Chapitre 18 - 1

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La porte d’entrée claque, Juliette pousse un long soupir. Elle est seule à table avec Lucie. Celle-ci la regarde de ses grands yeux, si innocente, si fragile. Juliette voudrait lui caresser la joue, mais se retient. Trop de choses se sont passées ces deux derniers jours. Elle doit prendre du recul. Absolument. Même si l’envie est terriblement forte. Elle aimerait saisir ce visage, attraper ses lèvres, y engouffrer sa langue, maintenir fermement son cou, et la goûter, encore et encore. Cette avidité soudaine, impérieuse lui rappelle son amie du collège et ses seins presque inexistants. Elle avait déjà goûté aux lèvres d’une fille. Elle avait déjà senti sous ses doigts le tissu du soutien-gorge et une peau électrique. Après cette expérience, Juliette s’était sentie repue. Sa curiosité enfin assouvie, d’autres mystères l’avaient intéressé. Elle ne s’interdit rien. Elle fait partie d’une génération qui brûle d’envie de tout connaître, de tout tester, avant de passer à autre chose. Aussi vite essayé, aussi vite oublié.

Elle jette un œil sur le canapé derrière Lucie. Les pensées qui lui traversent l’esprit lui donnent chaud. Le danger t’excite. Arnaud est juste dehors, il peut revenir à n’importe quel moment. Depuis leur premier baiser, un désir ancien, presque oublié, refait surface. Cette fois-ci, elle aimerait aller plus loin que les caresses maladroites d’une adolescente. De nouvelles perspectives s’offrent à son imagination.

— Tu vas bien ?

Juliette revient sur Lucie. Elle plante ses prunelles dans les siennes. Adorable Lucie, si vulnérable. Son cœur balance entre le désir de la protéger et de la malmener. Est-ce qu'une telle poupée se brise facilement ? Elle hoche simplement la tête, invitant la jeune femme à continuer de parler. Juliette veut juste l’écouter, sans rien dire. Ses yeux la détaillent avec gourmandise. Ses cheveux blonds coupés en un carré plongeant, souples et volumineux, donnent des idées lubriques à Juliette. L’image soudaine de Lucie, la tête en arrière, la gorge offerte à ses baisers provoque une vague de frissons le long de sa colonne vertébrale. Les lèvres rosées de la jolie blonde s’agitent, s’étirent en de larges sourires, se frôlent ; Juliette voudrait arrêter cette danse frénétique en y collant les siennes. Elle voudrait faire taire Lucie. Après tout elle ne l’écoute même pas.

Son désir augmente. Des yeux, elle glisse sur le décolleté. Le chemisier blanc, entrouvert, laisse apparaître la naissance de ses seins. Sa peau blanche, presque spectrale, parait si délicate. Ses mains la démangent, son esprit la titille. Juliette s'imagine effleurer cette peau de ses doigts envieux. Lucie a une petite poitrine, haute et ferme sans aucun doute. De quelle couleur sont ses mamelons ? Un léger rose ? Un marron clair ? Juliette choisit le rose. Elle souhaiterait les embrasser, les goûter, les presser, les relâcher avant d’y revenir plus avide, plus gourmande, puis les mordre jusqu’à faire gémir sa partenaire. Son sein doit tenir dans sa main. La taille parfaite. Sa paume épouserait parfaitement le galbe. D’abord douce, Juliette ressentirait les palpitations de ce corps chaud, vibrant, qui s’offrirait à ses fantasmes, puis malaxerait plus fermement sa tendre poitrine. Elle voudrait les faire rougir comme les joues de Lucie. Alors Juliette irait plus vite, plus fort, jusqu’à ce que Lucie la supplie d’arrêter. Merde, ce n'est qu'un rêve.

Elle se découvre dominatrice, destructrice de jolies choses. Lucie ne peut pas se douter des pensées qui habitent la jeune femme. Elle poursuit sa discussion, seule, Juliette se contente de hocher la tête, laisse échapper un oui de temps à autre pour donner l’illusion qu’elle y participe.

Elle a de plus en plus de mal à se contrôler. Le sourire de Lucie l’agace, elle voudrait l’effacer de son visage, la plaquer contre le mur, glisser la main dans son pantalon, passer la barrière de sa culotte pour l'enfouir à la découverte de son sexe, chaud et humide. Elle a déjà eu quelques fantasmes de ce genre, mais pas avec un visage familier. Pas avec son amie et collègue. Pourtant c’est là, en elle. Un baiser a suffi à allumer la mèche. Juliette se consume, elle ne peut plus lutter contre le désir de la posséder. De la soumettre. Son corps contre le sien. Son parfum sucré sur sa peau, la faire gémir, la faire trembler, lui faire avouer sa reddition. Tout en se frottant l’une à l’autre, elle lui arracherait des cris de plaisir. Une femme qui se connaît est une experte du plaisir féminin. Pour s’être souvent masturbée, elle se dit qu'elle doit bien s'en approcher. Elle s’amuserait à changer de cadence. Doucement d’abord, puis plus vite. Jusqu’à atteindre l’orgasme. Alors, elle cueillerait à la source le dernier cri de la belle avant de s’échouer contre son cou palpitant. Et ce n'est toujours qu'un putain de fantasme !

Juliette s’agite sur sa chaise. Son bas-ventre est douloureux. Oh frustration ! Le retour à la réalité est difficile, elle boit son verre de vin cul sec. Lucie continue de papoter sans se douter de rien, ignorant qu’un volcan est en éruption à côté d’elle. Elle tapote de ses doigts le bois brut. Juliette fixe cette main fine et aérienne. D’autres idées prennent forme dans son imaginaire ; l’attraper et l’emmener dans une autre pièce, à l’abri des curieux. Elle passerait à l'acte, avec l'unique pensée d'assouvir ses pulsions. Mais après ? Qu'arrivera-t-il une fois la jouissance atteinte ? Une fois le feu éteint, le désir assouvi ? Lucie passerait de la muse, de l'offrande sexuelle à la femme mariée, mère, amie et collègue. Les regrets feraient leur entrée dans un vaudeville où Juliette n’a pas l’intention d’avoir un rôle majeur. Elle doit contenir ses pulsions. Un seul baiser de Lucie a suffi à l’embraser. Elle n’ose penser aux répercussions si cela devait se reproduire. Alors je serais perdue. Le risque de la voir souffrir à cause d’un nouvel amour, de se séparer de son mari, de voir moins souvent Sophie est trop lourd à porter pour elle. Le cœur de Juliette se resserre à cette idée qui la déchire. Elle, la fille sans mère, ne se voit pas voler Lucie à sa fille. Au nom de quoi ? D’une attirance sexuelle, certes puissante, mais qu’elle n’avait pas encore il y a deux jours ? C’est ridicule ! Totalement insensé !

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