Coup d'état

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Yoake entendit les pas pressés se hâter dans le couloir sur le tapis pourpre et s'arrêter devant sa porte.

Elle attendait ce moment fatal, tout en le redoutant. Depuis plus d'une semaine, elle n'avait vu personne, à part les deux filles qu'elle avait adoptées, leurs nourrices et son ami Shio.

*****

— Que fais-tu ici, si loin de chez toi ? lui avait-elle demandé, surprise par cette visite inopinée.

— Je suis venu t'apporter mon soutien en ces temps durs, avait-il répondu, les yeux creusés de cernes noires. La perte de Warabi, suivie de celle de Solan, ça doit être difficile...

— En effet. Solan m'était très chère. Sa mort ne restera pas impunie, Shio, je te le promets. J'ai de bonnes raisons de croire que le clan de Hakujin est derrière tout ça. Mais, tu n'aurais pas dû venir jusqu'ici, tu as une fille...

Le marin avait souri douloureusement à l'évocation de l'enfant.

— Je l'ai laissée à la garde de Kaya à Kaishinju. C'est mieux comme ça, elle la considère comme une seconde mère. Tandis que moi, elle me reconnaît à peine. Je regrette de ne pas avoir été suffisamment présent après sa naissance, de ne pas avoir su profiter de ma famille...

"Tu as plus l'air d'avoir besoin d'aide que moi..." avait songé Yoake. "Quel est le plus dur ? Perdre une amie ou perdre la moitié de son âme ?"

*****

Yoake quitta son lit où elle écoutait de la musique pour guérir son cœur blessé, roulée en boule dans une couverture. Elle s'arrangea les cheveux désormais violets, se composa un visage ferme et moins dévasté par le désespoir, et prononça d'une voix qui se voulait assurée :

— Entrez !

La porte s'ouvrit sur un cortège de nobles et d'officiels de la capitale, ayant tous revêtu une mine grave et austère en même temps que leurs habits noirs les plus luxueux.

Yoake savait déjà ce qu'on allait lui annoncer, elle ne le devinait que trop bien au son lugubre des cloches qui sonnaient déjà de par la ville et à la lueur de folie qu'elle avait aperçue dans les yeux bruns de sa mère.

Le Président du Commité d'Héritage, tout en noir et blanc, s'inclina en traçant un cercle sur sa poitrine.

— Yoake, j'ai le regret de vous faire part du décès de la Reine Nisshoku Mayuri Nayami, ce mardi 8 mars 259 à 10h22 dans sa chambre.

Sans dire un mot, Yoake enfouit son visage entre ses mains. La vérité était édulcorée, mais n'en demeurait pas moins cruelle et douloureuse.

— Je vais vous lire son testament, rédigé le 4 mars 259, afin que vous preniez connaissance de ses dernières volontées.

Le Président brisa le sceau du document, le déplia et lut à voix haute :

"Moi, Nisshoku Mayuri Nayami, fille de Megumi Byakuren Nayami et de Silbern Taki nayami, arrière-petite-fille d'Ajiwai Suna Hoshō et dernière représentante des lignées Hosh et Nayami, Reine du Royaume Nouveau de Suna, Protectrice des Cinq Provinces et Voix de Sashinju, dépossède en ce jour la-dite Princesse héritière Yoake Tanjun Nayami de ses titres et droits de naissance, pour cause de félonie, d'espionnage et de trahison de sa patrie au profit des Îles Layas et de Meziá. Elle a l'interdiction de se présenter sous le nom de Nayami ainsi que de se nommer Princesse ou Reine. Je nomme donc comme héritières du trône de Suna les Princesses Tenshi Nasake Nayami et Renai Uki Nayami. Elles obtiendront les pleins pouvoirs dès qu'elles seront en âge d'assumer cette responsabilité, et elles gouverneront toutes les deux. Je souhaite que Yoake occupe la régence durant cette période, afin qu'elle se heurte à des difficultés ; elle n'aura aucun conseiller, ne recevra aucune aide extérieure, et sera seule à blâmer en cas de problème, ce qui arrivera indubitablement. Je veux que le portrait de la Princesse héritière Warabi Fubuki Nayamu soit placé dans toutes les pièces, afin de lui rappeler qu'elle a usurpé le trône et ne mérite pas d'être en vie. De plus..."

— Arrêtez ! hurla Yoake.

Elle sentait les larmes couler abondamment sur ses joues, ces joues sur lesquelles la brûlure des gifles de sa mère était toujours vive.

— J'en ai assez entendu, inutile d'en rajouter des couches.

Elle se mordit la lèvre, et bientôt, le goût salé de son propre sang lui envahit la bouche.

— Je me plierai à sa volonté, si c'est ce que vous voulez savoir, jeta-t-elle au Président qui semblait attendre quelque chose. Elle me détestait peut-être, mais j'ai encore suffisamment de respect, à défaut d'amour, pour elle.

Elle ferma les yeux un instant, réprimant ses sanglots ; lorsqu'elle les rouvrit, la troupe de nobles était toujours plantée dans l'embrasure de sa porte.

— Qu'est-ce que vous voulez, tous ? Vous avez pris racine ?

— Prin... Madame Yoake, se reprit un conseiller, vous devez assister aux cérémonies funèbres qui se tiendront cet après-midi. Pour respecter le protocole, vous devez quitter ces couleurs gaies pour endosser le noir du deuil...

Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Yoake n'avait même plus la force de tempêter comme à son habitude. Elle posa sur l'imprudent un regard bleu flamboyant et cerné.

— Ma sœur chérie est morte. Ma meilleure amie a été sauvagement assassinée. Ma mère s'est suicidée ce matin au bout de ce couloir. Ma vie est détruite, mon avenir sombre et incertain. Et vous me reprochez de porter le rouge du deuil layash ? Vous faites une fixette sur ma tenue ? Vous m'importunez pour me parler chiffons ‽

Silence.

— Comme je l'ai dit, je respecterai la volonté de la Reine. Je gouvernerai seule. Sans conseiller, déclara-t-elle posément. Ce qui signifie que je n'ai plus besoin de vous.

Ces derniers échangèrent des regards perplexes.

— Vous êtes tous, sans exception, démis de vos fonctions. À présent, sortez, et que je ne vous revoie plus jamais, sauf si vous voulez que je rétablisse la peine capitale à Suna. Ma mère ne veut pas que je sois la Reine ? Fort bien. Je serai donc l'Impératrice. Yoake l'Impératrice, première du nom.

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