Piña-colada et cocktail molotov

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Awa fut agressée par un vent polaire violent et silencieux qui la fit frissonner, mais pas reculer. Elle s'avança résolument vers l'extérieur du bâtiment où elle s'était vue confier une quête étrange : retrouver les Couverts Durs Cassés pour sauver le monde, ou quelque chose du genre.

Elle posa les pieds sur une surface molle et froide ; de l'eau s'infiltra dans ses mocassins en toile et lui gela les orteils. Le souffle chargé de flocons lui fouettait les cheveux et coupait sa peau comme un rasoir. Ses bras nus furent bientôt à vif et ses joues engourdies, mais elle ne broncha pas. Son haleine tiède se cristallisa avant d'être emportée par le blizzard sans pitié.

L'assassin observa l'endroit où elle venait d'arriver, surprise qu'une contrée aussi inhospitalière se trouve aussi près du désert de Suna : de la neige à perte de vue, c'est-à-dire dans un rayon de trois mètres autour d'elle.

Afin de ne pas geler sur place, Awa commença à marcher au hasard ; si elle s'était retournée, elle aurait vu que la porte qui lui avait permis d'accéder à ce lieu avait disparu sans laisser de trace.

Elle n'essayait même pas de se réchauffer, car elle avait suffisamment d'expérience pour savoir que ce serait en vain. Après tout, elle avait grandi dans un village perdu au milieu des Atsuyama, à la frontière septentrionale de Suna ; là-bas, la neige ne fondait jamais. La jeune fille avançait un pas après l'autre, péniblement car déjà éprouvée par la marche dans le désert, où elle s'était déjà effondrée plusieurs fois. Ses chevilles s'enfonçaient dans la neige cotonneuse, le vent acéré la forçait à fermer les yeux, si bien qu'elle ne voyait pas où elle allait - ça lui était bien égal de toute façon.

Soudain, elle rencontra un obstacle, perdit l'équilibre et tomba le nez dans la neige.

— Mais c'est pas un peu fini, oui ? C'est la deuxième fois aujourd'hui qu'on me fait un croche-pied ! rouspéta-t-elle, exaspérée.

Elle se retourna pour voir ce qui était la cause de sa énième chute.

Des paupières aux fils gelés se soulevèrent pour révéler des iris opalescents, encadrés par des mèches ocrées.

Awa écarquilla les yeux, puis, reprenant sa contenance, reprit d'un ton glacial comme le vent, avec un regard sans équivoque :

— Je vais te buter.

Au moment où elle s'apprêtait à dégainer son jitte pour assouvir sa soif de vengeance, une prise d'aikidō bien placée la fit basculer en arrière, tandis qu'une poigne de fer la plaqua au sol.

Awa, prise au dépourvu, ne put se défendre ; elle n'avait pas entendu arriver ce deuxième adversaire, sûrement le même complice qu'à Kaishinju. Cela la perturbait, car elle avait l'ouïe très fine et s'était toujours reposée sur cet atout pour prévoir les déplacements de ses ennemis. Elle avait dû se laisser distraire, voilà tout.

Une tête fit son apparition dans son champ de vision, probablement celle de l'acolyte. L'autre n'avait pas bougé, toujours immobile dans la neige avec une expression hagarde.

De grands yeux bleus intelligents qui la fixaient durement, de courts cheveux violets, des pommettes rosies par le froid ; autant de force était étonnante chez une adolescente d'apparence frêle. Awa fit la moue ; elle s'attendait à quelque chose de plus imposant, qu'elle prendrait plaisir à combattre et à tuer. Une gamine n'avait aucun intérêt, du menu fretin indigne d'une assassin de son rang. Elle se renfrogna.

Elle voyait les lèvres de la complice s'agiter, mais aucun son n'atteignait ses oreilles, probablement couvert par la furie du vent incessant. Elle se concentra pour écouter.

"Peut-être que c'est intéressant."

Rien.

Une expression indéchiffrable se peignit sur son visage peu amène, en chassant toute haine et dégoût.

— Je n'entends pas le vent... Je le sens et je le vois, mais je ne l'entends pas, murmura-t-elle, le souffle court.

Elle vit un éclair de surprise passer sur le visage de sa détentrice, qui relâcha un instant sa prise sur ses bras. Awa en profita pour se dégager et s'éloigner de quelques pas. Cependant, autre chose la préoccupait : elle n'entendait pas non plus sa propre voix. Elle n'avait pas entendu la gamine arriver, ni la réponse du traître, ni le vent. La vérité s'imposa brutalement à elle, réduisant à néant des espérances de survie.

— Gourde ! Je suis gourde ! cria-t-elle à l'intention de personne en particulier.

Elle avait juste besoin de hurler à la face du monde, de laisser une preuve fracassante de son passage. Défoncer les tympans des autres, à défaut des siens, parce que c'était la seule chose qui lui venait à l'esprit.

Avec un tel handicap, Awa savait qu'elle était condamnée ; elle n'avait plus aucune chance de sortir vivante des innombrables traquenards qui parsemaient la route des assassins. Elle s'attendait à ce que la complice du traître en profite et l'achève sur le champ, mais celle-ci s'était arrêtée net dans son mouvement.

Elles restèrent ainsi figées à s'observer, Awa avec défiance, l'autre songeuse.

Finalement, elle de remit à parler, mais très lentement.

À sa grande surprise, Awa parvint à déchiffrer les mots sur ses lèvres, avec quelques approximations.

— Awa, répondit-elle dubitativement.

La gamine sourit et dit un autre mot qu'Awa ne comprit pas. Elle fronça les sourcils ; alors, l'autre s'accroupit dans la neige et y traça des caractères. Awa, refusant de s'approcher de celle qu'elle considérait toujours comme une ennemie, plissa les yeux et lut : "Haruka".

— Haruka ? C'est ton nom ?

La gamine acquiesça doucement en se détendant.

— Eh bien, miss Haruka, tu ferais mieux de faire tes primevères avec l'autre imbécile à lunettes là-bas, parce que vous m'avez mise de très mauvaise humeur, reprit Awa avec une lueur de rage et de folie dans le regard.

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TeddieSage
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Salut. Moi c'est Danny ou si vous préférez, Teddie. Pour une présentation plus complète, lisez le premier article. Je tenais juste à vous remercier d'avoir pris la peine d'ouvrir cette page, au cas ou vous souhaitiez mieux me connaître.

Ce blog n'est pas tout le temps joyeux. La vie m'a rendu malade, mais le confinement est en train de m'achever. Ceci sont mes confessions les plus intimes et je m'ouvre à vous, dans l'espoir de rejoindre quelqu'un qui aussi souffrirait en silence. Bienvenue dans mon cerveau. Vous trouverez parfois des passages légers, mais cet ouvrage se veut avant tout thérapeutique.

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