Chapitre 33 : Le champion du diable

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La guerrière albinos n’avait rien dit depuis plus de deux heures. Lors de la cérémonie mortuaire de Lucas, elle s’était tenue à l’écart des autres. Elle ressentait un profond vide en elle, comme si une partie de son âme lui avait été arraché. Misaki ne pleurait pas. La jeune femme avait passé ce stade où s’effondrer était habituel lorsqu’une personne mourrait. Une profonde colère remplaçait tout sentiment positif dans son cœur.

Après avoir confié Randell à une gardienne, Flint et Gabriel avaient remarqué que leur amie n’était pas dans son état normal. Tous deux crurent que Misaki serait la première à réagir à la mort de Lucas, mais elle ne l’avait pas fait. Le colosse observait la femme aux cheveux blancs, depuis son siège de conducteur. Encore une fois, elle préférait l’isolement ; sa monture trottait à l’écart des autres.

Cassandra, qui passa tout près du véhicule, fut interpelée par le colosse.

— Dis… est-ce que tu lui as parlé depuis tantôt ?

— Il vaudrait mieux ne pas la déranger, répondit l’elfe. Quand elle est comme ça, elle a besoin d’être seule.

— Je m’inquiète pour elle…

Il lui fit un regard de chien abattu. La brunette finit par céder et soupira. Elle ordonna à sa jument de s’approcher de Misaki. Une fois à son niveau, la guérisseuse remarqua que sa confidente avait pleuré en silence. La lune était assez claire pour qu’on puisse voir les traits de son visage. Ses yeux étaient bouffis.

— Je ne veux pas en parler, prononça l’albinos.

— Je sais, mais notre gros toutou de Gabriel se fait du sang d’encre pour toi.

— C’est tout lui. Flint l’a bien dressé…

Toutes deux pouffèrent de rire. Le jeu de rôle canin du colosse n’était plus un secret pour personne, à un tel point que la plupart de ses amis le comparait réellement à un gros chien. Cela ne le dérangeait pas du tout, même qu’il était flatté par ces remarques.

— Bref, formula Cassandra, si tu as besoin de quoi que ce soit, je suis là.

— Merci, mais je n’aurais aucun repos, tant et aussi longtemps que Satan sera en vie.

— Je pense que nous voulons tous la même chose…

L’albinos tourna son regard vers Cassandra, et remarqua un brin de détermination dans son visage. Misaki savait, dans le fond, qu’elle n’était pas la seule personne en colère contre le diable. Celui-ci leur avait enlevé leur ami, mais aucun d’entre eux n’oubliait tout ce que les gens du Saint Royaume avaient perdu.

— Je ne crois pas que nous pourrons le vaincre avec notre petit nombre, continua l’elfe, mais au moins, cela permettra à notre armée de gagner du temps.

— Je n’ai pas l’intention de mourir une autre fois, fit Misaki.

— Je sais, mais soyons réalistes : ils sont beaucoup trop nombreux pour notre petit nombre. Au moins, ça me rassure que nous ayons quelques soldats à nos côtés.

En tout, ils étaient une trentaine de Dieux et d’anges qui partaient en mission. Kyran avait déjà développé un plan, dont il avait fait part à son frère. Flint s’occuperait de leur formation, mais le mage leur avait infirmé, avant de partir, d’un passage qu’ils emprunteraient à un kilomètre du château. Il s’agissait d’une grotte souterraine reliée aux donjons, que les démons négligeaient depuis le début de la guerre. Ils pourraient facilement infiltrer le vaste bâtiment et tuer discrètement plusieurs de leurs ennemis.

— Au moins, on a d’excellents traqueurs pour nous prévenir du moindre signe de danger, reprit Cassandra. Normalement, je devrais être aux côtés de Shayne et de Scottie, mais il semblerait que notre capitaine voudrait que je reste près de sa sœur.

Elle observa le grand blond, du coin de l’œil, alors qu’il menait la calèche depuis leur départ. Ils s’arrêteraient bientôt pour se reposer, mais repartiraient aussitôt. Leur prochain arrêt serait lors du souper. Flint se passa une main dans les cheveux, nerveusement, alors que son étalon trottait tranquillement.

— Il a peur de perdre sa sœur, fit Misaki.

— Pas étonnant, après ce qui est arrivé à Lucas…

— Vous êtes toutes les deux d’excellentes guérisseuses. Nous ne risquons pas de mourir de sitôt. Il ne faut pas oublier que Kyran et son frère étaient seuls, quand c’est arrivé.

— Je sais. C’est ce qui m’embête. J’aurais aimé être là pour sauver notre ami.

— Es-tu sûr qu’il n’est qu’un ami pour toi… ?

Prise au dépourvu, Misaki rougit. Cassandra avait deviné que l’albinos avait toujours des sentiments pour Lucas, même après leur rupture.

— Est-ce si évident que ça ? fit la guerrière.

— Franchement, je trouve que vous formiez un très joli couple.

— Il est trop tard maintenant… il est mort et je ne sais pas si nous pourrons le ramener. J’aimerai pouvoir revenir en arrière et lui dire que je l’aimerai toujours mais… tout le monde sait que les voyages temporels sont dangereux.

— Bah tu sais ce que ça veut dire… Allons botter les fesses du diable, ensuite, on fera tout en notre pouvoir pour retrouver un noyau de création. À partir de là, peut-être que nous pourrons ressusciter quelques personnes.

Misaki hocha la tête. Elle souhaitait plus que tout que cette mission se terminerait sur une note positive. Ensuite, ils célèbreraient leur victoire, tous ensemble.

Au-dessus de leurs têtes, Windy et Kelvin, scrutaient les horizons. Tout comme le général et le jumeau Sanders, ils avaient été chargés de repérer leurs ennemis. Jusque-là, le groupe n’avait traqué que quelques créatures errantes et tué une dizaine de monstres. L’armée des démons était surtout en déplacement à l’ouest du continent et un peu plus au nord. Nash et son groupe avaient réussi à repousser une bonne partie de leurs ennemis, alors qu’on avait abandonné le Célestia à son sort.

— Je donnerais n’importe quoi pour que Lucas nous revienne, fit l’albinos.

— Et moi, j’aimerais ne plus avoir peur pour mes patients.

— Dans ce cas, nous sommes deux à avoir peur. Je n’ai plus une seule journée de repos, dernièrement. Ce monde me rappelle la dimension maudite.

Cassandra opina du chef, avant de reprendre :

— Il paraît que le Saint Royaume ressemblait beaucoup à notre belle Célestia, avant qu’elle se fasse détruire par l’armée de Satan. Il y avait des fées, des esprits magiques partout et des plantes de différentes couleurs. Tout poussait avec abondance. Nous, on a droit à des landes brûlées, des eaux polluées et surtout, beaucoup de champignons.

— La pauvre Kylie va faire une crise. Ça fait trois fois, depuis hier, qu’on en met dans son assiette, rigola Misaki. Je ne comprendrais jamais pourquoi elle déteste ça. C’est tellement bon, quand c’est rôti à la poêle.

L’elfe haussa des épaules, mais sourit. Sa meilleure amie recommençait à redevenir elle-même. La colère de la guerrière semblait s’estomper graduellement, même si elle n’oublierait jamais ce que le diable leur avait enlevé.

— Sinon, Megumi… commenta Cassandra. Athéna nous a tous proposé de nous offrir des présents, une fois la fin de cette guerre. Tu comptes lui demander quoi ?

— Je veux revoir mes enfants, bien sûr. Et toi ? J’imagine qu’il s’agit de tes enfants.

— Évidemment. Mes triplés me manquent beaucoup. Ils s’entendraient bien avec Sakura et Yuki, je crois. Surtout ma petite Maeve. Elle rêve de devenir enseignante.

L’albinos plissa des yeux. La guérisseuse ne leur parlait pas beaucoup de ses enfants, très occupée à travailler comme docteure et soigneuse professionnelle. Même en présence de Flint et Gabriel, elle ne leur disait jamais rien. Misaki se dit qu’elle ne voulait pas les importuner avec ses histoires personnelles. La brunette était, après tout, très discrète.

— Et Shayne… qu’en pense-t-il de tout ça ? interrogea la guerrière.

— De Maeve ? Il trouve que c’est une bonne idée.

— Non… je veux dire… Il n’a pas vraiment eu la chance de les connaître, comme beaucoup parmi nous. Est-ce qu’il t’en parle, de temps à autres ?

Cassandra secoua la tête.

— Il regrette de ne pas avoir assisté à leur naissance et une bonne partie de leur enfance. Mais ne t’inquiète pas pour lui. J’ai tout dit à mes enfants, de leur père. Ils ont grandis avec la certitude que c’était un grand héros, même s’il a vécu comme un vampire. Cela a inspiré mon petit Derek à devenir un brigadier, plus tard. Soren, quant à lui, commençait des cours en magie, sous la supervision de Wyatt.

L’elfe parlait d’eux comme s’ils étaient toujours vivants. Malheureusement, ce n’était pas le cas. La majorité des habitants de Célestia étaient tous morts, lors de sa destruction. Malgré cela, la jeune femme avait la conviction qu’elle les reverrait, un jour. Elle gardait espoir qu’ils réussiraient à traquer leurs âmes à travers le Jardin d’Éden et qu’ils les ramèneraient à travers les noyaux de création. Même sans ces orbes magiques, elle était convaincue qu’on pourrait lui apprendre comment réincarner les morts, avec le temps.

— Ça risque de nous prendre quelque temps encore, mais nous finirons par les sauver, finit-elle par rajouter. Tu te souviens de leurs laboratoires, n’est-ce pas ?

— Oui. Ceux dans lesquels Athéna nous a reconstruits ?

— Les mêmes. Je compte m’en servir pour ramener tous nos amis. Elle est d’accord avec moi et m’aidera à le faire, en compagnie de Luna. Nous sommes familières à cette technologie, après tout. Ça ne nous prendra pas longtemps.

— Ah bon ? Comment ça ?

— Bah, disons que nous avons eu dix ans pour nous pratiquer avec les habitants de Célestia. T’as déjà oublié, ou quoi ?

Misaki secoua la tête. Encore une fois, le passage du temps l’avait trompée.

— Pardon, répondit-elle. Dans ma tête, tu as toujours vingt ans.

— J’en ai trente, mais je te remercie de ce beau compliment.

L’elfe lui fit un clin d’œil et elles s’esclaffèrent.

— Bref, avec les noyaux de créations, nous pourrons accomplir tout ça, acheva Cassandra. Gardons notre mal en patience. Je n’ai pas l’intention de baisser les bras.

Elles changèrent alors le ton de leur conversation avec des sujets moins sérieux.

Gabriel, de son côté, était soulagé de voir que la guérisseuse avait réussi à remonter le moral de sa meilleure amie. Il retourna son attention vers Flint, qui s’était intéressé un peu à ce qu’elles se disaient, avant de s’éloigner à nouveau, sur le dos de son étalon. Le colosse commençait à avoir mal aux fesses. Il avait besoin d’une pause.

¤*¤*¤

Satan tournait en rond dans la salle du trône. Voilà des jours qu’il était coincé dans cette grande pièce, qu’il ne pouvait plus quitter. Il avait tout essayé : changer d’apparence, sacrifier de nombreux soldats, des contre-maléfices, mais rien ne lui avait permi de briser le sceau. Il avait épuisé tellement d’énergie, qu’il avait perdue en taille et en volume. Il faisait désormais à peu près deux mètres de longueur ; il paraissait moins imposant de cette manière.

En vérité, il avait puisé une grande partie de sa puissance des noyaux de création du château, et c’était ce qui lui avait permis de prendre une apparence gigantesque. Ces sphères magiques étaient vides depuis plusieurs semaines. Ils ne pouvaient plus s’en servir pour renforcer leurs rangs, autre que pour des tâches minuscules. Cependant, Satan pouvait toujours créer des démons à partir de son sang et de sa volonté.

Ce jour-là, il avait décidé de faire transporter le dernier noyau dans la grande salle. S’il ne pouvait pas se déplacer à eux, il s’en servirait là. Il ne remercia même pas les soldats qui l’avait transporté jusqu’à cette pièce et s’en servit aussitôt, sans même demander l’avis de ses stratèges ou bien de ses généraux.

Il lui fallait un champion, quelqu’un qui serait pour lui ses yeux et ses bras à l’extérieur de ce château. Puisqu’il ne pouvait plus compter sur Kyran Markios, ni sa sœur, ses pensées se tournèrent sur un homme que la famille de ces quadruplés, méprisait depuis toujours. Satan avait choisi de faire revenir celui qui avait eu assez de cran autrefois pour tuer son propre frère, quelques années plus tôt. Il lui fallait un criminel, tel que lui.

— Viens à moi, Troyd Markios… susurra le diable en caressant le noyau d’une main. Entends ma voix et viens te battre pour ma cause…

L’objet magique se brisa en plusieurs morceaux, ayant épuisé ses forces. Toutefois, une lumière aveuglante en sortie, ainsi qu’un homme près de la cinquantaine. L’individu en question regarda dans tous les sens. Il était nu comme un ver, mais des vêtements commençaient à apparaître autour de sa peau. Il baissa rapidement son regard vers ses parties intimes et constata qu’on lui avait rendu ce qui lui avait été enlevé, avant sa mort. Il poussa un soupir de soulagement et retourna son attention vers celui qui l’avait invoqué.

— T’es qui, toi ? demanda-t-il, fronçant des sourcils.

— Ton roi et aussi celui qui te permettra enfin de tuer toute ta famille. J’ai besoin d’un homme fort et courageux, tel que toi, afin de répandre la terreur sur ces terres. Tant et aussi longtemps que je serais prisonnier de ce château, je vais avoir besoin d’un homme de confiance pour accomplir certaines tâches. En échange, tu seras l’un de mes commandants et je t’offrirais un continent de ton choix.

— Voilà qui est flatteur, mais je n’ai pas de roi. Je sers une reine.

— Dans ce cas, vois ceci comme une collaboration qui te donnera encore plus de pouvoir… Je suis prêt à t’offrir une partie de ma magie, rien que pour prouver ma valeur.

— Il faudra d’abord en parler à Perséphone, car j’ai un contrat avec elle. Seule cette femme est digne de ma confiance. Si elle accepte ton offre, j’accepterais de te servir.

Satan s’esclaffa en secouant sa tête.

— Je vais devoir t’éclairer un peu, mon garçon.

Le diable recula et s’installa sur son trône, avant de se croiser les bras.

— Je ne suis pas un garçon, je suis un homme, grogna Troyd.

— J’ai plus de trois mille ans, je m’en fous de ton âge. Pour moi, tu n’es qu’un misérable bambin avec des supers pouvoirs. Je pourrais te tuer d’un claquement de doigts, cependant, j’ai besoin de quelqu’un comme toi pour tuer les Markios, ainsi que les autres dieux. Et malheureusement pour toi, ta Perséphone t’a laissé tomber. Elle sert désormais la cause de la cause d’Athéna, celle qu’elle méprisait autrefois. Je ne crois pas qu’il serait sage pour toi d’y retourner.

Troyd serra un poing et le leva devant lui.

— Tu mens ! Ma reine ne trahirait jamais ses disciples ! Elle a promis de faire de moi un roi par alliance ! Ensemble, nous aurions dû gouverner le monde !

— J’en ai que faire de tes termes. Ici, ce n’est pas ta planète, mais le Saint Royaume.

Le tyran fronça des sourcils. Il ne comprenait pas où il voulait en venir.

— Tu es mort, précisa le diable. Et moi, je suis Satan. Nous sommes au beau milieu d’une guerre et selon moi, tu serais le candidat parfait pour remplacer l’un de mes transfuges. Ma proposition tient toujours, au fait. Une partie de mes pouvoirs te permettrait de causer bien des tourments à nos ennemis communs.

— C’est bien beau de me vendre du rêve, mais tant et aussi longtemps que je n’aurais pas de preuves que ma déesse m’a abandonné comme une lâche, je ne pense pas que je serais capable de travailler pour quelqu’un d’autre.

Le démon à la peau rouge roula des yeux et se frotta le menton. Il réfléchissait à ce qu’il pourrait faire pour convaincre l’homme de se plier à ses quatre volontés. Il pouvait toujours s’infiltrer dans son esprit et faire de lui son esclave, cependant il avait déjà tenté cette méthode pour sortir du château et cela s’était retourné contre lui, car la dernière personne choisie s’était faite tuée au combat. Non… il avait besoin de quelqu’un de plus fort et résistant. Troyd lui conviendrait et pour cela, le transfert partiel de son pouvoir était la seule solution pour assurer la victoire totale de son armée. Au pire, il pourrait toujours utiliser un enchantement mineur afin de voir à travers ses yeux, ne serait-ce que pour quelques minutes.

— Garde ! Emmenez-moi la boule de cristal, ordonna Satan à l’un de ses soldats, près de la porte d’entrée. Elle se trouve dans la salle d’à côté !

— Tout de suite, Monsieur !

— Une boule de cristal ? se moqua le tyran. Je ne crois pas à cette merde.

— Pourtant, c’est l’un des outils les plus utilisés de tous les Dieux qui vivent en ce monde. Les nôtres dévoilent la vérité du passé et du présent… Pour l’avenir, toutefois, seul de vrais divins arrivent à le prédire et rare sont les gens qui possèdent ce talent, de nos jours.

Troyd se contenta de hausser les épaules. Il se croisa les bras, tandis que le soldat prenait un peu de temps à revenir. Au bout de trois minutes, l’individu couvert d’une armure métallique entra dans la salle du trône avec une petite table en bois. Il fut suivit d’un autre soldat qui tenait la boule de cristal, dans un petit coussin. Ils placèrent les trois objets entre le diable et son potentiel champion. Satan les ordonna de partir et se leva du trône.

— Je vais te montrer des images que notre monde a capturées, il y a quelques jours, à l’est de ce château, formula le Roi Démon. Si tu ne me crois pas par la suite, tu ne me seras plus d’aucune utilité alors je devrais soit te laisser partir ou bien te tuer.

Troyd regarda à gauche, puis à droite. Il hésita, puis avança d’un pas et concentra toute son attention vers l’objet magique. Satan frotta la sphère, une fumée noire jailli en son centre, mais se dissipa rapidement, ce qui dévoila l’image de Perséphone qui discutait avec Nash Markios, près d’une table à dînette. Tous deux plaisantaient et riaient, accompagnés d’Artael, de Flint et d’Athéna. Un instant plus tard, Thanatos et Hypnos se joignirent à cette conversation. Le tyran grinça des dents et eut pour réflexe de prendre la boule, afin de la fracasser au sol. Fulminant, il fit les cents pas devant l’imposant démon.

— Tu me crois, maintenant ? formula le diable.

— Que Perséphone agisse ainsi, non… mais que les deux têtes à claques qui lui servent comme des moutons l’aient suivi ? Oui ! Je n’arrive pas à y croire… Ces enculés m’ont trahit et m’ont abandonné alors que j’aurais tout fait pour eux !

— Et pourtant, c’est Athéna qui a convaincu sa sœur de revenir de son côté.

L’ancien chevalier de Perséphone fronça des sourcils.

— Ah ! Parce qu’en plus, elles sont sœurs ? Reine des Enfers, mon cul ! Elle s’est jouée de moi. Donne-moi tes pouvoirs tout de suite, qu’on en finisse.

— Pas si vite, mon garçon. J’accepte de te donner de nouveaux joujoux, mais tu dois d’abord me jurer fidélité et ne jamais me trahir. Au moindre signe de trahison, je le saurais et tu seras renvoyé dans le néant, où tu mérites de passer le reste de tes jours.

— Très bien. Je dois signer quoi ?

— Ta parole suffit déjà. Par contre, nous allons avoir besoin d’un témoin oculaire, pour ce que je m’apprête à te faire. Ce transfert de pouvoir, c’est du sérieux.

Satan ordonna aux gardes de revenir, il s’approcha alors de la table et indiqua à Troyd de s’approcher de celle-ci. Le tyran s’exécuta en silence. Le diable fit alors apparaître un étrange chakram fait de magie pure qu’il passa entre les mains du tout nouveau champion, sans même le lâcher. Il pointa alors l’arme d’un signe de tête.

— Passe ta main à l’intérieur, fit celui-ci.

— Tu comptes faire ça comment ? demanda Troyd.

— Il s’agit de l’Étoile de Lucifer. C’est une relique ancestrale qui appartenait à mes ancêtres démoniaques. On raconte qu’elle a appartenu à un ange déchu légendaire, qui avait servi le tout premier diable – mais d’autres rumeurs racontent tout le contraire, qu’il était lui-même le premier Satan. Autrefois, c’était une arme. Désormais, on s’en sert uniquement pour transférer un peu de nos pouvoirs, à nos vassaux. Et toi, tu seras le tout premier démon suzerain de ma création, car les autres sont tous des anciens combattants de cette guerre.

Le tyran haussa un sourcil.

— Un démon ? Bof, du moment que je ne perde pas ma belle gueule…

Satan secoua sa tête, puis donna un air sévère à Troyd qui se tût. Le Roi Démon prit alors une profonde inspiration et commença sa cérémonie du transfert des pouvoirs. Il avait vu son prédécesseur le faire à de nombreuses reprises, mais le faire de lui-même était une toute nouvelle expérience.

— Ça risque de chauffer un peu, déclara-t-il.

Il commença ensuite à passer l’étoile de Lucifer autour du bras gauche de son tout nouveau serviteur. La magie qui émanait du chakram lui brûlait la peau, mais la réparait en même temps.

Troyd lâcha une série de jurons, avant de lui dire de continuer. Il était un homme coriace. Il ne fuirait pas à la souffrance, ni de peur. Sa soif de pouvoirs le ferait endurer n’importe quelle situation. Il ressentait déjà une nouvelle puissance en lui, mais le degré de douleur était si intense qu’il failli perdre connaissance. Lorsque le diable eut terminé de transférer une partie de son énergie maléfique, des symboles runiques apparurent sur le bras du guerrier. Le champion, toutefois, s’évanouit. Satisfait, l’exigeant Dieu Maléfique ordonna à ses hommes de partir.

¤*¤*¤

Flint se lavait le visage près d’une rivière que Wyatt et Bella avaient purifié avec leurs sorts. Le groupe avait besoin de se reposer après trois heures passées sur la route. Les chevaux buvaient ou broutaient de l’herbe, alors que tout le monde était séparé autour d’un feu de camp que Luna avait décidé d’allumer. Scottie et Kylie pêchaient du poisson, car il allait bientôt être l’heure de souper. Contrairement à ce qu’ils avaient connus, dans le monde des ténèbres, ils mangeaient plutôt à leurs faims, à leur grand étonnement.

Le capitaine ressentit un étrange frisson dans le dos, comme si quelqu’un tentait de communiquer avec lui. Tout près de ce dernier, Kyran frémit lui-aussi.

— C’était quoi ça ? interrogea Flint, qui se tourna vers son frère.

— Quelque chose de malsain se prépare.

— Comment ça ?

— Je le sais. C’est tout. Je vois qu’Athéna ne t’a pas appris à bien te servir de ton troisième œil. Du temps où nous étions des déchus, Sarah et moi devions constamment nous fier à notre sixième sens afin de repérer l’ennemi… c’est-à-dire, vous. C’est un talent de détection que tout dieu devrait apprendre à maîtriser.

Le capitaine haussa un sourcil et se croisa les bras.

— Et comment ça fonctionne, ce truc ?

— Il ne faut pas voir avec tes yeux, mais avec ton esprit. Laisse ton corps ressentir les ondes magiques, ta tête s’occupera du reste. C’est le même principe que la télépathie avec vos esprits élémentaires. Ça prend beaucoup de patience et d’entraînement. Ferme tes yeux.

— Comment ça ? Tout de suite ?

— Fais ce que je te dis.

Flint n’osait pas protester et obéit à son frère.

— Maintenant, concentre-toi sur l’étrange sensation que nous venons de ressentir. Elle est encore présente, je la perçois à l’ouest. Ça vient du château.

— Je suis censé voir quoi, au juste ?

— Une onde d’énergie. C’est une technique que l’on enseigne normalement aux mages tels que Luna et Wyatt, mais les dieux ont des sens plus aiguisés que le commun des mortels. Les anges, aussi, par la même occasion.

Au bout d’une minute, le capitaine perdit patience. Il rouvrit les yeux et soupira.

— Ça ne sert à rien. La magie et moi, ça fait deux.

— Au moins, ton corps t’envoie déjà le signal qu’il y a quelque chose d’anormal dans l’air. C’est un bon départ.

Flint se mit une main dans la poche de son jean et opina du chef.

— D’après toi, il se passe quoi, là-bas ?

— Je pense que Satan a lancé un sortilège très important, mais je ne saurais te dire ce que c’est. Une forte dose de mana a été consumée dans l’atmosphère. Ça vient du château, dans tous les cas. Nous devrons faire attention pour les jours à venir car ça se pourrait bien que ça nous retombe dessus.

L’épéiste hocha la tête, puis se tourna vers sa partenaire, la louve élémentaire. Elle aussi regardait en direction de l’ouest. La plupart de sa fratrie l’imitait.

— Tout va bien, Dia ? demanda Flint.

— Je n’aime pas ça… Je n’aime pas ça du tout, couina-t-elle.

— Tes frères et sœurs non plus… Plus nous approcherons du château, pire ça sera. Nous allons devoir nous habituer à cette influence maléfique, je le crains.

— Dans cas, vous avez intérêt à ne pas laisser le diable vous transformer en déchus, parce que sinon, on risque de finir comme vous.

— Ça n’arrivera pas. Kyran est avec nous, il pourra nous ramener en un claquement de doigts. Faut que tu lui fasses confiance.

Dia se tourna vers son porteur et battit la queue à terre. Les mots de Flint ne suffiraient pas pour la convaincre, celle-ci avait besoin de preuves. Même si elle appréciait la compagnie du mage blond, elle avait rarement combattu à ses côtés. Elle ne connaissait pas l’étendue de ses pouvoirs, contrairement à Éclipse qui semblait mieux le connaître.

— Et qu’arriverait-t-il si nous étions tous tués ? commenta Flint. Prendrez-vous la fuite ou bien essaierez-vous de vaincre Satan, tous seuls ?

La louve fut prise au dépourvu. Dans son esprit, elle se voyait combattre aux côtés du grand blond, jusqu’à son dernier souffle. Celle-ci voulait aussi vivre une longue et heureuse vie à ses côtés. Elle ne pouvait pas imaginer son existence autrement.

Kyran, qui avait remarqué le malaise de Dia, s’approcha pour s’agenouiller devant elle. Il lui fit renifler son odeur et elle lui lécha la main, instinctivement. Il lui caressa ensuite la tête, suivit de la nuque. La louve appréciait que celui-ci vienne la rassurer.

— Je ne veux pas qu’il nous arrive malheur, fit l’homme aux lunettes argentées. Et je ne souhaite pas non plus qu’il vous arrive quoi que ce soit. Quand Lucas est mort, je lui ai fait la promesse que je veillerais sur la Septième Brigade et notre famille. Qui serai-je, pour ne pas respecter la dernière volonté de mon frère ?

Dia se sentait soulagée, maintenant qu’il lui avait avoué cela. Elle s’étira les pattes et le dos, avant de se rapprocher de Flint. Celle-ci prit ensuite la forme d’une épée, à la ceinture de son porteur. La louve avait besoin de se reposer un peu.

Kyran décida d’aller discuter avec Sarah, car il s’inquiétait pour la religieuse et son état psychologique. Il avait peur qu’elle fasse une dépression, à cause de ce qu’elle avait vécu dernièrement. À sa grande surprise, elle encaissait très bien la nouvelle et discutait, à cœur joie, avec la plupart de leurs amis.

Le capitaine de la Septième Brigade s’approcha alors de Shayne Wolfe, qui discutait de quelques tactiques de combat avec quelques soldats. Misaki bavardait avec eux. À leurs pieds, Nox se léchait les pattes avant, tandis que Lusso cherchait pour des insectes à manger, dans l’herbe.

— Quoi de neuf, par ici ? demanda Flint.

Le Général Wolfe jeta un coup d’œil rapide à son subalterne, avant de prononcer :

— Nous discutions du passage dont nous parlait ton frère, il y a quelques heures. Nous pensons qu’il n’est pas prudent d’y envoyer tout le monde. Pour cette raison, je crois qu’il serait plus sage d’envoyer nos meilleurs infiltreurs afin qu’ils puissent nous trouver d’autres ouvertures. Scottie et moi sommes rapides sur nos pieds et Kyran connaît tout l’étage ; tous les trois, nous pourrions entrer sans faire trop de bruits. Je propose donc cette alternative plus sécuritaire. C’est celle que tu nous avais proposé, plus tôt et nous comptons continuer de cette façon.

— Dans ce cas on devrait envoyer un esprit élémentaire de petite taille avec Scottie, car il est le seul d’entre vous qui n’en aura pas.

— On peut toujours lui passer Lusso, proposa Misaki. Mais pour être honnête avec vous, les gars, je ne comprends pas pourquoi vous ne voulez pas que j’y aille. Après tout, je suis aussi rapide que vous et je suis capable d’assommer n’importe qui avec un bon coup de bâton.

— Tu es notre seconde experte en protections magiques, reprit Shayne. N’oublie pas que tu peux nous créer des murs de pierres facilement. Si Estelle devait manquer de mana, nous aurons besoin de toi, ainsi que Luna et Wyatt afin de l’aider.

Misaki soupira et mit ses mains sur ses hanches, avant de continuer :

— Nous sommes chanceux que Randell nous a donné plusieurs potions avant de partir, parce que ces dernières vont vraiment nous servir.

Flint gloussa. L’autre jour, son fils adoptif avait sorti son kit de fabrication de potions afin de créer des filtres de mana, d’autres de récupérations d’énergie vitale et certaines même pour refermer des blessures. Au grand étonnement de tous, leurs efficacités étaient bien plus grandes que celles que Cassandra préparaient normalement dans ses laboratoires. L’elfe s’avoua même un peu jalouse de son expertise. En prime, il leur avait offert quelques potions d’invisibilité.

— C’est un petit génie, mon fiston, formula le grand blond, tout fier de Randell.

Shayne roula des yeux. Il le trouvait un peu niais. Chaque fois qu’on parlait d’Estelle ou bien du petit garçon, Gabriel et lui devenaient complètement gagas.

D’ailleurs, la petite blonde était, en ce moment, occupée à protéger le groupe avec l’une de ses barrières magiques, en compagnie de Luna Kelly. Puisqu’ils ne repartiraient pas avant deux ou trois heures, ils voulaient tous éviter d’être repérés ou bien de combattre des démons. La magicienne aux cheveux mauves avait même lancé quelques enchantements d’anti-détections et de repousse-bêtes.

Flint reprit son sérieux avant de continuer la conversation :

— J’ai une autre idée. Occupons-nous aussi d’abattre tous leurs chefs, un à un. Comme ça les démons seront très désorganisés et cela donnera un avantage à notre armée.

— Oui, mais comment va-t-on faire pour les reconnaître ? demanda Misaki.

— Facile. Nos mages peuvent reconnaître la puissance de tout être vivant, rien qu’en fermant les yeux… Servons-nous de cette capacité pour les reconnaître. Ils sont probablement les plus puissants, et si je ne me trompe pas, plus une personne est forte, plus ça se ressant à travers le mana qui circule dans leurs veines.

— Il n’a pas tort, soupira Luna, tout près. Mais il ne faudra sous-estimer qui que soit. Certaines créatures des ténèbres dissimulent bien leur énergie matique, comme les esprits élémentaires… ou même Gabriel, quand on y pense…

Alors que luna réfléchissait, Flint fit un clin d’œil à Misaki. Cela ne rassura pas la guerrière pour autant. Cependant, Shayne trouvait cette idée ingénieuse. Il trouvait que plus le temps passait, plus Flint devenait un excellent capitaine pour son groupe. Soudain, ils entendirent un cri dans la foule.

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Asa No
Habitant des bas quartiers de la capitale de Vapyllist, Thébaldéric se voit offrir un contrat bien peu commun pour quelqu'un de sa profession. On lui demande de participer à la mise à mort d'un dragon.
Ayant déjà eu affaire à l'une de ces créatures et ne voulant décevoir son commanditaire, le jeune homme accepte et se lance dans la mission sans se douter un seul instant qu'il est sur le point de faire tomber le voile du plus vieux secret du monde.




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Tewfik Alimoussa
La suite des aventures de Shawn et de ces camarades.
Une page vient de se tourner mais une nouvelle ne va pas tarder à s'ouvrir.
c'est l'heure de prendre son destin en main.
Plus aucun retour en arrière n'est possible.
Nos vies sont définies par la somme des choix que nous faisons.
Bons comme mauvais, l'avenir dira de quel coté de la balance Shawn se trouvera.
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Ryan Rmm


Elle arrivait souvent en cours avec les yeux rouges. La plupart faisait semblant de ne rien voir, d’autre pensait qu’elle fumait quelque chose avant de venir. Elle était une adolescente mystérieuse après tout.

Mais personne ne savait la vérité.
Personne ne savait que cette fille, qui souriait à beaucoup de monde, qui était gentille et drôle, et dont le rire remplissait la pièce où elle se trouvait, cette fille était malheureuse. Elle rentrait chez elle le soir, elle posait ses affaires dans un coin et se recroquevillait sous ses draps pour écouter de la musique. Et quand tout le monde dormait, quand elle se retrouvait à nouveau entourée de ses démons, elle pleurait. Elle pleurait tout ce que ses yeux pouvaient pleurer jusqu’à n’en plus pouvoir. Parfois elle ne savait même plus pourquoi.

Certains penseront qu’elle était faible, de pleurer ainsi comme une enfant mais c’était la fille la plus courageuse que je connaissais. Elle débarquait le lendemain, avec ses yeux fatigués par la tristesse et sa fatigue accumulée lors des nuits blanches, et elle souriait, elle rendait heureux, elle était belle à voir. C’était ça, sa force: elle était détruite de l’intérieur mais elle mentait terriblement bien.

Des années plus tard, marchant sur dans une rue de Central City, je vis pour la première fois des personnes, faisant la queue chez le marchant de viande. La file s'étendait à plus de dix mètres. Certains montraient bien leur impatience, tapant de leur pied nerveusement ou encore regardant leur cadran à leur poignet. Des yeux, je cherchais rapidement la raison de toute cette attente. En début de file, le marchant servant un client qui n'était manifestement pas satisfait de son achat, montrant bien sa colère à son vendeur. A quelques centimètres de lui, une jeune femme se tenait, abordant un sourire. Cela me surprit. Tout le monde dans cette file était sur leur nerf, tous sauf cette charmante femme. Alors qu'elle allait partir, mes jambes se tournèrent dans sa direction, faisant de grandes enjambées afin de la rattraper.
- Excusez-moi..
- Oui ?
- Dites-moi j'ai une question.
- Je vous écoute, me répondit-elle avec son plus grand sourire, révélant une parfaite dentition.
- Je vous ai vu dans la file du marchant de viande il y a un instant. J'ai été surpris de constater que vous étiez la seule à sourire alors que tous les autres dans la file étaient nerveux. Pourquoi souriez-vous ?
- Vous savez, nous sommes dans une société où bons nombres de gens ne font que courir de droite à gauche, pensant à ce qu'ils doivent faire, se préoccupant de telle ou telle chose, voulant plus d'argent pour se vêtir plus somptueusement, etc. Seulement, nous oublions de nous habiller de l'intérieur, nous ne vivons pas le moment présent, appréciant chaque seconde de notre existence. Depuis le temps où j'ai compris tout cela, je souris. Le sourire est un merveilleux remède. J'espérais avec mon sourire, ma patience inonder de joie les personnes autour de moi, dont ce marchant, qui je pense est fatigué de ne voir que des personnes impatientes.
- Je comprends mieux à présent. Vous avez une belle âme mademoiselle. J'ai l'impression de vous avoir déjà vu quelque part...
- Effectivement, je me souviens de vous. Vous êtes monsieur Stuarts c'est bien ça ?
- Oui oui.
- Je suis la personne que vous avez aidé il y a des années, quand j'étais malheureuse de ma vie. Vous m'aviez dit de vivre ma vie comme si c'était le dernier jour, la dernière heure, la dernière minute. Pendant des semaines, des mois, des années, j'ai pratiqué ce que vous m'aviez dit. Aujourd'hui, je suis tellement heureuse de la vie que je mène, je vous dois beaucoup..
- Je suis encore plus heureux pour vous. Je me réjouis davantage de savoir que j'ai pu aider quelqu'un à changer sa vie. N'oubliez pas de partager autour de vous, afin que le monde entier puisse briller.


Je remercie celle qui ma accompagné pour ce texte, car oui nous avons fait ce texte ensemble.
Amiya
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