Acte VIII: départ pour la Hollande

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La veille de notre départ pour la Hollande, j’aperçois ma panthère au bord de l’étang. J’accours vers elle vêtue simplement d’une longue robe chaude. Je crois que l’eau du lac que je bois chaque jour a commencé à agir sur mon ADN; je deviens moins frileuse, plus rapide, mes sens se développent. Je m'assieds à ses côtés et lui révèlent mes craintes de me ridiculiser devant les autres immortels et apprentis. Selemeth m’a expliqué en quoi consistait la cérémonie. Il s’agit surtout de présenter les humains, immortels potentiels, à l’assemblée pour être reconnus de tous comme faisant partie des leurs. Une série de protocoles à apprendre par cœur et voilà, le tour est joué. Ceux qui ne réussiront pas leurs tests, à la fin de l’apprentissage, deviendront des aides pour les immortels. Comme Léandro, qui a choisi le rôle de serviteur, ou bien dans certaines causes, comme la protection de la Terre: : nettoyer les eaux, purifier les énergies, sauvegarder les animaux etc. Les immortels peuvent aider l’humanité à progresser dans leurs pas ou bien aider la planète à retrouver sa force d’antan. Certains ne choisissent aucun chemin prédéfini, préférant vivre leur vie tranquillement. D’autres encore, plus sombres, ne se préoccupent pas de l’évolution mais souhaitent asseoir leur pouvoir sur l’humanité. Ce qui provoque parfois de forts conflits. Selemeth, lui, en tant que maître de l’Eau, a préféré veiller sur le lac sacré, seul et éloigné de tout. J’ai toujours senti que ce choix dépendait d’une action passée dont il avait besoin de se repentir mais je n’ai jamais osé aborder le sujet.

La panthère semble comprendre tout ce que je lui raconte. Elle est devenue mon témoin. Je lui confie mes sentiments contradictoires envers Selemeth et ses jeux cruels dont je fais l’objet. Le tourment de mon cœur face à son comportement.

— Dis-moi, mon amie, comment éteindre le désir qu’il provoque en moi ? Lorsqu’il m’a embrassée, j’ai cru qu’un souvenir voulait remonter à la surface. Cela n’a duré qu’une seconde mais j’ai ressenti une impression de déjà-vu. Serais-je un jour à la hauteur de ses espérances ? Une immortelle rongée par un amour à sens unique, cela commence plutôt mal.

Je parviens à sourire. Que pourrait-elle me répondre ? À regret, je repars vers le manoir préparer mes affaires pour le voyage. Elle me suit de son regard félin jusqu’à ce que je disparaisse à l’intérieur.


Je me tiens dans le hall d’entrée, prête à partir. Selemeth me rejoint, vêtu d’un complet noir et d’une grande cape assortie. Il observe un instant ma valise avant de fixer ses yeux sur moi.

— Tu n’en auras pas besoin.

Je crois avoir mal compris. Espère-t-il que je garde les mêmes vêtements pendant quelques jours ? Je dois avoir une tête d’ahurie car il se met à rire. Un rire franc que je n’avais pas cru possible d’entendre un jour de sa bouche.

— La cérémonie ne dure qu’un soir. Ce soir, explique-t-il.

— Quoi ? Mais c’est loin ! Il faut au moins une journée pour y aller. On n’y sera jamais à temps !

— Annabelle, Annabelle, répète-t-il en secouant la tête. J’ai à ma disposition un moyen beaucoup plus rapide que vos transports… Suis-moi.

Sans un mot de plus, il m’emmène à l’étage, direction l’aile droite. L’aile interdite. Je m’immobilise et me mords la lèvre inférieure. Je ne me rappelle que trop sa colère la fois où j’ai outrepassé l’interdiction. Selemeth se tourne vers moi, intrigué puis la compréhension se dessine sur son visage.

— Cette fois, c’est différent. C’est moi qui t'invite.

Cela suffit pour me convaincre. Devant la porte de sa chambre, il me demande de l’attendre. Il en ressort quelques secondes plus tard avec une robe vert émeraude magnifique tout droit sorti du XVIII ème siècle.

— Porte la, s’il te plaît.

Enthousiaste à l’idée de me parer d'aussi beaux atours, j’entreprends de me déshabiller dans le couloir. Ma pudeur a totalement disparu grâce à nos bains communs dans le lac sacré. Selemeth m’aide à enfiler la robe et me l’attache comme s’il avait fait cela toute sa vie. À six cents ans, il a traversé tant d’époques qu'il a acquis de nombreuses facilités dans bien des domaines. Il relève ensuite mes cheveux sur ma nuque, laissant s’échapper ici et là quelques mèches bouclées et y accroche avec précaution une épingle en forme de paon en pierres précieuses vertes et bleues. Il me retourne vers lui et je vois briller dans son regard une lueur admirative.

— Cette tenue met le vert de tes yeux en valeur. Tu vas les éblouir.

Je lui souris en retour. Il me met une cape de laine noire autour des épaules et me la noue au niveau du cou.

— Maintenant tu es fin prête. Nous pouvons partir.

Je ne saisis pas le sens de sa phrase. Le manoir va-t-il décoller comme la maison de Dorothée dans le magicien d’Oz ? Nous marchons jusqu’à une petite porte au fond du couloir. Selemeth sort une clé rouge de son trousseau et ouvre la porte qui débouche sur un étroit escalier en colimaçon. Nous montons tout en haut et arrivons dans une petite pièce circulaire. Celle de la tour. Je vois de nombreuses étagères contenant des tas d’objets dont certains ont l’air véritablement anciens. Des symboles sont dessinés sur le sol et les murs. J’ai l’impression de me retrouver dans la pièce secrète d’un magicien. Selemeth me tourne le dos et s’immobilise.

— Je te prie de me pardonner mes accès de fureur. Ne le prends pas personnellement, je n’ai rien contre toi. Au contraire, conclut-il en murmurant si bas que je ne suis pas sûre d’avoir bien entendu.

Il ne m’a pas regardé une seule fois pendant sa tirade. Je reste silencieuse mais ses mots, dans leur simplicité, ont su toucher mon cœur. Je le vois se diriger vers une des étagères et attraper un coffret duquel il retire une pierre bleue. Il prend ensuite une sorte de grosse montre en cuivre et insère la pierre à l’intérieur puis la pose sur le sol. L’objet en métal se met à tourner à toute vitesse dans un sifflement strident. J’ai l’impression que la pièce tourbillonne à son tour et que tout s’efface.

— Prends ma main, Annabelle. N’aie pas peur !

Je saisis la main qu’il me tend et il me serre contre lui d’un seul geste. Le visage contre son torse, je n’ai aucune idée de ce qui est en train de passer. Je ferme les yeux, gravant ces instants dans ma mémoire.

— Ouvre les yeux, me susurre Selemeth à l’oreille.

J’obéis et découvre, abasourdie, que le manoir a disparu. À la place, nous nous tenons au milieu d’une allée bordée de flambeaux allumés qui mènent à un château. Je n’en crois pas mes yeux. Décidément, je n’ai pas fini de m’étonner.

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