Chapitre 28 : Nash et Cerbères

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Un homme s'appuyait derrière un gros rocher, à bout de souffle. Un ange déchu était à sa poursuite depuis une quinzaine de minutes. Tenant un flingue entre ses deux mains, ce dernier ne comptait pas mourir. Il ferma ses yeux, prit une grande respiration et se fia à une petite voix dans sa tête qui lui dit de se relever et de se tourner à quarante-cinq degrés vers la gauche. Il s'exécuta et visa son arme vers l'ennemi. Le châtain appuya sur la gâchette et tua aussitôt le déchu.

Bien joué, Votre Majesté ! déclara la voix.

— Pour la dernière fois, Cerbères, tu peux m'appeler Nash.

Désolé... Mauvaise habitude.

L'arme entre les mains de Nash se transforma sous ses yeux et prit l'apparence d'un chien de garde à la fourrure brune et noire. L'animal fut gravement blessé lors d'un combat, un mois plus tôt, mais avait réussis à se matérialiser à nouveau sous une apparence moins imposante que la précédente. Cette fois, il avait l'air d'un doberman tout ce qu'il y avait de plus normal. Cela convenant à son porteur qui appréciait grandement la compagnie d'un chien.

— As-tu des nouvelles de Dia et les autres ? demanda celui-ci.

— Ils sont arrivés à bord de leur véhicule. La puce que vous avez placée dans la salle des machines, nous fera gagner un temps précieux.

— Je sens qu'Athéna va m'en vouloir pour ce coup, mais je vais ferais face à la tempête plus tard. C'était l'unique moyen de m'assurer de leur arrivée.

— Sinon, comment avez-vous su qu'ils allaient transformer votre planète en vaisseau ?

— Simple intuition. Je me doutais bien qu'Athéna penserait à un truc similaire.

Nash haussa les épaules et leva une main en l'air, tout en secouant la tête.

— La princesse est, après tout, une visionnaire, poursuivit celui-ci. J'ai travaillé assez longtemps avec elle pour me rendre compte qu'il ne fallait jamais baisser nos gardes en sa présence. Ça, et le fait qu'elle aime bien inventer diverses choses...

Le doberman opina du chef avant de jeter un coup d'œil vers l'ange déchu qu'ils avaient tué. Il s'agissait d'un ex-soldat ayant servi les olympiens. Si tôt que le diable mit les pattes à l'intérieur du château qu'une multitude d'anges innocents furent convertis en démons. Ceux et celles ayant résisté à ces transformations furent réduits à l'état d'esclavage ou emprisonnés.

— Donc, ils sont à bord d'un véhicule volant, dis-tu ? poursuivit le châtain.

— Un vaisseau spatial portant le nom de Célestia, Monsieur Nash. répliqua son partenaire canin. Il s'agit du reste des ruines de votre planète.

— Pas besoin de mettre Monsieur avant mon prénom...

Le Roi de l'Olympe n'en avait pas fini d'essayer de convaincre son esprit élémentaire de le traiter de façon plus familière. Toutefois, il ne fit pas attention et cette conversation attira d'autres anges déchus dans leur direction. Lorsqu'ils entendirent du bruit, Cerbères prit la forme d'une épée, instinctivement, avant d'atterrir dans la main droite de son maître. Nash sa cacha à nouveau, derrière le rocher.

Nous nous sommes fait détectés, ajouta mentalement le dieu. Tâchons de ne pas faire trop de bruits, sinon nous risquons de nous attirer leurs lieutenants.

Je propose une approche furtive, suggéra l'épée.

Nash hocha la tête et contourna l'énorme rocher, alors que les deux soldats arrivèrent du côté gauche. Le châtain sortit de son petit sac de ceinture, une bombe fumigène qu'il garda dans sa main libre. Au moment de l'embuscade désirée, il lança cette dernière. Confus, les anges déchus se mirent à tousser. L'épéiste en profita pour courir dans leur direction et leur planta son arme dans leurs dos, respectivement. La fumée se dissipa et rapidement, il put discerner des traits familiaux.

Leif et Xavier, deux anciens gardes de la salle du trône, soupira Nash en essuyant sa lame. Quel dommage. Ils étaient d'excellents guerriers. Ils auraient pu rejoindre la rébellion s'ils n'avaient pas été affectés par cette magie obscure.

Utilisez le cristal, Monsieur.

Le roi hocha la tête et sortit du mec petit sac, une gemme de la grosseur d'une pomme. On s'en servait pour récolter des âmes, dans ce monde. Le transfert de celles-ci se faisait plus facilement, lorsqu'on devait les enfermer dans l'Enfer. Depuis que la guerre avait éclatée, quelques mois plus tôt, les Démons s'en servaient pour convertir les anges et les civils tués en créatures maléfiques. Les dieux, quant à eux, s'en servaient pour les purifier et récolter tous les défunts de ce conflit.

Les deux corps devant les yeux de Nash disparurent. Il rangea ensuite la pierre dans sac et tourna attention vers le camp auquel il s'était aventuré. Il y avait d'autres soldats ennemis qui s'y trouvaient. Celui-ci prit une grande respiration et fonça se cacher dans de hautes herbes. En tant que l'un des généraux de son armée, il passait la plupart de son temps libre à explorer le terrain, discrètement et à sauver ceux et celles qui avaient été enlevés par Satan et ses sbires. Jusque-là, il avait libéré une vingtaines d'esclaves et tué une centaine de soldats, à son actif.

Occupons-nous de ceux-là, et retournons à nos quartiers généraux, Monsieur, commenta l'esprit élémentaire.

J'y compte bien...

Le roi vit une grosse caisse en bois, non loin de sa cachette et décida de s'y faufiler. Il faisait sombre, mais ses yeux lui permettaient de bien voir dans l'obscurité. Près d'un feu de camp, un démon ailé bailla. La créature tenait entre ses mains, un morceau de viande animale qu'il avait chassé dans les plaines sacrées du Saint Royaume.

Sûrement l'un des cerfs d'Artémis, songea Nash. Ça a de quoi la mettre en colère, quand on touche à ses potentiels repas...

Cette viande est excellente, pour en avoir dégusté moi-même. Heureusement, pour moi, je ne me trouvais pas sur les terres réservées de votre collègue.

Parlant de notre commandante, elle ne doit pas être loin. Elle m'a dit qu'elle devait chasser un peu, pour notre repas de ce soir.

Je sais, je peux le lire dans vos pensées, mon maître.

L'homme décida qu'il était temps de tuer ce démon et de le purifier. Il mit donc deux doigts entre ses lèvres et siffla, afin d'attirer son attention. Comme prévu, la créature ailée lâcha son morceau de viande rouge et regarda en direction de la caisse en bois. Elle s'approcha ensuite, lentement, lance en main. Au moment où elle allait contourner l'objet, Nash sortit de sa cachette et lui transperça le cou avec son épée. Du sang coula du coup de ce monstre, alors qu'il s'effondra aux pieds de l'assaillant.

— Un diablotin, murmura Nash pour lui-même. Ils sont de plus en plus nombreux.

Nous n'avons pas terminé, Monsieur, remarqua la voix de son partenaire. Je détecte deux anges déchus à notre droite et un démon, au nord du site de campement.

— Dans ce cas, ne traînons pas.

Le Roi de l'Olympe se pencha à nouveau et rampa se cacher dans de hautes herbes, près d'une tente où campaient les déchus. L'un d'entre eux avait autrefois servit Athéna, comme garde du corps. Nash le reconnut par sa grandeur et la rousseur de ses cheveux, alors que celui-ci se réchauffait près d'un feu de camp. L'autre ange était une femme recouverte de cicatrices, avec une expression sévère sur le visage.

— Nous devrions aller voir où en sont les autres, dit-elle à son acolyte.

— Mouais, on ne les entend plus parler... C'est louche...

Le dieu n'avait plus de bombe fumigène dans son sac. Il serait donc forcé de les séparer ou bien d'attendre le bon moment qu'ils changent de tactique, afin de les tuer un après l'autre. Il ne voulait pas se faire repérer. Le roux demeura près du feu de camp, alors que la femme cicatrisée resta près du feu un moment. Elle était armée de deux dagues, ainsi que d'un arc et des flèches. Nash jugea qu'elle devait être une ancienne de chasseuse travaillant pour Artémis ou bien une autre divinité liée à cet art.

Tentons de la distraire avec un caillou, lorsque que son ami sera plus loin, proposa Cerbères, par télépathie. Ça fonctionne à tous les coups.

L'envie de me servir des éléments à mon avantage me chatouille l'esprit, pensa le châtain, mais cela leur forcerait à dévoiler ma position. Allons-y avec ton plan...

Nash souleva alors sa main en se concentrant sur le sol devant lui. Il fit s'arracher de la terre, un gros caillou avec sa magie et visa un baril, au loin. L'objet en bois se trouvait près de la sortie est du campement. Au moment où la pierre le frappa, la guerrière aux dagues sursauta et décida d'aller examiner ce qui se passait par-là. Rapidement, le dieu se faufila derrière la tente et se cacha derrière une autre caisse en bois. Il aurait bien aimé pouvoir la vaincre avec un arc et des flèches, mais il n'en avait pas avec lui. L'homme se contenterait de l'abattre avec son épée.

Au moment où il arriva enfin près du baril qu'il avait frappé avec le caillou, Nash observa la déchue qui regardait au loin. Il prit une grande respiration et fonça, silencieusement, vers elle. Il planta son épée à travers le dos de la demoiselle et la tua sur le coup. Les ailes noires de la guerrière étaient sur le point d'apparaître, lorsqu'il avait décidé de l'éliminée. Elle comptait survoler les plaines pour voir s'il n'y avait pas un intrus. L'épéiste soupira de soulagement.

— Ce n'est pas terminé, murmura-t-il, pour lui-même.

Il sortit son cristal à nouveau et absorba l'âme de la jeune femme. Il jeta un regard dédaigné vers son épée recouverte de sang et se dit qu'il allait devoir la nettoyer, une fois qu'ils en auraient finis avec ce campement. Il entendit un garde, derrière lui qui avait repéré le cri de sa partenaire. Nash fit aussitôt une roulade vers la gauche et se planqua dans un gros buisson. Tel un caméléon, le châtain passerait inaperçu, encore une fois.

¤*¤*¤

Une heure plus tard, le Roi de l'Olympe arriva aux quartiers généraux de la résistance, titre que l'on donnait à l'organisation essayant d'éliminer Satan. Il s'agissait d'un simple camp, barricadé de tout ce que ses membres trouvaient dans la nature. Ils se trouvaient loin du château, mais avaient un vaste terrain. Ils pouvaient se cacher dans des ruines ou bien dans des cavernes, lors de leurs missions à l'extérieur de leurs murs, mais cet endroit était pour eux sécuritaire. Des mages protégeaient cet endroit en permanence avec de puissants champs de forces ; ils se relayaient à toutes les heures.

Le châtain était assis sur le dos d'un cheval ailé, un pégase qu'il avait emprunté au Général Hercules VI pour sa mission du camp ennemi. Le dieu en question était, semblerait-il, le descendant d'un fils du tout premier Zeus. Préférant servir l'armée, il avait toujours refusé de prendre le titre de Roi, par le passé. Athéna, son aînée, devait normalement succéder à son père, mais il en fut autrement car on nomma Nash à sa place.

— Votre Altesse ! fit un garde, lorsqu'il vit son souverain arriver à dos de pégase. Mages ! Baissez le champ de force ! Sa Majesté le Roi Zeus est entré !

— Pour la dernière fois, mon nom est Nash, articula l'épéiste.

Le soldat n'y fit pas attention, comme à chaque fois que le dieu tentait de se faire courtois. Celui-ci s'ennuyait de la bonne vieille époque où les gens respectaient son identité. Depuis qu'il était devenu le nouveau Roi, plus personne n'osait l'appeler par son véritable prénom, car le titre de Zeus inspirait la confiance, mais aussi la bienveillance et un peu de peur, dans le cœur de ses sujets.

Nash avait en lui la sagesse de ses prédécesseurs, mais aussi le côté fougueux des Markios. Cela faisait de lui l'homme à ne jamais mettre en colère. Aucun soldat ou civil n'oserait le contredire, de peur de s'attirer ses foudres sur eux. Il ne comprenait pas où ils voulaient en venir avec cette histoire de foudre, mais il se dit qu'ils avaient simplement peur qu'il se mette en colère. Seules les divinités semblaient le traiter avec un peu plus de respect. Le Général Hercules faisait parties de ces gens.

— Ah ! Nash ! Te voilà ! fit une voix forte et enjouée, lorsque le roi passa à travers le champ de force avec le cheval ailé.

Le châtain avait déjà repérer le visage du véritable propriétaire de ce pégase. Le visage fin, le corps musclé, la peau légèrement bronzée mais luisante et les cheveux en broussailles définissaient les traits d'Hercules. Aussi blond que la plupart de ses cousins ou de ses cousines, il se faisait surnommer le Lion d'Or de l'armée. Combattant principalement avec une lance et un bouclier, il avait tout d'un gladiateur. Son partenaire de sélection était, évidemment, le cheval ailé que l'épéiste empruntait occasionnellement.

— Quelles sont les dernières nouvelles ? interrogea le Markios.

— Nous gagnons du terrain près du château, malheureusement nous avons perdu un campement au sud de la ville, ainsi que quelques-uns de nos soldats.

— J'ai réussi à envoyer les esprits élémentaires à destination, nous aurons très bientôt du renfort. Où sont les autres ?

— Comme toujours, tu trouveras Artémis et Apollon dans la tente du centre. Ces deux-là ne sont pas d'accord sur la procédure à suivre pour l'infiltration...

L'homme à la crinière blonde secoua sa tête avant de lever les épaules. Toutefois, il s'approcha aussitôt du pégase et lui caressa la nuque.

— Oh, tu m'as manqué, mon petit Rex, dit-il avec une voix plus enfantine.

Le cheval souffla à travers ses dents et poussa un étrange son, ressemblant à rire. Hercules fit une bise sur le museau de sa monture, alors que Nash bondit par terre.

— Dis, Herc', commenta celui-ci. Tu pourrais me rendre service et apporter ce cristal aux mages ? Dis leurs que j'ai récolté une vingtaine d'âmes, ce soir.

Le roi lui passa alors la gemme qu'il sortit de son sac et attendit pour une réaction de la part de son semblable. Le général finit par opiner du chef et accepta sa requête. Le châtain en profita donc pour se diriger vers la tente centrale du campement, c'était à quelques minutes de marche, de là. Peu importe où il mettait les pieds, il croisait des regards avec quelques soldats et civils qui se reposaient à travers près des feux de camps. Il se devait de conserver une image respectueuse, en tout temps. Non seulement était-il l'un de leurs supérieurs durant cette guerre, mais celui-ci représentait leur dernier espoir.

— Pour la dernière fois, Artémis, c'est du suicide, ta tactique ! lâcha une voix à travers la tente. Tu vas nous mener à notre mort avec un plan pareil !

— Peut-être, mais le tien ne nous mènera nulle part ! rétorqua une deuxième personne.

— Ah ces jumeaux... soupira Nash pour lui-même. J'ai peur de voir quelle serait leur réaction avec les Sanders. Quatre fois plus de pagaille...

Cerbères préféra ne rien dire. Lui non plus, n'aimait pas tellement confronter le duo qu'ils s'apprêtaient à revoir, ce jour-là. Toutefois, c'était eux aussi des généraux et ils méritaient toute son attention. Malheureusement, il craignait le pire.

Lorsque le roi entra dans la tente, voir le centre nerveux de son armée, son regard se posa sur une jeune femme à la chevelure brune, en mohawk tressé. Son visage était recouvert de peinture de guerre, mais ses orbes marron se posèrent sur son Souverain. Arc en main, carquois attaché derrière son dos, la Générale Artémis était une archère redoutable qu'il ne fallait surtout pas provoquer. Elle avait récemment changée sa vieille armure en cuir pour une nouvelle, dont le cuir venait d'une créature légendaire. Celle-ci le portait en permanence, depuis qu'ils avaient commencés à camper à cet endroit.

— La faction hindou est tombée, déclara-t-elle à l'attention de Nash.

— Mince, répliqua-t-il. Que s'est-il passé ?

— Des démons se sont infiltrés dans leurs rangs et ont assassiné tout le monde durant la nuit. Il n'y a pas un seul survivant.

— Nous les vengerons.

Elle hocha la tête et retourna son attention vers son jumeau. C'était un jeune homme aux mêmes couleurs que cette dernière, sauf qu'il était beaucoup plus distingué et portait des vêtements propres. Apollon, avant la guerre, était l'un des organisateurs de spectacles et un artiste hautement reconnu de la communauté. En ces temps troublés, il agissait en tant que mage et guérisseur. Au fil des dernières années, il passa beaucoup de temps en compagnie d'Athéna et de Nash, afin de prendre le thé avec eux.

— Que me vaut cette dispute ? formula le roi, en observant les jumeaux.

— Ma sœur veut infiltrer le château avec quelques-uns de nos hommes, afin d'aller récolter d'autres cristaux, commenta Apollon. C'est de la pure folie. Elle court tout droit au danger, si elle le fait. Nous avons déjà perdus les hindous et les divinités égyptiennes, je crains le pire pour les dieux judéo-chrétiens !

— Voyons, mon frère ! Tu n'as aucune raison de t'inquiéter. Avec davantage de cristaux, nous pourrions augmenter nos chances de survies !

— Mais on a besoin de toi ici ! On court tout droit à notre perte !

Frère et sœur se toisaient. La tension était si palpable que Nash roula ses yeux. Celui-ci avait l'impression de se retrouver, une vingtaine d'années plus tôt, alors que Flint et Lucas se disputaient pour diverses raisons. Il se demandait d'ailleurs, s'ils allaient bien.

— Avant de prendre une décision que vous pourriez regretter, commença le roi, sachez que j'ai contacté votre sœur Athéna. Ses esprits sont désormais à ses côtés. Elle ne devrait pas tarder à nous rejoindre, d'ici peu.

— Ah, mais c'est une bonne nouvelle ! s'exclama Artémis.

— Comment t'as fait ? fit son frère.

Le Markios leur expliqua ensuite comment il avait mouchardé la salle des machines avec une puce électronique, reliée à sa bague magique. Il pouvait donc détecter la distance à laquelle se trouvait le vaisseau. Son petit discours fit sourire la chasseuse, mais son frère haussa un sourcil. Celui-ci était étonné que Nash ait pensé à tout, avant de fuir Célestia.

— En tout cas, on pourra remercier notre père d'avoir pensé à déguiser ce vaisseau par une planète, dit Apollon. C'était ingénieux de sa part. Quel artiste !

— Je ne vois pas en quoi la science est un art, mais bon...

Sa jumelle haussa les épaules, puis posa ses yeux sur Nash. Le jeune homme et la jeune femme devaient avoir plus ou moins le même âge que les Sanders, mais leurs personnalités avaient plusieurs petites différences qui les définissaient bien. Apollon, par exemple, avait un caractère exubérant alors que sa sœur préférait ne parler qu'en cas d'urgence. Il était affectueux et social, elle était un peu froide et solitaire. Tous les deux étaient bien éduqués, néanmoins et leur soutien moral avait été très important au Roi.

— La science est un art, selon moi, car les meilleurs scientifiques peuvent changer la vision du monde avec leurs inventions et leurs outils ! s'exprima Apollon, admiratif. Ils mettent tellement de temps, d'énergie et de passion dans leurs projets que c'est pour moi un sujet fascinant à explorer.

— Oh misère... lui et ses débats... marmonna sa sœur.

— Bah, t'auras qu'à reprocher Tonton Socrate qui m'a tout apprit de cette pratique.

Nash secoua la tête en essayant de garder son calme. Socrate, voilà bien un nom qu'il n'avait pas entendu depuis des années. Il s'agissait du descendant d'un grand philosophe, qui avait choisi la même voie que son ancêtre. Il n'était pas dieu, mais occupait un poste important à l'académie des anges. Il leur enseignait à réfléchir sur le fonctionnement du cerveau et ce qui poussait certaines personnes à prendre certaines décisions. La plupart de ses cours se terminaient souvent par des débats entre ses élèves.

— Veuillez disposer, ordonna le roi à ses généraux. Profitez du reste de cette journée pour vous reposer. Les renforts arriveront bientôt. Pour le moment, je veux que vous régliez vos différends car je ne veux pas de ce comportement dans les premières lignes. Me suis-je fait comprendre, mes amis ?

Artémis et Apollon s'échangèrent un regard et ils hochèrent leurs têtes, respectivement. Nash se sentit fier de son coup.

Une fois que ces derniers sortirent de la tente, afin d'aller se promener un peu autour du campement, le Roi de l'Olympe décida de consulter les notes et les lettres qu'on lui avait laissées près de sa couchette personnelle. Il n'y avait pas d'électricité, mais il pouvait facilement se servir de sa lampe à huile afin de mieux voir.

Installé avec les jambes croisées, il lut le premier rapport qu'on lui avait laissé.

— Les anges chrétiens ont lancés une contre-attaque dans l'aile ouest du château, expliqua celui-ci à son épée. Ils ont réussis à tuer plusieurs démons et récolté plusieurs objets magiques, cependant quelques-uns de leurs généraux sont tombés.

Le doberman quitta sa forme d'arme et se coucha auprès de son maître. Il posa son mufle près de la petite lampe qui éclairait la couchette.

— C'était une très mauvaise idée de combattre sans notre aide, soupira Nash. Nous leur avons pourtant dit d'attendre nos renforts.

— Ils sont probablement épuisés d'attendre que les choses changent.

— Le Saint Royaume est plus désuni que jamais... Vivement qu'Athéna vienne nous aider. Notre armée aurait grand besoin de revoir leur princesse. Le moral de nos troupes ne fait que diminuer à chaque jour. Les querelles d'Apollon et sa sœur ne nous aident pas.

— Mmm... Vous ne serez pas content, Messire.

Le dieu examina son partenaire de combat, confus.

— Comment ça ?

— Perséphone et ses amis sont avec eux.

Dérouté, le Roi de l'Olympe ne comprenait pas pourquoi la Reine des Enfers se trouvait à bord du Célestia. Était-elle leur prisonnière ? Avant qu'il ne puisse poser une question à Cerbères, l'esprit élémentaire poursuivit :

— Il s'agit d'une alliance, d'après ce que me raconte Charlie. Et... Perséphone serait la sœur d'Athéna ? Comment se fait-il que j'ignorais tout cela ?

Tout aussi abasourdi que son animal de compagnie, Nash lâcha sa feuille de rapport.

¤*¤*¤

Quelques minutes après avoir lu tous les rapports qu'on lui avait laissé, le châtain sortit de sa tente avec Cerbères sur ses talons. Le dieu s'inquiétait quant à la réaction qu'aurait l'armée, lorsqu'ils apprendraient que leur princesse avait fait alliance avec des ennemis de son prédécesseur. Il craignait déjà le pire, sachant qu'Artémis bouillait facilement de rage, en plus d'être une redoutable archère. Cette dernière avait toujours été la plus loyale envers son père, le défunt Zeus.

— Savent-ils que Perséphone est leur sœur ? se dit Nash en s'approchant du feu de camp.

Cerbères préféra ne rien dire. Il admirait le fait que son maître ne perde pas son sang-froid, malgré le fait qu'il venait d'apprendre une nouvelle particulièrement étrange. Voilà quelques années de cela, ce dernier combattait contre un culte, visant à faire du mal aux esprits élémentaires. Jamais il ne se serait douté que la déesse vedette de cette organisation malsaine se rangerait de leur côté.

Le roi décida de ne pas divulguer cette information aux autres généraux, tant qu'ils seraient entourés de leurs soldats. Il se dit qu'il serait mieux de leur parler en privé, afin d'éviter de créer une panique générale. Il ne voulait pas que ses sujets pensent que leur princesse les avait trahis.

— Alors, quoi de neuf ? demanda Artémis, alors que Nash approcha ses mains du feu, afin de se réchauffer de cette nuit froide.

— Tout ce qui se raconte dans nos rangs, il n'y a rien que vous ignoriez. On va devoir jeter un coup d'œil au campement des chrétiens, par contre. Leurs troupes ont été grandement affectées par leur dernière mission.

— Il vaudrait mieux ne pas nous inquiéter pour eux, ils savaient à quoi s'attendre, en partant au château sans notre accord, répondit Apollon. Je sais que c'est cruel, venant de ma part, mais nous ne sommes pas en mesure de travailler séparément. Nous risquons de plus en plus de perdre cette planète, à chaque instant qui s'écoule.

Le roi était sur le point de lui répondre qu'il pensait la même chose, lorsqu'ils entendirent tous un bruit au-dessus d'eux. Un véhicule volant, venant du ciel, éclaira aussitôt leur campement. Artémis eut pour réflexe de préparer son arc avec une flèche qu'elle imbibait déjà de lumière divine, tandis que son frère allait lancer un sort puissant vers l'engin. Nash les interrompit aussitôt.

— Mais qu'est-ce que tu fais ?! grogna la chasseuse.

Le châtain secoua la tête et lui fit signe d'attendre, d'un doigt. Un instant plus tard, la bague du Souverain s'illumina. Il pressa sur la gemme et activa l'accessoire.

Généraux de l'Olympe, ici la capitaine du Célestia, Athéna ! Nous demandons la permission d'atterrir près du campement.

— Permission accordée, répondit Nash.

— Nana !? s'exclamèrent Artémis et Apollon, en même temps.

Coucou ! reprit la déesse, reprenant son ton amical et enjoué habituel. Vous m'avez manquez, dites-donc ! Ne bougez pas ! Votre grande sœur arrive !

Nash ne savait pas s'il devait rire ou pleurer, remarquant l'air hébété des jumeaux qui venaient d'entendre leur sœur aînée. Cela faisait plusieurs mois qu'ils n'avaient plus eux de nouvelles de cette dernière.

— Toujours aussi puérile, cette femme, soupira le doberman.

Le châtain ignora ces paroles, tandis que le Célestia s'éloigna un peu plus loin de leurs quartiers généraux. Lentement, il descendit du ciel. Au bout de six minutes, l'appareil fut posé à un kilomètre de leur fortification. Le roi, ainsi que la chasseuse et le mage, s'approchèrent du gigantesque vaisseau, alors qu'une porte s'ouvrait déjà, sous le véhicule. À la grande surprise de tous, Athéna en sortit et couru en direction de son frère et de sa sœur, avant de leur sauter aux coups. Ils tombèrent tous les trois, à terre.

— Non mais, Nana ! Tu vas tout me décoiffer ! bouda Apollon.

— Je suis si heureuse d'enfin vous retrouver ! couina leur grande sœur. Comme vous m'avez manqué ! C'est moi ou vous avez grandi ?

— Ça ne fait que quelques mois, quand même... soupira Artémis.

— Et nous sommes adultes ! tonna son frère.

Cerbères leva sa tête vers son porteur.

— Ne me dites pas qu'elle agit toujours ainsi avec eux, commenta celui-ci.

Nash haussa des épaules, puis tourna son attention vers l'ouverture du vaisseau. Plusieurs de ses passagers étaient déjà sortis. Toutefois, son regard se posa sur l'homme le plus grand, mais surtout le plus gros, de l'équipage. À ses côtés, un grand blond légèrement musclé tenait une épée lumineuse. Ils étaient entourés d'une magicienne aux cheveux mauve, d'une autre paire de jumeaux, deux elfes et plus encore. Il se mit à rire.

— Enfin, la Septième Brigade est finalement complète, se dit celui-ci, souriant.

Cerbères remarqua que les esprits élémentaires avaient déjà tous pris leurs formes d'armes et d'accessoires. Ils étaient tous prêts à combattre, contrairement à la plupart des soldats et des volontaires de leur armée. Tous étaient épuisés par cette guerre et dormaient rarement à leur aise. La présence d'Athéna et des autres allait leur apporter un réconfort, bien mérité. Toutefois, le chien qui fut autrefois le gardien des Enfers, remarqua trois individus, à l'écart des autres. Ces êtres dont les âmes étaient à la fois remplies de lumières et de ténèbres, il avait la sensation de résonner avec eux.

— Perséphone, Thanatos et Hypnos, marmonna le doberman, pour lui-même. Alors, ce sont eux, les fameux renégats. Ils n'ont pas l'air si effrayants que ça.

— Où ça ? demanda Nash, qui n'avait jamais vu le trio, personnellement.

Cerbères lui pointa les trois dieux, à gauche de la Septième Brigade, mais près d'Artael qui s'était approché d'eux. Il faisait noir, mais les lumières du vaisseau éclairaient suffisamment les plaines pour qu'ils puissent bien voir tout le monde.

Perséphone remarqua qu'on l'observait, puis se croisa les bras en essayant de cacher son embarras. Nash, de son côté, vit qu'un homme à la longue chevelure noire, passa une main sur son épaule, afin de la réconforter.

— Il s'agit de Thanatos, son mari, expliqua Cerbères.

Le roi tourna son regard vers son partenaire de combat, le remerciant mentalement. Cependant, il se demandait si la dame avait toujours des envies meurtrières, en ce qui concerne les olympiens. Celui-ci avait tellement entendu de rumeurs à son sujet, qu'il avait presque peur de lui adresser la parole.

— Athéna ? fit Nash en observant la déesse, qui se relevait de terre. Il faut qu'on parle.

La princesse se tourna vers lui et remarqua qu'il n'était pas de bonne humeur. L'expression de la demoiselle changea rapidement pour qu'elle reprenne un air sérieux. Elle avait compris où il voulait en venir. Elle lui fit signe de la suivre. Ensemble, ils se dirigèrent vers Artael, ainsi que le fameux trio des divinités autrefois bannies du Saint Royaume. Pendant ce temps, Artémis, Apollon et Cerbères restèrent sur place, se demandant tous les trois comment cette rencontre allait se terminer.

Annotations

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