Bras de fer

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Tous ses sens en alerte, Kura fouilla fébrilement ses poches à la recherche d'un projectile tranchant.

"Non, elle ne doit pas savoir qu'elle est menacée," se remémora-t-il.

Bien qu'il lui en coûtât, il décida d'attendre le moment opportun pour se débarrasser de la jeune femme.

Sans s'en apercevoir, il s'était levé et la regardait fixement, une expression indéchiffrable sur le visage. À quelques pas de lui, celle-ci s'était retournée et avait braqué sur lui ses yeux bleu glacier et fascinants, d'un air peu amène. Un sourire carnassier passa sur ses lèvres et Kura, quoiqu'aguerri, fut secoué d'un frisson ; non pas de peur, car il ne s'agissait pas de son premier combat, mais un tremblement d'excitation, dû à son impatience. Il avait hâte d'en découdre. Leurs clans étaient ennemis depuis leur fondation, et leur combat avait une haute portée symbolique.

Après avoir cordialement pris congé de l'herboriste, l'assassin poursuivit son chemin d'une démarche raide et Kura lui emboîta le pas. Dans leur milieu, marcher ainsi signifiait qu'un duel à mort se préparait.

Une musique oppressante venue de nulle part rythmait leurs pas. Kura la reconnut comme appartenant à un film de Ferdal Ckhithok, un réalisateur étranger célèbre pour ses thrillers époustouflants. Il jetait des regards furtifs autour de lui pour deviner où était dissimulé le haut-parleur, en vain.

Ils quittèrent rapidement les rues commerçantes animées pour se retrouver dans les bas-quartiers dont ils étaient issus et où personne ne se plaindrait d'une rixe. La garde royale, réduite considérablement pour des raisons budgétaires, ne pouvait intervenir partout à la fois. Les clans avaient de toute façon remplacé les supérieurs consciencieux par des hommes et des femmes qu'ils pouvaient manipuler et soudoyer à leur guise.

La jeune femme s'immobilisa ; aussitôt, d'un geste vif, Kura saisit un shuriken qu'il lança vers sa tête ; elle l'esquiva souplement, sans même daigner se retourner.

— Hé ! Hakujin ! l'interpela Kura, irrité par son attitude dédaigneuse.

— Yumekawa, la rivière des rêves, lui répondit-elle en pivotant lentement. Je savais bien que ces gêneurs interviendraient pour me mettre des bastions dans les roues.

La musique changea pour la mélodie d'un western, Blone, Trublea et Deurlant, dont le tournage avait en partie pris place à Kaishinju.

— Quant à moi, j'étais sûr d'avoir affaire à un psychopathe de Hakujin, répliqua Kura sur le même ton. Tu veux tuer l'herboriste, je dois la protéger ; Hakujin attaque, Yumekawa riposte. Ce n'est plus un simple duel entre nokemonoya...

— ... Mais un combat décisif dans le bras de fer incrassant entre nos deux clans depuis que nous nous sommes établis à Kaishinju, compléta la membre de Hakujin.

Elle marqua une pause, guettant la réaction de Kura.

— Voyons qui triomphera de Hakujin et des lèche-boîtes de l'Impératrice de Yumekawa, déclara-t-elle en détachant bien ses mots, son regard bleuté dardé sur lui.

Kura ne releva pas l'insulte ni le vocabulaire étrange, trop occupé à étudier son adversaire. Il fit mentalement l'inventaire des armes qu'elle pouvait dissimuler dans ses vêtements : au maximum quatre lames courtes ; elle portait une bague à la main droite, sûrement une nekote empoisonnée. Il en possédait une aussi mais l'avait bêtement oubliée chez lui. Elle ne pouvait rien cacher de plus, ses bras n'étant pas couverts.

Cet équipement réduit étonna Kura, qui s'était déjà battu contre des shinobi bien plus lourdement armés, ce qui ne voulait pas dire qu'elle en était moins dangereuse pour autant.

Il sourit pour lui-même : elle se servirait principalement d'arts martiaux et l'attaquerait avec ses poings nus, exactement comme il en avait l'habitude. Le combat serait vite terminé, sauf erreur de calcul.

Il s'apprêtait à s'élancer pour porter le premier coup, quand un coup de pied magistral le plia en deux ; il sentit les griffes métalliques de la semelle de l'assassin lui lacérer la peau du dos, alors qu'il effectuait une roulade pour se sortir de cette mauvaise posture.

Il se remit d'aplomb, agacé de ne pas l'avoir vu venir. "Erreur de calcul," fit cyniquement sa conscience, "elle porte des ashiko."

— Trop lent, le nargua la jeune femme, un sourire moqueur aux lèvres.

— Je vais te tailler ce sourire sur le visage, la menaça Kura en sortant son couteau cranté de sa poche.

— Essaie pour voir ! le provoqua-t-elle de nouveau.

Les deux adversaires se faisaient face, se testant par des feintes ; la tension montait, l'adrénaline aussi.

Soudain, les deux fauves se jetèrent l'un sur l'autre, et l'échange de coups fut si rapide qu'un observateur extérieur aurait été incapable de dire qui avait l'avantage.

La musique venue de nulle part embraya aussitôt sur les bandes originales les plus épiques, telles que Ytir Faila, ou Kagami Ekall, les blockbusters du moment.

Kura ne se demandait même plus d'où venait le son, tant il était occupé à ne pas mourir.

Au cours de ce duel éclair trop rapide pour pouvoir être décrit correctement, tous deux firent preuve de beaucoup d'adresse et de force, ainsi que d'une maîtrise parfaite des techniques de combat rapproché ; de toute évidence, leurs niveaux étaient équivalents.

Quand les duellistes se séparèrent, tous deux étaient essoufflés et sérieusement touchés : Kura souffrait de plusieurs blessures abdominales dues aux semelles dotées de griffes de son adversaire et était un peu sonné à cause d'un coup particulièrement puissant ; la jeune femme, de son côté, avait reçu de nombreuses entailles sur les bras et le ventre qu'elle n'avait pas réussi à parer avec son jitte. Leurs corps étaient couverts de bleus et contusions bénignes causées par la zone de combat peu propice aux roulades et autres pirouettes d'esquive.

Leurs yeux luisaient cependant toujours de détermination.

La nouvelle attaque fulgurante de la jeune femme ne déstabilisa pas Kura, qui évita le coup de pied avec aisance.

— Tu pensais m'avoir de nouveau avec la même chose ? Ne te fiche pas de moi ! lui cria-t-il.

— Parce que ça, tu t'y attendais ?

L'énergumène de Hakujin avait utilisé son impulsion précédente pour envoyer son genou sous le menton de Kura et le faire tomber.

Elle ne lui laissa pas le temps de réagir et le plaqua au sol ; ses mains formèrent un étau de fer sur sa gorge et serrèrent impitoyablement.

Un requiem déchirant joué lors de la mort de Mer dans la série ER:Roze jaillit du sol près de l'oreille de Kura, ironie cruelle voulant qu'il meure de la même façon que ce personnage, étranglé.

Il se débattit et parvint à la repousser en lui donnant un coup de poing ; dans son mouvement, il toucha la bague couverte d'épines, ce qui lui valut une longue estafilade sur toute la longueur de son bras. Le sang coula à grosses gouttes sur le pavé déjà souillé par les nombreux combats qu'il avait connus.

Kura grimaça de douleur, mais était plus inquiété par l'éventuel poison sur la bague qui ne manquerait pas d'opérer, que par la blessure elle-même.

La jeune femme, quant à elle, s'était relevée et regardait, les yeux vidés, le bras de Kura. Elle semblait prête à défaillir et tremblait, de la sueur perlant sur son visage plus pâle que jamais.

— Alors, on est assassin mais on a peur du sang ? se moqua Kura pour se donner une contenance. Et d'ailleurs, d'où elle sort, cette musique ?!

— J'en ai aucune idée, elle m'accompagne partout où je vais et met de l'ambiance, donc je m'en fiche. On peut bien être assassin et apprécier la musique ! Ça t'étonne, un shinobi médicomane ? rétorqua-t-elle vertement.

"Tout bien réfléchi, il m'arrive aussi d'entendre de la musique de temps en temps... Qu'est-ce que ça veut dire ?"

Cet épisode inattendu lui fit oublier que sa vie se comptait probablement en minutes, voire en secondes.

La jeune femme garda le silence, l'air concentré, et ferma les yeux un court instant en expirant calmement ; cette seconde d'inattention suffit à Kura pour se faufiler derrière elle et lui placer son couteau sous la gorge.

Une prise de judō l'envoya valser sur le pavé, mais il avait eu le temps d'entailler ses épaules nues, blessures douloureuses qui l'empêcheraient de lever les bras et diminueraient la puissance de ses attaques.

Elle serra les dents, mais ne regarda pas le sang ruisselant sur sa peau, de peur de répéter la même erreur que précédemment et d'être prise de nausée. Tout à coup, elle se figea, le corps tendu et les sourcils froncés.

— J'ai entendu quelqu'un ; nous ne sommes pas seuls.

Sans lui laisser le temps d'affiner sa recherche, un aiguillon enduit de sédatif se ficha dans son cou. Elle lutta quelques instants contre le produit puissant avant de s'effondrer au sol, un sourire singulier aux lèvres.

— Tu triches... murmura-t-elle avant de plonger dans un profond sommeil.

Kura, surpris par l'issue inattendue du combat, resta immobile, l'esprit confus. Il ne réagit pas quand les premières gouttes d'une giboulée de mars s'abattirent sur la ville.

Il sentit une petite piqûre dans la nuque ; le liquide envahit ses veines et il lui sembla que le monde devenait distant.

Tout était flou, les sons assourdis, le sol se dérobait sous ses pieds. La musique s'évanouit dans la nuit.

Sa dernière vision fut celle d'une femme aux cheveux rosés et aux yeux d'obsidienne bienveillants qui le retint dans sa chute, une sarbacane à la main.

Point culture :

Mais qu'est-ce que c'est, un shinobi ? La question que tout le monde se pose ! Vous connaissez les ninjas ? Oui. Bon, et bien ça va être plus simple. C'est la même chose, mais avec un nom plus japonais, le mot ninja étant plutôt utilisé par les Européens ignares. Sinon, lisez Naruto, l'auteur explique la nuance au début (enfin je crois, je n'ai jamais dépassé le tome 1).

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Salut. Moi c'est Danny ou si vous préférez, Teddie. Pour une présentation plus complète, lisez le premier article. Je tenais juste à vous remercier d'avoir pris la peine d'ouvrir cette page, au cas ou vous souhaitiez mieux me connaître.

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