La Reine des Elfes

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Awa se frotta le bas du dos et se releva en s'époussetant les vêtements. Elle avait mal à la tête et ses pensées étaient confuses, comme si elle émergeait d'un coma ou se réveillait après une soirée très arrosée.

Étrange, la veille, pourtant, elle avait...

Cette case de son cerveau était vide. Comme si rien ne s'était passé.

"D'autant plus suspect."

Elle secoua de nouveau ses habits et retira ses mocassins pour les vider du sable qui s'y était infiltré. Elle s'immobilisa, en équilibre sur un pied.

"Du sable ? Kaishinju a une plage de galets, pas de sable..."

Elle cligna plusieurs fois des yeux, sa vision étant encore un peu trouble. Du sable. Du sable à perte de vue.

"Rien d'anormal. Ou plutôt si, complètement anormal !" se rectifia-t-elle, reprenant pleinement ses esprits. "Aux dernières nouvelles, le désert de Suna ne s'est pas encore étendu jusqu'à Kaishinju !"

Et puis, même si c'était le cas, que diable irait-elle faire dans un endroit pareil ?

"Peu importe, rentrons à Kaishinju," se dit Awa sans plus creuser la question.

Elle fit un pas, puis un autre, vacilla, avant de s'effondrer la tête dans le sable ; elle était épuisée et incapable de marcher. Un nouveau mystère à résoudre, mais plus tard. Dans l'immédiat, se sortir de cette situation aussi incompréhensible que délicate était sa priorité.

Awa se remit sur ses pieds et commença lentement à cheminer dans la direction qu'elle estimait être l'est.

"Pas très peuplé comme endroit.

— Normal, c'est un désert," rétorqua en écho une voix dans sa tête.

Faisant la sourde oreille à son corps qui réclamait de quoi se sustenter à grands bruits, Awa erra dans l'erg de longues heures. Aucune ville en vue.

Ah, si, elle distinguait les tours de l'ancien palais des Garants de Kaishinju. Elle recompta, afin de s'assurer que le bâtiment était bien réel et ne s'éloignait pas au fur et à mesure qu'elle avançait.

"Trois." Le palais de Kaishinju en possédait cinq plus petites.

"Mais qu'est-ce que je fiche dans le désert de Suna à des kilomètres de Sashinju ?" se demanda-t-elle, exaspérée.

Tandis qu'elle réalisait qu'elle était égarée dans l'immense désert séparant Suna de Shikyū , Awa se sentit soudain soulevée dans les airs par une force invisible.

"Tiens, voilà que je vole." Plus rien ne l'étonnait.

Elle attendit la suite des événements, blasée. Après sa téléportation à trois cents kilomètres de chez elle avec une gueule de bois en n'ayant rien bu d'autre qu'une piña-colada la veille, elle était curieuse de découvrir ce que l'avenir lui concoctait.

Elle n'eut pas à patienter longtemps ; bientôt, les dunes de sable doré de Suna disparurent de son champ de vision, remplacées par les piliers d'un édifice à l'architecture étrange. Elle sentit avec soulagement la présence de la terre ferme sous ses pieds et étudia alors le lieu où elle avait été attirée.

Plus tard, elle décrirait comme "carrément bizarre mais plutôt bien foutue" cette perle de l'architecture suniane datant d'avant la fondation du royaume. Une longue allée encadrée par de larges colonnes soutenait un plafond en caissons peints de toutes les couleurs ; les murs en pierres errodées par le temps étaient percés de vitres teintes en vert, ce qui donnait à la pièce une apparence ancienne, glauque et fantômatique.

Awa se détendit en constatant qu'elle était seule et se mit alors à progresser vers le fond, là où la lumière était plus éparse. Ses pas résonnaient lugubrement sur le sol minéral. Elle ne se souciait pas d'éventuels pièges, et avançait vers les ténèbres au lieu de rejoindre la clarté comme toute personne sensée l'aurait fait.

Le jour se fit plus rare dans le couloir, jusqu'à disparaître totalement. Cela ne fit que renforcer la détermination d'Awa, qui tenait absolument à découvrir ce qui se cachait au bout du corridor. C'était sans compter sur ses jambes, qui refusèrent de la porter plus loin et l'abandonnèrent brutalement. Le bruit de sa chute se répercuta sur les parois sombres et glacées qui la cernaient.

Alors qu'elle tâtonnait pour se relever, ses mains rencontrèrent un objet mou et froid posé sur le sol à côté d'elle.

Awa plissa les yeux et parvint à distinguer une forme vaguement humaine ; un cadavre horriblement mutilé gisait dans la galerie, entouré par de nombreux autres.

"Sympathique."

Le rythme cardiaque d'Awa accéléra, et ses pommettes se colorèrent. Un sourire s'ébaucha sur son visage.

Tandis qu'elle pressait le pas pour remonter à la source de ce carnage, une main lui emprisonna la cheville, et elle s'affala de tout son long dans une flaque de liquide poisseux et de poussière. Aussitôt, elle se sentit nauséeuse et mit un peu de temps à reprendre ses esprits.

— Non mais ça va pas la tête ? Faire des croche-pieds aux gens qui passent ! Vous avez quel âge ?

— S'il... vous plaît... Aidez-nous...

— Ils sont déjà tous morts depuis un bout de temps, si c'est ce que vous voulez savoir, répliqua sèchement Awa en desserrant la prise sur son pied. Et puis vous êtes qui, d'abord ?

— Tous ? Ah, c'est un grand malheur...

L'unique survivante du massacre était une vieille femme ridée et chenue ; son sang répandu au sol se mêlait indistinctement à celui de ses comparses. Awa estima qu'elle n'en avait plus pour longtemps avant de les rejoindre dans le néant.

— Écoutez... Ce monde est en danger... Il est en train d'être détruit... par une princesse maléfique... Vous seule pouvez le sauver... car vous êtes l'Élue désignée par une antique Prophétie... Vous l'ignorez sûrement... mais vous êtes la dernière descendante de notre peuple, les Elfes de la Forêt, habitants de la Nature Oubliée...

— J'ai pas vraiment une tête d'Elfe. Et c'est quoi cette histoire de proxénie avec un grand P ?

— L'héritière du trône... Awa Miwaku Yūbi... Nous avons résisté jusqu'au bout... Hélas, il est trop tard... Tout notre peuple a été décimé...

La vieillarde avait de plus en plus de difficultés à parler, la sueur perlait à grosses gouttes sur son front plissé. Awa, accroupie à côté d'elle, l'écoutait d'une oreille, pensant qu'elle était complètement folle. Elle se contentait de hocher la tête en regardant dans le vague, autant par souci d'économie de mouvements et de salive que parce qu'elle n'en avait rien à faire, et espérait qu'elle s'arrêterait bientôt de parler toute seule.

— Pour sauver... le monde, vous devrez partir en quête...

— Sauver le monde, rien que ça !

— De la Couverture Sacrée... qui dissipera les ténèbres et... vous permettra... de La vaincre...

— C'est ça, c'est ça. Et c'est qui, Elle ? Encore une dont on ne doit pas prononcer le nom, je suppose ? fit Awa, une pointe d'ironie dans la voix.

— Oui... Mais je vais... vous le dire... Elle s'appelle... Elle s'appelle...

— Et là, pile au bon moment, vous allez mourir.

— Elle s'appelle Kagome, termina la vieille femme sans tenir compte des remarques sarcastiques d'Awa.

— Magnifique.

— Elle est très puissante... et détient le secret de magies anciennes et interdites...

— Très peu pour moi.

— La Couverture Sacrée... Vous la trouverez à...

— Et re-belote.

Cette fois-ci, sa supposition s'avéra ; la mourante passa finalement au statut de morte, ce qui arrangeait Awa, agacée par les paroles insensées qu'elle débitait.

— Eh ben, c'est pas trop tôt.

Elle se redressa et passa son chemin, insensible à la scène apocalyptique qui s'offrait à elle, ainsi qu'aux derniers mots de la cassandre.

"Sûrement les élucidations d'une cinglée sur le point de crever. Aucune importance."

Une porte de présenta enfin à elle, percée dans le mur ; sans hésiter, elle l'ouvrit et franchit le seuil.

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TeddieSage
Salut. Moi c'est Danny ou si vous préférez, Teddie. Pour une présentation plus complète, lisez le premier article. Je tenais juste à vous remercier d'avoir pris la peine d'ouvrir cette page, au cas ou vous souhaitiez mieux me connaître.

Ce blog n'est pas tout le temps joyeux. La vie m'a rendu malade, mais le confinement est en train de m'achever. Ceci sont mes confessions les plus intimes et je m'ouvre à vous, dans l'espoir de rejoindre quelqu'un qui aussi souffrirait en silence. Bienvenue dans mon cerveau. Vous trouverez parfois des passages légers, mais cet ouvrage se veut avant tout thérapeutique.

Les commentaires et annotations sont fermés. S'il vous plaît, ne faites pas trop attention aux nombreuses fautes et répétitions. Je n'écris pas tout ça dans le but de le faire éditer. Si vous souhaitez communiquer avec moi, je vous prie de le faire en privé. Je ne vise personne dans mes propos, je parle surtout de manière générale. Par contre, parfois je n'aurais pas le choix de répondre indirectement à des questions qu'on me pose, afin que certaines personnes puissent comprendre mon opinion sur certaines choses. En général, je ne mords pas.

Ce blog contient du langage grossier par moments. C'est un endroit pour me défouler, car j'en ai grandement besoin. Si je juge que mes articles posent problèmes, je passerais le tout en privé et partagerais son accessibilité qu'à des gens de confiance. Merci de votre compréhension.

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