L'aveugle et la sourde

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Il avait froid ; le vent lui mordait la peau. Immobile, désorienté, angoissé ; pour la première fois de sa vie, il se sentait vulnérable, et avait peur, peur de l'inconnu, peur de ce qui l'entourait.

Le hurlement du vent l'empêchait d'entendre clairement, mais il lui semblait que les bruits de bataille de taisaient.

Il tressaillit au contact d'une main qui se posa sur son épaule.

— N'aie pas peur, je ne te veux pas de mal.

La voix était amicale et chaleureuse, il se détendit légèrement.

— Comment t'appelles-tu ?

— Kura. Et toi ?

— Je suis Haruka. Enchantée !

— Où sommes-nous ? demanda Kura, tout en redoutant la réponse.

"Vu le froid, ce ne doit pas être Kaishinju..."

— Mets tes lunettes et regarde autour de toi ! Ce n'est pas compliqué, non ?

— Oui, c'est vrai ! Alors, voyons voir...

Kura avait du mal à dissimuler sa surprise : cette Haruka n'avait rien remarqué ? Il devrait jouer le jeu, cela vaudrait mieux pour lui qu'elle n'en sache rien...

— Kura, l'interrompit Haruka.

Malgré le ton impérieux, il sentit une pointe de compassion et d'empathie percer dans sa voix. Elle mit une main sur ses yeux.

— Tu es aveugle, n'est-ce pas ?

Elle était plus perspicace qu'il ne l'imaginait. Pourquoi avait-elle feint de ne pas s'en être rendu compte plus tôt ? Pour la tension mélodramatique ?

Il baissa la tête.

— Oui, j'imagine, admit-il à contrecœur.

La main tiède de Haruka saisit la sienne et le força à se relever. Il chancela tout d'abord, avant de trouver son équilibre. Il remercia intérieurement Eriko de l'avoir incité à s'entraîner à se mouvoir dans les ténèbres ; ces exercices apparemment inutiles lui faciliteraient la tâche, maintenant qu'il en avait besoin.

"Mais tout de même, je me demande bien ce qu'il s'est passé... J'étais avec l'herboriste et tout à coup, le noir..."

— Nous sommes sur un glacier et pris par une tempête de neige, lui apprit Haruka. Si nous ne bougeons pas, nous allons mourir de froid. Je vois que tu as posé ton manteau à côté de toi, tu ferais mieux de le mettre.

Kura tâtonna dans la neige jusqu'à mettre la main dessus. Il hésita un instant avant de l'enfiler.

— Toi, ça va ? Tu as quelque chose de chaud ?

— Ah, oui, mais je l'ai donné à la fille qui voulait te tuer tout à l'heure. Awa, si je me souviens bien...

— Me tuer ‽ Pourquoi ça ? Je la connais même pas !

Il réfléchit une seconde, avant de poser la question qui le dérangeait depuis un moment.

— Mais qu'est-ce qu'on fait là, d'ailleurs ? J'étais à Kaishinju en train de sauver une gamine pour la deuxième fois de la journée, et tout à coup je me retrouve pris dans un blizzard avec une folledingue qui veut me tuer sans raison et l'autre...

Il s'arrêta, ne sachant pas trop comment finir sa phrase laissée en suspens.

— Je n'en sais rien, lui répondit Haruka.

Kura l'entendit s'éloigner, et son cœur bondit sous l'effet de la panique.

— Attends ! Ne me laisse pas tout seul ! hoqueta-t-il, avouant sa propre faiblesse.

— Tu as peur ?

Bien qu'il ne puisse pas voir l'expression de Haruka à cet instant, il s'imaginait très bien un petit sourire moqueur flottant sur ses lèvres.

— Viens par là, guide-toi à ma voix.

— Facile à dire, ce vent est assourdissant !

— Voilà, c'est ça. Stop !

Trop tard. Kura avait déjà trébuché sur un obstacle de nature inconnue.

— Vous passez votre temps à vous marcher dessus ! C'est amusant, ça !

Kura se releva rapidement, embarrassé, en s'essuyant les mains du liquide poisseux dont elles étaient imprégnées.

— C'est malin, tu lui as rouvert ses blessures ! Elle a les bras tout entaillés, fais un peu attention ! lui reprocha Haruka. Mais qu'est-ce qu'elle est belle ! s'émerveilla-t-elle ensuite. Du moins, quand elle dort.

— Quand elle dort ? releva Kura, perplexe.

— Oui, j'ai été - comment dire - obligée de l'assommer pour qu'elle se calme un peu. Elle tenait absolument à t'étriper - ça, ce n'est pas mon problème. Le truc, c'est qu'elle était persuadée que j'étais ta complice et voulait me faire subir le même sort. Très peu pour moi. Alors je l'ai mise hors d'état de nuire.

— Hm, je vois. Merci.

A ces mots, il déposa son manteau sur les épaules de Haruka - en fait, plutôt à côté de ses épaules -, et il tomba dans la neige dans un bruit. Kura le ramassa alors en toussant et visa juste cette fois-ci - Yato seul sait comment.

— Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda-t-elle, surprise.

— Je danse la salsa, ça se voit pas ? Non, tu en as plus besoin que moi, puisque tu as prêté ton manteau à l'autre folle. Pourquoi, d'ailleurs ? Elle n'entretenait pas plus d'amitié à ton égard qu'au mien...

— Eh bien, je... Je pensais qu'elle saurait peut-être me dire ce qu'il se passe, alors, pour ne pas qu'elle meure de froid, je lui ai prêté ma couverture... bafouilla-t-elle, prise au dépourvu.

— Ça va, ne t'inquiète pas. Haruka, je ne peux pas te voir, mais je sais que tu es une personne très gentille et généreuse. Petite, aussi.

Il lui tapota le dessus de la tête en souriant. Ce simple geste suffit à faire sortir Haruka de ses gonds.

— Hé ho, ça va ? Tu te prends pour qui ? Mon frère, peut-être ? Et je ne suis pas petite, je suis... Je suis jeune, voilà !

— Ah, voyez-vous ça ? Non, justement, je ne vois pas, marmonna-t-il pour lui-même.

— Et un peu de respect, on n'a pas gardé les cochons ensemble ! Pour toi, ce sera Mademoiselle Haruka, rajouta-t-elle d'un ton boudeur.

— Bien, Mademoiselle.

— Ne te moque pas de moi ! le prévint-elle. J'ai bien réussi à la mettre K.O., je pourrais très bien te faire la même chose.

— Elle est une adversaire si redoutable que ça ?

— Je pense que si elle n'avait pas été affaiblie par ses blessures, j'aurais eu plus de mal à la terrasser.

— Tu sais te battre ? Quel dan ?

— Je suis maître en aikidō et en kenjutsu.

Kura haussa un sourcil ; bluffait-elle, ou était-elle sérieuse ? Impossible de trancher, aucune fierté n'était perceptible dans sa voix neutre.

Soudain, une idée traversa son esprit en fusion. Il voulut la chasser, étant trop irréaliste et dangereuse si elle s'avérait exacte ; mais elle revenait insidieusement et l'empêchait de se focaliser sur autre chose.

— Tu as bien dit qu'elle s'appelait Awa ? demanda-t-il brusquement.

— Mademoiselle Haruka.

— Mademoiselle Haruka, concéda-t-il en soupirant.

— De quoi tu parles au juste ?

— De la folle.

— Oui, c'est bien ça.

— Est-ce que tu pourrais la décrire un peu ?

— Je le savais !

— Quoi donc ?

Elle laissa échapper un petit rire entendu.

— Vous vous êtes marché dessus l'un l'autre, c'est un signe du destin !

— Ha ?

— Et tu n'es pas désintéressé, à ce qu'il me semble... insinua Haruka.

— Arrête de sourire bêtement, ça n'a rien à voir ! Ou plutôt, si, mais pas dans le sens auquel je pense que tu penses ! Ce serait même le contraire, si c'est ce que je crains...

— Bien sûr, ils disent tous ça.

— Tais-toi et décris vite. Mademoiselle Haruka, ajouta-t-il rapidement.

— Hmf. Elle n'est pas très grande, mais déjà plus que moi. Elle a les yeux bleus, les cheveux courts et noirs, porte un anneau à l'oreille gauche et une bague à la main droite. Elle ne possède pas d'arme à part des ashiko, son fourreau contre le mollet est vide. Qu'est-ce que tu as ? interrogea-t-elle en voyant Kura pâlir au fut et à mesure qu'elle parlait. Elle te plaît tant que ça ?

— Mettons les choses au clair : cette fille, Awa donc, essaie de me tuer depuis qu'on s'est rencontrés - et vice-versa, bien entendu.

— Ah, je sais ! Tu es un stalker, c'est pour ça ! C'est vrai que tu as l'air louche... Mais donc, ce serait un amour non réciproque ?

— Puisque je me tue à te dire que ce n'est pas ça !

— Alors explique-toi clairement.

— Une dernière vérification : elle avait bien un air de démente et de psychopathe assoiffée de sang ?

— Maintenant que tu le dis...

— D'accord, maintenant je suis fixé. Je vais te raconter, ça ne remonte pas à très longtemps. C'était hier, en fait.

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Salut. Moi c'est Danny ou si vous préférez, Teddie. Pour une présentation plus complète, lisez le premier article. Je tenais juste à vous remercier d'avoir pris la peine d'ouvrir cette page, au cas ou vous souhaitiez mieux me connaître.

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Les commentaires et annotations sont fermés. S'il vous plaît, ne faites pas trop attention aux nombreuses fautes et répétitions. Je n'écris pas tout ça dans le but de le faire éditer. Si vous souhaitez communiquer avec moi, je vous prie de le faire en privé. Je ne vise personne dans mes propos, je parle surtout de manière générale. Par contre, parfois je n'aurais pas le choix de répondre indirectement à des questions qu'on me pose, afin que certaines personnes puissent comprendre mon opinion sur certaines choses. En général, je ne mords pas.

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