Chapitre 11 : Siège de la capitale (1/3) (Corrigé)

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« Pitié, mes enfants, réfugiez-vous ! Allez au nord de la ville, au temple de Miniskra, les adultes vous y attendront ! Prenez soin de papa, il est assez malade… Peut-être qu’il crache un peu de sang, mais tout ira bien, je vous le promets ! Réfugiez-vous bien dans les souterrains du bâtiment, là où vous serez protégés pars des verrouillages magiques. Désolée, maman ne peut pas vous accompagner… Elle doit se rendre vers les murailles auprès des autres combattants. Elle doit vous protéger des envahisseurs. Ne vous inquiétez pas, je reviendrai bien vivante. Bientôt le mal sera repoussé et notre pays sera de nouveau en paix ! Une fois là-bas, fermez les yeux, oubliez le malheur et il disparaîtra. »

Consolation de la mage Tiaelle Demen (née en 1388 AU) à ses enfants, quelques heures avant le siège d’Orocède.


Une nouvelle aube se levait au Ridilan. Ce territoire n’était pas le nôtre, et il le demeurerait tant que ses habitants survivaient pour le sauvegarder. Pourtant nous le foulions comme s’il nous appartenait. Au milieu du bataillon oscillaient nos bannières, rayonnant des couleurs de notre fierté, brillant au creux de la sylve de platanes massifs. Le ciel d’azur contrastait avec cette verdure. C’était la luisance idéale, celle pour se guider dans cet environnement dense et épais. Une once d’imprudence et nous étions piégés dans l’inconnu.

Par milliers nous progressions dans cette nature bafouée. Chaque général se confondait tant nos troupes n’en formaient qu’une. Nous nous adaptions à leur cadence. Nous avancions avec circonspection, silencieux, à l’écoute du moindre sursaut. Aucun recoin n’échappait à notre vision, sinon les invisibles. Des ondes à peine perceptibles se propageaient parmi nos rangs, entre chaleur et froideur, transits de frissons. Cependant, dans de pareilles circonstances, nous n’avions aucun endroit où nous dissimuler. L’ampleur se développait au-delà de nos simples existences. Les vies se plaçaient au-delà des enjeux.

Il suffit d’un instant. D’un bruissement. D’un sifflement. Et soudain, plus rien ne subsistait, plus rien ne revêtait d’importance. D’emblée les cordes se tendirent sous la pression des flèches. Épées, haches, masses d’armes et marteaux tintaient dans la pure harmonie. Mais la mélodie triomphante baignait en chacun de nous, tourbillonnait par-delà les réceptacles, fredonnait à une intensité grandissante. Telle était la magie, l’arme ultime de cette lutte… Ou plutôt le prolongement de la volonté d’opiniâtres individus.

Les Ridilanais ne se rendirent pas invisibles. Ils ne tendirent pas d’embuscade. Pourquoi se cacheraient-ils ? Ils constituaient l’égide contre l’envahisseur. Aussi se présentaient-ils au sommet de la déclive, façonnés d’un équipement adoubé d’enchantements, adoptant une posture défensive. Leurs sorts s’abattirent aussitôt qu’ils nous aperçurent.

— Créez une brèche ! somma Berthold. Nous devons atteindre les murs !

Comment obéir à ces instructions quand les mages se déployaient dans chaque direction ? Partout ils s’unirent, chargèrent, tirèrent ! Dans cette mêlée se perdaient l’organisation et la stratégie pour un assaut direct des plus impactant. Aux contrastes de l’aurore dansaient d’ardentes flammes aptes à consumer n’importe quelle armure ! Bientôt s’ajoutèrent foudre et glace, si élémentaires, si destructrices… Des centaines de flèches fusèrent également, véloces et puissantes, abattant les moins protégés ! Des fantassins eurent beau dresser les boucliers, des mages eurent beau en générer, il était impossible de toutes les dévier. Et le constat frappa d’autant plus une fois que je levai les yeux : la bataille débutait de plus belle.

Je réalisai alors la situation. Entre estocades et esquives, je me fondais dans cette incorporation de nuances, dans cette sérénade de cris disparates. Appréhender autant la souffrance partagée nous rapprochait de nos opposants… Certes leurs troupes se composaient davantage de mages, mais leurs guerriers tiraient parti des enchantements à leur manière. Ainsi pleuvaient moult sorts comme ils assénaient de brutaux coups de lame. Les armes virevoltaient à un rythme effréné, là où frénésie balayait toute pitié, là où dureté alléguait l’avancée.

Les corps s’accumulaient. Des minutes s’écoulèrent sans qu’un camp ne dominât, pourtant nous submergions à gravité équivalente. Par vagues nous nous heurtions, au cœur d’une végétation secouée. Notre lutte inondait chaque parcelle. Se propageait comme une marée. D’un flux nous pourfendions, d’un reflux nous succombions. Durant le déluge s’ébranlait notre résistance, mise à mal par l’indomptable tempête. Où était le rivage ? Tout s’effondrait sous cette inondation de sorts. Tout nous rappelait l’essence même de notre existence.

De gris luisait mon épée que je soulevais malgré la lourdeur de ses heurts. Coulait de vermeil le fluide vital chaque fois que je taillais un adversaire. Bien des attaques me frôlaient comme je me comportais un fantassin, bataillant comme silhouette nacrée. Alors je tentai de m’imposer en soldate ordinaire, désorientée mais pas isolée, seule parmi tant d’autres. Mais les flammes de la torpeur, tantôt écarlates tantôt ambrées, chutaient comme les éclairs d’un bleu trop éclatant. Vibrait la terre mordorée au moment où les lignes se ruaient dessus ! Elle était si déstabilisée, si altérée, que nous-mêmes peinions à conserver l’équilibre !

Les uns s’écroulaient, les autres luttaient. Plus mon épée se gorgeait de sang et plus rude devenait l’ascension. Il existait un objectif tapis derrière cette myriade de chuintements. Il subsistait de la vie derrière ces âmes s’éteignant à une cadence drastique. Pas le temps pour juger, esprit à la loyauté vacillante que j’incarnais, tant je perçais les rangées ennemies ! L’épée avait effacé le pinceau, prolongement de mon bras qui guidait l’offensive. Aucune égratignure ne me ralentissait quand j’empalai un mage. Quelques halètements et je récupérais, prête à charger de plus belle, au-delà des repères et des directives. Il me suffisait d’enrouler mes deux mains sur la poignée, d’anticiper les déplacements pour me mouvoir en conséquence. Bloquer les offensives devenait moins aisé à mesure que je progressais, mais c’était nécessaire pour le triomphe. J’étais comme les autres, rompue à l’exercice d’un incoercible jeu de lames, parée à embrasser un destin fatidique à tout moment. Ma conscience me dictait néanmoins de ne pas assaillir ces défenseurs de la patrie ! Déjà les râles d’agonie m’atteignirent dans l’abîme de mon être… Et ils s’amplifieraient tant que je brandirais cette épée maculée.

— Avançons ! ordonna un général. Si nous nous laissons encercler, nous sommes finis !

— C’est déjà trop tard ! se plaignit une commandante.

Je ne lui donnais pas tort… Des Ridilanais émergeaient de partout, invaincus, acharnés. Si un d’entre eux succombait, cela exhortait les autres à se déchaîner, quitte à épuiser leur flux ! Peut-être même que certains se tapissaient dans le feuillage des platanes… Quoi qu’il en fût, peu importaient nos pertes, il fallait tailler dans le vif. Des spirales pourpres jaillissaient en continu de nos armes, en guise de riposte, matérialisation d’un pouvoir non maîtrisé. Il se déploierait en cohérence avec nature. Il détruirait aux antipodes de sa fonction.

Un fantassin suppliait de l’aider. Des camarades blessés exigeaient des soins… En recevraient-ils ? Il était plus aisé de tuer que de guérir, ici. L’on craignait les attaques par derrière. L’on redoutait que les agonisants nous ralentissent. L’on était effrayé par tout. Car tout défilait à une vitesse faramineuse. La moindre erreur, le moindre sursaut, et les regrets s’estompaient. Définitivement.

Inconcevable de percevoir tout un chacun dans un tel tintamarre ! Les voix se perdaient dans leur propre extinction, succombant à la force et la sauvagerie, mâtinées de valeurs rabâchées. Alors que je m’ouvrais à ce charnier, alors que je tournoyais mon épée comme une forcenée, je me noyais dans mes inqualifiables instincts. Plus de révolte. Plus de lamentations. Juste une jeune soldate fidèle à sa nature. Celle qu’on m’avait octroyée.

Une épéiste s’imposa sur ma voie. Aussitôt nos lames s’entrechoquèrent, et dans la collision scintillèrent d’éblouissantes étincelles. Après quoi le flux virevolta au travers de nos lames, tels des rayons complétant le choc. Je me courbai à temps, ce dont mon adversaire ne se prémunit pas. À peine fut-elle touchée que je mus à dextre et la décapitai net. Une autre opposante de tuée… Je ne les comptais plus.

Trois autres assaillants se ruèrent sur moi ! Je reculai à temps. Surgirent alors Hintor et quatre camarades, lesquels les affrontèrent au corps à corps. En retrait, j’inspirai, expirai, histoire de récupérer un peu d’énergie, d’endurance. Une position idéale pour m’exposer aux offensives subséquentes !

— Ne reste pas là, Denna ! avertit Hintor. Tu es en danger, de ce côté ! Nous devons parvenir au sommet de la pente ! Là nous serons regroupés, et plus en sécurité !

Ils avancèrent, débarrassés de leurs opposants, tandis que je m’engouffrais dans la lenteur. D’où mon exposition aux pires atrocités… Sur les hauteurs latérales flottaient des mottes de terre, des projectiles aptes à raviver de rudes réminiscences. Voilà qui était prévisible : comme nous avions dégagé une partie de la voie, ils pouvaient nous lancer sans risque ces projectiles ! Morceaux et volutes de poussière s’envolèrent dès qu’ils frappèrent le sol. Même si nous fûmes beaucoup à esquiver, des sphères incandescentes fusèrent depuis la butte. Quelques-uns s’en dérobèrent mais une vingtaine de compagnons d’armes le reçut de plein fouet ! Ciel, leur glas alimentait mes affres, ils brûlèrent trop longtemps pour s’en détourner…

Mais je devais aussi me protéger. Un jet de foudre approcha de moi, célère et menaçain. Rompant à sénestre, je me concentrai, me plaçai en garde médiane. Cet éclair, à force de vrombir ainsi, faisait palpiter mon cœur à une fréquence démesurée ! Il me fallait canaliser assez de flux pour contrecarrer le sort, sinon le métal le conduirait à ma perte.

D’une main je lâchai la poignée, de l’autre je fis glisser mes doigts. Des lignes saturées d’énergie allaient sourdre, et la magie opéra, se rencontra sous diverses formes, puis s’annihila par effet opposé. Des ondes de grande amplitude me repoussèrent aussitôt !

Je me réceptionnai à temps pour voir Maedon. Lui aussi bondit, son épée braquée vers la voûte. Il atterrit en face d’une poignée de compagnons de notre unité. Dans sa lancée, mon commandant dévia des rayons lumineux qui faillirent incendier les platanes alentour. Une dizaine de Ridilanais se dressait devant lui, mais il rallia ses troupes d’un geste fort.

— Je ne vous laisserais pas toucher à mes soldats ! vociféra-t-il. Suivons les généraux et repoussons-les, camarades !

Peut-être que Maedon était mieux respecté dans ces conditions… Mon esprit refusait pourtant à moitié d’y assister. Une fois les motivations de nos adversaires connues, il était ardu de participer à un tel massacre. Notre meneur traversait les gardes, transperçait quiconque se dressait sur son chemin. Pétri d’assurance, beuglant à tout va, il palliait le risque à l’alternance entre attaques et défenses. Ainsi ses subordonnés prirent confiance et le talonnèrent. Ce à quoi je devais me conformer… Une voie s’ouvrait. Au-delà des rugissements et des amoncellements de dépouilles. C’était le moment !

Nous nous y engageâmes, plus déterminés que jamais. Devant nous s’alignaient les généraux. Ils se complétaient, progressaient contre l’adversité. Ensemble nous taillerions la voie jusqu’à l’inaccessible nord, là où oscillaient les étendards de notre conquête.

— Regardez au loin ! ordonna Jalode. Plus qu’une centaine de foulées à réaliser et nous y serons ! Orocède se présente à nous, il nous appartient de la conquérir. Ne faiblissez pas, soldats ! Ravalez vos larmes, allégez votre esprit, nous allons percer leurs défenses !

De garde haute à basse, la générale frappa le sol d’où se créa aussitôt une fissure. De telles déchirures de la terre, si inondées de flux, dilacérèrent une quinzaine de Ridilanais qui ne purent esquiver ou riposter. Peut-être qu’elle n’hésitait pas à faire front, mais sa combattivité servait des désirs de haine et de mort ! Ce pourquoi elle tranchait encore et encore, se maculant du sang de ses ennemis, un sourire carnassier embellissant son visage. Ni son âge avancé, ni son ahanement passager ne la décélèrent. Elle employait même les méthodes adverses…

Mais une ouverture aussi large se devait d’être assurée. Le péril demeurait palpable même si nos troupes couvraient les flancs. De suite mes paupières s’étrécirent à la voie réduite, tantôt hyaline, tantôt opaque. Une brume apparut alors ! Là se condensait l’humidité sous un contrôle magique. Tout ce qui paraissait insidieux n’était qu’une tentative désespérée de préserver leur territoire !

Nous nous égarâmes l’espace de plusieurs instants. Dans ce milieu vaporeux se ponctuaient les appels au rythme de nos tintements. Chaque son résonnait lorsque l’ouïe triomphait de la vue ! Il nous fallait trouver de nouveaux repères avant de flancher… Déjà des sifflements me percèrent les tympans comme s’étouffait l’ambition d’une avancée sans heurt.

— Regroupez-vous ! somma Tangar. Isolés, nous sommes vulnérables !

— Nous allons dissiper la brume au plus vite ! prévint une mage alliée. Préparez-vous !

Chaque minute comptait ! Peu à peu, sous l’effet d’une aura bénigne, la brume disparut et céda sa place à l’éclaircie. Juste à temps pour appréhender les cadavres à portée de vue. Ce qui frappa d’autant plus fort quand une générale, à hauteur de Jalode, chuta et relâcha son ultime soupir. Une giclée de sang suivait le trait qui lui avait transpercé la gorge… Elle avait subi un sort similaire à nombre de ses subordonnés. S’ensuivirent cris et sanglots au cœur de la mêlée, aptes à ralentir les plus endurcis d’entre nous…

— Ces misérables paieront pour cette tuerie ! rugit Jalode. D’où viennent-ils ? Que je leur tranche la gorge !

— Des arbres ! signala Galdine. Ça paraît saugrenu, mais je ne plaisante pas, regardez autour de vous ! Ils ne ressemblent pas aux Ridilanais ordinaires !

— Ce ne sont pas des Ridilanais, rectifia Tangar. D’après leur blason, ils viennent de l’Ithin.

À peine disposions-nous de temps pour lever les yeux ! Des ombres bondissaient en effet d’un tronc à l’autre et s’accrochaient sans difficulté. Parfois leur pâle visage auréolé de longs cheveux clairs ou orangés chatoyaient sous leur casque en cuir conique, à travers la pénombre depuis laquelle ils opéraient. Ces archers étaient vêtus de tunique croisée de vert et de marron sous de légères protections. Ainsi ils se camouflaient pour mieux décocher ! Même repérés, ils se mouvaient si rapidement que nos propres tireurs peinaient à les atteindre.

— C’est bien vrai…, grommela Maedon. Ils se sont alliés au seul pays qui n’a pas compris l’ignominie du Ridilan ! En s’alliant avec eux, l’Ithin a rompu le pacte de neutralité. Misérables traîtres !

Notre commandant était si occupé à médire sur l’ennemi qu’il en perdait sa concentration. S’il dévia trois flèches d’une torsion de poignet, il n’anticipa pas le lancier qui s’élança sur lui. Ce dernier lui frôla l’épaule, forçant Maedon à s’arquer, mais Rohda fendit le crâne de son assaillant à temps.

— Pas le temps de causer politique ! fit-elle. Il faut avancer !

D’un geste elle ébranlait l’hostilité, aussi la sergente nous libéra-t-elle cette voie esquissée sous des contours de sang. Galdine la rejoignit dans une vive sérénade des lames. Elle plongea sur deux lanciers dont elle transperça le cou sans effort, ce même si elle était entourée d’ennemis. Bientôt Tangar survint en renfort, suivi par maints camarades, lançant la contre-offensive.

Deux fronts étaient menés en parallèle. Chaque lancier adverse, protégé par des rigides couches de lin, brandissait un bouclier ovale à la structure boisée. Nous chargions continûment tandis que nos lames ripaient sur leurs égides. Ils rentraient en synchronisation avec les archers, lesquels paraissaient intouchables à force d’esquiver sans cesse ! Pourtant Werna et Jakun beuglaient de fortes instructions à leurs compatriotes et les criblaient de flèches.

Comment résister face à une telle nuée d’opposants ? Privilégier l’assaut direct nous assurait de nous rapprocher de notre objectif, toutefois les pertes n’en impactaient que davantage. Pardon et compassion étaient honnis sur ce champ vermeil… Cette sylve s’échinait sous le règne de la magie et des armes. Des frémissements me gagnaient chaque fois que je tuais un être humain, piètre récompense de leur existence ! La nature, chagrinée, sombrait contre la brillance des sphères de feu. Si mortifiée était la flore quand étincelles et rayons lumineux irradiaient de plein éclat !

Tous ces concepts semblaient nous dépasser dans l’impact de nos foulées. D’externes volontés avaient remporté autrefois la lutte pour une terre pure. Par-delà le massacre de citoyens de maintes contrées existait un équilibre. Il était si précaire que le moindre sursaut, choc ou coup le déstabilisait. Notre monde s’était façonné dans la dualité entre nature et magie. Mais certaines civilisations l’avaient oublié, d’autres les avaient même totalement délaissées. Une fois abandonnée à l’instinct, je tendais l’oreille aux sourds hurlements, vers le grondement issue d’une colère inapte à sa manifester. Quand j’éventrais une paire de lanciers, quand les plaintes soufflaient sous les traits du tableau comme des archers, quand déflagrations et tourbillons souillaient l’air en guise de destruction, il n’y avait plus lieu de persister. Notre contribution individuelle s’effaçait dans la fresque, se combinait pour la détériorer.

Songes et espérances se concrétisèrent alors. Nous étions parvenus aux murailles d’Orocède.

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J'ai une vieille peugeot 405, un diesel 1.9 litre de cylindrée. Elle a roulé sa bosse ma 405, comme Ulysse, elle a vu cent paysages. Le moteur à déjà fait cinq fois le tour du compteur et pas fatigué pour un sou. Moteur d'origine, oui Monsieur! Il tourne encore très bien. Parfois, je tends l'oreille pour écouter ce bruit caractéristique qui me remplit d'aise. Je savoure cette sonorité du moteur diesel comme une victoire sur la durée. Moteur increvable, le 1.9 litre diesel, disent les connaisseurs. Oui, peut-être, mais surtout parce que je ne lui inflige pas les 130 km/h sur l'autoroute, à peine les 110 à l'heure. Je ne suis pas un beauf immature, je n'aime pas la vitesse. Une phobie peut-être. Une de plus. Je dis une de plus car la première de mes phobies c'est les araignées. Je déteste les araignées. Surtout celles hérissées de poils. Elles m'obsèdent. Il paraît que les australiens collectionnent de beaux spécimens. Les mêmes qu'il y a des millions d'années. Elles n'ont pas évolué d'un iota. Un peu comme les humains, quoiqu'on en dise. Je voudrais pas être australien.
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Pourtant, ça pique un scorpion et aussi dangereux. Mais ça n'a pas de poils un scorpion, me direz vous. Donc, ce n'est pas le coté venimeux qui rend phobique mais le coté velu. Si les araignées avaient les cuisses aussi charnues, galbées et sensuelles que celle des femmes, je pense que je me serais laissé mordre avec plaisir. Non sans l'avoir caressée et mis la main au panier, tant qu'à faire, je vais me gêner!
Mais non, pas de chance, les araignées c'est moche, velu et c'est con.
Oui, c'est con une araignée. Con et stupide. Oui,car pas plus tard qu'avant hier en allant chercher mon pain chez ma boulangère qui, elle, déteste les souris-de toute façon, chez les femmes, c'est ou araignées ou les souris-, prenant place dans ma 405 peugeot qui date mais roule encore, j'ai eu la désagréable surprise de constater que l'on avait squatté ma banquette passager et à mon insu. Oui, à mon insu, sans que le locataire en question ne m'en fasse la demande avec lettre recommandée et accusé de réception. C'était la moindre des politesses quand même!
En effet, une belle toile d'araignée était tissée entre levier de vitesse, le paresoleil et le rétroviseur. Je dois dire que c'est beau une toile d'araignée finement tissée et dont la géomérie parfaite n'a rien à envier aux femmes assises derrière leur métier à tisser et qui font des merveilles.
En plus ça donne des reflets d'argent au soleil.
Une araignée, c'est une femme qui a mal tourné, me dis je. La veuve noire n'est pas loin. Les femmes assassinent leur mari pour s'accaparer leur fortune. La femme procède t elle de l'araignée?
Mais là, non! Je refuse catégoriquement! Ma voiture n'est pas un lieu déshérité, abandonné par la communauté des humains, comme ces gigantesques maisons américaines en bois laissées à l'abandon par leur propriétaires ruinés et déwallstreetés que l'on voit dans les documentaires étatsuniens.
Je suis là à me demander comment une araignée ait pu glisser dans ma voiture pour y tisser sa toile sans se faire remarquer par un voisin vigilant. Mon village est labellisé "voisins vigilants" avec le panneau indicatif avec l'oeil vigilant de "big brother", à l'entrée du hameau. Un voisin aurait dû donner l'alerte ou tout au moins venir me voir. Pendant la guerre ils savaient faire pour dénoncer les juifs à la gestapo. A l'époque, c'était des pros. Et là, pour une araignée, rien! nada! que dale!
Elle aurait tissé sa toile à l'extérieur, j'aurais compris. J'aurais rien dit. J'aurais fermé les yeux. Mais là, à l'intérieur de ma voiture! Franchement, mais attraper quoi? Je vous le demande. Serait elle conne?Roseline Bachelot serait elle morte et réincarnée en araignée? Oui, pour attraper quoi? Je me suis pas garé dans le marais poitevin que je sache ni au beau milieu de la forêt de Sherwood. Le premier moustique qu'elle verra se faire prendre au piège c'est pas demain la veille. Si, ce sera le jour Michel Drucker se fera virer de france 2. C'est à dire jamais!
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Une araignée migrante venue d'on ne sait où et qui a pris ma voiture pour un tas de feraille et qui pensait en user à sa guise, comme bon lui semble. Une araignée migrante qui pense avoir tous les droits, sans aucun devoir bien sûr! Quelle honte et quelle mentalité!
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Je n'ai pas eu le courage ni la volonté de bouter l'arachnide hors de mon espace privé. D'après la loi, l'araignée devait bénéficier comme les SDF et les pauvres de la trêve hivernale. Mais la lutte ne s'arrêterait pas là. Elle se poursuivrait sur le terrain juridique. Cela prendra le temps qu'il faudra. L'araignée ne perd rien pour attendre. Je suis quand même le propriétaire de ma voiture, merde alors !
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Adrien de saint-Alban
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