*** 27 juillet 2022 – 07h00 *** (02) Une catastrophe mondiale

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Le lendemain matin, la journée a commencé comme d'habitude. Maman est venue nous réveiller et quand nous sommes arrivées dans la cuisine, un copieux petit déjeuner nous y attendait. Forcément, à peine étions nous assises autour de la table que notre premier sujet de conversation a porté sur le séisme que nous avons ressenti cette nuit. Élise ne manquait pas de nous rappeler a quel point elle n'avait pas du tout apprécié cette expérience. Tandis que moi, si elle m'avait effrayée de prime abord, elle m'avait beaucoup impressionnée ensuite. C'était incroyable que notre planète puisse se déchaîner avec tant de force. Et encore, j'étais certaine que ce que nous avons ressenti cette nuit n'était rien comparé aux puissants tremblements de terre qui pouvaient survenir dans certaines régions du monde !

Nous étions en train de piailler sans discontinuer ma petite sœur et moi, sans avoir remarqué que notre mère se tenait en retrait et qu'elle semblait beaucoup plus calme que d'habitude. Quand j'eus fini par prendre conscience de cet état de fait, je fis taire Élise d'un regard et d'un hochement de tête, je lui désignais maman. Cette dernière était toujours perdue dans ses pensées et ne faisait pas attention à nous. D'ailleurs, à bien y regarder, elle était très pâle et ne semblait pas du tout dans son assiette. Je posai ma main sur la sienne et je lui posai la question qui me brûlait les lèvres.

— Maman, tu te sens bien ? Tu as l'air malade.

Elle poussa un profond soupir et semblait presque sur le point de fondre en larmes, mais ne répondit pas. J'insistais en tapotant sur sa main afin qu'elle me réponde.

— Maman ? Que se passe-t-il ?

Le blanc s'éternisait... Ne sachant que faire, je me retournai vers Élise en lui lançant un regard perplexe qu'elle me renvoya à son tour. Cette dernière allait dire quelque chose, mais n'en eut pas le temps, car maman s'éclaircit la voix d'un raclement de gorge et prit enfin la parole.

— Les filles, je dois vous parler de quelque chose de grave... Ce qu'il s'est passé cette nuit, ce n'était pas simplement un tremblement de terre... Ce... C'était... Autre chose... Bredouilla-t-elle.

— Ah bon ?! Comment ça ? Si ce n'était pas un tremblement de terre ? C'était quoi alors ? M'exclamais-je.

— Hé bien... La terre a effectivement bien tremblé hier... Cependant, il se trouve que c'est arrivé parce que des météorites se sont écrasées dessus !

À cette nouvelle, nos yeux s'étaient arrondis comme de soucoupes ! Je m'empressai de lui demander des précisions.

— Quoi ? Des météorites ? Tu es sérieuse ?

— Oui, très sérieuse ! Quand vous êtes retournées vous coucher cette nuit, je suis restée debout pour ranger, mais aussi pour regarder les infos sur internet. En fait, il y a eu plusieurs répliques, mais bien moins fortes que la première que nous avons ressentie. Pour preuve, elles ne vous ont même pas réveillées. Je n'ai pas su fermer l'œil du reste de la nuit, alors j'ai surveillé les infos et je vous ai préparé ce petit déjeuner en attendant que vous vous leviez.

Nous étions toutes les deux pendues à ses lèvres. Totalement éberluées ! C'est bien simple, nous n'en croyions pas nos oreilles. Élise fut la première à reprendre la parole.

— Punaise, mais c'est complètement dingue cette histoire !

Maman acquiesça et enchaîna vivement.

— Dingue, oui c'est le bon mot ! Et encore, vous ne connaissez pas encore la suite... Il s'agirait, en fait, d'une pluie de météorites ! Elles se sont écrasées par centaines, dont certaines de très grosse taille ce qui a engendré des répercussions dans le monde entier. Séismes, tsunami, incendies, etc. Des villes entières ont été rasées de la surface du globe. Des milliers de morts et de blessés, les services d'urgence sont surbookés. Il y a des scènes de panique partout, dans certaines villes, ils disent que c'est déjà l'anarchie.

Élise était pratiquement couchée sur la table, harassée par ce que maman était en train de nous dire. Quand soudain, elle lâcha un retentissant. - "Putain de merde, mais c'est la fin du monde alors !"

Maman, si calme l'instant auparavant, s'énerva et lui fit les gros yeux.

— Surveille ton vocabulaire, Élise ! La gravité de la situation ne t'empêche pas de faire attention à ce que tu dis ! Veux-tu que je te lave la bouche avec du savon, comme dans l'ancien temps ?

Surprise par cet énervement soudain, elle baissa les yeux en signe de soumission et s'excusa, d'une petite voix.

— Non, excuse-moi maman... C'est sorti tout seul... Je suis désolée.

La tension dans la pièce était telle qu'il s'en suivit un blanc où personne ne pipa mot. Élise et moi étions livides. Complètement abasourdies par ce que maman venait de nous annoncer. Pour ma part, je ne mesurais pas encore l'ampleur de la situation, et je ne parvenais pas à y croire. D'une voix éteinte, je brisais le silence et lui posait la question qui me trottait dans la tête depuis quelques minutes.

— Mais, dis-nous en plus, elle est grave comment, la situation ? Sommes-nous en sécurité ici ? Allons-nous devoir partir ?

Son visage devint soucieux, la preuve qu'elle réfléchissait sincèrement à ma question a laquelle elle me répondit d'un ton posé.

— Pour le moment, nous ne bougeons pas d'ici. Aux infos, ils conseillent à la population de faire des provisions et de s'enfermer chez soi. L'idéal est d'aller en sous-sol, mais nous n'en avons pas. D'après la carte disponible sur internet, la météorite la plus proche est tombée à environ 150 kilomètres d'ici et elle était de taille moyenne. Toutefois, nous ne sommes pas à l'abri d'une autre salve qui pourrait nous tomber dessus à tout moment.

Élise, silencieuse, s'était tassée sur sa chaise tout au long du récit. Comme si le plafond allait lui tomber sur la tête, ce qui pouvait désormais totalement être le cas ! Elle finissait par lâcher du bout des lèvres.

— C'est incroyable tout ça, j'ai l'impression d'être dans un mauvais film de science-fiction !

J'acquiesçais de la tête dans sa direction.

— On ne peut pas mieux dire, petite sœur. Un très mauvais film de science-fiction...

Maman haussa légèrement la voix, ce qui nous fit taire.

— Ce n'est pas un film, les filles, c'est bien la réalité ! Je ne veux pas vous effrayer, mais je pense que nous devons nous préparer au pire et nous allons tout de suite nous y mettre. Finissez vite de déjeuner, car nous allons devoir sortir pour aller chercher de provisions.

J'en lâchai ma fourchette de surprise et Élise avait bondi de sa chaise en s'exclamant de vive-voix.

— Quoi ! Tu n'es pas sérieuse, maman ?! Nous allons vraiment sortir dehors ?

— Oui, et il vaut mieux ne pas traîner avant que les choses n'empirent. Ici nous avons de quoi tenir quelques jours, mais pas plus. Pour le moment, tout semble calme dans le coin, alors il faut en profiter pour faire le plein. Dès que vous aurez terminé de manger, vous irez vous apprêter et nous nous mettrons en route.

— Mais... ! S'exclama Élise d'un air déconfit.

— Pas de mais ! Dépêchez-vous ! Vous avez quinze minutes.

Ce fut à cet instant précis que je pris conscience de l'urgence de la situation. Pour avoir vu un bon nombre de films catastrophe et de science-fiction, je savais parfaitement qu'elle avait raison, c'était maintenant ou jamais ! Je n'ai donc pas perdu de temps et je suis allée me préparer à toute vitesse.

Quinze minutes top chrono plus tard, nous étions dans la voiture en train de boucler nos ceintures. Maman appuya sur la télécommande du garage et l'ouverture s'ébranla. Elle sortit prudemment, appuya à nouveau sur le bouton et la porte se referma.

À première vue, rien n'avait l'air différent de d'habitude. Le ciel était bleu et limpide et le soleil brillait. Les maisons défilaient, identiques à la veille. Quand maman s'engagea sur la chaussée, elle prit la parole.

— Bon, les filles. Quand nous arriverons au magasin. Nous prendrons chacune un caddie et nous nous séparerons pour aller plus vite, même si cette idée ne m'enchante pas vraiment. Toi, Élise, tu t'occuperas de la nourriture. Prends un maximum de choses qui se gardent longtemps telles que des boites de conserves, des bocaux et de la viande séchée. Bien entendu, sois réfléchie, et ne prends que des choses que nous aimons manger. Fais varier pour ne pas que nous ayons à manger des haricots à tous les repas !

Avant qu'elle n'eût le temps de lui répondre quoi que ce soit, maman enchaîna en se tournant vers moi.

— Toi, ma grande, tu te chargeras de prendre des piles, des batteries et des bonbonnes pour le réchaud au cas où l'électricité flancherait. Prends également des lampes de poche et des bougies, ainsi que tout ce qui te semblera utile pour notre survie à la maison ou en dehors. Moi, je prendrai des médicaments, de l'eau et tout ce que nous avons besoin pour l'hygiène quotidienne. Faites vite et bien. S'il vous reste de la place dans le caddie, privilégiez la nourriture.

Élise sanglotait désormais sur le siège arrière et maman tenta de la rassurer d'une voix douce. Moi, j'étais assise comme un I sur le siège passager, je sentais mon cœur qui battait à tout rompre dans ma poitrine. J'étais terriblement stressée. Qu'allions-nous trouver au magasin ? Une émeute ? J'avais vu assez de films post-apocalyptiques pour savoir que l'on pouvait s'attendre à tout en période de crise.

Maman devait avoir lu dans mes pensées, car elle enchaîna d'un ton posé.

— Si les choses dégénèrent, vous abandonnez tout et on se retrouve à la voiture. Alycia étant l'aînée, je lui confierai le double des clés de la voiture. Malheureusement, je n'en ai pas de troisième jeu. Si vous vous sentez menacées par quoi que ce soit, vous revenez au plus vite ici et vous vous enfermez. Mes chéries, j'ai confiance en vous, et je sais que vous en êtes capables, mais soyez prudentes et ne perdez pas votre temps. Lorsque nous serons rentrées dans le magasin, nous aurons 30 minutes maximum et pas une de plus. Tout est bien clair ?

Nous lui répondîmes en cœur que ça l'était et le reste du trajet se déroula dans un silence de mort. 

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