Troubles nocturnes

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La silhouette referma la croisée et se suspendit au toit, comme elle était entrée, mais ses mains moites la trahirent. Elle dégringola jusqu'au sol, et ne bougea plus.

La jeune fille ouvrit les yeux, en sueur, et le cœur battant à tout rompre. Quel horrible cauchemar ! Et pourtant, il semblait si réel ; au fond d'elle-même, elle sentait que quelque chose ne tournait pas rond.

Depuis plusieurs jours déjà, ce malaise l'habitait ; tout avait commencé avec l'incendie de la maison d'un patient qu'elle visitait lors de sa tournée hebdomadaire. Les origines du feu, supposées accidentelles, étaient encore floues, mais elle soupçonnait pour sa part une tentative d'assassinat. Était-ce elle, la cible, ou madame Akane ? Elle l'ignorait, mais il était peu probable que l'octogénaire sans histoires ait été visée. Cependant, quand, quelques jours plus tard, un dessinateur de rue s'était installé devant sa boutique et l'avait surveillée toute la matinée, elle s'était doutée que sa présence avait un lien avec ces événements inquiétants. Elle avait feint de ne pas le remarquer, mais réfléchissait et l'observait tout en servant ses clients. Peu après midi, après qu'une belle jeune femme aux yeux bleus et froids lui a demandé de faire un apprentissage dans l'établissement médical qu'elle tenait avec Kaya, sa mère adoptive, il avait suivi cette dernière et tous deux avaient disparu.

Lorsque Kaya, qui lui enseignait l'art de soigner avec les plantes - le Gisō - avait ramené le garçon aux cheveux rouge foncé inconscient, elle en avait déduit qu'il était bien chargé de la protéger.

Elle avait aidé Kaya à le soigner ; la dose de sédatif qu'il avait reçue étant un peu trop forte, il n'avait pas encore rouvert les yeux. Grâce au talent des deux médecins, il était à présent hors de danger, malgré le poison puissant qu'il avait absorbé. Kaya lui avait donné pour seule explication qu'elle l'avait trouvé évanoui dans la rue, mais la jeune herboriste alerte avait repéré dans la nuque de son patient la piqûre infime caractéristique des fléchettes que sa mère adoptive utilisait pour endormir les animaux. Elle n'avait rien dit, mais était perplexe et se posait beaucoup de questions ; elle était réticente à en parler à son père car, si cela avait un lien avec Solan et sa mort, comme elle le supposait, cela ne ferait que raviver les blessures du passé, et il en souffrirait.

Sa mère, Solan Uchiki, était amirale dans la Marine Royale Suniane. Elle était morte en fonction lorsque sa fille avait deux ans, la laissant orpheline. Shio Tokage Uchiki, issu de la petite noblesse et poète-pêcheur, s'était remarié avec Kaya, gisōisha et médecin compétente. Comme ce dernier était souvent absent, un lien très fort s'était tissé entre elles, et Kaya avait élevé la gamine comme sa propre fille, en lui transmettant tout son savoir.

Mais depuis quelques temps, Kaya semblait soucieuse et était devenue moins bavarde que d'ordinaire. La jeune herboriste n'en laissait rien paraître, mais ce changement d'attitude impactait également son moral. Pour se distraire, elle s'était lancée dans l'étude des plantes dont les propriétés pouvaient être exploitées pour des cosmétiques. Elle s'était alors découvert un côté coquet et un goût pour les parfums, crèmes et masques de beauté. Désormais, elle passait tout son temps libre à élaborer de nouvelles formules et à les tester sur elle-même, avec des résultats plus ou moins concluants. Heureusement, Kaya trouvait toujours une solution pour corriger les effets parfois désastreux des trouvailles de l'apprentie-sorcière.

La jeune fille se leva, ses longs cheveux bruns dénoués lui tombant jusqu'au milieu du dos. Lentement, en faisant attention de ne pas faire grincer le plancher, elle alla à sa fenêtre, et écarta le rideau qui l'obstruait ; du haut du premier étage de la maison, elle pouvait apercevoir l'ancien palais des Garants, déserté depuis plus de cinquante ans par la famille la plus influente du pays après la lignée royale.

En voyant la nuit claire, la lune ronde et brillante, les étoiles lumineuses et innombrables qu'aucun nuage ne voilait, elle fut prise d'envie de monter les rejoindre. Pas physiquement, elle n'avait nulle désir de mourir et comptait bien profiter longtemps encore de cette vie qui lui avait été offerte ; elle voulait simplement s'en rapprocher, s'élever au-dessus des faîtes de la ville pour mieux admirer les astres radieux en cette nuit d'exception.

En chemise de nuit, elle descendit l'escalier qui reliait le premier étage, où elle habitait avec Kaya et son père, et le rez-de-chaussée, la partie boutique.

Toute ensommeillée qu'elle était, elle ne remarqua pas que le lit réservé aux blessés et où elles avaient installé le garçon pour la nuit, était vide.

Elle sortit par une porte donnant sur l'arrière de la maison, et qui abritait un petit jardin où elle cultivait ses herbes médicinales. Un autre escalier s'élançait depuis l'herbe humide et atteignait le toit du bâtiment, au-dessus du troisième étage.

Sans bruit, elle monta une à une les marches, jusqu'à poser les pieds sur la toiture aménagée en terrasse.

Un nuage avait éclipsé la lune, et l'obscurité s'était épaissie. Elle voulut avancer, mais se cogna à un obstacle qui n'était pas censé se trouver à cet endroit.

— Ha ! cria-t-elle en reculant, surprise.

Son pied ne rencontra que du vide et elle se pencha dangereusement en arrière, déséquilibrée. Une main attrapa fermement son bras et la tira en avant pour la ramener sur la plateforme.

— Fais attention, lui recommanda une voix masculine.

— Excusez-moi, fit-elle, un peu sonnée.

Malgré les ténèbres, elle sentit la personne qui l'avait sauvée lui sourire. Elle-même ne distinguait pas ses traits, mais elle était persuadée que lui pouvait la voir et l'avait parfaitement reconnue.

Alors, en gardant le silence, ils s'assirent côte à côte sur le toit et contemplèrent le ciel étoilé sans bouger ni parler, jusqu'à ce que l'aube les trouve endormis.

Non, en réalité cela ne s'est pas vraiment passé comme ça ; qui serait resté toute une nuit sans se poser la moindre question avec un inconnu qu'il ne voyait même pas ?

Voici donc ce qui s'était réellement passé après que l'herboriste eut manqué de tomber du toit, version beaucoup moins romanesque mais plus réaliste.

— Mer-credi ! Tu m'as fait peur ! s'écria l'obstacle en question. Mais qu'est-ce que tu fous là à une heure pareille ? À ton âge, ça dort les gamines !

— Ce serait plutôt à moi de poser cette question ! rétorqua cette dernière, à peine revenue de sa stupéfaction. T'es qui d'ailleurs ? On n'a pas gardé les cochons ensemble, il me semble !

En disant ces mots, elle avait une fois de plus commencé à battre en retraite pour mettre le plus de distance possible entre elle et l'inconnu.

Elle fut de nouveau rattrapée de justesse par celui-ci, alors qu'elle se rapprochait périlleusement du bord.

— Mais c'est pas possible, tu veux vraiment faire le grand saut, toi ! Tu me donnes du boulot, à attirer les ennuis comme une mouche les araignées !

Il se produisit comme un déclic dans l'esprit de l'herboriste, et elle écarquilla les yeux en réalisant que la personne qui squattait sur son toit était le garçon qu'elle avait soignée.

Elle n'eut pas le temps de réagir, car soudain elle se sentit nauséeuse, le vide s'installa dans sa tête, sa vision se troubla, et les sons devinrent lointains. Sans crier gare, elle s'effondra, et sombra dans la nuit infinie de l'inconscience.

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