Deux flammes vacillantes

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La traversée du vortex magique n'avait duré qu'un instant, mais ces quelques secondes s'égrenant au rythme du vent balayant le désert prirent des allures d'éternité aux yeux d'Iro et Tenshi.

Au loin, elles aperçurent une lumière miroitante. Leurs têtes s'alourdirent, et leur vue s'assombrit. En leur for intérieur, elle pensèrent : "Ça pourrait être le paradis ou l'enfer."

Lorsque la fracture spatio-magique se referma derrière elles, Iro prit conscience de la risibilité de cette réflexion.

L'endroit où l'archère, l'herboriste et l'esprit se tenaient à présent était loin de mériter la dénomination d'enfer – non, c'était un euphémisme.

Rien ne pouvait décrire l'horreur du lieu, si ce n'est la chaleur insoutenable qui y régnait et le ronflement des démons calcifériens.

Rouge. Mordoré. Brûlant. Nuancé. Terrifiant. Fascinant. Mortel. Agressif. Âcre. Piquant. Rugissant. Frénétique. Dévorant. Insatiable. Mais par-dessus tout, ardent. Écarlate. Comme le sang de Yoake sur la lame.

Tenshi s'effondra. Cette vision faisait saigner son cœur et ses poumons comme jamais.

Perdue au milieu de la fournaise, Iro chercha du regard Itami, qui devait la soutenir. Mais celui-ci avait disparu parmi les taillis embrasés et s'était fondu dans les arbres ravagés par les flammes.

La fumée chargée de cendres et de particules lui arracha des larmes et le fond de la gorge. Elle toussa sèchement, ses voies respiratoires déjà irritées et douloureuses.

Les yeux plissés, elle s'accroupit pour tenter de ranimer son amie, que sa force et son caractère inépuisable avaient abandonnée face à ce spectacle macabre. Elle ne luttait même plus contre l'incendie, c'était un combat qu'elle savait perdu d'avance. Comme une poupée sans volonté, elle gisait, immobile, sa poitrine se soulevant faiblement ; elle dodelina infimement de la tête lorsque l'herboriste courageuse, alertée par son déclin rapide, la hissa sur son dos et fit quelques pas hésitants.

Sa constitution physique ne lui permettrait probablement pas d'aller bien loin, mais au moins, elle aurait essayé. Elle lui devait tant... Tenshi, la princesse tenace et audacieuse l'avait empêchée de sombrer dans le désespoir, en échange de sa confiance et de son amitié. Iro lui vouait une amitié indéfectible et l'aimait comme une sœur. Sans doute Tenshi avait-elle essayé de remplacer provisoirement auprès d'elle Renai, qui aurait dû être là, à sa place, à l'aider et à lui sourire au quotidien. Sans doute Iro avait-elle jeté inconsciemment son dévolu sur l'archère pour qu'elle joue le rôle de la famille dont elle ne parvenait pas à se souvenir. Sans doute avaient-elle joué le jeu de Hirameki, et les avait-elle conduites toutes les deux à la mort en voulant les sauver.

Mais ces interrogations poignantes et cruelles, ces doutes s'instillant dans son âme à chaque pas laborieux qu'elle faisait vers un hypothétique havre de paix, tout ceci n'était rien face à sa détermination inflexible.

Le monde autour d'elle s'effaçait progressivement : les tisons crépitants, les feuilles desséchées explosant sous la chaleur, les cendres brûlantes sillonnant les airs, les troncs semblables à des torches, les vapeurs mortelles et suffocantes, le sol blessant ses pieds à travers ses chaussures, les cloques se formant sans cesse à la surface de sa peau, ses poumons à bout, sa bouche aride comme le désert ; elle n'y accordait plus aucune importance.

Mourrait-elle ? Plus que probable. Aucune accalmie en vue.

Tenshi aussi ? Si ça n'était pas déjà fait.

Quel cynisme. Elle-même était abasourdie par ses pensées.

Dans sa main droite, son bâton, confié par Kagome. L'arc était toujours lié à la paume de la princesse, la dague réceptacle pendait à sa ceinture.

"Que fout Itami ? Par cette chaleur, l'arme risque d'être abîmée !"

Des larmes de fièvre et d'imuissance roulèrent le long de ses joues meurtries et charbonnées.

La rage l'habitait. La rage de vivre. Une rage plus ardente et dévastatrice que cet incendie.

Malheureusement, une telle furie intérieure, quoique puissante, n'avait aucune chance de les tirer d'affaire.

"Quelle médecin pitoyable je fais... Incapable de sauver les autres, et encore moins de me sauver moi-même."

Son corps rendit les armes et plia face à l'ennemi, disgrâce suprême pour son âme qui, seule, bataillait farouchement pour leur vie.

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