Chapitre 26 : Une chute inattendue

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Le 18 octobre 3918 AD, un mois après l'attaque mystérieuse abord du Célestia, l'équipage arriva finalement dans le même système solaire où la planète du Saint Royaume existait, près de son astre solaire. L'attaque des clones ne fut pas oubliée pour autant, car quelques personnes avaient succombé à leurs blessures et d'autres avaient toujours de la difficulté à s'approcher des membres de la Septième Brigade. Flint et ses camarades avaient reçu l'ordre de rester dans l'aile est du vaisseau pendant quelque temps, afin que les autres passagers du vaisseau puissent récupérer psychologiquement.

— Je n'aime pas ça... je n'aime pas ça du tout... dit Athéna en observant la planète, de loin. Vous ressentez la même chose que moi, n'est-ce pas ?

Entourée de Perséphone, Hypnos, Thanatos et Artael, la Princesse de l'Olympe avait détecté une énergie maléfique se propageant depuis le Saint Royaume.

— Il est clair à mes yeux que la guerre spirituelle a pris de l'ampleur depuis notre exil, mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi glauque.

Le Dieu du Sommeil passa une main derrière sa chevelure blanche et se tourna vers Athéna. Il vit que celle-ci n'allait pas bien, alors il tenta de la réconforter.

— Ne t'en fais pas, Nana. Nous mettrons bientôt in terme à cette histoire.

— Ce n'est pas la raison pour laquelle je suis inquiète, soupira son interlocutrice. Je ne suis pas toujours d'accord avec les décisions du Conclave, mais j'espère qu'ils sont toujours sains et saufs. Le Saint Royaume ne s'en remettra jamais sans la présence de leurs chefs. À en juger l'ambiance malsaine qui règne dans ce système, les barrières des Enfers n'existent plus. Nous risquons d'arriver au beau milieu d'un champ de bataille.

— Je propose que nous accostions près du château, le centre nerveux de toute cette guerre, suggéra Artael. Inutile de nous cacher, rendus là.

— Et risque la vie de notre équipage ? Hors de question ! fit Perséphone. Nous devons trouver un endroit sécuritaire pour notre équipage et à partir de là, nous infiltrerons la ville. Notre noyau de création possède seulement assez de jus pour prendre la fuite et retourner à Dickens. Nous ne pouvons pas nous permettre de gaspiller son énergie.

— La bonne nouvelle, c'est que l'élément de la création est abondant au Saint Royaume, expliqua Athéna. Du moins, selon mes souvenirs, parce que là, je ne ressens plus tellement de sa puissance...

Aggravée par ce constat, la dame aux cheveux blonds s'appuya sur le panneau de contrôle qui se tenait devant elle. Celle-ci appuya sur plusieurs commandes et fit apparaître des images holographiques devant les yeux de ses compagnons. Ils pouvaient voir une ville en ruine, où circulaient des démons et des anges déchus. Tout avait été ravagé et incendié. Il n'y avait pas un seul soldat ou civil. Plusieurs dépouilles traînaient aux pieds de ces criminels de guerres. Cela provoqua un malaise chez la princesse, qui se couvrit la bouche, afin d'étouffer un cri.

— Oh, je vais être malade... dit-elle, le visage blême.

— Ressaisis-toi, déclara Perséphone, avant de claquer sa langue. Ta faction a besoin de toi, plus que jamais. Ne laisse pas ces cadavres te distraire de ton objectif.

— J'aimerais bien t'y voir, toi. Ça se voit que tu n'en a rien à faire des civils. Est-ce vraiment une bonne idée de te léguer cette planète ?

Athéna se tourna vers sa sœur et la fusilla du regard. La Reine des Enfers baissa ses yeux au sol. Autrefois, elle se serait moquée de tout ce qu'on lui disait, mais depuis qu'elle côtoyait les membres de cet équipage, elle s'était adoucie.

— Décidément, mon titre ne me convient plus, se dit Perséphone. Je n'ai plus rien d'une Reine. Je n'ai plus le choix de l'admettre, ma sœur serait un bien meilleur choix pour gérer le Saint Royaume. Je devrais lui en parler, quand les choses se seront calmées.

À cet instant, l'ingénieure, la même femme avec qui ils travaillaient depuis des mois, tourna son regard vers la capitaine du Célestia.

— Madame, je détecte un signal de détresse brouillé ! Me donnez-vous la permission d'éclairer tout ça ?

— Allez-y, voyons ce qui en découle.

— À vos ordres, capitaine !

Curieux, Artael reconnu une voix à travers les bruits statiques du signal. Ils pouvaient tous entendre la voix d'un homme à travers l'intercom de la cabine de pilotage.

— ... dez... cours... blessés... pouvait-on entendre à la radio.

L'ingénieure finit par arranger le signal et finalement, ils comprirent le message.

Attention, attention ! Ne vous posez surtout pas près du palais ! Peu importe qui entendra ce message, faites demi-tour. Tout est perdu. Venir nous aider serait du suicide ! Passez votre chemin, pendant qu'il en est encore temps ! Ce message sera répété. Attention, attention ! Ne vous...

Athéna soupira et ordonna à la jeune femme de fermer l'appareil. Elle avait reconnu la voix de sa sœur, Artémis qui envoyait un signal de détresse dans l'espace. Cette dernière devait sûrement faire partie de la résistance.

— Était-ce qui je pense ? questionna Perséphone. Toujours vivante, celle-là ?

La princesse hocha la tête avant de s'adresser à ses collègues.

— Artémis et son frère Apollon sont des membres importants de notre armée. Je suis certaine qu'ils sont toujours vivants. S'ils ont laissés ce message, c'est qu'ils savaient que nous arriverions tôt ou tard au Paradis.

— Ils disent que tout est perdu, devrions-nous les croire ? mentionna Hypnos.

— Je n'ai aucun lien psychique avec eux, depuis cette distance. Il me serait impossible de confirmer leurs dires. Nous devrons nous rapprocher un peu, dans l'espoir de contacter nos alliés. Continuons de survoler le système solaire, en mode furtif !

L'ingénieure, entendant ces paroles, opina du chef et déclara :

— À vos ordres, Madame !

— Augmentez aussi nos boucliers de dix pourcent !

— Je le déconseille, Nana, ajouta Hypnos. Nous risquons de causer un coup de circuit.

— Je connais mon vaisseau mieux que quiconque. Cette bonne vieille Célestia pourra endurer un peu plus de pression.

Athéna pianota sur son panneau de commandes et modifia les fenêtres holographiques. Le paysage dans les images montra une partie du palais qui s'était effondré, avec une multitude de démons volants qui circulaient autour du vaste bâtiment. Elle déglutit.

— Connaissant Nash, il doit sûrement avoir escorté plusieurs civils en lieux sûrs, dit Artael en prenant une grande respiration. Si les esprits élémentaires sont toujours à ses côtés, j'imagine qu'il est aussi dans les premières lignes de l'armée.

— Ça m'étonnerait, parce que je ne ressens plus leur présence, expliqua Athéna. Soit leur énergie est très faible, soit ils sont morts. Cependant, je ressens toujours la présence de Nash. Elle est beaucoup trop basse pour que je puisse le retrouver...

— Espérons dans ce cas qu'il aura réussi à préserver leurs âmes. Dia, ses frères et sœurs sont d'excellents alliés. Flint et ses amis auront besoin de leur soutien lorsque nous arriverons sur votre planète.

— Je ne te le fais pas dire, Artie, mais c'est possible que l'ennemi les aient déjà convertis en démons. Tout ce que nous pouvons faire, pour le moment, c'est de prier pour leur survie et essayer de trouver des survivants qui pourront éclaircir cette affaire.

L'atmosphère était pesante pour toutes les personnes présentes dans la salle de pilotage. Ils savaient qu'ils n'avaient plus le choix de se préparer à l'inévitable combat auquel l'équipage s'était préparé mentalement et physiquement, depuis des mois.

De puissantes ondes psychiques volaient dans tous les sens au Saint Royaume, les gens à bord du Célestia arrivaient, pour la plupart, à les ressentir. Les créatures maléfiques surpassaient leurs attentes. Ils plongeaient tous dans une guerre sans merci, datant depuis plusieurs millénaires. Enfin, ils assisteraient à la fin de ce conflit. Personne, à bord du vaisseau, ne s'attendait à survivre. La plupart d'entre eux, toutefois, souhaitait libérer la planète des dieux et rétablir l'ordre spirituel.

Athéna songea que le moment était venu de s'adresser à ses collègues de travail et de ses subordonnés. Pour cette raison, elle ramassa le microphone près de son panneau de commandes et appuya sur un bouton pour que sa voix se fasse entendre à travers tout le vaisseau. Il était temps pour eux de se préparer à combattre.

— Amis et passagers du Célestia... Ici votre capitaine qui vous parle. Comme vous avez pu le deviner, nous sommes à présent près du Saint Royaume. D'ici une heure, nous atteindrons notre planète. Malheureusement, elle est infestée de monstres et de démons. Tout est en ruines, mais ne perdons pas espoir. Il y a sûrement des gens qui ont survécus à cette guerre. Je vous ordonne donc de faire de votre mieux et de sauver qui pourra être sauvé. Il est temps pour nous d'évacuer le Saint Royaume et de protéger quiconque ne pourra pas être en mesure de se battre.

Elle prit une pause avant de se passer une main dans les cheveux.

— Quant à vous, membres de la Septième Brigade, je compte sur vous afin de combattre à nos côtés, continua-t-elle. Notre objectif est toujours d'infiltrer le château et de nous frayer un chemin jusqu'au Jardin d'Éden. Nous devons aussi réclamer le système des âmes et retrouver tous ceux et celles qui nous ont été enlevés. Cette mission ne sera pas facile, mais j'ai confiance envers vous et vos capacités. Ne me décevez pas.

¤*¤*¤

— ... vos capacités, fit la voix d'Athéna par l'intercom du réfectoire. Ne me décevez pas.

Gabriel lâcha sa cuillère dans son bol de potage, perdant aussitôt l'appétit. L'ex-golem avait préparé un repas succulent pour ses amis afin de les encourager après cette lourde journée d'entraînement. Il ne s'était pas attendu à ce qu'ils arrivent déjà dans le système solaire du Paradis. Nerveusement, il tapota la table près de lui, avec ses doigts.

— C'est enfin le moment de nous battre ! s'exclama Kylie Sanders, en craquant ses jointures de doigts. Ces petits cons du Conclave n'ont qu'à bien se tenir. Je n'ai pas l'intention de partir de ces lieux sans les avoir massacrés.

— Kylie ! gronda son frère. Nous ignorons s'ils sont tous responsables de nos tourments, alors calme-toi un peu. La plupart d'entre eux sont sûrement innocents !

— Gnan, gnan, gnan...

L'éclaireur soupira en roulant ses yeux. L'esprit rebelle de la punk se manifestait de plus en plus, puisqu'elle s'était beaucoup entraînée, dernièrement. Elle était beaucoup plus forte et agile qu'avant, mais n'arrivait toujours pas à surpasser Shayne Wolfe à la maîtrise de son arme. Flint et cette dernière étaient presque aux mêmes niveaux.

— Qu'ils soient innocents ou pas, n'a plus aucune importance, déclara Flint. Nous avons des ordres à suivre et nous devrons veiller sur les arrières d'Athéna et des autres dieux alors qu'ils évacueront la planète.

— Ouais, bah, je n'ai pas l'intention de partir sans avoir dégommé quelques ogres, continua la punk. Ça fait un bail que j'attends ce moment.

Cassandra, un peu à l'écart de la table à manger, faisait les cents pas avec une tablette électrique en main. Même lorsqu'elle n'était pas à l'infirmerie, la jeune femme veillait sur l'état de santé de ses patients. Cette après-midi-là, Gabriel lui avait préparé un couscous aux fines herbes avec une quésadilla aux fèves noires et maïs. Scottie l'avait aidé avec d'autres accompagnements. Shayne Wolfe, qui avait fini de manger avant tout le monde, se trouvait derrière le comptoir et lavait les chaudrons.

— Cassie ? formula Flint en se tournant vers l'elfe. Tu devrais finir ton repas avant qu'il devienne froid. On l'a préparé spécialement pour toi.

— Je sais, je sais, mais il y a Madame Laurent qui n'a pas l'air de bien réagir aux médicaments que je lui ai injecté. Je vais devoir...

— Cassandra... une chose à la fois, coupa son capitaine. Tu n'es pas la seule guérisseuse à bord de ce vaisseau. Laisse tes infirmières s'occuper de tout ça.

Kylie hocha la tête avant de s'adresser à leur amie.

— Ouais, quoi ! De nous tous, tu es celle qui bosse le plus dans son domaine. T'as bien mérité une petite pause avant que les combats commencent réellement. En plus, on va avoir besoin de toi sur le terrain, alors essaie de bien te nourrir.

Scottie, entre sa sœur et Gabriel, haussa des épaules.

— Honnêtement, je ne crois pas que ce soit une bonne idée de manger autant. Avec tout ce qu'il y au Saint Royaume en ce moment, je n'ai pas envie de dégu...

Il ne termina pas sa phrase, lorsqu'il réalisa qu'il venait de couper l'appétit d'Estelle, devant lui. Misaki avait peu mangé, mais s'occupait tout en s'assurant que Randell ait consommé tous ses légumes. Flint et Gabriel avaient jugés que la présence de l'enfant avait un effet positif chez la guerrière, qui s'ennuyait éperdument de ses enfants. Elle passait ses journées en compagnie du gamin. Lucas, de son côté, opta pour s'entraîner aux côtés de son frère durant ce dernier mois.

Le grand blond tourna son regard vers le seul homme trans de l'équipage. Celui-ci était aussi à l'écart du groupe, il n'arrêtait pas d'éternuer et de renifler depuis trois jours. Ayant choppé une vilaine grippe, il ne souhaitait pas propager le virus à ses amis.

— Tout va bien, toi ? demanda Flint, inquiet.

— Mouais... J'ai simplement besoin de repos...

Lucas prit un mouchoir de sa poche de chandail et sortit au couloir pour aller se moucher. Cassandra ne put s'empêcher de s'en faire pour lui. Prenant un air sévère, elle se tourna vers le reste du groupe et s'adressa surtout au grand blond.

— Je vous interdis de l'emmener avec vous pour aujourd'hui. Il doit absolument passer une autre nuit à l'infirmerie pour que je puisse lui donner d'autres antibiotiques.

— Nous sommes en guerre, Cassandra. Nous savions tous dans quoi nous nous embarquions lorsqu'on a accepté de faire partie de cet équipage.

— Je me débrouillerais pour qu'il y ait tout le temps des personnes pour surveiller les malades et les blessés, dans ce cas. Nous risquons de nous retrouver au Saint Royaume pour plusieurs jours, alors il est important pour moi qu'il se rétablisse.

Flint secoua sa tête et retourna son attention à son assiette de couscous. Il n'avait plus très faim et se demandait si Luna et Wyatt avaient appréciés leur repas, puisqu'on ne les avait pas vues depuis ce matin. La jeune femme et son collègue se trouvaient à la salle des machines et s'occupaient à renforcer le noyau de création avec leur mana, avec d'autres mages. Shayne s'était chargé de leur apporter leurs assiettes, un peu plus tôt.

— Finissons de manger et partons nous préparer, continua le capitaine. Ramassez tout de dont vous aurez besoin, nettoyez vos chambres et ne laissez rien traîner. Nous allons devoir camper sur les champs de batailles pour les jours à suivre.

— Oui chef ! répondit Kylie en se levant d'un bond. Tu viens, Est' ?

La punk baissa ses orbes bleus vers son épouse et cette dernière se releva tranquillement, les mains reposant derrière sa tête. La plus grande des deux femmes remarqua que sa compagne n'avait pas l'air dans son assiette, alors elle l'escorta en dehors du réfectoire pour lui parler en privé. Flint, intrigué, décida de ne pas aller les déranger. Il préféra assister Shayne, afin de laver les assiettes.

Repus, le grand blond lança un coup d'œil à son mari. Gabriel semblait perdu dans ses pensées. Il était perturbé par la nouvelle qu'ils allaient devoir combattre dès ce soir. Flint reconnaissait que son époux n'était pas du genre à stresser facilement, dernièrement, mais il savait que celui-ci avait gardé de très mauvais souvenirs de l'invasion à Baldt.

Le colosse prit une lampée de son potage avant de se laisser choir sur sa chaise.

— Qu'est-ce qui ne va pas, chéri ? questionna son mari, alors qu'il contournait le comptoir. C'est les ordres d'Athéna qui te mettent comme ça ?

Gabriel haussa les épaules.

— T'as le droit d'être inquiet, tu sais ? commenta Scottie. Je le suis pour ma sœur.

Le gros guerrier posa son regard sur l'éclaireur qui grignotait un peu de quésadilla. Gabriel reconnaissait que Kylie pouvait être casse-cou et impulsive, mais n'avait pas peur pour elle. Il savait que la jeune femme savait se défendre.

— C'est à cause de mon père, tu vois ? continua le jeune homme aux cheveux bleus. Avant de devenir membre de la Septième Brigade, il m'a fait promettre de toujours veiller sur Kylie. Surtout après cette histoire avec l'ex et tout ça...

— Je comprends... formula Flint. Je ressens la même chose pour Lucas. Au moins, il ne risque pas de rejoindre les premières lignes, à cause de son état.

— De toute façon, je serais probablement avec lui puisque quelqu'un doit s'occuper de Randell, commenta Misaki.

Tous tournèrent leurs têtes vers la guerrière albinos et aussi le petit garçon qui avait ouvert son livre à colorier, après son repas. Gabriel se mordit la lèvre inférieure, sachant qu'il ne voulait pas mettre son enfant en danger. Le gamin réalisa qu'on parlait de lui et leva son regard vers son père bedonnant.

— Oh, ne t'en fais pas pour moi. J'ai quand même plus d'un tour dans mon sac...

Il se concentra alors sur son assiette à moitié vide et cette dernière s'éleva dans les airs avant d'aller se poser entre les mains de Flint, qui cligna des yeux. Randell avait développé des pouvoirs télékinétiques depuis leur arrivée à bord du Célestia, mais il semblerait que cela soit lié à son incarnation précédente. Il utilisait peu ce pouvoir, mais à chaque fois qu'il le faisait, cela avait le don de faire peur à ses proches.

— Sacré p'tit bonhomme ! ricana Misaki avant d'ébouriffer les cheveux du garçon.

Randell grimaça en observant sa tante et fronça des sourcils, ce qui remonta le moral de Gabriel. Le retour de son créateur dans sa vie lui avait été grandement bénéfique, sachant que celui-ci ne l'avait jamais réellement détesté. Il se leva de table et s'approcha de celui-ci, afin de le prendre dans ses bras. Il lui fit des bisous sur la tête, ce que l'enfant trouvait très embarrassant. Malgré tout, ils étaient heureux.

— Au moindre signe de danger, tu cours te cacher, d'accord ? dit le colosse.

— Mais je sais me battre, bouda Randell.

— Chut. Tu es encore trop jeune pour t'engager.

— Bah l'âge, ça n'a pas d'importance. Je peux très bien prendre l'apparence d'un vieil homme et tu ne verras pas la différence...

Gabriel fit la moue en observant son enfant sévèrement dans les yeux. Au bout d'un moment, le gamin céda et soupira.

— D'accord, d'accord ! Je serais sage, Papa...

— Ça c'est mon fiston ! couina le gros guerrier, ravi.

Tel une vrai papa poule, ce dernier chatouilla son enfant dans les côtes et l'embrassa partout sur la tête. Le pauvre Randell ne pouvait pas se défendre. Flint roula les yeux, amusé par cette scène. Il souhaitait que cette guerre se termine rapidement.

¤*¤*¤

Estelle entra dans sa chambre la première. C'était une pièce grande et spacieuse. Son épouse et elle n'y passait pas beaucoup de temps, mais Kylie avait son propre coin où elle faisait de la musculation, alors que la journaliste avait droit à son propre pupitre où elle écrivait des articles pour passer le temps.

Depuis le départ du Célestia pour l'inconnu, la petite blonde avait rapidement commencée à rémunérer tous les événements de leurs aventures pour l'écrire dans des documents. C'était sa façon de contribuer à cette guerre étrange. Elle comptait ensuite vendre ses mémoires, un jour, lorsqu'elle aurait récolté assez d'information.

Debout au centre de la chambre, Estelle se prit les bras et grelotta, ayant la sensation que ceci serait la dernière fois qu'elle verrait ce bout du vaisseau où elle avait passé les derniers mois. Un étrange pressentiment s'emparait tranquillement de ses pensées.

— Ah, te voilà, toi ! fit une voix familière derrière la jeune femme.

La journaliste avait oublié la présence de son épouse, qui avait dû se rendre à l'infirmerie, un instant. L'écrivaine se tourna vers Kylie qui s'approcha d'elle, inquiète.

— Est'... t'es toute bizarre... qu'est-ce qui se passe ? questionna celle-ci.

La punk passa une main dans la chevelure soyeuse de son épouse, essayant de la réconforter. Cette dernière lui prit la main et ferma ses yeux, tendrement.

— J'ai peur... C'est tout... J'ai peur qu'ils vous enlèvent tous ou bien que vous soyez tous tués... Je n'ai pas envie de revivre... tout ça.

— Tu veux dire... comme la fois où le néant nous a tous dévoré ?

Nerveusement, Estelle leva son regard vers Kylie et hocha la tête rapidement. Elle se souvenait encore des cris et des pleurs de cette fameuse soirée, où celle-ci avait cru perdre les jumeaux à jamais, alors qu'elle disparaissait elle-aussi dans le noir.

Tout cela avait fait en sorte que la journaliste développa de l'achluophobie — la peur de l'obscurité. Il n'était donc pas étonnant qu'une lampe de chevet était toujours allumée à chaque fois qu'elle travaillait ou bien qu'elle se couchait. Cela avait dérangé Kylie, au début, mais elle s'était rapidement habituée à ce style de vie, passé en sa compagnie. Pour elles, dix ans s'étaient écoulées, mais cette peur du noir n'avait jamais disparu.

— Tu sais... moi aussi il m'arrive d'avoir peur de cette merde qui gobe tout, déclara la jeune femme à la queue de cheval. Mais nous sommes bien entourés, avec Athéna et les autres dieux. Ils ne nous laisseront pas tomber.

— Oui, mais tu n'arrives toujours pas à te rester dans la même pièce que Perséphone et Thanatos, plus d'une minute. Il est clair, pour moi, que tu n'aimes pas leur présence.

— J'n'ai pas de points en commun avec eux, c'est tout...

Estelle ressentait une douleur dans ses épaules, tendue à cause de tout le stress accumulé. Kylie comprit que celle-ci avait besoin d'un massage. Elle lui fit un signe de tête pour qu'elle aille s'asseoir sur leur lit. La punk s'installa alors à genoux, derrière son épouse. Depuis qu'elles vivaient ensemble, la jeune femme à l'esprit rebelle passait la plupart de son temps à masser sa partenaire, quand elle passait de mauvaises journées. Cette technique lui avait été transmise par son père adoptif, durant sa jeunesse.

Tandis que Kylie essayait de trouver tous les points de tension de sa confidente, l'intéressée fixa sa lampe de chevet en essayant de se calmer. Voilà plus d'un mois qu'elle tentait d'avouer à sa conjointe qu'elle ne pourrait probablement plus avoir d'enfant, même si elle en désirait du plus profond de son âme. Comment lui dire qu'après de nombreuses visites à l'infirmerie, que Cassandra lui avait annoncé que ses ovaires ne fonctionnaient plus ? La pauvre Estelle n'aurait jamais le privilège de porter en elle, un bébé, à moins d'avoir recours à un miracle magique. La petite blonde avait décidé de faire son deuil, mais jamais elle n'en discuta avec sa partenaire.

— Y a-t-il quelque chose que tu souhaiterais me dire, Est' ? fit la punk en approchant son visage de son épouse. Tu es très silencieuse, ces dernières semaines...

— Ce n'est... rien d'important... vraiment, répondit la blonde.

— Pourtant, tu baisses la tête comme si t'avais fait quelque chose de mal...

— Ce n'est pas ce que j'ai fait de mal, hésita Estelle. C'est plutôt, ce que je ne peux plus faire... J'avais une fonction tout à fait naturelle et elle n'existe plus en moi...

La journaliste se sentait fébrile à l'idée de tout dévoiler à son épouse, mais si elle pouvait s'enlever ce stress de ces épaules, peut-être qu'elle aurait moins besoin d'être massée. Elle prit une grande respiration avant de rajouter :

— J'ai fait quelques tests aux laboratoires pour tester ma fertilité... et... je suis stérile. Cassandra m'a expliqué que je fais partie des rares jeunes femmes qui vivent avec cette condition... Je... Je ne pourrais plus concevoir... d'enfants...

Sans pouvoir se contrôler, la blonde sanglota et voulu éviter le regard de Kylie. Même si elle savait que la musicienne n'aimait pas les gamins, Estelle ne pouvait pas s'empêcher de rêver à fonder sa propre famille, à ses côtés.

— Juste ça ?! répliqua la guerrière, surprise. Non mais, Est'. Tu oublies qu'on est deux dans ce couple. Si t'as besoin de mes ovules, bah... je suis partante !

Elle lui donna une petite tape dans le dos. Surprise par cette réaction, la petite demoiselle aux cheveux dorés posa ses yeux dans le regard de sa bien-aimée.

-— T-Tu... ferais ça pour moi ? couina Estelle. T-Tu porterais un... bébé... dans ton ventre ? J-Je... Je pensais que tu n'en voulais pas...

— Bah écoute, si tout ce que ça te prend pour être heureuse, c'est d'avoir un gosse, je ne vais pas t'en priver, hein ? Et puis, à te voir jouer avec ton p'tit frère, dernièrement, je me dis bien que t'as envie d'avoir ton propre bonhomme, hein... Je ne suis pas dupe. Par contre, ne me demande pas mettre un pénis dans mon corps, oh ça non ! Insémination ça sera.

Estelle éclata de rire avant de se retourner vers son épouse. Elle s'agenouilla devant elle et posa ses lèvres sur les siennes. Elles s'enlacèrent alors et se laissèrent tomber sur leur lit douillet. Pendant plusieurs minutes, les deux jeunes femmes gloussèrent et se bécotèrent, comme durant leurs premières nuits passées ensemble. Au bout d'un moment, la petite blonde soupira, mélancolique.

— Il n'empêche, que j'aurais aimé être celle qui porterait notre futur fille... ou garçon... rechigna celle-ci. J'aurais trop aimé vivre un accouchement...

— T'es folle, Est', pouffa son épouse. C'est genre la pire chose à souhaiter à n'importe quelle femme ! Même Cassie a failli y passer, avec ses triplés.

— Oui, mais ils étaient tellement mignons, ses bébés...

— Tu peux toujours te servir des machines, tu sais ?

Estelle secoua la tête et grimaça. Luna lui avait déjà parlé de cette option, ainsi que Cassandra. Cependant, cela restait de la magie et la jeune femme ne désirait pas que son corps soit modifié magiquement. Tout ce qu'elle pouvait faire, désormais, c'était d'accepter son destin. Jamais elle n'aurait cru devenir stérile à vingt-six ans.

— Non merci, soupira la jeune femme. Autant mes parents aiment jouer avec ce truc, autant je préfère en rester loin. À part Shayne, on dirait que tous les mecs de notre groupe ont une fascination morbide à jouer avec les paramètres...

Elle ne put s'empêcher de repenser à l'un des fameux épisodes où elle croisa ses deux pères transformés en hommes-chiens, alors qu'ils sortaient du centre sportif du vaisseau. C'était au beau milieu de la nuit et tout le monde dormait. La journaliste avait préféré ne pas se poser de questions, puisqu'elle savait que ses parents étaient tordus. Cependant, elle avait aussi été témoin des folies de Scottie et Wyatt.

— Ah ouais ! commenta Kylie. Comme la fois où Flint avait imité la grandeur et le tour de taille de ton autre père... Puis aussi le jour où Wyatt a subitement grandit de quelques centimètres... C'est très étrange, j'dois l'avouer.

— Sans commentaire, soupira Estelle.

— Mon frère, par contre, je n'ai aucune idée de ce qui lui passe par la tête.

Alors qu'elles discutaient, de leur entourage coloré, les deux jeunes femmes en avaient oublié ce pourquoi elles étaient venus dans leur chambre. Estelle sursauta alors, réalisant qu'il ne leur manquait plus qu'une trentaine de minutes pour se préparer.

— Oh merde, c'est vrai ! s'exclama Kylie. La guerre...

Rapidement, toutes les deux ramassèrent ce qu'elles purent, qui leur sera utile sur le terrain. Elles rangèrent le reste dans leurs bagues magiques, respectives. Cette chambre serait abandonnée pour quelque temps, alors ni l'une, ni l'autre ne pourrait y revenir avant un bail. Il leur fallait faire vite.

Estelle n'avait même pas le temps de se doucher.

De toute façon, nous sommes en guerre, soupira-t-elle. Nous n'aurons pas le temps de prendre notre bain avant quelques jours... ou semaines...

Une fois la majorité de leurs affaires ramassées, la petite blonde se tourna nerveusement vers sa compagne. Elle prit une grande respiration et s'avança vers elle.

— Promets-moi que tout ira bien, supplia Estelle. Promets-moi que nous reviendrons toutes les deux, en vie, de cette mission.

— J'te le promets Est', répliqua la punk. Et dès notre retour, nous célébrerons notre victoire en gros ! T'en fais pas, on va y arriver !

Même si ses paroles se voulaient d'être rassurantes, l'écrivaine ne put s'empêcher de croire que ceci serait leur dernier moment passé à bord du Célestia. À sa grande surprise, le vaisseau se prit un énorme coup d'une force inconnue. Cela provoqua une puissante secousse et Estelle tomba dans les bras de sa femme. Que s'était-il passé ?

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