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Ce matin, Steve Vermand sortait son chien. Heureux de cette belle journée malgré le froid de fin d'année, il avait gagné le parc dans une humeur plutôt joyeuse. Son chien, un samoyède de Russie, appréciait grandement la fraîcheur matinale et n'hésita pas une seule seconde à tirer sur la laisse pour demander à son maître d'aller plus vite.

« Doucement Seth on y est presque », rit Steve.

Au plus grand soulagement du propriétaire du chien, ils arrivèrent enfin au parc et Steve, sachant que son ami à quatre pattes ne partait jamais loin, le lâcha. Le toutou blanc partit comme une furie avant de revenir vers lui une seconde plus tard et repartir dans une sorte de jeu qu'il devait trouver amusant. L'homme, amusé, se contenta de marcher, l'attention rêveuse portée sur son chien.

Il appréciait énormément ces matins, car il n'avait malheureusement pas le temps de venir jusqu'ici tous les jours. C'était certes, proches de son lieu de travail, mais bien loin de chez ses parents où il vivait encore.

Depuis son accident il y a un peu plus de trois mois, dans lequel il avait perdu une bonne partie de ses souvenirs, tout le monde était aux petits soins avec lui. C'était normal de s'inquiéter après cela, les médecins l'avaient même mis en garde sur sa santé et que des complications pouvaient être envisagées. Pourtant, tout semblait aller pour le mieux. Sa santé était bonne et parfois il avait l'impression de se souvenir d'événements passés, sans pour autant savoir faire la différence avec un rêve, celui-ci inventé de toute pièces.

Pour vous mettre dans la confidence, Steve ne savait pas s'il voulait retrouver ses souvenirs. C'était égoïste, mais il avait bien remarqué le regard que lui portait ses proches dès lors qu'il en abordait le sujet, ou bien lorsqu'ils essayaient de cacher quelque chose, un objet même. L'homme ne savait pas ce qui clochait, il ne savait pas ce qu'il lui manquait, pire, il avait peut-être oublié quelque chose d'important. Et il avait réellement peur de ce que cela pouvait être.

Steve sortit de ses pensées lorsqu'il vit son chien se ruer sur un inconnu (assit tranquillement sur un banc en train de boire un café à emporter). Il se précipita vers eux, grondant son chien qui ne comprenait pas pourquoi il ne pouvait saluer amicalement ce monsieur.

« Seth ! Au pied », ordonna Steve.

Sous la demande, le chien s'écarta, la langue pendante. Il tournait la tête dans la direction de l'étranger, puis vers celle de son maître tout en battant frénétiquement de la queue. Il aboya et retourna sur l'inconnu pour lui quémander des caresses. Honteux du comportement de son chien, Vermand le tira par le collier – sans grande violence mais avec fermeté – et lui intima de s'asseoir.

« Je suis désolé, il n'est pas comme ça d'habitude, s'excusa-t-il.

  • Ce n'est rien, il est adorable », admit l'homme.

Steve leva les yeux vers le passant. Ses yeux bleus ornés de long cils se posèrent sur lui et il n'eut aucun mal à le reconnaître malgré l'écharpe qui lui recouvrait la moitié du visage.

« Je me souviens de vous ! » s'écria-t-il chaleureusement.

Le cœur de l'homme se gonfla de sentiments, il s'emballa avec force et vitesse. Il tapait dans sa poitrine à tel pour qu'il aurait cru qu'il allait en sortir. Mais Steve ne remarqua pas cette surprise, ou du moins il ne compris pas l'entièreté de son regard vibrant.

« Vous m'avez emmené à l'hôpital il y a un peu plus de trois mois, encore merci. »

Le maître du chien se confondit de remerciement malgré la grimace douloureuse qui peignait le beau visage du passant. A nouveau, il ne l'avait pas reconnu, lui, Elyan Anderson, son ex fiancé. Son cerveau l'avait balayé sans scrupules de ses souvenirs et, évidemment, pour lui leur première rencontre était à présent celle de l'hôpital. Par ailleurs, le comportement de son chien aurait pu facilement s'expliquer s'il avait eu vent de toute cette histoire dramatique.

Elyan ravala sa salive et lutta contre les larmes pour lui répondre le plus platement possible : « C'était normal. »

Sa voix s'était brisée de chagrin, mais l'homme ne sembla pas s'en formaliser.

Steve ne devait penser qu'il n'était que fatigué, un peu tendu par ce froid matinal, jamais il ne se douterait qu'il était le centre de son traumatisme. La douleur était vive, autant qu'elle l'avait été cette fois-là, et la seule pensée qui anima le jeune homme fut celle de fuir.

« Vous m'excuserez, je dois y aller, souffla-t-il.

  • Heu oui, bien sûr. »

Il l'observa se lever, réajuster l'écharpe autour de son cou et esquisser un mouvement d'au revoir lorsque l'envie de le retenir lui prit les tripes. Il attrapa la manche de son manteau et lui dit :

« Attendez, je voudrais quand même vous remercier. »

Elyan se tourna vers lui, les sourcils froncés. Il n'avait pas besoin de ses remerciements, il voulait à son tour oublier et ne plus jamais ressentir ce vide. C'était au-delà de ses forces de se tenir face à l'homme qu'il aimait et ne se souvenait plus de lui. Si dans les livres et les films l'amnésie ne durait jamais, cela faisait plus trois mois que la sienne se poursuivait, et visiblement il ne se souviendrait pas.

« Je m'appelle Steve et je travaille dans un bar pas très loin d'ici, le « Midnight Memories » venez y faire un tour », demanda l'homme.

Il le lâcha avant de lui tendre la main, voulant probablement sceller leur rencontre en bonne et due forme, mais son vis à vis ne bougea pas.

Celui-ci considéra un instant sa main rougie par le froid, et dépourvu de cet anneau d'or. Il ne s'en saisi pas.

« Elyan, je passerai », mentit-il.

Puis il tourna les talons une bonne fois pour toute et quitta le parc.

Steve attendit sa venue, une semaine, deux semaines passèrent, Elyan ne vint pas.

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