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Le barman soupira bruyamment en nettoyant son énième verre.

« Quelque chose ne va pas ? » demanda sa collègue.

Salomé, une très bonne amie à lui et serveuse dans son bar, le regardait avec inquiétude. Elle se tenait appuyé contre le bois, plateau de service qui attendait de se faire débarrasser avant d'aller chercher une autre commande. Il leva son regard vers elle.

« Hum, je suis un peu ennuyé », avoua-t-il.

La brune resserra sa queue de cheval et l'écouta attentivement.

« J'avais demandé à l'homme qui m'a emmené à l'hôpital de venir au bar mais il n'est jamais venu.

  • Il doit avoir ses raisons », supposa-t-elle avec nonchalance.

L'homme la dévisagea un moment. Il avait oublié la plupart de ses souvenirs sur les trois dernières années de sa vie, la présence de la brune également. Il s'était tout de suite senti à l'aise avec elle et après quelques jours avait récupéré quelques scènes à ses côtés. Cependant, l'expression qui se lisait sur son visage était bien celle : fermée, froide, et qui laissait deviner qu'elle pensait à quelque chose dont il ne se rappelait plus. Sa famille et ses proches le regardaient tous de cette manière lorsqu'il abordait le sujet. Steve n'ajouta rien et s'occupa de son plateau. Ils reprirent leur service.

Ce soir-là c'était Vermand qui s'occupait de la fermeture, comme souvent. Il ferma les volets, rangea les affaires de dehors qui craignaient et s'accorda une pause de quelques minutes à regarder la rue presque vide à une heure du matin. Il respira un grand coup et s'étira dans une mince délivrance bien fatiguée par cette journée. Il n'avait jusqu'alors qu'une hâte, celle de rentrer chez lui et dormir. Mais quand il se tourna, prêt à fermer, il découvrit avec surprise la présence d'Elyan.

Le plus petit avait les joues rosées par le froid et ses cheveux blonds en vrac, une expression toute aussi surprise que lui pendu sur son visage – en le voyant ainsi il aurait presque pu penser qu'il avait essayé de l'éviter, et c'était malheureusement le cas. Si Anderson s'était enfoncé sous son écharpe pour cacher une grimace de douleur, ce fût un sourire joyeux qui étira les lèvres de Steve.

« Bonsoir Elyan ! », s 'exclama de vive le châtain.

Le blond se tortilla sur place, mal à l'aise avant de répondre doucement.

« Bonsoir.

  • Je peux vous inviter à boire un verre ? se hâta-t-il de demander.
  • Je ne pense pas que cela soit une bonne idée, il est tard », refusa doucement l'homme.

Le barman sentit une déception grimper en lui. Il n'en savait pas la raison, car finalement cet homme n'était pour lui qu'un inconnu (et son sauveur). Alors penser que le jeune homme ne semblait pas vouloir faire « ami-ami » avec lui le gêna. Il parvint tout de même à cacher son désarroi et lança un petit sourire à Elyan.

« Oh, vous travaillez demain je suppose ? supposa le châtain

  • Non ce n'est pas... »

Lorsque la voix d'Anderson se tut, Steve compris que son sauveur n'avait pas du tout envie d'avoir à faire avec lui. Après tout, il comprenait parfaitement que la survenue d'une personne étrangère du jour au lendemain pouvait être dérangeante. Il se confondit d'excuse avant de souffler dans ses mains froides pour les chauffer un peu.

« Je ne voulais pas vous mettre mal à l'aise », confia-t-il.

Elyan le regarda se détourner pour contempler la rue. Steve n'avait pas changé. Physiquement, mentalement et même à ses yeux il restait le même, il restait celui dont il était tombé amoureux il y a trois ans. Il se souvenaient qu'ils avaient commencé par flirter un peu autour d'un verre, puis après quelques sorties entre amis, Elyan lui avait confié ses sentiments. Ce jour-là il avait cru que Steve avait fait une crise cardiaque et qu'il ne viendrait plus jamais lui parler. Il n'avait rien dit, n'avait pas décoché un mot pendant de longues secondes, ce qui eut le don d'alarmé le blond, puis il devint soudainement rouge avant de lui prendre les mains pour lui répondre avec un adorable : « Alors si tu m'aimes, tu dois sortir avec moi ! ».

Sur le coup. Anderson avait pensé à une blague de mauvais goût de la part d'un hétéro curieux. Non pas qu'il ne croyait pas en cet homme qu'il appréciait beaucoup, mais bien par ce qu'il avait changé si rapidement de comportement. Par la suite, Vermand avait mis son cœur dans cette relation, et c'était probablement pour cette raison qu'elle avait aussi bien marché jusqu'alors. Ils s'étaient même fiancés après tout.

« Seulement un dans ce cas, accepta-t-il malgré lui.

  • Super ! »

Sans perdre une seconde il passa une de ses mains autour de sa taille et le guida avec élégance jusqu'au bar.

Une fois à l'intérieur, Steven ralluma les lumières et pris soin de mettre les affaires de son invité sur le porte manteau. Il passa ensuite derrière le bar, proposant à Elyan de savoir et de choisir une boisson. C'est autour d'un verre que tout avait commencé, pensa le blond en serrant ses mains moites s. Le barman, bien occupé à préparer sa meilleure boisson remarqua quand même la détresse de son invité, et il entama directement une conversation pour essayer de le détendre :

« Vous faites quoi dans la vie pour rentrer aussi tard ? Si ce n'est pas indiscret évidement.

  • Je suis auteur scénariste », répondit-il.

Le regard du châtain s'illumina, sans s'en rendre compte il avait eu exactement la même réaction que lorsqu'il lui avait annoncé par le passé.

« Dans quel domaine ? s'enquit-il.

  • Je fais un peu de tout. »

Un silence prit place, et en contournant le bar pour venir s'asseoir à côté de l'homme, Steve se sentit gêné. Si Anderson avait accepté son invitation à boire un verre, son cœur ne semblait pas y être. Il avait l'impression qu'une immense barrière s'était érigée entre eux avant même qu'il ne puisse faire sa connaissance.

« Est-ce que je vous importune ? » demanda-t-il avec un brin de peine dans la voix.

L'auteur tressaillit, manquant de s'étouffer avec le verre d'alcool. Il s'essuya maladroitement la bouche avant de baisser les yeux vers ses mains tremblantes.

« Non, c'est juste... j'ai quelques problèmes.

  • J'espère que ça va s'arranger », souffla amicalement le barman.

Elyan n'osa pas le regarder dans les yeux, mais il lui sourit doucement.

Après ça, ils parlèrent plus légèrement, et les minutes défilèrent avec rapidité. Ce fût Elyan, qui sentant sa tête chauffer qui regarda enfin sa montre.

« Il est si tard ! », s'exclama-t-il.

Steve se pencha vers lui, prenant son poignet pour regarder à son tour l'heure : deux heures quarante-six. Cela faisait presque deux heures qu'ils papotaient comme deux vieilles connaissances après un moment sans nouvelles, c'était un peu le cas.

« Je vais rentrer, annonça le blond.

  • Je vous raccompagne. »

Le sourire – alcoolisé – d'Elyan se fana en une légère grimace polie.

« Non, ça ne sera pas la peine. » refusa l'auteur.

S'il avait voulu éviter à tout prix que son ex fiancé ne le raccompagne chez eux, enfin chez lui, ce fût peine perdu lorsque son pied se déroba. L'homme ne perdit pas une seconde et vint le rattraper.

« Tenez-vous à moi », lui demanda-t-il.

Son souffle s'échoua sur la peau fine de son coup et il ne put contenir un frisson. Steve était trop proche, beaucoup trop, et au-delà de cette douleur lancinante qui lui griffait le cœur, le désir ne le quittait pas. Il se souvenait parfaitement de ce touché qui venait parcourir sa peau, défaire ses vêtements un à un avant que leur corps et cœur ne fassent qu'un. Et il retint une larme en s'appuyant sur lui.

« Merci, murmura le blond

  • Vous auriez du me dire que vous ne teniez pas l'alcool », lui reprocha gentiment le barman.

Elyan esquissa un rire gêné. C'était pourtant quelque chose qu'il avait toujours su.

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