3

5 minutes de lecture

« C'est ici. »

Une maison tout à fait charmante leur fit face et même dans un état d'esprit brumeux Elyan observa la réaction de Vermand. Ses sourcils s'étaient froncés un instant avant que sa tête ne bouge de droite à gauche comme pour se débarrasser d'un mauvais songe.

« C'est une très belle maison », finit-il par dire.

L'auteur resta silencieux, incapable d'exprimer un quelconque son à cause de l'alcool et de cette douleur lancinante qui griffait, maltraitait son cœur. Ils passèrent le portail, puis entrèrent une fois que Elyan parvint à atteindre ses clés, plongées au fond de sa mallette de travail. Ils passèrent donc l'entrée et Steve ne sut retenir un juron de surprise :

« Oh putain. »

Elyan arriva à se dégager, et prit appui sur le mur pour progresser à son salon : il était en bordel, pire que ce que vous pourriez l'imaginer. Vous voyez le bas de votre armoire ? Dans laquelle vous y laisser quelques hauts en vrac, des boites auxquelles vous ne touchez plus ou tout simplement des affaires que vous ne savez pas ou mettre pour que votre chambre soit un minimum présentable ? Eh bien c'était le sol du salon de l'auteur qui était dans cet état.

« Désolé pour le bazar, je n'ai pas eu le temps de ranger », dit-il.

Pas eu le « temps » d'avoir rangé était un faible mot. Cela faisait des semaines qu'il n'avait pas pris le temps de faire un bon ménage. Quoi que à ce niveau un lance flamme serait plus approprié.

« C'est mignon », avoua le barman.

Le blond ne répondit pas, encore bien trop perché par l'alcool et la concentration qu'il se donnait pour ne pas piquer du nez par terre.

« Tu as un chien ? » demanda Steve

Surpris par sa question, le propriétaire se tourna, découvrant le barman avec un os en caoutchouc dans la main. Il finit par penser à Seth : c'était devenu son chien lorsque Vermand avait emménagé avec lui ici. Et même si la vérité lui brûlait les lèvres, il ne put que prononcer ces deux mots.

« Plus vraiment. »

Steve ne dit rien, s'apercevant avec évidence que le sujet était sensible. Avec agilité, il enjamba les affaires au sol et aida le blond à ne pas tomber. Si on oubliait le bordel, c'était plutôt un joli nid douillet. Le salon était assez grand, donnant sur la cuisine ouverte par un bar et les couleurs clair rendait l'endroit très lumineux. Il pensa aux grandes fenêtres vitrées qui donnait sur un petit jardin et une terrasse, il aurait adoré y prendre son petit déjeuné le matin.

Ils finirent par se séparer. Anderson reprit soudainement une grande bouffée d'air alors que le bouclé semblait assez déçu de ne plus sentir la chaleur du garçon contre lui. Il n'en fit pas la remarque et se contenta de continuer à détailler la pièce. La décoration était vraiment coquette, pourtant il y avait quelque chose qui le dérangeait : pas mal de cadres photos étaient posés face cachée et certains qui auraient dû se trouver sur les avaient été enlevés. Un sentiment de curiosité l'envahit, mais en voyant l'état actuel d'Elyan, il ne dit rien.

« Cette collection... » souffla-t-il.

Ses yeux s'étaient posés dans la pièce ouverte sur le côté. Avec la lumière du salon, il avait très bien aperçu une étagère parfaitement bien organisée et n'avait pas pu s'empêcher de s'approcher. Il découvrit avec une agréable surprise de nombreux ouvrage de son écrivain préféré ainsi que quelques films et jeux vidéo.

« Tu aimes tout ça ? C'est géant ! » s'écrit-il avec littéralement les étoiles dans les yeux.

Elyan retint son souffle, sentant la lame froide pénétrer douloureusement son cœur. Oui il appréciait ces livres, mais ce n'était pas les siens. Il tremblait sous cette tension. Les larmes lui montaient pratiquement aux yeux, mais il ne voulait pas que le grand s'en rende compte. Il se détourna maladroitement. Anderson ne pouvait pas s'empêcher de penser à tout ce qu'ils avaient vécus entre ces murs. Il ne pensait pas qu'à ces moments intimes, il pensait à leur moment de douceur, de dispute, de tristesse, de bêtise, à tout, vraiment tout. Chassant ses souvenirs d'un geste de tête, il entreprit de lui proposer un verre d'eau (il l'accepta poliment) et de commencer à ranger.

Tout de même encore un peu dans les vapes, il trébucha. Inquiet, et sentant surtout en tort sur sa condition, le barman s'approcha du jeune homme.

« Laisse-moi faire. »

Il ne dit rien, mais accepta d'un hochement de tête son aide. Le blond s'assit au sol et tria les habits que le châtain lui tendait. Pour les livres et autres objets, le bouclé se contenta de les empiler sur la table, ainsi que les sachet vides de nourritures finirent à la poubelle.

« Elyan, je peux vous tutoyer ? demanda soudainement le châtain.

  • O-Oui, pas de problème », souffla l'auteur qui se sentit rougir.

C'était peut-être idiot, mais le vouvoiement était pour lui une barrière qui le protégeait. Il avait reçu une éducation tout à fait normale, mais en raison du travail très pris de ses parents avait dû très vite être autonome. Donc, cette formule de politesse, un poil coincé, lui permettait de mettre une distance qui lui était vitale. Sinon, il se sentait envahit.

Toutefois, il ne put rien faire contre Steve.

Après de longues minutes, Elyan avait fini par poser sa tête lourde contre son canapé. L'alcool et la fatigue de cette situation avaient eu raison de lui.

« Tu veux que je mette où les... »

Le châtain se tut en admirant son visage détendu, et posa ce qu'il portait à bout de bras sur le côté. Il s'approcha doucement, passa une main délicate sur sa joue pour voir s'il dormait : c'était le cas et il ne se réveilla même pas lorsqu'il se fit déplacer jusqu'à son lit.

Avec délicatesse, il le défit de ses affaires gênantes et le coucha. Mais après qu'il lui ait enlevé son jean, quand il remonta son regard jusqu'à son visage, son souffle se coupa. Si une surprenante envie de s'emparer de ces magnifiques lèvres entre-ouvertes monta en lui, ce fut la bague de fiançailles qui pendait le long d'une chaîne en or qui attira son attention. Vermand se retira brusquement, brûlé par cette possible vérité. Bien sûr que cet homme devait avoir une petite amie, un aussi beau jeune homme, bien élevé était forcément entouré d'une demoiselle aimante.

Il ne put contrôler la certaine jalousie qui lui prit les tripes et il sortit de la pièce après avoir tiré la couverture. Derrière son passage, il n'y eut qu'un petit mot accompagné de son numéro et le double des clés dans la boite aux lettres.

Le lendemain, en se réveillant, Elyan crut d'abord à un rêve étrange, mais lorsqu'il vit son appartement rangé et ce papier, il fondit en larmes.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Défi
Enlil Enki

Donner le meilleur de soi-même… Donner le meilleur de soi-même… C’est bien gentil, mais encore faut-il se connaître, n’est-il pas ?
En plus s’il faut impressionner son monde, on n’est pas sorti de l’auberge ! (N’ayons pas peur des mots !) Et (en plus!) s’il faut apporter une morale, ben on est chocolat ! Enfin, moi en tout cas.
Tiens, en parlant de chocolat, ça me rappelle une petite anecdote sympa.
Ah oui, mais chut ! Il faut que ça soit plutôt court. Mon anecdote est plutôt longue, mince ! Ce sera pour une autre fois !
Morale : quand on ne sait pas quoi dire, mieux vaut s’abstenir, tourner sept fois sa langue dans la bouche, comme on dit.
D’ailleurs, d’où vient qu’on doive absolument la tourner sept fois ? Je sais pas vous, mais moi, ça m’a jamais empêché de dire des conneries. J’ai ma connerie en tête, je la mets en pause, le temps de compter sept fois mes tours de langue, pis je sors ma connerie. Non, pour bien faire, il faut la tourner plus. Je vais tester de ce pas mon ingénieuse trouvaille !

Bon, je l’ai testée, et honnêtement, à la longue, ça fait mal à la langue. Génial ! me direz-vous, ça t’évitera de la dire, ta connerie. Oui, c’est certain. Le problème, c’est que j’ai tellement mal sa mère que j’ai réussi à avaler ma salive en plein dans les poches d’air ! Aïe aïe aïe ! Et bonjour l’infection ! Et pas moyen d’appeler les secours : j’ai trop mal à la langue, ils me comprendront pas… Bon, ben voilà, je vais crever chez moi. Bon, la bonne nouvelle, c’est que je mourrai moins con qu’avant mon tourniquet lingual, ça console un peu, mais bon…
Donc les gars, plutôt que de mourir plus intelligents, vivez cons, c’est triste, mais en règle générale, on s’en rend pas compte, et c’est tout aussi bien comme ça !
6
15
0
1
Défi
MAZARIA
Ode aux lèvres, ces cadeaux que nous fit la nature,
dans son immense générosité...

Mza
5
6
0
1
Azraelys


Combien de fois
Ces voix nous interpellent ?
Combien de tirs venant du ciel
Enterrent ses « Aidez-moi ! » ?

Nuage de poussière,
Nuée de prières,
Triste fresque sans couleur
D'entrailles sans demeure.

De bonnes intentions.
De grandes convictions.
De nouvelles inventions.
Les meilleurs en première ligne,
Les pires recouverts d'insignes,
Et puis eux, ses enfants que plus rien n'égratigne.

Échappant à nouveau aux météores,
Aujourd'hui et demain encore
Ils demandent aux cieux d'être clément
Et de les achever au prochain bombardement,
Car aux détours des ruines,
Il n'y a plus qu'un abîme
Où les corps, une fois jetés,
Ne forme qu'un seul cri étouffé.
2
2
0
0

Vous aimez lire Ahmeiral ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0