Acte XII: toute chose a une fin

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Trois jours que je n’ai pas revu Selemeth. Depuis notre acte d’amour. Le lendemain matin, il avait déjà disparu. Sans un mot. Je soupire en essayant de me concentrer sur les exercices de l’élément eau. Je dois améliorer ma fusion avec elle, même si je la comprends de mieux en mieux. Mais toutes mes pensées vont vers mon maître, mon amour retrouvé. Je sors du lac sacré, enfile le peignoir et appelle Léandro. Je le trouve dans le salon occupé à dépoussiérer les meubles.

— Dites-moi Léandro, Selemeth revient-il bientôt ?

— Non, mais il m’a demandé de vous dire de préparer vos bagages.

Un froid glacial serre mon cœur en entendant ses mots.

— Pardon ? Mes… mes valises ? Mais pourquoi ?

— L’apprentissage avec un même maître ne dure pas plus de deux ans. Les prêtresses de l’eau seront vos prochaines enseignantes. Elles vous aideront à révéler votre don du chant. Mon maître estime que vous ferez une merveilleuse prêtresse et gardienne. Elles arriveront demain.

Mes membres sont tétanisés. Partir. Le laisser. Encore.

— Non, je ne veux pas partir !

Je m’enfuis en courant. Cette réaction est puérile de ma part, mais je me sens trop meurtrie. J’avais cru que battre le chaud et le froid était révolu depuis notre union. Je ne peux accepter sa décision sans m’en avoir parlé au préalable. Il n’est même pas présent pour me dire au revoir. J’attends que la nuit tombe sans bouger de mon lit de toute la journée. Mes affaires ne sont évidemment pas prêtes. Je finis par m’allonger et ordonne à Selemeth de m’apparaître dans un rêve cette nuit.

Je marche le long d’un chemin éclairé par de multiples petites lumières colorées. Je découvre qu’il s’agit en réalité de fées qui m’accompagnent. Au bout de mon chemin, je le vois. Aussitôt, je cours à sa rencontre dans un état de colère démentielle.

— Selemeth, comment peux-tu me faire ça ? Je lui crie en tapant son torse de mes poings. Si c’est pour te venger de Magda…

— Non, Annabelle, m’interrompt-il en saisissant mes mains dans les siennes. Tu as appris de moi tout ce que tu avais à apprendre. Les gardiennes des eaux vont parfaire ton entraînement.

— Mais… et nous ?

— Nous ? Il n’y a pas de « nous », Annabelle. L’immortalité n’est pas un jeu, elle demande beaucoup de responsabilités. Tu es la réincarnation de mon amour perdu mais tu n’es pas « elle ». Le monde a besoin de toi, va maintenant. Je te verrai lors de ton intronisation dans notre monde.

Mon cœur se craquèle puis se morcèle. Dans ce monde onirique, les émotions submergent plus intensément encore que sur la Terre et, lorsque je hurle, le décor s’évanouit.

Je me réveille en hurlant créant une continuité avec mon rêve. Seule me hante cette phrase, déchirure dans mon âme écartelée : « tu n’es pas elle ». Il ne m’a choisi que parce que j’étais une partie d’elle sinon jamais il ne m’aurait remarqué. J’en viens presque à la haïr mais cela reviendrait à me haïr moi-même et j’en souffrirai davantage. Une carapace de glace épaisse se forme autour de mon coeur. S’il souhaite que je parte, très bien, je partirai. Je me lève, attrappe ma valise et y entasse toutes mes affaires. Je laisse les robes dans l’armoire, je n’en aurai plus besoin. Une fois la valise fermée, j’observe la pièce qui fut ma chambre durant deux années. Mes yeux se posent sur le seul tableau du mur. Des champs à perte de vue et un moulin dans le lointain. Je cesse de respirer. Le moulin. Ce moulin. Je m’approche de l’œuvre et cherche la signature. Magda S. Bien sûr, c’était évident, comment n'ai-je pas pu faire le rapprochement avant? Je décroche le cadre et le pose sur mon lit en le retournant, Selemeth comprendra mon message. Le cœur lourd, je descends mes bagages dans l’entrée. Je jette un oeil à la pendule, il me reste encore une heure avant leur arrivée. Je vais me promener une dernière fois vers l’étang. Ce lieu va me manquer mais ce n’est pas le seul.

— Panthère, mon amie ! Viens me dire au revoir !

— C’est inutile, elle ne viendra plus.

Je me retourne en sursaut. Leandro se tient à un mètre de moi et me regarde d’un air triste teinté de pitié.

— Que voulez-vous dire ?

— Certains immortels sont métamorphes, ils peuvent emprunter des formes animales.

Mes yeux s’agrandissent au fur et à mesure que je comprends la signification de ces mots.

— Selemeth et la panthère…

— Sont une seule et même personne, achève Leandro.

Tous mes secrets, toutes mes pensées les plus profondes, mon amour pour lui, mes états d’âme. Tout. Il savait tout. Je me sens trahie une seconde fois. Ainsi, lorsqu’une des prêtresses immortelles vient me récupérer, je n’hésite pas. Sans un regard en arrière, malgré un visage saturé de larmes de rage, je me dirige vers mon nouveau destin.

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