Chapitre 13 : L'ascension de Perséphone

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Lucas ouvrit les yeux, désorienté. Il était de retour dans la salle des machines où dormaient tous ses amis, dans les incubateurs. Ses vêtements étaient humides, mais on lui avait enlevé le tube à sa bouche. Il cligna des yeux et se tapa les joues, essayant de se réveiller. Ce dernier ne comprenait pas ce qui s’était passé.

— L’expérience n’a pas fonctionné ? demanda-t-il dans le vide.

— Au contraire, tu es arrivé sur Terre comme tous les autres, dit une voix à sa droite. Cependant, ton corps et ta personnalité était ceux d’une femme et non d’un homme transgenre. Pour t’épargner ce genre de traumatisme, j’ai préféré te ramener.

L’Ambassadeur de Lanartis bailla et réalisa que Hypnos était celui qui était venu lui dire tout cela. À ses côtés, Misaki observait son amant, alors qu’elle soulevait le petit Randell dans ses bras. Cette dernière était concernée par ce que cette révélation aurait pu faire à son nouveau partenaire de vie. Elle savait qu’il était fier de son identité, après tout.

— Une existence de femme, hein ? répéta celui-ci. Ces dieux n’ont rien compris…

Il leva les yeux dans les airs et souffla des narines. Celui-ci s’éloigna des machines après que Hypnos lui passa une longue serviette, afin qu’il puisse essuyer son visage et ses mains. Le blond à la queue de cheval était toutefois étourdit. Quelques minutes s’étaient écoulées pour lui, mais il n’avait aucun souvenir de son arrivée dans la simulation.

— Comment vont les autres ? demanda-t-il. Y a-t-il eu d’autres complications ?

— Plusieurs, confirma le Dieu du Sommeil. Mais ne t’en fais pas pour ça. Nous avons redémarré la simulation à quelques reprises depuis votre départ, jusqu’à ce que vos âmes intègrent toutes le Nouveau Monde. Il n’y a que Shayne Wolfe, pour des raisons inconnues, qui n’avait pas sa place sur Terre. Luna et Wyatt se sont occupés de lui forger une nouvelle identité et ont ajouté des codes dans l’algorithme afin qu’il puisse rejoindre les autres. Malheureusement, j’ai bien peur que tous ces changements aient éveillés les soupçons de Perséphone. Pour cette raison, nous gardons l’œil ouvert.

— Il n’avait pas sa place sur… Terre ? Mais c’est quoi cette simulation ? Les dieux du Conclave sont vraiment étranges.

— Je pense qu’ils lui réservaient un tout autre destin.

Misaki déposa Randell à terre. Ce dernier couru jouer avec des petites voitures à la table de la cuisine. La guerrière, de son côté, ramassa une autre serviette et aida son petit ami à se nettoyer les cheveux. Elle avait déjà été cherché de nouveaux vêtements pour ce dernier et les avaient déposés sur un petit bureau, près des incubateurs.

— Peu importe ce qu’ils ont décidés pour Shayne, nous allons bientôt leur coller un coup de bâton aux parties, grogna la dame à Lucas. J’en ai plus que marre de leurs machinations sans queues ni têtes. Si Athéna voulait faire de nous des divinités, bah, nous allons remplacer ces maudits représentants du Conclave et changer l’ordre des choses.

— Je comprends ton impatience, Misaki, mais n’oublies pas que nous devons tout d’abord tenter une approche pacifiste, commenta Hypnos. C’est le souhait d’Athéna.

— Malgré tout le respect que je lui dois, Athéna n’a fait que ça avec les dieux du Conclave et regarde où cela à mener notre belle planète… Ils se sont foutus de sa gueule et ont remplacés les olympiens par de nouvelles entités. Sans compter que la nouvelle Terre où nous devions vivre ne me plaît pas du tout.

— Qui sait ? Peut-être que tu aurais fini par l’aimer…

La guerrière regarda l’autre albinos et fronça des sourcils. Ce dernier était un peu plus petit qu’elle, mais ne se laissait pas impressionner par sa mauvaise humeur.

— Plutôt mourir une deuxième fois que de me réincarner sur un monde qui n’est pas le mien, déclara celle-ci. Je me suis battue pour que mon peuple ait le droit de vivre à Baldt et je continuerais à me battre jusqu’à ce que nous soyons de retour à Célestia.

— J’aimerais bien y vivre, pour être sincère avec toi, répliqua Hypnos. Je commence à trouver le temps long, ici…

Quelques secondes plus tard, Cassandra Appleseed s’approcha de Lucas et de Misaki. Elle revenait d’une salle d’essayage qu’elle avait préparé pour le jeune homme.

— Viens, c’est le temps de changer tes vêtements, dit-elle à celui qui venait de se réveiller. Une pièce a été préparée pour toi.

Le blond approuva d’un hochement de tête et suivit cette dernière. L’ancienne rebelle des îles Megumi adressa alors un air sévère au Dieu du Sommeil.

— Était-il nécessaire de nous cacher que Troyd Markios se trouve dans l’un de ces incubateurs ? dit-elle en enfonçant son doigt dans le torse de celui-ci. Ce criminel de guerre est recherché par notre nation et vous avez oublié de nous mentionner sa présence ? Pour qui vous nous prenez ?!

Hypnos soupira et secoua sa tête.

— Si ça peut te consoler, il ne fait pas partie de la simulation, expliqua-t-il. Son âme est figée dans le temps et l’espace et il est inconscient depuis son arrivée ici. Je le préserve, selon les directives des agents travaillant pour Athéna.

— Tu ne pourrais pas le jeter au néant, plutôt ? Il ne mérite pas d’être réincarné.

— Cette décision reviendra à ta déesse, j’en ai peur. Seule cette dernière sera autorisée de juger la valeur de son âme.

— Je ne suis pas du tout d’accord avec cette procédure.

— Ce sont les ordres, il n’y a rien d’autre que je puisse te dire.

Hypnos dégagea la main de Misaki qui gesticulait devant lui, puis fit demi-tour afin de retourner en direction des machines où se trouvaient Luna et Wyatt.

Furieuse, la guerrière passa une main derrière sa ceinture, où elle caressa le bout non-tranchant de son kunaï, un petit couteau servant normalement pour aider ses porteurs à escalader des arbres ou des bâtiments. Elle avait conservé ce dernier en mémoire de son ex-mari. Celle-ci se tourna en direction de l’incubateur au fond de la pièce, celui tout au fond de la dernière rangée, parmi les centaines de gens entassés dans ces machines de verres. L’adrénaline pompait rapidement dans les veines de la dame.

— Il est hors de question que je laisse ce dernier vivre après tout ce qu’il a fait endurer aux femmes de notre planète et surtout ce qu’il a fait à Nash, se dit cette dernière. J’assumerais les conséquences plus tard.

Elle se déplaça alors en un éclair vers la machine où dormait l’âme de Troyd et coupa le tube qui permettait à celui-ci de respirer, puis planta le bout du tuyau par lequel l’air entrait dans le filtre à eau. Ensuite, elle revint sur ses pas et se dirigea en direction de la cuisine. Ça ne prendrait que quelques minutes pour que les autres réalisent ce qu’elle venait de faire. Elle rangea son kunaï derrière sa ceinture et s’assied près de Randell, qui jouait toujours avec ses petites voitures.

Misaki ne laissait même pas une minute au tyran, se disant qu’il se noierait avec sa sueur et l’étrange liquide dans lequel ces machines conservaient les corps. Elle avait raison, car celui-ci s’étouffa, se réveilla rapidement, puis mourut en l’espace de quelques secondes. Lorsque Hypnos réalisa ce qu’elle avait fait, il était trop tard.

— Mais qu’as-tu fait !? s’exclama ce dernier, furieux.

— J’ai vengé toutes les femmes bafouées par cet homme et éliminer un déchet de plus dans l’univers ! répliqua celle-ci. Tu me remercieras plus tard.

— Misaki, tu ne comprends pas ce que ça implique s’il devait se réincarner en démon. Son âme est tellement corrompue qu’il pourra facilement être convertit en souverain démoniaque. Nous voulions justement attendre pour Athéna, car elle aurait pu effacer sa mémoire et l’adapter dans une nouvelle vie. Mais à quoi as-tu pensé !? Tu ne pouvais pas être un peu plus patiente ou quoi !?

L’expression, précédemment satisfaite, de la dame s’effaça.

— Effectivement, je n’y avais pas pensé… remarqua-t-elle. J’aurais dû le faire dévorer par le néant. Bien plus puissant comme châtiment.

Le petit Randell se mit à pleurer, ayant soudainement peur de Hypnos car il avait élevé la voix. Instinctivement, la guerrière le serra contre elle et fronça des sourcils en dévisageant le Dieu du Sommeil.

— Regardes ce que t’as fait à cet enfant, vilain, remarqua celle-ci. Tu ne savais pas qu’il était idiot d’élever la voix près d’un garçon de cet âge ?

Hypnos gonfla ses joues, rouge de colère. Il passa alors une main devant son visage, fermant ses yeux et rapprocha deux doigts à son pouce, contrôlant sa respiration. Il descendit sa main lentement, puis rouvrit les yeux.

— Je vais laisser passer ta bêtise pour cette fois, dit-il. À la prochaine erreur, je te renvoie à Célestia avec un coup de pied aux fesses. Me suis-je fait comprendre ?

— Tu ne me fais pas peur avec tes menaces, Hypnos.

Le Dieu du Sommeil décida de se taire, puis s’éloigna afin de se servir un café noir.

Pendant ce temps, Luna et Wyatt gloussaient comme des pies.

— Elle a un sacré caractère, notre Misaki, s’exprima la magicienne.

— Je crois que les Markios ont une très mauvaise influence sur elle, répliqua le binoclard.

— Sur nous tous, devrais-je ajouter.

Le mage devait admettre que sa meilleure amie avait raison sur ce point : cette famille leur avait tous inspiré à développer de fortes personnalités et ne se laissaient plus marcher sur les pieds par personne. Il prit une gorgée de son thé au jasmin, se demandant ce que pouvaient faire Flint et les autres, pendant ce temps.

¤*¤*¤

Le 4 juillet 2018, Lisa Sawyer lisait le document qu’une employée lui avait conseillé, quelques jours plus tôt. Assise dans son bureau, la patronne du Maple Leaf’s Gazette se mordillait l’ongle de son pouce.

— Mais qui est ce Teddie Sage ? pensa cette dernière. Comment se fait-il qu’il se souvienne de tout de notre ancienne vie ? Est-il lié aux Markios ?

Celle-ci venait de finir plus de la moitié du cinquième chapitre. Elle avait reconnu plusieurs noms importants de son passé, ainsi que celui de l’une de ses ennemies : Athéna. Diana Kingston avait-elle été mise au courant de cette histoire ? La dame espérait que ce n’était pas le cas. Elle regarda sur sa montre, il était temps pour elle de rentrer chez elle. L’heure du souper était souvent celui où elle envoyait la majorité de ses employés chez eux, car elle leur demandait souvent de rentrer travailler très tôt.

— Bonne soirée ! lança-t-elle à ses employés. N’oubliez-pas que j’ai besoin de vos articles pour vendredi ! Remettez vos clés USB sur mon bureau et je m’en chargerai demain matin ! Avez-vous des questions avant que je parte ?

— Est-ce qu’on peut avoir une augmentation de salaire ? plaisanta Thierry Ledoux, au fond de la pièce. Tout le monde s’esclaffa.

Lisa roula des yeux et secoua sa tête.

— Très drôle, Ledoux. Peut-être que j’offrirais une prime pour le meilleur article, qui sait ? Maintenant, veuillez m’excuser mais j’ai un rendez-vous très important avec mon mari. Au revoir ! Mm… Pendant que j’y pense…

Elle se tourna vers le pupitre de Diana Kingston, où cette dernière était en train de rédiger son dernier article. La petite blonde avait les yeux cernés et n’avait pas beaucoup dormit, la nuit précédente. Cette dernière performait à la caféine.

— Ma pauvre, pauvre Kingston… que vais-je faire de vous ? questionna la patronne. Vous vous tuez à la tâche. Demain, rentrez à midi, plutôt qu’à six heures.

— Très bien, Madame, répondit son interlocutrice. Mais qui s’occupera de votre café et de votre muffin ? Et vos rendez-vous… ?

— Je saurais très bien consulter vos boîtes vocales, voyons !

Lisa Sawyer gesticula une main en l’air, pour lui montrer qu’elle s’en faisait pour rien. Un instant plus tard, elle salua ses employés une dernière fois, et marcha vers la sortie du bâtiment. Son expression changea rapidement, lorsqu’elle était à l’extérieur. Son sourire hypocrite et son doux regard devinrent acerbes.

— Profites de ta pause, la pute, parce que tu vas rentrer travailler sept jours d’affilés après tes récentes escapades, je ne sais où… pensa-t-elle, en repensant à son assistante.

Perséphone avait remarqué le comportement étrange de son employée modèle et craignait que cette dernière se soit réveillée et qu’elle se souvenait de tout. Déjà qu’ils avaient engagés Estelle Tabris comme stagiaire, la déesse trouvait les activités de ses employés de plus en plus louches. Était craignait de perdre le contrôle.

— Quelque chose ne tourne pas rond, se dit-elle, tout bas, alors qu’elle grimpait à bord de sa voiture. Je vais devoir en discuter avec Greg…

Celle-ci sortit son téléphone portable de son sac à main qu’elle portait toujours avec elle. Elle composa le numéro de son mari et l’appareil sonna trois fois, avant qu’on ne décroche de l’autre côté. La Directrice avait changé complètement de ton.

— Thane ? dit-elle. Tu as lu le bout d’histoire que je t’ai envoyé ?

— Oui, Persie, répliqua une voix masculine qu’elle trouvait rassurante. D’après moi les Markios ont commencés à retrouver leurs souvenirs.

— C’est aussi ce que je pensais… Nous allons devoir passer au plan B.

— Dommage que nous devions en arriver là. Nous menions pourtant une existence si tranquille avant que cette histoire ne sorte au grand jour.

— Il a commencé à l’écrire il y a des années… tu t’en rends comptes ? Teddie se souvenait de tout depuis 2013… Encore faut-il savoir qui est ce type.

— Je mettrais ma main au feu qu’il s’agit de l’un des membres de la Septième Brigade.

Perséphone était à l’intérieur de sa jolie décapotable rouge et avait avancé son véhicule jusqu’à une intersection avec des feux clignotants. Elle attendit son tour pour tourner sa voiture en direction de Baldt Street.

— Encore un terme qui est familier à Aeglys… soupira-t-elle, intérieurement. Mais qui est le crétin qui s’est réveillé avant les autres, au point de laisser des indices partout ? Roh, ça m’énerve ! Il me faut trouver l’identité de ce Teddie Sage…

— Nous pourrions toujours commencer les recherches à la Rôtisserie de Baldt Street, proposa Thanatos. L’un des propriétaires partage le même nom de famille que Teddie. Je crois qu’il s’agit d’Arthur Sage. Je n’y ai jamais mis les pieds, parce que tu sais comment je me sens, vis-à-vis les casse-croûtes.

— Ouais, ouais, je sais… soupira Perséphone. Tu as peur de finir gros. Mais je t’assure que tu n’as pas pris un gramme depuis que nous sommes ici, alors cesse de t’en faire.

— Tu trouves ? Parce que j’ai l’impression de ne plus me sentir à mon aise avec tous mes pantalons. Je vais devoir commencer une autre diète…

Lisa Sawyer roula des yeux en discutant avec son mari.

— Pfft, tu ne seras jamais aussi gros que le gros porc qui sert de mari au fils d’Artael, dit-elle en se moquant de Gabriel.

— Beurk, la pire création qu’ait jamais faite Randell. Merci de ne plus m’en rappeler.

— Tu aurais dû le tuer lorsqu’il a ouvert les yeux. Il nous a causé beaucoup de problèmes à cause de tous les coups de mains qu’il a offertes à cette maudite armée...

— J’ai éprouvé de la pitié, j’ai eu tort.

— Toi ? Faisant preuve de compassion ? Tu veux rire…

— Et pourtant, toi t’en fais à tous les jours pour tes employés.

Le visage de Perséphone tourna au rouge, se disant qu’il avait malheureusement raison. Sans le prévoir, ni le vouloir, elle avait commencé à s’attacher à tous ses employés, même Diana Kingston qu’elle n’arrivait pas souvent à voir en peinture.

— Ce monde est toxique… soupira la déesse.

— Je crois surtout que tu peux enfin être toi-même, ma chérie. Ça doit te faire du bien d’être appréciée par tes employés.

— Oui… mais… tout ceci n’est qu’une stupide illusion doublée d’une multitude de lavages de cerveaux. Je n’ai rien mérité de tout ça.

— C’est comme tu l’as dit, nous pouvons toujours procéder au plan B.

— Tout d’abord, il faudrait connaître l’identité de cet auteur mystérieux. Ensuite, nous contacterons nos alliés.

— Dans ce cas je te suggère de commencer par la Rôtisserie. Peut-être y reconnaîtras-tu quelques visages familiers.

— Bonne idée. Ne m’attends pas pour souper. Je ramasserais quelque chose de mon côté.

— À plus tard, chérie.

Lisa Sawyer fit une bise à son appareil téléphonique et son mari l’imita. Ensuite, elle raccrocha son portable et mit ce dernier sur le siège d’à côté. Elle n’était pas certaine de connaître les coordonnées du restaurant auquel elle se rendait, alors celle-ci se gara un instant près d’un trottoir et vérifia l’adresse à travers le réseau Wi-Fi qu’elle arrivait à capter. Elle réalisa, en consultant son Samsung Galaxy, que le casse-croûte se trouvait à quelques maisons plus à l’ouest, près d’une autre ruelle menant à plusieurs appartements.

— Ah, c’est plus près de la basse-ville que je l’imaginais, se dit-elle.

Finalement, elle finit par trouver le bâtiment et commença à se garer sur le côté gauche du stationnement. Au moment où elle allait sortir de sa décapotable, elle vit un cuisinier sortir par la porte des employés avec un grand sac de poubelle vert. Il portait un couvre-chef sur la tête pour cacher ses cheveux, mais elle reconnut son teint basané et son corps finement ciselé. Celui-ci avait même conservé ses vieilles cicatrices de guerres. Il s’agissait du même homme qui lui avait mordu la nuque, lorsque la déesse avait voulu envahir la république.

— Enfin… comme on se retrouve, Wolfe, dit-elle en plissant des yeux.

Elle attendit qu’il jette le sac dans la benne à ordures, puis il rentra par la même porte.

Perséphone décida qu’il valait mieux pour elle de ne pas entrer à l’intérieur de ce restaurant. Elle activa donc un pouvoir à travers ses yeux, qui lui permit de voir à travers les murs. Même si ce monde n’était pas conçu dans le but d’y avoir des pouvoirs magiques, la déesse et son mari pouvaient pratiquer cet art.

En fouillant un peu dans le bâtiment qui se trouvait devant elle, Perséphone finit par trouver la personne qu’elle recherchait. C’était un grand blond avec une queue de cheval et une barbiche. Il discutait au téléphone, alors qu’il nettoyait une chope de bière. Elle le reconnut aussitôt : c’était Arthur Sage, alias l’alter ego d’Artael Markios.

Lorsqu’elle réalisa enfin d’avoir trouvé l’un des repaires de ses ennemis, la déesse sortit du stationnement en pleine vitesse et fit crisser ses pneus en appuyant sur le champignon, afin de dépasser deux voitures. Celle-ci retourna chez elle, furieuse. Il était temps pour son mari et elle de faire appel à leurs alliés. Ces derniers s’occuperaient de cette tâche délicate et ils pourraient ensuite reprendre leur vie de rêve, sans interruption.

¤*¤*¤

Vers vingt-heure, ce soir-là, Artael retournait à son appartement en marchant le long de la ruelle sombre reliée à Baldt Street. Il n’avait pas très loin à marcher, alors ça ne lui prendrait pas énormément de temps pour se rendre chez lui. Il était accompagné de Shayne, qui avait opté de mettre un simple teeshirt noir par-dessus son torse et un jeans bleu marin. L’ex-vampire commençait à s’habituer à son nouveau style de vie, même s’il savait que tout ceci n’était que temporaire.

— As-tu reçu des nouvelles de Marie ? interrogea ce dernier à son collègue de travail.

— Non, répliqua-t-il. Pas plus que Lucas. Il ne semble pas nous avoir rejoints. Quant à Kyran, il vit à l’autre bout de la ville.

— Comment va Gabriel ?

— D’après Flint, il a toujours mal, mais a recommencé à manger.

— Très bien. Ça m’embêterait que tout ce qu’on lui prépare serait jeté à la poubelle.

— Je ne te savais pas aussi fier de ta bouffe…

Le copropriétaire du restaurant esquissa un sourire en observant son ami.

— On dirait cette chère Adelia, continua Artael en gloussant.

Il parlait de la gérante de la Rôtisserie ainsi que celle avec qui il avait signé le bail. La vieille dame au début de sa soixantaine, n’aimait pas qu’on insulte sa cuisine. Étant d’origine italienne, elle avait un fort accent et avait rajouté plein de recettes de son pays natal au menu. Plus de quarante pourcent de leurs plats étaient basés sur des mets canadiens, cependant. Les clients n’y voyaient que du feu, tellement ils adoraient ce que préparaient les chefs de ce restaurant.

Shayne s’inspira de cette remarque pour imiter l’un des fameux signes de la dame lorsqu’elle s’adressait à un client impoli.

— Tu sais que c’est très vulgaire, hein ? commenta le blond en secouant la tête.

Le général de Baldt était sur le point de lui répondre quand tout à coup, surgissant de nulle part, une créature hideuse bondit droit devant eux et tenta de les tuer. Le grand basané poussa son ami de justesse mais la chose écorcha légèrement la peau de son bras gauche. La bête avait l’air d’un homme ailé, dont les ailes étaient celles de chauves-souris et les griffes étaient acérées. Deux yeux rouges les observaient alors qu’il leur montra ses crocs. Shayne comprit aussitôt ce que c’était.

— Un vampire ? Ici ? dit ce dernier.

— Mais cette dimension ne peut pas avoir de démons… ! protesta son interlocuteur.

— J’ai bien peur que Hypnos nous a bien roulés…

Shayne échangea quelques coups de poings et coups de pieds avec le monstre qui se tenait devant lui, puis ramassa le couvercle d’une poubelle métallique, près de lui, afin de la taper violemment sur le crâne de leur agresseur. Déboussolé, leur ennemi recula, grogna en affichant ses canines.

— Mais vous allez mourir, oui ? fit celui-ci. Je n’ai pas toute la nuit.

Il bondit sauvagement sur le général et planta ses dents dans la nuque de celui-ci.

Ironiquement, l’ex-vampire ressentait enfin ce que ça faisait de se faire mordre. C’était une sensation horrifiante. Tous ses sens commençaient déjà à s’affaiblir, alors qu’il voyait les images tournoyer autour de lui. Le démon avait consommé un litre de son sang. Le basané crut qu’il allait mourir, lorsqu’Artael planta un couteau dans le dos de leur adversaire. Un ustensile sortit tout droit du casse-croûte.

— Fuyons ! lança le blond, avant d’empoigner le bras de l’homme aux cheveux marron.

Il tira Shayne jusqu’à la ruelle où se trouvait son appartement et ils grimpèrent tous les deux les escaliers menant à sa demeure. Ils pouvaient entendre les rugissements de la créature sauvage, derrière eux.

— Oh Athéna ! Oh Athéna ! Oh Ath… répéta nerveusement Artael, ce qui étonnait l’ex-vampire, puisqu’il faisait allusion à sa religion et non sa bien-aimée.

— Nous y sommes presque ! déclara ce dernier.

Le blond tourna la poignée de porte et poussa cette dernière. Ils entrèrent rapidement et refermèrent celle-ci derrière eux, rapidement. La première chose que l’assistant-gérant fit, en entrant chez lui, fut de tirer sur la chaise la plus lourde qu’il pouvait pour barricader l’entrée. Shayne s’approcha ensuite de la grande lampe du salon, l’arracha au mur et enleva le couvercle, puis l’ampoule afin de se créer une arme improvisée. Le vampire aux ailes de chauves-souris fonça ensuite dans la porte d’entrée.

— Bon sang, mais c’est quoi ce boucan ? dit Flint en sortant de sa chambre. J’essaie de parler avec Gabriel au téléphone et…

Ses yeux s’écarquillèrent lorsqu’il vit que la nuque du grand basané était en sang et qu’il se préparait à combattre quelque chose d’étrange.

— Gabriel ? Je te rappelle, dit-il en s’adressant à son appareil.

Il raccrocha aussitôt, puis mit son téléphone sur la table de la cuisine. Ensuite, il courut chercher le plus gros couteau qu’il pouvait trouver dans les tiroirs. La porte du salon fut défoncée et une créature sauvage entra à l’intérieur de leur demeure, bondissant vers Artael. Le général donna deux puissants coups de bâtons dans le dos du monstre, qui gémit de douleur. Le capitaine de la Septième Brigade, de son côté, s’élança vers l’agresseur et lui donna un coup de pied au visage. Il passa le couteau à son père qui le planta dans le torse du vampire. Le grand blond se souvint aussitôt de l’une des plus grandes faiblesses des suceurs de sang, puis couru en direction du placard à balai.

— Flint, mais qu’est-ce que tu fais !? lança son père.

— J’ai une idée ! lança celui-ci.

Pendant ce temps, Shayne donna quelques coups de bâton au démon, puis évita quelques coups de griffes avant de recevoir une morsure dans le bras.

— Aïe ! grogna celui-ci. Non, mais tu vas arrêter, oui !?

Artael profita de cette distraction pour trancher au travers de l’aile gauche de la créature. Le vampire hurla de douleur et empoigna le blond par la gorge, le soulevant jusqu’au plafond. Il aurait pu lui briser la nuque, mais ressentit un objet pointu dans le dos. Le monstre se désintégra aussitôt et devint un nuage de poussière, aux pieds des trois hommes. Le pieux improvisé roula jusqu’à Flint, qui venait de venait de s’en servir.

— Bien joué, dit Shayne en lâchant le bâton. Tu t’es souvenu de tout ce que je t’ai appris, n’est-ce pas ?

— Ouais, expliqua le capitaine. Il y avait un vieux balai brisé dans notre placard. J’en ai profité pour prendre le bout de manche cassé et je l’ai taillé un peu avec un couteau. Voilà le résultat. Heureusement pour nous, ça a fonctionné…

Le souffle haletant, Artael s’agenouilla un instant, puis déglutit.

— Il faut tout de suite alerter ta mère, dit-il en se tournant vers son fils.

— Gabriel… répliqua soudainement Flint. Oh merde… Je ne peux pas le laisser seul.

Il était sur le point de paniquer lorsque Shayne s’approcha de lui et mit une main sur son épaule. Ce dernier le regarda droit dans les yeux.

— Écoute, dit-il. Je comprends ta détresse, mais tu ne dois pas perdre ton sang-froid. Les démons nous ont repérés, mais le plus important pour le moment est de rassembler tout le monde. Peux-tu au moins m’aider à contacter les jumeaux ?

— Mais ils ne sont pas conscients qu’ils sont des nôtres… rouspéta le capitaine. Comment suis-je censé les convaincre ?

— Laisse-les combattre ne serait-ce qu’un démon de ce genre et je t’assure qu’ils vont se souvenir de tout. Tu as Scottie dans tes contacts, non ?

Le jeune homme hésita un moment, puis hocha la tête.

— Très bien, je vais lui dire de se ramener les fesses à notre appartement, déclara celui-ci.

Le capitaine se tourna ensuite vers son père et demanda :

— Toi, peux-tu demander à Athéna de ramener Estelle avec elle ?

— Je vais voir ce que je peux faire, répondit son père.

Flint retourna chercher son téléphone cellulaire et composa le numéro que Scottie Sanders lui avait offert pour lui envoyer des textos, le soir précédent. Ils avaient échangés au moins une heure sur l’écriture avant que le capitaine ne tombe endormit sur son lit. Il n’y avait aucune réponse, de l’autre côté de l’appareil. Il courut dans sa chambre et se rendit sur le premier réseau social qui lui passa à l’esprit. Il envoya un message rapide au jeune homme dont les cheveux étaient aussi bleus que le ciel. Il espérait que celui-ci lui réponde, malgré le fait qu’il commençait à se faire tard.

— Pourvu qu’il ne leur soit rien arrivé… se dit le grand blond, qui avait eu la frousse de sa vie en voyant la créature perchée sur son père.

Il était tellement nerveux qu’il renversa accidentellement le verre en vitre de son pupitre, qui se fracassa par terre. Il s’occuperait de le ramasser plus tard. Il n’y avait rien dedans. Ce fut à cet instant qu’il réalisa une chose : Perséphone l’avait lu. C’était la raison pour laquelle on avait tenté de tuer son père, ce soir-là. Cette constatation lui glaça le sang. Il s’empressa rapidement de se rendre sur le site de Scribay et retira temporairement ses œuvres du site web. Le mal avait été fait et il ne pouvait plus faire machine arrière. Il était temps pour sa famille et lui d’affronter la déesse des Enfers.

Annotations

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