Vagues

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Kigen : origines

*****

— Nous sommes arrivés, Votre Altesse Impériale.

Yoake posa un pied sur le sable froid et humide. Aussitôt, le vent violent la décoiffa et froissa ses vêtemtns, qu'elle avait fait l'effort de choisir noirs et blancs, avec toutefois un ruban rouge dans les cheveux. Elle frissonna, autant à cause de la température plus fraîche qu'à Sashinju que du malaise qu'éveillait en elle le lieu lugubre.

— C'est... C'était donc Hamaryū.

Une simple constatation. Plus rien ne substistait du petit village de pêcheurs, tout avait été rasé, emporté par les flots déchaînés. Çà et là gisaient quelques pierres, des pans de murs, des meubles, des filets, des barques éventrées, seules traces que des hommes avaient habité cette plage.

— Fais-moi signe quand tu voudras repartir, Votre Majesté.

Yoake opina, fascinée par le paysage auparavant idyllique et rendu sinistre par le passage de la vague destructrice. La mer était revenue à son niveau originel, et le calme ambiant lui rappelait que cet endroit était un cimetière aqueux, où il lui semblait entendre les murmures des victimes dans le flux et le reflux des vagues d'un bleu profond.

Elle était satisfaite de son nouveau conseiller, qu'elle avait nommé Conseilleur, pour ne pas avoir d'ennuis à cause du testament controversé de sa mère, et personne n'y avait trouvé à redire ; elle l'avait choisi selon ses propres critères – pour une fois – et il n'avait pas le Protocole et le Manuel du Savoir-vivre gravés dans le cerveau, mais avait du bon sens et lui prodigait des avis et conseils pertinents. Elle n'avait pas eu à chercher bien loi : Yoru, son cousin germain par son père Warin, avait toujours été son compagnon de jeu et son idole d'enfance. Âgé de quelques années de plus qu'elle, il avait la sagesse et les connaissances de ses aînés sans en partager les défauts, ce qui avait été décisif dans son choix. Lui, au moins, ne lui repprochait rien, ne l'accusait pas d'avoir pris la place de sa sœur, désapprouvait la conduite insensée de sa mère avant sa mort et comprenait sa solitude.

Cette pensée éveilla dans sa poitrine une douleur sourde ; elle ne parvenait plus à apprécier la beauté de l'océan apaisé et ne voyait plus que la désolation qu'elle avait créée.

Elle se retourna vers lui, désireuse de se changer les idées.

— Pff, arrête de m'appeler comme ça, Yoru. Je n'ai pas demandé ça, je n'aime pas ces formules ampoulées. Je veux que tout le monde me tutoies, m'appelle "Yoake". Comme avant.

Bien droite dans sa robe évasée en crèpe noire ayant appartenu à Warabi, Yoake avait le regard perdu dans l'océan de ses souvenirs.

— Il n'y aura pas de retour en arrière. "Les morts sont des invisibles, pas des absents" a dit Trovic Guho, cita doctement le Conseilleur, qui avait en fait Citations et proverbes du monde gravé dans le cerveau.

Yoake fit quelques pas sur la plage déserte ; elle avait demandé à n'être accomppagnée que par son entourage proche pour cette première visite officielle tout sauf joyeuse. Son père, géologue passionnée, s'étant embarqué pour une expédition de trois mois dans les Grottes Kigen au cœur des Atsuyamas, son cercle familal se réduisait à ses oncles, tantes et cousins dispersés de par le continent. Malheureusement, bien peu avaient élu domicile près de la capitale, de sorte que seul Yoru avait répondu à son appel désespéré. Elle aurait aimé revoir les jumeaux Len et Rin, les plus proches de son âge, ainsi que leurs parents Meiko et Kaito ; mais elle n'était même pas sûre que son message soit parvenu jusqu'au village layash ravagé par la guerre civile où ils faisaient de l'humanitaire depuis deux ans. Malgré tout, la présence de Yoru réchauffait un peu son cœur meurtri par toutes ces morts simultanées et inattendues.

Elle ne savait pas comment l'expliquer, mais le va et vient perpétuel de la mer lui fit penser au cycle de la vie, et cette métaphore poétique lui arracha une larme silencieuse.

— Fais attention, ton foulard se fait la malle, la prévint Yoru.

En effet, le vent avait trouvé beaucoup de prises dans son jabot de dentelle blanche et menaçait de l'arracher en l'étranglant au passage.

— Oups, merci.

Yoake remir le tissu en place et lissa sa jupe gonflée ; on ne pouvait plus rien faire pour sauver sa coiffure savamment composée par sa camériste, la timide Yozora.

"Ça fait beaucoup de noms en Yo-, tout ça..." avait-elle songé en l'engageant.

— Je me sens mieux, déclara-t-elle, le visage moins pâle qu'en arrivant. Allons vois ce qu'il y a à voir, je n'ai pas envie de m'éterniser ici.

— Bien. Les deux survivants ont été rapatriés à Hamashinju, puisque c'est là que se trouve l'hôpital le plus proche.

— Ah ! Ça veut dire qu'il n'y a personne ici ? Ça ne servait à rien de faire un détour par le village, dans ce cas !

— C'est symbolique, soupira Yoru.

— Les symboles vont à l'encontre du sens pratique, rouspéta Yoake.

— Tu auras bien souvent à sacrifier le second au détriment du premier.

Son cousin lui ouvrit la porte de sa voiture et l'invita à prendre place. Durant le trajet, Yoake médita sur ses paroles ; elle en vint à songer qu'il était fait du même bois que Warabi, et avait plus l'étoffe d'un souverain qu'elle. Si elle l'avait pu, elle lui aurait volontiers cédé sa place, dans laquelle elle étouffait.

"Même moi, je ne peux pas modifier la Constitution : seules des femmes peuvent s'asseoir sur le trône de Suna..."

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TeddieSage
Salut. Moi c'est Danny ou si vous préférez, Teddie. Pour une présentation plus complète, lisez le premier article. Je tenais juste à vous remercier d'avoir pris la peine d'ouvrir cette page, au cas ou vous souhaitiez mieux me connaître.

Ce blog n'est pas tout le temps joyeux. La vie m'a rendu malade, mais le confinement est en train de m'achever. Ceci sont mes confessions les plus intimes et je m'ouvre à vous, dans l'espoir de rejoindre quelqu'un qui aussi souffrirait en silence. Bienvenue dans mon cerveau. Vous trouverez parfois des passages légers, mais cet ouvrage se veut avant tout thérapeutique.

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