Couleur, Blanc, Vide

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La tête vide. Comme si le livre de sa vie avait été effacé et qu'il ne restait rien d'autre qu'une page vierge. Le curseur en haut à droite clignotait avec la régularité d'un pendule, attendant des instructions qui ne venaient pas.

Elle cligna des yeux plusieurs fois. "Rien." À quoi pensait-elle ? "À rien." Où était-elle ? "Aucune idée." Que faisait-elle juste avant ? "Rien de spécial." Qui était-elle ? "Aucune importance."

Elle marqua un temps d'arrêt dans le train de ses réflexions et retint sa respiration un bref instant. "Comment ça, aucune importance ? Je devrais bien savoir qui je suis..."

Justement. Elle avait beau chercher, il n'y avait rien, que du blanc. "Bizarre." Enfin, peut-être se trompait-elle, peut-être que tout était normal. Qu'est-ce qu'elle en savait ? Qu'est-ce qui lui prouvait qu'avoir un nom était monnaie courante ? "Rien." D'ailleurs, avait-elle un nom ? Et une famille ? Et que faisait-elle, où était-elle avant ? "S'il y avait un avant..."

Elle avait l'impression de s'éveiller d'un long sommeil sans rêve. Elle avait mal à la tête et se sentait... vide, au sens propre du terme.

Elle était assise sur une pierre plate surplombant une cascade bruyante, au milieu d'un torrent sans berges. Comment était-elle arrivée à cet endroit aussi dangereux ? "À la nage ?" Non, le courant était trop fort ; de plus, elle n'était pas mouillée.

Elle s'agenouilla au bord du rocher et se pencha au-dessus de l'eau tourbillonnante pour en sonder la profondeur. Son regard se perdit dans l'abîme infini.

"Mauvais signe."

Elle fut parcourue par un frisson, comme si l'idée de s'en approcher la répugnait ; ou peut-être en avait-elle plutôt peur, impossible de démêler l'enchevêtrement dense de ses sentiments.

Pour écarter ces sombres angoisses, elle se concentra sur son reflet déformé à la surface bouillonnante du torrent, sa peau brune, ses longs cheveux blancs, ses grands yeux noirs...

Elle fronça les sourcils. Les gens de son âge n'avaient pas les cheveux blancs ! Elle n'était pas si vieille que ça, du moins il ne lui semblait pas, si ? D'aussi loin qu'elle se souvienne - ou pas -, seules les personnes âgées avaient les cheveux incolores !

"Alors pourquoi...?"

Elle n'avait pas de rides, était en forme, pourtant une chevelure neigeuse la narguait dans l'eau. Peut-être avait-elle les cheveux naturellement blancs, après tout.

"Comme pour le reste, qu'est-ce que j'en sais ?"

Elle prit une mèche entre ses doigts, l'amena à hauteur d'yeux et loucha dessus pour en avoir le cœur net. Des mots lui vinrent à l'esprit pour décrire ce qu'elle voyait et ressentait ; immédiatement, elle les traduisit dans un langage qu'il lui semblait naturel d'utiliser mais qui n'était pas sa langue maternelle.

— Blanche... Shiro, murmura-t-elle, incrédule. Iro Shiro Kokū.

Elle venait de prononcer ce qu'elle estimait être son nom, ce qui la définissait le mieux : couleur, blanc et vide, ce vide terrible qui s'imposait à elle et qu'elle ne pouvait combler.

— Iro Shiro Kokū, répéta-t-elle pour s'en convaincre, je m'appelle Iro Shiro Kokū.

Un titre enfin inscrit en haut de la page blanche de sa tête : son nom, la seule certitude à laquelle elle se raccrochait.

— Ravi de l'apprendre, chère Iro. Cet auto-baptême témoigne d'une grande profondeur d'esprit, déclara une voix masculine où transperçait l'ironie.

Iro sursauta et se retourna vivement pour dévisager son interlocuteur, que l'apparition plus qu'improbable du fait de l'isolement du rocher avait effrayée.

— Permettez-moi de me présenter à mon tour, sourit-il doucereusement. Koebi Niji Hirameki, Garant du Royaume de Suna et soutien de Sa Majesté Yoake Tanjun Nayami, pour vous servir. Bien que tous ces noms vous soient complètement étrangers.

Elle mit un certain temps pour assimiler ces informations, et ne put s'empêcher de pouffer devant le nom du personnage imposant aux longs cheveux verts ondulant sur ses épaules et aux yeux gris étincelants.

— Comment vous sentez-vous ? Vide ? Nauséeuse ? Fatiguée ?

— J'ai la sensation d'avoir été réinitialisée, comme si rien n'avait jamais existé en dehors de ce caillou... Et pourtant, je sais pertinemment que c'est faux, c'est étrange, non ? ajouta-t-elle amèrement.

Elle leva la tête et s'aperçut qu'il la fixait intensément, et semblait très intéressé par ses propos.

— Où suis-je ? Que me voulez-vous, Monsieur Hirameki ?

Il pencha la tête et l'inspecta de la tête aux pieds sans répondre.

— C'est bien, vous serez parfaite pour faire la route avec elle...

— Elle ? Qui ? Répondez ! s'impatienta Iro.

— J'ai fait en sorte que vous gardiez connaissance de certaines choses, vos compétences médicales pourraient s'avérer fort utiles au cours du voyage... poursuivit Hirameki en l'ignorant.

— Compétences ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Mais de quoi parlez-vous, enfin ?

— À quoi sert l'achillée ?

— À traiter les troubles digestifs, ainsi qu'à favoriser la cicatrisation, d'où son surnom d'herbe aux coupures. Mais...

— Que signifie mon nom ?

Iro n'eut pas à réfléchir à cette dernière question, car le sens des mots lui parvenaient instinctivement.

— Crevette Arc-en-ciel Étincelle.

Si elle n'avait pas été aussi effrayée, elle aurait ri aux éclats, tant ce nom était ridicule.

— Parfait, tout a très bien fonctionné...

— C'est vous qui m'avez pris mes souvenirs ? Rendez-les moi ! Je veux savoir qui je suis ! cria Iro, au bord de la crise de nerfs.

Elle commençait à être agacée par l'attitude de cet homme qui la regardait de haut et lui posait des questions comme un scientifique analysant les résultats de son expérience. De plus, elle se sentait vulnérable, isolée sur un roc entouré d'une eau menaçante qui la terrifiait, et à la merci d'un inconnu qui se délectait de son angoisse.

— Vous désirez donc retrouver vos souvenirs, si j'en crois ce que vous dites.

Iro acquiesça lentement et fit subrepticement un pas en arrière ; c'était devenu chez elle une seconde nature que de reculer ainsi, elle en était persuadée. Elle sentit un nouveau frisson lui glisser insidieusement le long du dos, ses mains moites tressaillaient nerveusement. Son malaise croissait à chaque seconde passée sur cette pierre ; cet homme dégageait une aura malfaisante et conspiratrice dissimulée sous des bonnes manières affectées et une politesse hypocrite.

Elle rassembla son courage et, serrant les poings, elle trouva la force de le regarder en face, une réaction imprévue qui le déstabiliserait. Du moins, elle l'espérait.

— Et qui me dit que vous dites vrai, que vous avez mes souvenirs ? Si j'en ai... Je ne suis pas si naïve !

— Vous avez ma parole, répondit le dénommée Koebi.

— Si tant est que cette parole ait une quelconque valeur. Et puis, si c'est vous qui m'avez volé mes souvenirs, pourquoi accepteriez-vous de me les rendre ? C'est louche...

La suspicion d'Iro était justifiée ; cependant, malgré tous les scenarios les plus délirants qu'elle s'imaginait pour expliquer ce revirement, aucun ne lui semblait plausible.

Koebi déclara en posant sur elle un regard calculateur :

— J'aurais besoin que vous me rendiez un service, pas grand-chose...

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Salut. Moi c'est Danny ou si vous préférez, Teddie. Pour une présentation plus complète, lisez le premier article. Je tenais juste à vous remercier d'avoir pris la peine d'ouvrir cette page, au cas ou vous souhaitiez mieux me connaître.

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