Prologue

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Elyan Anderson réajusta l'écharpe autour de son cou et pressa le pas. Dehors la nuit était tombée et les lumières éclairaient la rue encore un peu bondée de la ville, mais il ne s'attarda pas à la contempler.

Trois mois.

Il secoua la tête, effaçant cette pensée qui lui revenait sans cesse et poursuivit sa route d'une marche soutenue jusqu'au métro. Lorsqu'il ressortit de celui-ci et regagna la surface, il sut qu'il n'était plus très loin de chez lui. Il lui faudrait dix minutes environ pour traverser la grande rue et prendre la direction de son petit quartier tranquille. Mais il s'arrêta un instant, le regard rivé vers les boutiques de restauration et cette pensée lui revint comme une claque : Trois mois.

Et il se remit à marcher. Elyan n'avait pas toujours été aussi pressé de rentrer chez lui, avant, même en temps de pluie ou de vent fort, il traînait un peu en ville, et plus particulièrement dans ce bar. Il avait voulu oublier cet incident, l'enterrer bien profondément en lui comme un mauvais souvenir qui se serait estompé avec le temps. Mais il n'y pouvait rien, il pensait à ça, à lui et à cette putain de chute.

Il y a trois mois il vivait avec un homme, Steve Vermand, tout à fait charmant et adorable. Ils s'aimaient, oh que oui ils s'aimaient plus que tout. Ils s’amourachaient le matin dès l’aube jusqu’à la nuit sombre éclairé par les étoiles. Cependant, ils n'avaient pas été à l'abri de cette dispute. Tout avait commencé un matin après qu'ils se soient allés baladés le long du port. Ils s'étaient beaucoup amusés, avaient discrètement flirter aussi, avant que l'affreuse vérité ne frappe Anderson. Son amant venait d'une bonne famille, aussi aimante que respectable et il n'avait pas toujours été attiré par les hommes. Par ailleurs, Elyan avait été son premier. Alors quand il l'avait vu si heureux face à cette enfant (la fille d'une amie qu'ils venaient de croiser) le jeune homme n'avait pas pu s'enlever l'idée qu'il n'était qu'un obstacle à son futur. Il lui apportait beaucoup de bonheur, certes, mais ce n'était pas comparable à celui que pourrait lui donner un enfant, son enfant, avec une femme qu'il aimerait.

Tout était partit de là. Les cris, l'évitement, la peur, l'angoisse, la tristesse, la frustration, la colère, et toutes ces émotions qui les avaient menés jusque-là.

Alors qu’Elyan avait ordonné à Steve de le laisser, celui-ci, perdu entre sa colère et l'amour qu'il lui portait été tombé dans les escaliers. Malheureusement, même si Anderson lui avait tendu sa main pour le rattraper, leurs doigts ne firent que se frôler et il s'effondra au sol.

Lorsque Vermand avait ouvert les yeux, il se trouvait dans une chambre d'hôpital, avec pour diagnostique une amnésie sur les trois années précédentes de sa vie (pas dans leur globalité, mais la présence de son amant s’était évaporé comme un doux cauchemar).

Bien évidement Elyan avait été détruit par ces quelques mots « Qui-est-ce ? », et dans son égoïsme il s'était bien gardé de lui révéler la vérité. Il avait ainsi demandé à ses amis, aussi collègues de travail, ainsi qu'à ses parents de ne rien faire, de lui cacher son existence et de ne jamais lui dire qu'ils avaient été amis, amants, amoureux et même fiancés. Les proches avaient voulu savoir la raison de cette supercherie car ils n'avaient pas été d'accord avec Elyan sur sa décision, mais ils comprirent que – au-delà de cette raison cachée – la souffrance de le voir sans souvenir lui serait insurmontable.

Il devait aller de l'avant, et laisser Steve prendre un nouveau départ.

Trois mois. Trois mois qu'il tentait vainement de tourner la page sur un bonheur irremplaçable en se disant que c'était pour le mieux.

Et quand il rentra chez lui, avec ses habituelles larmes, il s'effondra dans le lit froid.

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