire et signer des montagnes de paperasse ?

Il sourit, admiratif de la liberté que s'octroyait la jeune souveraine et de son franc-parler qui lui allait si bien.

— Pas toi, à ce que je vois, et moi non plus, admit-il. Je te raccompagne ?

— Pas la peine, je suis pressée. Quand pourras-tu me livrer ?

— Demain soir, je pense. Je t'enverrai Senshū. À la prochaine, Yoake !

— Au revoir, Fun-Ka !

Elle tourna les talons et marcha vers la sortie du magasin. Elle remonta les rues de Sashinju en sifflotant, satisfaite de ses achats, et rentra au palais par une porte dérobée que les Reines avant elle avaient faite construire, sans doute pour les mêmes raison qu'elle.

Yoake monta dans sa chambre située à l'opposé de celles de Tenshi et Renai pour se changer. En même temps que sa combinaison noire d'apparat, elle revêtit un visage plus ferme, plus sévère, celui de l'Impératrice qui devait éduquer ses nièces et leur apprendre les bonnes manières. Ce maque ne tiendrait pas longtemps, elle redeviendrait rapidement la Yoake irrespectueuse des règles, mais elle parviendrait tout de même à sermonner Tenshi sur la ponctualité. Cette perspective ne la réjouissait pas particulièrement, mais qui bene amat, bene castigat.

Elle chaussa ses escarpins rouges, brossa ses courts cheveux châtains et enfila un long collier de perles turquoises.

Ainsi parée, elle descendit à la salle à manger familiale, ses pas résonnant dans les couloirs vides depuis qu'elle en avait bannis les courtisans et autres parasites. Dans le palais ne vivaient plus que la famille royale et quelques rares personnes proches de Yoake qui la servaient loyalement, ou qui avaient des capacités utiles, comme cuisiner, jardiner, tricoter ou jouer de la musique.

Yoake ouvrit la porte pour tomber nez-à-nez avec Renai, déjà assise à sa place.

— Ah, tu es là. Tu es en avance, aujourd'hui, remarqua la Princesse.

— Je... oui, répondit Yoake, prise au dépourvu. Que veux-tu dire ? J'arrive seulement de mon bureau...

— N'essaie pas de jouer à ça avec moi, je sais très bien que tu n'as pas travaillé ce matin. Je suis venue tout à l'heure te poser une question, mais tu n'étais nulle parte. Et ce n'est pas la première fois que tu t'éclipses ainsi. Je me demande bien où tu vas, comme ça... dit Renai en plissant les yeux circonspectivement. Ne me dis pas que tu désespères tant de trouver un mari que tu participes à des speed-dating ?

— Hehem. On en parlera une autre fois, d'accord ? Ne dis rien à personne, Ren, s'il te plaît, la supplia l'Impératrice.

À ce moment-là, Tenshi eut le bon goût d'arriver juste à temps, et sans respecter l'étiquette, ce qui fournit à Yoake un prétexte pour couper court à la conversation.

— Tenshi, tu es pile à l'heure, c'est la première fois depuis le début de l'année. Je te félicite ma chérie.

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