Chapitre 12 : Quand Estelle rencontre Kylie

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— Vous allez me passer votre patron maintenant avant que je me fâche ! grogna un homme au téléphone. Si vous êtes trop incompétente pour faire votre travail, il pourra bien vous remplacer !

— Monsieur Thomas, je vous ai averti que la facturation ne fonctionne pas ainsi, expliqua la punk. Ce n'est même pas mon domaine, mais tout le monde travaillant ici sait déjà que ça prend au moins deux mois avant que les factures des nouveaux forfais soient appliqués dans vos paiements mensuels.

— J'exige un remboursement !

— Et je vous répète pour la dernière fois que c'est contre le règlement, Monsieur Thomas. Vous auriez dû appeler avant le premier juillet pour faire cette demande. Je suis sincèrement désolée, mais c'est la procédure.

— Connasse !

L'homme mécontent raccrocha son téléphone si fort que cela causa une migraine à Kylie Sanders. Deux jours après la Fête du Canada, la musicienne était revenue au travail en espérant que les choses se passeraient mieux que la dernière fois. Malheureusement pour elle, cette dernière s'était récolté plus de dix clients qui lui avaient tous manqué de respect et l'avait traité de tous les noms. Elle n'en pouvait plus.

La jeune femme colérique leva ses mains dans les airs et pris un crayon qu'elle mordit si fort qu'elle le cassa en deux. Celle-ci recracha le bois et le plomb qui était entré dans sa bouche. La demoiselle se hissa d'un bond, monta sur le pupitre et tournoya autour d'elle-même pour s'adresser à tous ses collègues de travail.

FUCK THIS PLACE ! hurla-t-elle à plein poumons. J'en ai assez de me faire traiter comme une grosse vache à lait avec un salaire de minable ! JE M'EN VAIS !

— Mademoiselle Sanders, descendez de là tout de suite ! lança son employeur.

— Allez-vous faire foutre, putain de gros babouin qui se gratte le cul à longueur de journée ! Vous ne valez pas mieux que nos clients qui n'arrêtent pas d'abuser de notre santé mentale ! Allez plutôt vous masturber sur nos photos puisque que vous êtes l'employeur modèle ! Tout le monde sait que la majorité des employés des femmes que vous engagez finissent sur vos fonds d'écrans ! Je vous emmerde !

— Quel culot ! Vous pouvez dire adieu à votre prochain salaire !

Pour toute réponse, Kylie se tourna dos à lui et baissa son pantalon.

— BAISE MON CUL, GROS PORC ! provoqua celle-ci.

La plupart de ses collègues poussèrent des sifflements pour encourager cette dernière, alors que d'autres applaudirent ou rirent. Plusieurs femmes l'imitèrent et montèrent sur leurs chaises ou leurs pupitres pour clamer haut et fort qu'elles démissionnaient. En tout, plus de la moitié des employés se rebellèrent contre leur patron firent du grabuge dans la grande salle où se trouvait les centaines de pupitres.

Le pauvre employeur s'enferma dans son bureau, en état de panique. Il ne pouvait pas appeler la police de la ville car ils ne faisaient rien d'illégal. Cependant, il contacta les gardiens de sécurité du bâtiment afin de les avertir de cette grève générale qui venait d'éclater. Ils n'étaient pas assez cependant pour tout le nombre de subordonnés qu'il avait engagé pour cette compagnie. Le chaos et l'hilarité éclata au centre d'appel téléphonique.

Pendant ce temps, Kylie jeta sa carte d'identification à la poubelle, ramassa ses affaires et se rendit à la salle des employés pour enfiler ses chaussures. Ensuite, elle sortit par la porte réservée aux gens qui voulaient aller fumer une clope derrière la cuisine et contourna le bâtiment en se rendant au stationnement. Un sourire aux lèvres, elle était satisfaite de son coup. Plus jamais elle ne laisserait quelqu'un profiter de sa santé ainsi.

SO LONG MOTHERFUCKERS ! lança-t-elle en faisant le doigt d'honneur au bâtiment. Vous ne me manquerez pas pour tout l'or du monde ! HA HA HA !

Repensant aux derniers mots qu'elle avait dits à son ex-employeur, la jeune femme monta sur sa motocyclette et démarra l'engin. Enfin libre de cet emploi qu'elle qualifiait de grosse merde, la musicienne avait décidé de travailler pour son frère. Le salaire serait moins élevé qu'au centre d'appel, mais au moins celui-ci respecterait le fait qu'elle était d'abord et avant tout une humaine. Elle en avait déjà parlé avec Scottie à quelques reprises : si jamais celle-ci devait perdre son emploi, il l'engagerait.

Les oreilles sifflantes, Kylie fit le trajet habituel jusqu'à la basse-ville. Cette fois, au lieu de se rendre au parc où travaillait son frère, elle se rendit à la Rôtisserie de Baldt Street, où elle avait l'habitude de s'acheter du poulet et des frites. C'était presque l'heure du dîner et la dame commençait à avoir faim. Elle arriva enfin à destination et gara son véhicule en face de l'une des entrées.

— Ah tiens ! Mais regarde qui voilà... dit une voix familière qu'elle reconnue à sa droite. Tu ne travaillais pas, aujourd'hui ?

C'était Stacy et son petit ami, Bobby. La rousse aux yeux noisette salua son amie et l'invita à s'asseoir avec eux.

— Si, mais j'ai envoyé bouler le patron après mon dixième client grossier, répliqua Kylie. D'ailleurs, ne sois pas étonnée de voir que plusieurs employés auront quittés, dès ton retour. Quand je suis sortie, c'était le bordel.

Stacy Roy roula des yeux et soupira.

— Tu aurais pu me prévenir, hein ? fit cette dernière. Je vais faire quoi, maintenant que tu n'es plus là ? Les autres employés sont plutôt banaux contrairement à toi.

— Le gorille me remplacera plus vite que tu ne le penses, pouffa la punk.

Son ex-patron était un grand homme imposant à la peau très clair, mais il avait beaucoup de poils sur les bras et le torse qui lui donnait l'air d'un gros singe. La musicienne n'associait pas ce terme au racisme, elle détestait simplement celui-ci.

— Monsieur Cartier n'est pas si méchant que ça, riposta son amie. Juste un peu louche. À part ça il ne m'a jamais dérangé.

— Tu sais qu'il se sert des caméras pour nous mater le cul, dans ce bâtiment ? interrogea la punk. C'est qu'un pervers, ce pauvre naze. Je restais seulement pour le fric.

— D'où tiens-tu cette information ?

— Pourquoi penses-tu que mon frère ne travaille plus pour lui ? C'était son assistant. Il l'a choppé les mains sur son paquet...

Stacy était répugnée par ce qu'elle entendait.

— Évidemment, Scottie l'a confronté et a contourné son bureau pensant qu'il faisait un arrêt cardiaque, mais bon, quand il a vu les images des caméras posés sur les tétons de Jennifer Dubreuil, mon frère a vite compris que notre patron se branlait. Cet imbécile de Cartier lui a offert une somme d'argent pour qu'il aille continuer ses études.

— Oh le salaud ! grogna la rousse. Pourquoi ne m'as-tu jamais parlé de tout ça ?

— J'ai essayé quelques fois, mais tu étais soit trop occupée ou bien ivre au travail...

Son amie rougit honteusement, maudissant son alcoolisme de l'époque. Elle était sobre depuis plus d'un an. Celle s'était faite réprimandé à quelques reprises par le patron pour avoir apporté du whisky ou bien du vin dans ses bouteilles de jus. La jeune femme n'avait même pas encore l'âge légal pour boire ; son petit ami, si.

Kylie se tourna vers le jeune homme d'origine japonaise qui secoua sa tête en écoutant les paroles de sa compagne et de la musicienne. Bobby avait été adopté par une famille québécoise après que sa famille d'immigrants périt dans un incendie, à l'âge de quatre ans. Il avait de vieilles cicatrices de brûlures sur le dos, mais elles ne paraissaient plus tant que ça. Celui-ci passait beaucoup de temps en compagnies des jumeaux, durant les fins de semaines. Le jeune homme était aussi interloqué que Stacy.

— T'aurais quand même pu me prévenir, hein ? chiala-t-il. Je suis son homme, après tout.

— J'ai oublié, remarqua Kylie. Et puis, vous aviez autant besoin d'argent que mon frère et moi. Durant cette période, personne n'engageait vraiment de nouveaux employés...

— Oulah... laisse-moi quelque temps pour digérer tout ça, demanda la rousse qui se croisa les bras. Je sais que tu voulais bien faire, mais ce genre de détails, fallait que ça sorte avant, quoi... J'aurais cherché pour un autre emploi, si j'avais su.

La jeune femme aux cheveux violets haussa des épaules, puis hocha la tête. Elle salua le couple, puis s'éloigna afin de s'asseoir dans un coin de la salle à manger. Un grand blond avec une queue de cheval vint à sa rencontre, avec un carnet et un stylo. Il avait une barbe finement taillée au niveau du menton et derrière les pommettes.

— Ce sera la même chose que d'habitude ? demanda Arthur Sage à sa cliente.

— Ouais, pouvez-vous changer les frites en poutine, cette fois ? fit la punk.

— Avec quelle sauce ? Bœuf ou barbecue ?

— Bœuf avec des oignons frits, s'il vous plaît.

— Et comme breuvage ? Un thé glacé ?

Elle hocha la tête et il marqua le tout sur son bout de papier. Elle était une cliente fidèle de la Rôtisserie, à un tel point que les plus anciens employés connaissaient d'avance ses goûts. L'assistant-gérant qui venait de la servir, passait de temps en temps à la cantine mobile de son frère pour discuter avec eux. Celle-ci ignorait qu'il s'agissait en fait d'un homme venant d'un tout autre monde, veillant sur eux depuis quelques années.

Kylie le trouvait sympathique, mais parfois elle se demandait pourquoi il s'intéressait tant à eux et la carrière de Scottie. Elle sortit son téléphone portable de sa poche et se mit à lire une tonne de commentaires qu'on lui avait laissés sur ses réseaux sociaux, suite à son départ très remarqué du centre d'appel. La jeune femme esquissa un sourire lorsque celle-ci remarqua qu'on lui avait fait une trentaine de demandes d'amis.

¤*¤*¤

Artael passa devant une table avec son bloc-notes et adressa un regard à la petite blonde qui était venu s'asseoir devant le comptoir où les gens venaient s'asseoir, rendu le soir, afin de se servir de bières et de divers spiritueux.

— Vous êtes nouvelle ? remarqua celui-ci. C'est la première fois que je vous vois à la Rôtisserie de Baldt Street. Voulez-vous que j'apporte un menu ?

La demoiselle approuva d'un signe de tête.

— Volontiers, dit-elle. Mais effectivement, je suis nouvelle dans cette ville. Je m'appelle Estelle Tabris et je travaille au Maple Leaf's Gazette depuis peu.

Artael reconnu sa petite-fille mais ne voulait pas faire de scène, alors il prétendit qu'elle n'était qu'une cliente. Athéna lui avait parlé d'elle, durant la veille.

L'apprentie-journaliste était en stage avec eux et avait récemment découvert le roman de Teddie Sage en ligne. C'est ce qui avait aidé Diana Kingston à retrouver la mémoire.

La demoiselle à la longue chevelure blonde avait une longue natte qui lui descendait jusqu'au milieu du dos. Le copropriétaire du restaurant trouvait qu'elle avait l'air d'une princesse sortie tout droit d'un film de Disney.

— Ne seriez-vous pas apparentée à l'homme qui est passé aux nouvelles, dernièrement ? questionna celui-ci, curieux d'en apprendre plus sur sa vie.

— En effet, répondit celle-ci. Il s'agit de mon grand frère adoptif que je n'ai pas revu depuis des années. On s'est rencontré dans ma famille d'accueil avant son émancipation du système. Je suis justement venu vivre à Ottawa afin de renouer mes liens avec lui. Mais bon, c'est personnel, tout ça.

Estelle rougit timidement et baissa son regard. Artael compris qu'il valait mieux ne pas trop lui poser de questions. Elle portait une jolie blouse fleurie et un pantalon noir. Son style vestimentaire était très branché pour une jeune de cet âge. Elle aurait facilement pu devenir mannequin avec un bon agent.

— Vous pourriez aller le rendre visite à l'hôpital, dans ce cas. Mon fils va le voir depuis le jour de l'accident. Il n'a rien de grave, simplement quelques fractures.

Celle-ci hocha la tête alors qu'il prit le menu d'un serveur qui passait près de lui. Il offrit le pamphlet à la jeune femme et sourit.

— Tenez, dit-il. J'espère que l'un de nos plats vous paraîtra alléchant.

— Merci beaucoup, Monsieur, répondit cette dernière.

Elle ramassa ce qu'il tendit et commença à lire ce qui pourrait l'intéresser. Ensuite, Artael se rendit à la cuisine, ignorant que Kylie et Estelle étaient toutes les deux très proches, en dehors de cette dimension. Flint avait oublié de lui mentionné qu'elles s'étaient mariées dans le chaos de leurs nouvelles existences.

En entrant dans la cuisine, il passa la commande de Kylie Sanders au cuisinier. C'était un grand type basané avec des yeux dorés. Il travaillait seul pour le moment, mais d'autres employés n'allaient pas tarder à venir faire leurs chiffres de travail.

— Le même plat que d'habitude, Shayne, dit Artael.

— Elle ne se tannera jamais, bonté divine ! s'exclama ce dernier.

— Au moins, elle aime ta bouffe.

L'assistant-gérant sourit à celui qui était autrefois un elfe vampire, dans sa propre dimension. Shayne Wolfe avait conservé son identité mais n'avait développé aucun alter ego, même s'il avait une apparence humaine.

Dans ce monde virtuel, il était apparu sans vêtements dans une ruelle et dû voler des vêtements qu'il trouva sur une corde à linge afin de se couvrir. Il finir trouver la Rôtisserie où Artael le reconnut aussitôt et l'engagea comme cuisinier. Contrairement à Gabriel et Scottie, il n'était pas un expert en cuisine, mais il apprenait rapidement et avait un livre de recettes à portée de main.

Puisqu'il n'avait nulle part où crécher, le blond à la barbichette permettait à celui-ci de dormir dans la salle des employés, jusqu'à ce qu'il se trouve un appartement.

— Comment se porte Gabriel ? demanda le grand type à la peau olive.

— Mieux avec les nouveaux médicaments que le médecin lui a prescrit. Marie n'est toujours pas revenue à la maison. Elle m'en veut toujours d'avoir laissé Diana venir à l'appartement. Sinon, il y a Estelle assise devant le comptoir...

Le sourcil du cuisinier s'éleva rapidement dans les airs.

— Elle est ici ? interrogea celui-ci. Crois-tu qu'elle est comme nous... ?

Artael secoua la tête.

— Non, formula ce dernier. Elle est dans la même situation que les jumeaux. Tous les trois ont complètement oublié tu-sais-quoi. Mais bon, ce n'est pas le bon temps, ni le bon endroit de discuter de ce genre de chose. Tu pourras passer à mon appartement lorsque nous aurons terminé de travailler.

— D'accord, prononça son interlocuteur. Je vais devoir partir quelques minutes avant la fin de mon travail, parce que j'ai un colis important qui est arrivé à la poste. Ils ferment plus tôt, aujourd'hui, pour des rénovations.

— Ça ne sera pas un problème avec moi.

Tandis que Shayne tournait des plaquettes de hamburgers sur le grill, Artael revint dans la salle à manger avec une autre commande qui avait été faite par téléphone.

Il s'approcha du comptoir et vit, du coin de l'œil, Kylie qui était intriguée par la petite blonde à la longue natte. Le restaurateur trouvait intéressant que ces deux-là ne se s'étaient pas encore réveillés, comme Flint, Gabriel et Shayne.

— Que pourrais-je faire pour éveiller de vieux souvenirs en elles ? se dit celui-ci. Plus vite j'aurais accomplis cette tâche, mieux ce sera. Nous devons après tout nous réunir et discuter du plan d'attaque, en ce qui concerne Perséphone...

Il se gratta le haut de la tempe et se lava les mains avant de mettre le plat préparé sur le comptoir, emballé pour le client du téléphone.

Alors qu'une serveuse passa devant lui, il remarqua que Kylie s'était levée de son banc pour aller retrouver Estelle. Elle se plaça derrière le dossier d'une chaise.

— Dis, on ne se serait pas vus quelque part, toi et moi ? demanda-t-elle.

Artael pouvait les entendre depuis sa position, malgré le chahut qu'il y avait dans la grande salle. Il ouvrit grand les yeux, lavant un verre en vitre près de l'évier.

L'apprentie-journaliste pencha sa tête d'un côté et leva un sourcil.

— Tu ne serais pas l'une de ces musiciennes du groupe Sewer's Rodents que j'ai passé en entrevue, il y a deux mois de cela ? interrogea-t-elle. C'était pour mon blog.

— Oh c'était toi ! s'exclama Kylie en s'asseyant en face de celle-ci. Quand je t'ai vue entrer au restaurant, je me suis dit que je devais rêver.

— Pourquoi donc ? Je ne suis pas si spéciale que ça, ma foi...

— Disons que tu as fait de l'effet sur notre batteur.

Estelle compris aussitôt que son interlocutrice parlait d'elle, puisque Kylie Sanders était la batteuse officielle du groupe Punk Rock. Celle-ci gloussa.

— C'est flatteur, mais je ne cherche pas vraiment à sortir avec qui que ce soit en ce moment, lui dit-elle en lui faisant un clin d'œil.

Dramatiquement serra son cœur et regarda le plafond.

— Ouille, mon pauvre cœur en souffre... s'exclama-t-elle, avec exagération. Qui sera assez brave pour soigner ma blessure de guerre ?

Estelle éclata de rire et se tapa la cuisse. Elle souriait.

— En tout cas, tu es toujours aussi marrante que lors de notre première rencontre, constata la petite blonde. Mais bon, je suis ici pour dîner. Je ne m'attendais pas à te croiser ici. Tu viens souvent dans le coin ?

— J'habite dans le quartier, expliqua la punk en mettant ses mains dans ses poches. Je viens souvent casser la croûte ici avec mon frère quand il ne travaille pas pour sa cantine mobile. C'est assez charmant comme endroit.

— Ça ne dérange pas le patron ici que vous lui fassiez concurrence ?

— Pas du tout, même que nos recettes sont plus ou moins différentes. Mon frère a un style plutôt barbecue alors que la Rôtisserie de Baldt Street a une ambiance très maison. Leurs poutines sont excellentes, tout comme leurs plats de pâtes. Leur spécialité est le burger RBS, qui est un abrégé de leur restaurant. C'est énorme. Je n'arrive pas à en manger un pendant un repas entier. Je suis obligée d'amener le reste chez moi.

— Je préfère le poulet, pour être honnête.

— Dans ce cas, essaie leurs burgers au poulet. Ils sont parfaits, je trouve. Enfin... je dis ça parce que j'adore leur bouffe.

La punk gloussa et vit Flint Markios qui entrait par la porte opposée à celle où elle était entrée. Elle grinça des dents, tandis que la cloche du restaurant sonna pour annoncer son arrivée aux serveurs. Celle-ci leva aussitôt un capuchon de son chandail, par-dessus sa tête. Elle ne voulait pas qu'il la voit, du tout.

— Qu'est-ce qui ne va pas ? questionna Estelle.

— C'est ce type qui vient de rentrer... expliqua la dame aux cheveux violets. Il n'arrête pas de me suivre depuis des jours...

— Il te harcèle ? Pourquoi ?

— Je n'en sais rien... il est fou.

Estelle n'était pas tellement convaincue, puisqu'elle ne connaissait pas personnellement le type. Elle jeta un coup d'œil du côté d'Arthur Sage, ce dernier discutait avec le blond en question. Ils se ressemblaient beaucoup.

— Pourquoi ai-je cette étrange sensation de déjà vu, quand je les vois ? pensa-t-elle.

Bien qu'elle n'eût pas vraiment l'intention de discuter avec Kylie Sanders, au départ, la demoiselle trouvait cette conversation très intéressante. Cependant, la présence du blond dans cette pièce attirait toute son attention.

— S'agirait-il de l'auteur dont tout le monde parle sur les médias sociaux ? se dit cette dernière. Je dois le découvrir... Si c'est lui, je l'aurais mon scoop, finalement !

La punk passa sa main devant le visage d'Estelle.

— Hé-ho ? Miss Tabris ? T'es dans la lune... remarqua-t-elle.

— Je dois le rencontrer, dit l'apprentie-journaliste qui se leva d'un bond.

— Hein ?! Mais il est dangereux ce mec ! Faut pas t'en approcher...

La petite blonde choisit d'ignorer les mots de la demoiselle et se déplaça jusqu'au bar, où Arthur Sage discutait avec son fils. Répugnée, Kylie opta d'aller s'asseoir à nouveau à sa table, au fond de la pièce. Elle se croisa les bras et s'appuya vers l'avant, en espérant son repas. Cependant, cette conversation avec Estelle lui avait fait du bien.

¤*¤*¤

— Alors, as-tu des nouvelles de ta sœur ? demanda Artael à Flint.

— Je suis passé chez sa collègue et celle-ci m'a dit qu'elle n'a donné aucun signe de vie depuis quarante-huit heures, répliqua le grand blond. C'est comme si la présence de Maman l'avait fait péter un câble.

— Ça ne me dit rien de bon.

Le restaurateur se passa la main sur le menton, mais une cloche sonna depuis la cuisine. Le repas de l'un des clients était prêt à servir. Il s'excusa puis s'éloigna. Pendant ce temps, Estelle Tabris s'approcha du comptoir, en se tordant nerveusement les mains.

— Monsieur Sage ? dit cette dernière. Est-ce bien vous ?

Flint sursauta et se tourna pour voir sa fille, ou plutôt, l'alter ego de cette dernière qui s'adressait à lui. Elle était un peu plus jeune que la véritable incarnation, mais lui ressemblait beaucoup.

— O-Oui ? dit-il nerveusement. Que puis-je faire pour vous aider ?

— Je suis stagiaire pour le Maple Leaf's Gazette, avoua-t-elle. J'aimerais savoir si vous accepteriez de passer une entrevue avec moi, à propos du succès que connaît votre livre virtuel, distribué gratuitement en ligne.

— L'avez-vous lu, au moins ?

Flint haussa un sourcil, puisqu'il avait mentionné le prénom de la demoiselle dans son livre, ainsi que le nom de famille Tabris. Il savait que celle-ci travaillait pour Athéna et qu'elle était liée à Gabriel dans cette simulation, comme sœur adoptive. Son père venait de lui mentionner tout ça, discrètement.

— Je n'ai pas eu la chance d'aller plus loin que le chapitre dix ou onze, je crois, avoua cette dernière. Toutefois, j'ai bien aimé votre plume et je pensais qu'en faisant un article sur vous, ça vous aiderait à vous faire plus de lecteurs à travers la province. Notre journal est très populaire en ligne, ça vous ferait une très bonne publicité.

— Mince alors, songea le grand blond. Il faudrait qu'elle lise tout ça, sinon ça n'en vaudra pas la peine. Je vais devoir la convaincre...

Le capitaine de la Septième Brigade se passa une main dans les cheveux et répliqua :

— Voyons voir... j'ai tout mon temps devant moi, mais j'aimerais d'abord m'assurer que vous avez bien lu mon livre. Comment s'appelle la femme de l'aubergiste de Kritz ?

— Katja, je crois ? dit la jeune femme en levant les yeux vers le plafond.

— Qui est l'ennemie d'Athéna ?

— Perséphone.

— Je vois... maintenant, pourrais-tu me dire qui sont Flint et Gabriel ?

Elle fronça des sourcils et fit une petite moue.

— Probablement le couple le plus adorable que j'ai lu depuis quelque temps, avoua-t-elle. Je ris encore du passage dans l'auberge, avec le pauvre Nash qui a envie de mourir de honte. Personnellement, quand je les lis, je me sens nostalgique... Étaient-ils basés sur des gens que vous connaissiez ?

Flint rougit timidement, réalisant que sa fille approuvait ses parents, même si elle ignorait qu'ils existaient vraiment.

— Oui... ils sont très proches, même. Ils ont adopté une petite fille et son tout premier cadeau fut une jolie petite poupée appelée Magalie.

Le visage d'Estelle Tabris s'illumina lorsqu'elle entendit cette phrase.

— Quelle coïncidence ! s'exprima-t-elle. J'ai aussi une poupée du même prénom ! Elle m'a suivi jusqu'à ma maison d'accueil. Vous êtes une sorte de génie ou quoi ?

Elle pouffa de rire, alors que Flint adorait l'échange qu'il avait avec la jeune demoiselle. Celle-ci semblait beaucoup plus déterminée que la véritable version, mais était tout aussi chaleureuse.

— Tout simplement quelqu'un qui aime ses proches assez pour écrire des histoires sur leurs vies et les publier en ligne, dit l'écrivain.

— En tout cas, j'aimerais avoir votre patience et votre talent... déclara son interlocutrice. J'ai cru comprendre que vous aviez dépassé les six-cent-mille mots avec le dernier livre de votre trilogie. Quel exploit, quand même !

Le grand blond était flatté par cette remarque.

— Et moi, je crois que ça prend beaucoup de courage pour devenir journaliste et raconter la vérité aux gens sur divers sujets ou bien faire des entrevues... formula-t-il. Honnêtement, je crois que c'est l'un des métiers les plus cool du monde. Je n'ai simplement pas la patience de confronter trop de gens. Anxiété sociale et tout ça...

L'apprentie-journaliste cligna des yeux et hocha la tête.

— En effet, ça demande beaucoup de détermination et surtout du courage, avoua-t-elle. Mais le plus important, c'est la technique. Malheureusement, je débute et je doute que Mme Sawyer me laissera ma chance avant la fin de ce stage... C'est pourquoi je voulais faire cette entrevue avec vous.

— Dans ce cas, je vous mets au défi, dit-il. Si vous arrivez à terminer mon premier livre, j'accepterais volontiers de répondre à toutes vos questions.

Estelle exprima du désespoir et de la fatigue, mais se ressaisi et se tint droit.

— J'accepte votre proposition ou je ne suis plus une Tabris, affirma-t-elle.

Sans plus tarder, la petite blonde sortit son téléphone portable et salua Flint avant de sortir du restaurant. Finalement, elle ne commanderait rien à cet endroit. Celle-ci était déterminée plus que tout à terminer cette histoire, quitte à en perdre la raison.

Artael revint au comptoir avec un plat que son fils avait commandé.

— Eh ? Elle est où, Estelle ? questionna celui-ci.

— Partie lire mon livre, répondit le grand blond. Elle veut une entrevue, elle l'aura. Seulement, ça ne sera pas avant qu'elle ait finit de lire La Septième Brigade.

— Tu espères que cela l'aideras pour tu sais quoi, n'est-ce pas ?

— Entre autre. Je suis aussi curieux d'en savoir plus sur ce qu'elle pense de mon écriture... J'ai quand même passé plusieurs années à retravailler tout ça...

Quand Kylie vit Estelle sortir de la Rôtisserie, elle se leva d'un bond, puis ramassa ses restes de tables en vitesse. Elle emporta le reste dans une boite en styromousse, paya sa facture au comptoir en donnant un généreux pourboire à Artael.

— Gardez la monnaie ! dit-elle avant de filer en fusée à l'extérieur.

Ébahit, Flint regarda son père, puis la porte qui battit derrière la punk pressée.

— C'était quoi, ça ? demanda celui-ci.

Son père haussa les épaules. Néanmoins, le capitaine de la Septième Brigade avait compris que Kylie semblait déjà très attachée à Estelle. Il espérait qu'elles s'aideraient mutuellement à retrouver leurs souvenirs, enfouis dans leurs subconscients. Ce fut sur cette pensée que l'écrivain prit une bouchée de son délicieux club sandwich.

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É. de Jacob

Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour,
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Si tu souffres de l’agression de tes idées noires,
Si tu croupis dans la prison de tes ténèbres en plein jour,
Si tu ne vois plus la lueur au bout de ton désespoir,
Sache que ton chemin vers la Lumière, c’est l’amour.
Apprends à changer ta vision du réel.
N’accorde pas prise aux reproches,
Ni à ta condamnation personnelle.
Du renouveau de ton âme, tu approches.
D’abord, pour les autres et toi : ton pardon ;
Des remords et des regrets : ton absolution ;
Ton apprentissage de l’amour : ta solution ;
Laisser derrière toi le passé, ta résurrection.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour,
C’est l’amour
La foi en la Divinité te paraît peut-être stupide,
Car tu es persuadé qu’il s’agit d’un monde irréel.
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Tu ne veux pas du tout entendre ces ritournelles.
Mais laisse-moi te dire que la Divinité n’est pas religion ;
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Sans rites, sans dogmes, sans menaces de punitions
Sans obligations, ni restrictions, ni peur du châtiment.
De même que, si tu commences à converser avec Elle,
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Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour,
C’est l’amour.
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