Dans la neige

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— J'ai faim.

Un grand silence succéda à cette déclaration, meublé par les bruits de pas étouffés par la neige.

Trois silhouettes se détachaient sur le paysage opalin, petite colonne se mouvant rapidement à travers la plaine recouverte d'une épaisse couche de neige immaculée ; la plus petite du groupe marchait résolument en tête d'un pas alerte. Elle était suivie d'une jeune femme plus courte que la moyenne qui ne faisait aucun effort pour dissimuler son ennui et sa soif de meurtre ; enfin, le dernier, qui les dépassait toutes deux de plusieurs têtes, fermait la marche et gardait la tête haute, comme pour pallier à sa démarche hésitante et mal assurée.

— J'ai faim, réitéra-t-il pour la dixième fois depuis leur départ quelques heures auparavant.

La meneuse et paradoxalement la plus jeune d'entre eux fit la sourde oreille et poursuivit son chemin, ses courts cheveux d'améthyste soulevés par le vent glacé qui sifflait à leurs oreilles depuis plusieurs jours.

Ils devaient s'estimer heureux que le blizzard soit tombé. Cette sempiternelle complainte qui leur faisait rougir les oreilles et les laissait transis à chaque fois que la jeune meneuse leur accordait un instant de répit commençait à les éreinter.

— Tu es aussi sourde qu'Awa, ma parole ! reprit Kura, impatienté. Hé ! Haruka !

— Pour toi, ce sera mademoiselle Haruka, répliqua cette dernière sans ralentir, d'un ton aussi glacial que le vent. Que veux-tu à la fin, tu m'agaces avec tes jérémiades !

Awa garda le silence, n'ayant pas réalisé de ses deux compagnons et ennemis mortels discutaient plus ou moins calmement.

— Je me permets de vous faire part de l'insatisfaction de mon estomac qui réclame de quoi se sustenter, sans quoi son détenteur ne pourra vous garantir qu'il ne laissera pas par inadvertance une psychopathe située derrière vous vous trancher la gorge sans état d'âme. Mademoiselle Haruka, ajouta-t-il d'un ton moqueur.

Haruka soupira ostensiblement et pila net. Awa, qui regardait ses pieds en méditant sur la perte de son jitte la percuta, ainsi que Kura, qui avait entendu trop tard le bruit avertisseur.

— Qu'est-ce qu'il te prend de piler comme ça sans prévenir ?

— Arrête de m'enguirlander, je n'y suis pour rien ! riposta Awa en le fusillant du regard.

— Silence ! leur intima Haruka en leur faisant une double prise d'aïkido qui les envoya au sol sans qu'ils aient pu opposer la moindre résistance.

Kura l'entendit farfouiller dans le sac à dos qu'elle ne quittait jamais, jusqu'à ce qu'elle en sorte une boîte métallique. Le bruit caractéristique de son ouverture ne lui échappa pas, de même que celui de deux feuilles de papier frottées ensemble.

Haruka ne prononça pas un mot pendant tout le processus, pourtant Kura sentit que quelque chose se produisait, un événement incroyable qu'il avait appréhendé depuis qu'il avait fait sa connaissance le jour où le blizzard les avait forcés à se réfugier dans une cavité, et où sa prétendue intuition lui avait permis de découvrir du bois là où, logiquement, il aurait été impossible d'en trouver, puisque aucun arbre ne poussait.

Il ne voyait pas, mais pouvait percevoir avec ses sens restants et son imagination fertile la magie qui imprégnait l'air autour de Haruka, et l'effort qu'elle fournissait pour effectuer le sort.

La tension retomba, et Kura devina que la magie avait fait son œuvre.

— Où est la bouffe ? demanda-t-il en tâtonnant devant lui pour se relever.

— Dans ton...

— Attention ! cria Kura, tant pour empêcher Haruka de finir sa phrase, ce qui fut un geste fort heureux de sa part, sinon le présent livre n'aurait pas pu être édité dans la catégorie jeunesse (NdE) que pour la prévenir d'un danger imminent.

Il parvint de justesse à agripper sa cheville et à la faire tomber le nez dans la neige. Awa suivit le mouvement, légèrement perturbée par sa surdité qui devenait sérieusement handicapante dans ce genre de situation.

Ils attendirent ainsi quelques instants, le cœur battant à la chamade.

Finalement, Haruka poussa Kura du coude et chuchota :

— Qu'est-ce qu'il y a ? Où est le danger ?

— Ah, ça, rien, j'avais juste envie de te faire bouffer neige !

— Espèce de...

— Les gars, loin de moi idée de vous interrompre dans votre conversation amicale, mais je crois qu'on a vraiment des ennuis, les avertit Awa d'une voix où transperçait sa nervosité.

Haruka fit volte-face dans la direction indiquée, et fut frappée de lire de la peur dans les prunelles de l'assassin, si sereine et sûre d'elle d'ordinaire.

Son comportement avait beaucoup évolué depuis leur arrivée sur le glacier ; sa surdité inexpliquée la mettait en danger et remettait en question tout ce qu'elle avait appris durant sa vie, elle qui s'était toujours reposée sur son ouïe fine pour se tirer de n'importe quelle situation. Auparavant, jamais Awa ne se serait couchée par crainte de projectiles ; elle serait restée bien droite et aurait même pu les esquiver de dos sans difficulté ; elle n'aurait pas cédé un pouce de terrain, ni accordé à son adversaire le plaisir de voir ses craintes ; elle l'aurait défié du regard sans sourciller, comme pour le narguer.

Haruka ne ressentait pas beaucoup d'empathie pour elle, mais elle prit toutefois conscience qu'Awa était désormais aussi vulnérable que Kura, surtout en cas d'affrontement. Jamais elle ne se serait imaginée prendre sa défense, parce qu'elle pensait encore qu'elle n'aurait pas besoin de le faire, et aussi parce qu'elle la détestait cordialement. Cependant, voir la tueuse ainsi réduite et nerveuse lui avait retourné le cœur, et elle ne pouvait la laisser se faire tuer sans rien faire.

"J'ai encore un objectif à atteindre, la solitude serait bien pesante, même si ces deux-là ne sont pas les compagnons rêvés..."

Sa décision prise, elle alla se poster entre Kura, Awa et la silhouette qui s'approchait d'eux, une épée dénudée à la main.

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TeddieSage
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