Chapitre 29 : Le fléau des anges

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Le 25 octobre 3918 AD, soit quelques jours après l'arrivée du Célestia au Saint Royaume, le moral de l'armée s'était grandement amélioré. Au départ, plusieurs d'entre eux, s'opposèrent à l'intégration de Perséphone et ses acolytes, dans leurs rangs, mais Athéna leur fit rapidement comprendre qu'ils avaient été tous les trois trahis par le Conclave et que leur faction avait besoin d'eux, coûte que coûte. Résignés, Apollon et Artémis collaborèrent aux côtés du trio, afin de mener leurs hommes aux nombreuses batailles qui se déroulaient sur les plaines du Saint Royaume.

Artael faisait partie de l'équipe menée par la princesse, alors que les membres de la Septième Brigade les suivaient de près. Ce jour-là, ils avaient libérés plusieurs sites de campements et agrandis leurs rangs, en sauvant des anges déchus et en les convertissant à travers les cristaux qu'on leur passa avant de partir des quartiers généraux. Il leur fallait retrouver les troupes de Poséidon, d'Hermès et d'Héphaïstos, car ces derniers seraient des atouts importants pour leurs prochains combats.

Où sont-ils allés ? avait demandé Athéna sa son frère cadet.

Au nord, rejoindre les dieux égyptiens. Malheureusement, leur faction est tombée depuis plus d'une semaine et nous sommes toujours sans nouvelles d'eux.

Nous devrons donc déplacer tout le monde vers le nord !

D'un ton résolu, la déesse ordonna à tous, au quartier général de leur armée, de démanteler leur site et de migrer en direction de leurs autres généraux. Ils campèrent à chaque nuit, afin de récupérer des forces, mais durent abandonner les plus faibles derrière eux, qui étaient protégés par quelques personnes. Le Célestia ne pouvant plus voler pour quelque temps, les techniciens avaient décidés de se servir des champs de forces afin de protéger les âmes innocentes. Quelques-uns des meilleurs hommes de leur armée offrirent leurs services, ce qui rassura Nash, avant qu'ils ne partent tous.

Aux petites heures du matin, ce jour-là, Flint et Gabriel n'arrivaient pas à dormir. Tous les deux étaient assis près d'un feu, éloigné des tentes où les autres dormaient. Dia dormait paisiblement dans leur tente, aux côtés de Charlie. Pendant ce temps, le colosse mâchait un morceau de viande séché, car la peur lui donnait faim.

— Ce monde est beaucoup plus lugubre que je l'imaginais, mentionna le grand blond, traçant des formes irrégulières dans le sol, avec un doigt.

— Des cadavres, des cadavres et encore des cadavres, déglutit son mari.

— Nous avons vus combien de villages détruits, déjà ?

— Six, environ... Très peu de survivants.

Le capitaine de la Septième Brigade avait ressenti l'inquiétude dans la voix de son époux. Le gros guerrier était beaucoup plus nerveux que d'habitude. Depuis qu'ils étaient arrivés au Saint Royaume, il ne blaguait plus tellement et tremblait parfois dans leurs sommeils. Il faisait des cauchemars à chaque nuit. Cet endroit le terrifiait.

— C-ce n'est pas du tout le Paradis auquel je m'attendais, couina Gabriel.

— Moi non plus, si ça peu te rassurer. Je regrette déjà la belle Célestia, lorsqu'elle était à son état le plus magique... magnifique, surtout.

— Nous devons faire en sorte de sauver nos amis...

Flint hocha la tête, caressant le dos de son chéri. Tous les deux observèrent les flammes du feu de camp, en silence, pendant un court moment.

La veille, le Général Hercule avait reçu l'ordre de rentrer aux quartiers généraux, suite à une blessure à la hanche qu'il avait subite durant leur dernier combat. Il fut escorté par quelques soldats, sur le dos de son pégase. Leurs meilleurs guérisseurs se trouvaient tous au vaisseau, afin de soigner les blessés et les malades. Ils avaient failli le perdre.

Perséphone était constamment aux côtés d'Athéna, essayant d'éviter les foudres de leurs subordonnés. Elle parlait très peu et essayait quand même de se montrer autoritaire. Les soldats, pour la plupart, refusaient de l'écouter et la tolérait tout simplement. Thanatos, de son côté, faisait peur à tout le monde à cause de son titre de Dieu de la Mort. Hypnos n'avait aucun problème à se faire respecter, puisqu'il était le moins controversé des trois. Toutefois, le Dieu du Sommeil semblait utilisé un peu de ses charmes magiques afin de calmer les plus anxieux des gens qui l'entouraient.

— Parlons de l'avenir, veux-tu ? suggéra Flint, d'une voix douce.

— Ah... p-pourquoi ?

— Je crois que tu as besoin de penser à autre chose.

Gabriel hocha la tête, avant de passer de passer une main dans sa barbe garnie. Voilà des semaines qu'il avait oublié de la tailler, tellement il était préoccupé par la guerre. Il posa ses yeux verts sur les flammes, près de ses pieds et s'allongea près de son partenaire, qui l'imita. Tous les deux observèrent les étoiles, ensemble. Il faisait constamment nuit au Saint Royaume, depuis que les démons avaient lancés un puissant maléfice au soleil. Cela leur rappelait les ténèbres éternelles du monde des ténèbres.

— Je ne sais pas trop de quoi on pourrait parler, fit le colosse. Tout ce qui m'intéresse, c'est de survivre et de trouver un endroit sécuritaire pour mon papa — euh... je veux dire, notre fils... enfin... tu comprends où je veux en venir.

Flint pouffa de rire, sachant que son mari avait toujours de la difficulté à accepter que leur fils était simplement son père, transformé. Gabriel se trompait parfois, lorsqu'il parlait de Randell, mais avait développé un sentiment surprotecteur pour ce dernier. Il l'aimait, plus que tout. Cette deuxième chance avec lui, lui avait permis de se rapprocher avec l'homme — ou plutôt l'enfant — qui lui avait brisé le cœur, durant sa jeunesse.

— Je sais, c'est étrange qu'il ait choisi de devenir notre fils, commenta Flint. Mais je dois avouer qu'il en avait grand besoin. Il s'est beaucoup épanoui, en notre présence.

— De toute manière... je suis le sosie de son véritable père...

— C'est triste, quand même, de savoir qu'il voulait recréer sa véritable famille. Toute la solitude qu'il a dut ressentir, au fil de ces années.

Le gros guerrier ressentit sa gorge se serrer. Ils avaient déjà eu cette conversation, à quelques reprises, mais Flint avait l'air plus sincère que d'habitude. Se pouvait-il que le blond se soit réellement attaché à leur enfant adoptif ?

— À t'entendre, tu l'aimes tout autant que moi, le petit Randy, commenta Gabriel.

— Et comment, répliqua le blond. Il est assez marrant, ce petit garnement.

— Et intelligent, comme son grand-père.

Tous les deux gloussèrent, tout en regardant les étoiles. Le colosse prit la main de son mari, qui sourit sans que l'autre puisse le voir. Cet instant, passé ensemble, était leur premier moment intime, depuis quelques jours. Ça lui faisait beaucoup de bien de penser à autre chose qu'à la guerre et tout ce sang.

Gabriel expira un grand coup, par les narines.

— Crois-tu qu'il serait exagéré de vouloir revenir à l'arrière ?

— Pas vraiment. Ma vie sur Aeglys me manque, aussi.

— Mise à part les derniers mois où nous avons poursuivis Troyd et confrontés le culte, c'était assez bien, je trouve...

— Mouais... Tout le monde évoluait à son propre rythme, mais c'était notre monde...

— Notre chambre me manque. Tous nos bien personnels... la ville aussi... La version de Baldt sur Célestia était impressionnante, mais ce n'était pas notre ville.

Flint approuva d'un hochement de tête, avant de poursuivre :

— Certes, mais notre fille et ses amis ont vu un potentiel énorme à Célestia et en ont profité pour améliorer la vie de tous. Peut-être que nous ne pourrons jamais revenir en arrière, mais j'ai espoir que nous pourrons ramener cette planète qu'ils avaient créés.

— Ça me semble un très beau rêve.

— Pas aussi beau que toi, mon trésor.

Gabriel rougit.

Pourquoi faut-il toujours qu'il me complimente, ce grand fou ? se dit-il.

Celui-ci se tourna vers on mari, et lui caressa la nuque avec l'une de ses puissantes mains. Flint en profita pour lui entourer son tour de taille et se rapprocha de lui.

— Je t'aime, Gabou-chéri, dit le blond. Plus que tout dans l'univers.

— Moi aussi, je t'aime.

Le colosse eut soudainement un flash dans son esprit, un vieux souvenir du temps où ils étaient tous les deux adolescents — du moins, lorsque les quadruplés avaient au moins treize ans. Il se souvient d'une fois où Flint et lui avaient fait une blague aux conseillers, en mettant du poil à gratter dans leurs toges de grandes cérémonies. Il y avait une grande réunion avec des représentants de Lanartis, cette fois-là. Tout d'abord, Artael avait cru qu'il s'agissait d'une blague de Lucas, mais ce n'en était pas le cas.

Pendant la réunion importante, Flint et Gabriel observèrent tout depuis un passage secret, en gloussant comme des pies. Le blond s'était retourné vers son meilleur ami.

Toi et moi, c'est à la vie, à la mort, mon pote ! avait-il chuchoté.

Gabriel était inconscient que Flint avait déjà des sentiments amoureux, pour lui, à l'époque. Il avait pris cette déclaration comme la plus grande marque d'amitié qui soit. Non seulement Flint était son mari, mais il était aussi son meilleur ami depuis leur enfance. Le gros bonhomme ne pouvait plus imaginer sa vie, sans ce dernier.

Sur cette pensée, il embrassa celui-ci, avec seuls témoins, les chevaux qui n'arrivaient pas à dormir. Même cette horrible guerre ne les arrêteraient jamais de s'aimer.

¤*¤*¤

Cassandra avait opté pour rester au vaisseau, en compagnie de Lucas dont l'état n'avait fait qu'empirer. Cette dernière n'avait pas fermé l'œil de la nuit, mais son patient réussi à s'endormir vers une heure du matin. Il se réveilla deux fois, mais seulement pour changer de position dans son lit. La docteure remarqua qu'il avait développé les mêmes symptômes que la plupart des malades, à l'infirmerie. Tous souffraient de la fièvre et se plaignaient de douleur dans leurs os. Cette grippe était très coriace. Vers quatre heures, la guérisseuse décida qu'il était temps d'injecter un autre sérum dans l'intraveineuse du Markios. Lorsqu'elle se rendit de l'autre côté du rideau où dormait normalement le jeune homme, elle remarqua qu'il avait disparu.

— Mais que fait cette plume noire près de son oreiller ? se dit la guérisseuse, avant de bailler. Ça appartient à l'un de nos patients, ou quoi ?

— Ça m'étonnerait, répliqua l'arc, attachée derrière son dos.

Windy, la crécerelle, avait décidée d'accompagner l'elfe, partout où elle irait. Sous cette apparence, elle pouvait la défendre rapidement. Celle-ci avait remarqué la plume noire, tout comme sa porteuse, mais ne pensait pas que cela appartenait à l'un des patients.

— On dirait la plume d'un déchu, ajouta l'oiseau.

— Ne dis pas de sottises. Si Lucas se serait transformé en déchu, on le saurait.

— Mais si c'est le cas, nous sommes dans de beaux draps...

Les yeux de Cassandra s'écarquillèrent lorsqu'un individu tomba du plafond. Cela fit rebondir le tuyau de l'intraveineuse que le patient avait enlevé, un peu plus tôt. Sous ses yeux, un homme ressemblant à Lucas Markios, l'observait avec une paire d'yeux rouges. Il tenait dans ses mains, une longue faux qu'il fit mouliner dans la direction de la jeune femme. L'elfe évita l'attaque de justesse et para la lame avec son arc.

— Un déchu !? s'exclama-t-elle, choquée.

— Alors c'était ça la fameuse infection... Nos anges sont en train de se transformé en monstres ! commenta Windy.

Cassandra compris que la faux en question était nulle autre qu'Éclipse, qui, quelques heures plus tôt, était de leur côté. La chauve-souris avait malheureusement été convertie en démone, au même moment où Lucas passa dans l'autre camp.

— Il ne faut absolument pas que ça se propage ! fit l'elfe.

Elle recula et sans s'en rendre compte, bascula sur le lit d'une autre patiente qui avait subis le même sort que Lucas. La femme tenta d'étrangler la docteure, mais cette dernière s'empara d'un bistouri dans son sarreau afin de le planter dans la main de son adversaire. Une fois que la déchue retira sa main en hurlant de douleur, la guérisseuse soigna instinctivement la blessure, mais recula de plusieurs pas.

— Ils sont tous infectés ! commenta cette dernière, alors qu'elle se fraya un chemin vers la sortie de l'infirmerie. Sécurité ! Un peu d'aide, s'il vous plaît ?

Aussitôt, les gardes postés près de la porte d'entrée entrèrent et réagirent. L'un d'eux appuya sur l'alarme de secours et un bruit strident retenti à travers tout le vaisseau et aussi à l'extérieur, autour du champ de force qui protégeait la plupart des civils. Cassandra prit son arc en main et fit apparaître une flèche qu'elle créa avec sa magie.

— Ne les tuez pas ! ordonna-t-elle. Il faut les assommer !

— Cassandra, je ne crois pas que ça sera possible, rétorqua Windy.

— Fais ce que je te dis ! Ce sont mes patients !

La crécerelle déglutit et décida de suivre les directives de sa porteuse. Elle décocha la flèche, mais au lieu de viser le cœur de la jeune femme, elle visa les ailes. L'un des agents de sécurité lança un sort puissant de paralysie, en direction de Lucas. Pendant ce temps, son partenaire était encerclé par d'autres anges déchus, en robes réservés aux malades. Ils avaient tous été transformés par cette maladie étrange.

— Il faut alerter Athéna et les autres ! fit l'elfe.

Elle était sur le point de presser sur la pierre précieuse de sa bague, lorsqu'une explosion magique défonça un mur derrière le lit de Lucas. Plusieurs anges déchus entrèrent dans l'infirmerie, par cette ouverture, et s'emparèrent du blond et des autres patients, sous les regards ébahis de Cassandra. Il y avait d'autres infectés à bord du Célestia et ils s'étaient tous transformés en même temps.

— Nous devons fuir ! lança Windy.

— Mais je...

— Pas le temps de discuter, c'est un ordre !

La crécerelle reprit rapidement sa forme animale, afin de repousser leurs adversaires, d'une puissante bourrasque. Elle se changea par la suite en arc et Cassandra la rattrapa au vol. La guérisseuse sortit rapidement de l'infirmerie et courut en direction des dortoirs de l'aile est. Il lui fallait absolument retrouver Misaki et Randell. Elle ne pouvait pas partir sans eux. À son grand malheur, plusieurs anges déchus rôdaient dans les couloirs et l'observaient, tels des zombies. Cela lui glaça le sang.

— Non mais, là c'est une pandémie... réagit la brunette, horrifiée.

Toutefois, elle n'était pas la seule à combattre car d'autres soldats luttaient contre les déchus. Il n'y avait plus rien à faire, autre que de lutter pour sa propre survie et quitter le Célestia. Cassandra regretta de devoir abattre quelques déchus, alors qu'elle se déplaçait vers la chambre de son amie Misaki. Si elle avait eu l'un de ces cristaux magiques en sa possession, il aurait sûrement été plus facile de purifier ses patients. Malheureusement, personne n'aurait pu s'imaginer que cette infection était en fait l'un des symptômes qui transformait les anges de leurs rangs en monstres.

— Il n'y a pas assez de place, Windy, formula l'elfe. Pourrais-tu...

— Tu veux une autre arme, n'est-ce pas ? Essaie avec ça !

Cassandra n'eut pas le temps de terminé sa phrase, que déjà la crécerelle prit la forme d'un fleuret, entre les doigts de cette dernière. La guérisseuse avait pris quelques cours d'escrime en compagnie de Shayne durant ce dernier mois. Elle était novice dans cette pratique, mais pourrait bouger plus facilement à travers le couloir. Elle brandit son arme et trancha les bras de certains déchus, afin de venir en aide aux soldats, puis réussis à se rendre en face de la porte de chambre de son amie albinos.

L'elfe cogna à la porte, quelques fois.

— Misaki ! C'est moi ! Ouvre !

La guerrière albinos ne répondit pas, son appartement était verrouillé.

— Allez ! Ce n'est pas le moment de faire la sourde ! grogna Cassandra.

Elle ouvrit rapidement le menu de sa bague magique et en sortit une carte passe-partout qu'elle scanna devant la porte de la chambre. Cette dernière s'ouvrit. Il faisait noir. Elle alluma une lumière et vit que la salle était vide. Ce fut à cet instant qu'un déchu lui fonça dedans et elle tomba à la renverse.

— Cassandra ! hurla Windy.

Le fleuret reprit sa forme de crécerelle et se mit à picorer les yeux de l'ange déchu. L'esprit élémentaire n'épargna pas la créature du mal qui finit par perdre connaissance. L'elfe reconnut la copilote du vaisseau et recouvrit sa bouche, ayant envie de dégueuler.

— Quelle horreur...

Cassandra essayant de ne pas perdre son sang-froid, cependant, elle se tourna dos à ce corps inconscient et dégueula près de la porte de chambre. Bien qu'elle fût entraînée pour résister à ce genre de scène, ses nerfs lui lâchèrent.

— Ils n'ont plus rien de tes collègues de travail, répliqua sèchement la crécerelle. Ressaisis-toi ! L'ennemi s'est emparé de leurs âmes !

La guérisseuse se tapa les joues et se releva, déboussolée par l'odeur de sang, imprégnant déjà le couloir. Elle se toucha le ventre, puis les bras. Elle n'avait aucune écorchure ou éraflure sur la peau. Sa seule hypothèse, sur le moment, fut que le virus se transmettait au contact du sang ou bien en injectant un venin dans la peau des victimes, tel un vampire.

Au contact de sa peau, Windy redevint le fleuret et ensemble, elles s'éloignèrent de la section des dortoirs. Cassandra connaissait une sortie de secours, uniquement connu des chefs du personnel de l'infirmerie, en cas d'évacuation. Elle s'approcha d'une statuette, placée sur un piédestal, et appuya dans l'œil gauche d'un visage en argent. Il s'agissait d'une figurine, supposée représenter la Déesse Athéna.

Derrière le mécanisme, elle put entendre un cliquetis sous le tapis, recouvrant le sol. Elle le tira et cela dévoila une portière dont elle pouvait voir le mot « Déverrouillé », près du manche, poussé vers l'intérieur du métal.

— Où est Lusso, d'après toi ? demanda l'elfe, alors qu'elle descendait une échelle.

— Je ne sais pas, mais son signal est faible.

— Se pourrait-il qu'elle ait fuit le vaisseau avec Randell ?

— Aucune idée, mais nous n'allons pas tarder à le savoir !

Fleuret en main, Cassandra fonça dans un couloir étroit, menant sous la salle des machines. Elle ouvrit une autre trappe et sortit par cette dernière, lui permettant de bondir sous le vaisseau, sans avoir à ouvrir l'ouverture principale. L'avantage d'avoir un champ de force, était que personne ne pourrait y pénétrer facilement. Cependant, tout le monde à bord du Célestia pouvait en sortir sans problème. L'elfe courut en direction du campement et se rendit compte que des anges déchus l'avaient aussi infiltré. Colérique, elle fonça sur le premier cheval qu'elle trouva une jument noir. Celle-ci grimpa sur la monture et ordonna à celle-ci de s'éloigner, au plus vite. Ce fut avec le cœur lourd que la soigneuse fut obligée d'abandonner le site. Elle se devait de rejoindre les autres, afin de les avertir du danger que chacun courrait, à cause de cette infection.

¤*¤*¤

Un peu plus tôt, avant que l'état d'alerte ne soit sonné dans le Célestia, Misaki s'était aventuré au nord du campement, en pleine nuit. Elle suivait les traces de Randell, qui avait décidé de partir à la chasse aux ingrédients afin de faire une surprise à ses parents. Ce dernier désirait concocter des potions magiques, dans le but de leur donner un certain avantage dans les champs de batailles. Cependant, le jeune garçon n'avait pas un très bon sens de l'orientation et se perdit en chemin. Lorsque que l'albinos repéra enfin celui-ci, celui-ci était perché sur la branche d'un arbre, alors qu'un chien de l'Enfer jappait dans sa direction. La guerrière se servit de son bâton afin de tuer la bête et leva son regard vers celui qu'elle devait surveiller.

— C'était quoi l'idée de quitter ma chambre sans même m'avertir ! gronda cette dernière.

Randell grimaça d'inquiétude. Lorsque sa Tante élevait la voix comme ça, c'était parce qu'elle n'était pas contente du tout. Même si le jeune mage avait toute l'intelligence de son incarnation précédente, il lui arrivait toujours de faire des erreurs de jugement.

— C'est que... tu dormais paisiblement... et je ne voulais pas te déranger, couina-t-il.

— Mais que fais-tu debout, à trois heure et demi du matin ? File te coucher tout de suite avant que je me fâche ! J'ai promis à tes parents que je veillerais sur toi, alors t'as intérêt à m'obéir, sinon je devrais me montrer plus sévère !

— Ah non... je suis puni, c'est ça ?

— Oh que oui, jeune homme ! Tu es privé de dessert pour trois repas !

— Hé ! Mais ce n'est pas juste ! Je voulais faire un cadeau à mes papas...

— Tu aurais dû me demander de t'escorter avant !

Mettant une main sur sa hanche, Misaki ressentit son bâton se transformer sans autre dextre. Lusso, le chien de prairie, grimpa le long de son bras pour aller se poser sur son épaule. Le petit animal était peu bavard, comme d'habitude. Il tourna sa tête vers sa porteuse, se disant qu'il pourrait venir en aide à l'enfant.

— Ça ne sert à rien de le gronder, il voulait bien faire, bailla celui-ci, fatigué.

— Oh non, toi tu ne dis rien. Ce n'est pas à toi de veiller sur le petit.

— Allons Megumi, on a tous été jeunes...

— Oui, mais lui c'est la deuxième fois qu'il est un gosse !

Frustrée, la guerrière albinos grimpa à l'arbre et tendit une main vers Randell, afin qu'il s'approche d'elle. Il sauta à son dos et s'agrippa, alors qu'elle se laissa retomber. Soudain, un bruit intense se fit retentir, au sud. L'alarme du Célestia se fit entendre et une lueur éclaira un peu l'obscurité. La femme comprit rapidement que le campement était attaqué.

— Merde, merde, merde, merde ! râla cette dernière. Pourquoi n'ai-je pas pris de monture avec moi ? Misaki, espèce d'idiote !

— Qu'est-ce qui se passe ? demanda Randell, confus.

La mère de famille prit une grande respiration et tenta de contrôler sa colère avant de se retourner vers l'enfant qu'elle posa à terre.

— Petit un, ne t'aventures plus dans le noir sans être accompagné par un adulte. Petit deux, de méchantes personnes ont été repérées près du Célestia, donc nous devons à tous prix retourner là-bas et nous assurer que tout le monde va bien. Compris ?

Le petit Randy posa son regard de chien abattu dans les yeux de la guerrière, qui tentait tant bien que mal à ne pas se laisser amadouer. Elle ne pourrait jamais résister aux enfants, tellement elle aimait jouer le rôle d'une maman. L'albinos soupira et mit une main sur la tête de l'enfant, afin de le réconforter.

— Compris... répliqua-t-il, déçu.

— Quand tu seras assez grand et assez fort pour te débrouiller sans un adulte, on te laissera te promener un peu plus, mais pas avant. C'est dangereux de se promener seul comme ça, à ton âge. Tu aurais pu te faire manger par ce chien de l'Enfer !

Même si l'alarme du Célestia la déconcentrait, Misaki ne pourrait pas partir de cet arbre avant de s'être assurée que Randell avait compris cette leçon. Néanmoins, elle était curieuse d'en savoir plus sur le projet personnel du gamin.

— Sinon, as-tu trouvé ce que tu cherchais ?

Le petit châtain hocha la tête et lui montra son plus beau sourire avant d'ouvrir son sac à dos qu'il tenait entre ses mains. Il lui montra trois sortes de plantes différentes que la guerrière ne réussit pas à discerner dans le noir. Elle pencha sa tête d'un côté.

— Je crois que j'ai ce qu'il faut pour nous préparer des filtres d'invisibilité ! dit-il.

— Est-ce que ce sont les bons ingrédients, au moins ? Nous sommes sur une nouvelle planète, après tout. Tu risques d'être déçu par les résultats.

— Mais non ! Je les ai toutes identifiées avec ma magie. Elles contiennent toutes les mêmes éléments alchimiques que sur Aeglys.

— Ne me dis pas que tu as emporté avec toi tes accessoires de potions...

— Mais non... J'ai simplement un mortier et un pilori...

— Franchement, Randy, tu n'aurais pas pu attendre que je me lève ?

La guerrière n'attendit pas la réponse de son protégé avant de refermer son sac, rapidement. Elle se pencha et l'invita à grimper sur son dos. Par réflexe, Lusso décida de bondir à terre et de marcher aux côtés de sa porteuse. Ils prirent déjà le trajet du retour vers le Célestia, alors que Randell discutait de ses récentes découvertes avec sa gardienne. Au bout d'un quart d'heure, ils croisèrent Cassandra et Windy qui avaient quitté le campement de manière dramatique. Surprise, Misaki sursauta.

— Que s'est-il passé, nom d'une pipe ! s'exclama l'albinos.

L'elfe soupira de soulagement, voyant que son amie était toujours vivante, ainsi que l'enfant des Markios. Elle descendit de sa jument noire et lança un sort de lumière au-dessus de leurs têtes, afin de mieux les éclairer.

— Les Forces du Mal ont trouvé le moyen de rendre malade nos soldats, afin de les transformer en déchus. Lucas, ainsi que tous mes patients, ont été infectés. Plusieurs des nouveaux arrivés aussi ont subis le même sort. J'ai été obligée de fuir le camp.

Misaki déglutit, réalisant que son bon ami avait été transformé en monstre. Quelques heures plus tôt, il blaguait et riait avec elle, avant qu'ils aillent se coucher. Elle ne comprenait pas comment il avait fait pour basculer au côté obscur, aussi rapidement.

— C'est contagieux, ajouta l'elfe, inquiète. J'ai pour théorie que cela se propage par la salive, les morsures et les écorchures provoquées par les ongles des autres déchus. Avez-vous été affectés par l'un d'entre eux ?

L'albinos fit signe que non et tourna sa tête vers le gamin.

— Et toi ? T'as croisé des démons sur la route, n'est-ce pas ?

— Seulement ce clébard, répondit ce dernier. Il avait faim, le pauvre...

— Il allait te manger, Randy, répliqua sa gardienne, sévèrement.

Randell leva les épaules. Au moins, Cassandra était rassurée de voir que sa meilleure ami et l'enfant n'avaient rien de grave. Cependant, elle ne pouvait pas s'empêcher d'avoir le cœur lourd, en pensant à tous les patients qu'elle dût abandonner. La jeune femme les avaient tous trahis, en les laissant entre les griffes des déchus. Celle-ci n'avait pas eu le choix. Sa survie était très importante pour le bien-être de l'armée. On lui avait donné l'ordre de ne pas mourir, durant l'absence de ses proches.

L'elfe baissa son regard et se recouvrit le visage. Des larmes coulaient le long de ses joues, c'était plus fort qu'elle. La pauvre avait dû se faire forte et brave ; elle avait cru que sa meilleure amie et le petit garçon s'étaient faits tués ou même convertis par les démons. Pour la guérisseuse, constater qu'ils étaient toujours vivants, était un miracle.

— Je vous croyais morts... hoqueta celle-ci.

Misaki avait elle aussi un pincement au cœur. Elle n'aimait pas voir l'elfe dans cet état. Elle mit une main sur son épaule, afin de la réconforter.

— Ça va, nous sommes là. Tout ira bien, tu verras.

— Je voudrais bien t'y voir toi... guérir tout plein de patients, rien que pour te rendre compte que ces derniers deviendront tous des monstres, sans exception.

Elle essuya ses larmes, tentant de se ressaisir. Tous les gens travaillant dans la médecine devaient s'assurer de laisser leurs sentiments de côté, afin de bien soigner leurs patients. Cela ne les empêchait pas de ressentir le besoin d'évacuer des émotions fortes, lorsqu'ils en avaient l'opportunité. Misaki était l'une des rares personnes, à part Shayne Wolfe, qui assistait à une telle crise. La brunette se tourna vers la jument et claqua des doigts afin de réduire l'intensité lumineuse de sa lumière magique.

— Où va-t-on maintenant ? demanda le petit Randell.

— On ne peut pas retourner au campement, déclara la crécerelle, attachée au dos de Cassandra, sous son apparence d'arc. Notre prochain objectif est de retrouver Flint et les autres. Nous devons à tout prix leur expliquer ce qui s'est passé.

Misaki hocha la tête, alors l'elfe lui offrit une main pour l'aider à monter sur la jument. La bête était assez puissante pour les porter tous les trois, mais Lusso devrait prendre l'apparence d'un accessoire, afin de ne pas déranger la monture. Windy opta pour devenir un bracelet au poignet droit de sa porteuse. Randell s'assit entre les deux demoiselles et ils reprirent la route, tous ensemble. Cette guerre avait déjà causé plusieurs victimes, elle ne ferait qu'empirer, au fil du temps. Il leur fallait retrouver les autres, au plus vite.

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É. de Jacob

Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour,
C’est l’amour.
Si tu souffres de l’agression de tes idées noires,
Si tu croupis dans la prison de tes ténèbres en plein jour,
Si tu ne vois plus la lueur au bout de ton désespoir,
Sache que ton chemin vers la Lumière, c’est l’amour.
Apprends à changer ta vision du réel.
N’accorde pas prise aux reproches,
Ni à ta condamnation personnelle.
Du renouveau de ton âme, tu approches.
D’abord, pour les autres et toi : ton pardon ;
Des remords et des regrets : ton absolution ;
Ton apprentissage de l’amour : ta solution ;
Laisser derrière toi le passé, ta résurrection.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour,
C’est l’amour
La foi en la Divinité te paraît peut-être stupide,
Car tu es persuadé qu’il s’agit d’un monde irréel.
Si une personne t’en parle, tu t’éloignes d’elle,
Tu ne veux pas du tout entendre ces ritournelles.
Mais laisse-moi te dire que la Divinité n’est pas religion ;
Que tu peux entrer en contact avec Elle simplement,
Sans rites, sans dogmes, sans menaces de punitions
Sans obligations, ni restrictions, ni peur du châtiment.
De même que, si tu commences à converser avec Elle,
Elle te répondra, et tu ressentiras alors pour Elle
Un amour illimité qui te fera sentir tout autre.
Ne crains rien, tu n’as pas à devenir apôtre.
Converse avec le ciel, les nuages et les esprits,
Une merveilleuse et magique musique, tu verras,
Commencera à te combler d’une immense joie,
Sur le chemin illuminé de l’amour inédit, infini.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour,
C’est l’amour.
Mais peu importe que tu refuses ce lien divin,
Si, au moins, tu recherches dans les nuages et le ciel,
Le réconfort bienfaisant de la Lumière spirituelle,
Alors, tu auras, à mes yeux, emprunté le bon chemin.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour.
Voilà la merveilleuse voie de ta guérison,
La magnifique route inversée de tes désillusions.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour.
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É. de Jacob
Ce recueil ne représente à mes yeux qu'une tentative, car je ne me suis jamais adonné jusqu'ici à l'écriture de la poésie. Il s'agit uniquement d'un exercice visant à me garder alerte en attendant qu'une histoire supplémentaire ne se profile dans les méandres créateurs de mon cerveau.
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docno
La suite du "Murmure du violon".
L'histoire du violon mystérieux ne pouvait pas en rester là !

Quel est le véritable pouvoir du cristal alchimique ?
D’autres personnages démoniaques vont-ils surgir pour s’en emparer ?
La douce Mégane seule et abandonnée va-t-elle faire une carrière internationale ?
Ophélie a-t-elle réellement changé ?
Est-elle capable d’être une mère et une épouse ?

Des voyages dans des endroits fabuleux et réels d'un luxe inouï.
De l’intrigue. Du complot. De la trahison. De l’amour aussi.

Le jet privé vous attend ainsi que des personnages incroyables… Tatiana, le père DiPaoli, Mr Jean...
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