Acte IV: le manoir

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Les cimes escarpées des monts imposants se dévoilent devant mes yeux émerveillés. Cet endroit est magnifique. J’ai toujours aimé les montagnes, surtout l’été. Elles respirent le calme absolu, la force et l'éternité. L’air y est pur et les paysages, à couper le souffle. Je ne suis pas friande de la neige mais je pense que, cette année, je vais devoir m’y habituer.

À peine arrivée aux portes du village de Laruns, au coeur de la vallée d'Ossau, des pensées surgissent pour m’indiquer le chemin à suivre. C’est forcément Selemeth. Prendre ainsi le contrôle de mon esprit... cette capacité me donne des frissons. Arriverai-je moi aussi à maîtriser cela ? Je tourne dans un petit chemin de terre et rentre à l’intérieur d’une forêt, de plus en plus profondément en son sein. Soudain, les arbres semblent s’espacer et je débouche dans une immense clairière. Un joli étang égaye l’endroit. Je plisse les yeux. Je ne vois aucune habitation. Vais-je dormir dans une tente ? Je suis inquiète à cette idée. Je déteste camper. Je coupe le moteur de ma voiture et en descends. Selemeth apparaît devant moi comme par magie, ce qui me fait sursauter. Il a laissé tomber son grand manteau démodé et porte simplement un jean et un tee-shirt. Ses longs cheveux noirs sont toujours attachés dans sa nuque. Il me fait signe d’approcher.

— Bonjour, Selemeth.

— Bonjour Annabelle. D’abord, je te souhaite la bienvenue sur mes terres. Tu as finalement choisi le difficile, mais ô combien gratifiant, chemin de l’immortalité. Tu vas devoir travailler dur. Je ne serai pas tendre avec toi, cela ne sera pas aisé de te défaire de toutes tes certitudes, croyances et tout ce que tu as appris durant tes études scolaires. Mais c’est un passage obligé. As-tu compris Annabelle ? Ton égo va en prendre un coup. Veux-tu malgré cela marcher dans mes pas et réveiller la puissance qui est en toi depuis toujours ?

Je hoche la tête en silence. Il me semble que la nature écoute elle aussi religieusement son discours de bienvenue. Plus un seul oiseau ne chante, le vent lui-même a cessé de souffler.

— Alors suis-moi, ton apprentissage commence dès que tu auras franchi la barrière.

— Quelle barrière ? Demandé-je tout en le suivant.

Il disparaît en guise de réponse. Je crois que je ne m'habituerai jamais à ses départs si brusques. Je n’arrête pas pour autant de marcher et soudain, l’air semble différent. Dense, palpable. J’ai l’impression d’avancer dans une masse compacte, un caisson insonorisé. Cela me demande un effort colossal de bouger mes jambes.

Quel chemin as-tu choisi Annabelle ? Dis-le ! J’entends dans ma tête. Alors je me mets à crier malgré la difficulté d’ouvrir la bouche.

— Le chemin de l’immortalité !

L’étrange sensation disparaît. Devant moi se dévoile alors un grand manoir du XVIIème siècle environ. Avec sa devanture en pierre gris clair, aux multiples fenêtres, et ses deux petites tours pointues de chaque côté du bâtiment, il impose le respect. Stupéfaite, je regarde autour de moi. Ma voiture se trouve à quelques dizaines de mètres, à côté de l’étang.

— Mais qu’est-ce que… ?

La voix de Selemeth résonne dans le domaine.

— C’est une barrière de protection autour du manoir. Aucun humain ne peut la franchir sans mon autorisation. Je suis vieux, Annabelle et j’aime ma solitude. Aussi, je ne serais pas toujours présent à tes côtés. Mon fidèle ami et serviteur Léandro répondra à tes questions.

Dans mes rêves, Selemeth répétait sans cesse que tout n’est qu’illusion. Je viens d’assister là à la plus belle de ma vie. Je n’ai aucune idée de ce qui m’attend derrière ces murs mais une chose est sûre, ma vie va changer. Et forte de cette certitude, je monte les marches du large escalier de pierre qui mène à la porte d’entrée.


Je rencontre Léandro dès que je franchis la porte. D’apparence plutôt âgée, il est grand, pas autant que son maître mais bien plus que moi, et maigre. Il me fait l’effet d’un croque-mort. Peu bavard, il me tend une clé du domaine et me demande celles de ma voiture pour la décharger de mes bagages. Je veux l’aider mais il refuse. En l’attendant dans le vestibule, je jette un œil à la demeure dans laquelle je vais vivre désormais. Au moins pendant quelques temps. Le premier mot auquel je pense est : « vieillot » en apercevant les lourdes tentures de velours, la décoration ancienne, les meubles d’époques et les tableaux accrochés sur les murs. Je consulte mon téléphone. Un regard me suffit pour constater qu’il n’y aucun réseau. Je soupire. « Ça commence bien » je pense avant de me reprendre. Je ne suis pas ici en vacances, c’est un honneur qui m’ait offert. J’en connais beaucoup qui aimeraient être à ma place. L’immortalité. N’est-ce pas ce qui fascine l’homme depuis des temps immémoriaux ? Et j’ai été choisie par l’un d’eux pour m’initier. Je me dois d’être à la hauteur. Leandro réapparaît avec ma valise. Il m’incite à le suivre. Nous montons le splendide escalier de marbre brut qui part dans deux directions. Nous nous dirigeons sur la gauche. Je débouche sur un couloir sombre, le tapis ressemble à du velours pourpre. Il ouvre la première chambre sur la droite et laisse ma valise sur le palier.

— Le maître a pensé que vous aimeriez la vue de cette chambre. Si vous désirez quelque chose, appelez-moi.

Je n’ai pas le temps de le remercier qu’il a déjà disparu. Est-il humain ou immortel pour partir si vite ? Je reporte mon attention sur la chambre. Je m’attendais à ce qu'elle soit sombre et poussiéreuse et, au lieu de cela, je découvre des murs blancs ornés seulement d’un tableau représentant une plaine verdoyante avec un moulin à vent en arrière-plan. Un lit à baldaquin trône sur la droite. Les voiles roses et blancs semi-transparents apportent une touche colorée et de la légèreté. Une petit fauteuil à bascule est posé dans un coin. Je referme la porte et j’aperçois alors une grande armoire blanche qui sent encore la peinture fraîche dans l’angle de la porte. A-t-elle été peinte à mon attention ? Mon regard est attiré vers le paysage derrière la fenêtre. L’étang est bien visible, ma voiture aussi ainsi que les montagnes qui nous entourent. Je souris, cette chambre est parfaite. Je remercie mentalement Selemeth. Je n’obtiens aucune réponse mais je suis certaine qu’il a parfaitement entendu.

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