Un écho lointain

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Une image floue se dessina devant ses yeux, et la lumière soudaine lui agressa la rétine.

Elle se tenait dans une maison aux murs de pierre et au toit d'ardoise. Un feu crépitant dans l'âtre diffusait sa douce chaleur dans ce qu'elle devinait être la pièce à vivre. Assise non loin, une femme aux cheveux roux et frisés lisait son journal avec attention ; au-dessus, des légumes grésillaient dans une poêle, retournés régulièrement par un homme blond et aux joues mangées par une courte barbe. Aucun de leurs visages n'était distinct, ce qui les enfermait dans l'anonymat, les destinant à être oubliés. Dans un coin de la pière se trouvait un berceau vide, symbole d'un bonheur perdu.

Elle s'en approcha pour voir s'il avait été occupé récemment et voulut retourner la couverture ; sa main la traversa comme s'il avait été immatériel.

Avant qu'elle eusse le temps de se poser des questions, une nouvelle personne fit irruption dans la pièce : une petite fille d'environ sept ans, ses nattes blondes volant derrière elle et ses yeux violets pleins d'intelligence et pétillant de vie. Étrangement, ses traits, loin d'être brouillés comme ceux des deux adultes, étaient détaillés avec une extrême précision, des vêtements qu'elle portait jusqu'à la moindre tache de rousseur.

Elle descendit en trombe les escaliers depuis l'étage et se précipita vers la porte d'entrée, toute emmitouflée dans un gros manteau fourré et un bonnet enfoncé sur son front.

— Papa, Maman ! Je sors jouer avec Yayū !

— Tu t'es bien couverte ? Il fait froid dehors, lui rappela sa mère en levant les yeux de son journal.

— Oui oui, ne t'inquiète pas !

— Et faites bien attention, ne vous approchez pas de la mer, et n'allez surtout pas dessus, même si elle est gelée ! renchérit son père.

— Rho la la, ça va, je ne suis plus un bébé, râla la gamine en faisant la moue.

— Amusez-vous bien ! À tout à l'heure, Kodama !

La lumière se fit dans son esprit lorsque ce mot atteint ses oreilles : c'était elle, la petite fille énergique qui venait de sortir, elle, Kodama ! Cette vision fantômatique n'était autre qu'une réminiscence de son propre passé. Mais alors... Elle réalisa ce que cela signifiait.

Oui, elle se rappelait de ce jour d'hiver, ce jour où elle avait une fois de plus perdu le contrôle de ses pouvoirs, ce jour où elle avait commencé à souhaiter ne jamais être née...

Si seulement elle pouvait l'empêcher, changer le cours de cette journée fatidique, alors...

S'agripant à cette pensée comme à une bouée de sauvetage, Kodama se suivit elle-même, ce qui constituait une expérience intéressante mais profondément déstabilisante. Elle pouvait anticiper le moindre de ses mouvements, la moindre de ses paroles ; tout était gravé dans sa mémoire, cicatrice indélébile qui marquait la fin de son enfance et, en même temps, de son bonheur.

Elle se vit jouer avec Yayū, petit garçon de son âge aux cheveux blond vénitien. Son visage était, lui aussi, flou, comme errodé par le temps.

Fatigués et affamés, les deux enfants prirent ensuite le chemin de la plage, fermement décidés à y trouver leur repas malgré l'interdiction.

Kodama cria à la petite fille de ne pas laisser Yayū monter sur la glace fine et fragile qui recouvrait la mer, mais sa voix se perdit dans le vent marin ; nul ne la voyait ni ne l'entendait, ce n'était qu'une vision où elle n'avait aucune possibilité d'action.

La petite Kodama et Yayū, dans leur insouciance enfantine, avaient mis au point une stratégie qui leur semblait imparable pour pêcher : grâce à sa capacité à influencer les pensées, Yayū forçait les poissons à remonter à la surface, tandis que Kodama faisait fondre la glace en manipulant le feu. Elle avait déjà fonctionné plusieurs fois pour le plaisir de leurs papilles, seulement, l'hiver touchait à sa fin, et la mer commençait doucement à reprendre son mouvement perpétuel.

Kodama ferma les yeux en comptant dans sa tête les secondes jusqu'à ce que l'incident se produise. Quand elle les rouvrit, Yayū était dans l'eau gelée et gesticulait pour ne pas succomber au froid et se maintenir à la surface. La fillette, paniquée, le regardait lutter contre l'engourdissement, alors que ses forces l'abandonnaient. Elle était tétanisée par la peur et la surprise, ne savait pas comment réagir et le fixait, les yeux écarquillés et la bouche frémissante..

— Fais quelque chose, cracha Kodama en serrant les dents, donne-lui la main, n'importe quoi, mais ne fais pas ça !

La magicienne hurlait, tempêtait, tentait d'aider elle-même le petit garçon qui n'allait pas tarder à mourir, mais en vain ; le passé ne pouvait être changé, et elle se résigna à cette idée. Elle attendit donc la suite des événements, le cœur gros, car elle savait pertinemment la fin de l'histoire.

La petite Kodama, qui ne maîtrisait pas encore suffisamment sa magie des éléments, fut submergée par ses émotions négatives. Peur, panique, angoisse firent sauter les derniers liens qui scellaient son pouvoir instable.

Il y eut alors une explosion de puissance, matérialisée comme une immense vague destructrice, et qui faisait écho à la détresse de la fillette aux tresses blondes.

L'onde dévastatrice, invoquée depuis la haute mer, se dressa soudain devant elle, menaçante, avant de s'abattre sur la côte. Quelques secondes plus tard, le village de pêcheurs fut rayé de la carte, et les derniers débris de maisons engloutis à jamais par l'océan déchaîné.

Kodama enfouit son visage dans ses mains ; une blessure dans son cœur s'était rouverte. Elle avait tout fait pour ne plus y penser, et surtout, pour empêcher qu'une pareille catastrophe se reproduise à cause d'elle.

"Tout est de ma faute..."

Dans les journées qui suivirent, on put lire dans tous les journaux du continent :

"19 mars 263 : Hakaitekina Nami, la vague destructrice.

Le village de Hamaryū entièrement rasé par un tsunami d'origine magique, le pire depuis plus de deux siècles. Pas de survivants à l'exception de deux enfants, dont un dans un état critique. L'Impératrice Yoake Tanjun Nayami s'est rendue sur les lieux du drame pour rendre hommage aux quelques 563 victimes."

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TeddieSage
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Salut. Moi c'est Danny ou si vous préférez, Teddie. Pour une présentation plus complète, lisez le premier article. Je tenais juste à vous remercier d'avoir pris la peine d'ouvrir cette page, au cas ou vous souhaitiez mieux me connaître.

Ce blog n'est pas tout le temps joyeux. La vie m'a rendu malade, mais le confinement est en train de m'achever. Ceci sont mes confessions les plus intimes et je m'ouvre à vous, dans l'espoir de rejoindre quelqu'un qui aussi souffrirait en silence. Bienvenue dans mon cerveau. Vous trouverez parfois des passages légers, mais cet ouvrage se veut avant tout thérapeutique.

Les commentaires et annotations sont fermés. S'il vous plaît, ne faites pas trop attention aux nombreuses fautes et répétitions. Je n'écris pas tout ça dans le but de le faire éditer. Si vous souhaitez communiquer avec moi, je vous prie de le faire en privé. Je ne vise personne dans mes propos, je parle surtout de manière générale. Par contre, parfois je n'aurais pas le choix de répondre indirectement à des questions qu'on me pose, afin que certaines personnes puissent comprendre mon opinion sur certaines choses. En général, je ne mords pas.

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