Chapitre 10 : La Fête du Canada

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— Je vous préviens que si je ne reçois pas de remboursement tout de suite, I'm totally suing you guys ! lâcha une vieille dame mécontente, de l'autre côté de l'appareille téléphonique. Ne me dites pas que vous êtes incapable de revérifier mon dossier, paresseuse ! C'est la troisième fois que je vous appelle ce mois-ci et vous me dites toujours que le paiement passera la semaine suivante ! Vous n'avez pas respecté notre deal à deux reprises ! Who do you take me for, dumbass ?!

Et elle continua encore et encore. Kylie Sanders fixait l'écran de son ordinateur en maudissant son boss de lui avoir donné un chiffre de travail durant un jour de fête. La pauvre musicienne arrivait à peine à survivre à son appartement, en compagnie de son frère. Elle en avait marre de cet emploi et avait hâte de le quitté.

— Pour la dernière fois, Madame Saulnier, notre compagnie s'excuse pour tous les désagréments causés par les dernières factures. Je m'assurerais de contacter les ressources humaines afin de porter plainte contre mes collègues qui ont mal fait leur travail, si ça peut vous rassurer. J'ai déjà laissé une note dans votre dossier pour avertir le département des facturations de vous renvoyer votre argent d'ici la fin de cette semaine. Puis-je faire autre chose pour vous aider, pendant que nous y sommes ?

Screw you ! hurla la cliente mécontente.

La vieille dame raccrocha, si violemment que cela résonna dans le tympan gauche de la punk. Elle lâcha l'appareil et se prit la tête, serrant celle-ci rapidement.

Oww, fuckin' bitch ! couina celle-ci.

Elle se tourna vers sa voisine du compartiment à droite.

— Stacy, t'aurais pas des cachets pour ma migraine... ? gémit celle-ci.

Une petite rousse, inoccupée, lui sourit et lui passa une bouteille en plastique qu'elle sortit de son sac. Kylie en prit deux et lui rendit le contenant.

— Je te revaudrais ça, promit celle-ci.

La dénommée Stacy secoua sa tête et lui sourit. La musicienne comprit qu'elle n'avait pas besoin de s'en faire. Tous les employés de cette compagnie de téléphone et d'internet savaient dans quoi ils s'étaient embarqués en rejoignant le centre d'appel, cependant ils étaient bien payés et avaient plusieurs bénéfices, tels que les soins dentaires et visuels. La majorité d'entre eux ressortaient toujours du grand bâtiment à la fin de leur chiffre de travail, avec les oreilles fumantes ou bien tendus. En revanche, ils avaient une jolie salle de jeux où ils pouvaient se détendre entre quelques appels. Ils avaient le droit d'emporter des livres de lectures, des mots croisés et du papier pour dessiné.

La jeune femme aux cheveux violets regarda sa montre et constata qu'elle avait fini de travailler pour ce jour-là. Elle soupira de soulagement, ferma le dossier de sa cliente mécontente, puis se déconnecta de son compte d'employée.

— Madame Saulnier est vraiment conne, hein ? dit Stacy. Elle a fait pleurer Madeleine, la dernière fois qu'elle nous a appelés... Le patron était furax...

— Juste pour ça, ça me donne envie de faire augmenter la facture de son prochain paiement... grogna la jeune femme dont l'oreille faisait toujours mal.

— En tout cas, j'espère que tu passeras une bonne soirée avec ton frère. Embrasse-le de ma part. Ça fait longtemps qu'on l'a vu, mon copain puis moi.

Stacy Roy avait un fort accent du nord-ouest de la région du Nouveau-Brunswick. Elle était venue s'installer à Ottawa afin de poursuivre ses études, mais finalement avait préférée se ramasser assez d'argent pour s'acheter une maison. Elle était rapidement devenue amie avec les jumeaux Sanders, lorsqu'ils vinrent se faire engager à cet endroit.

— Tu diras à Bobby de venir faire un tour à notre appart', répondit Kylie. Il a oublié son pull sur le divan, la dernière fois qu'il est venu visionner un match de hockey.

— Bah, on verra, répliqua la rousse. On doit faire une virée à Gatineau avec notre bande. On vous rapporte quelques Molson Dry ?

— Nah... Je n'en bois plus depuis ma dernière cuite. Par contre, Scottie va probablement en vouloir. Ramenez un paquet de six.

— D'accord ! Bonne soirée, ma grande !

Elles se tapèrent dans les mains, puis la grande musicienne s'éloigna la salle des employés où ils rangèrent tous leurs manteaux et leurs espadrilles. Ils n'avaient pas le droit de marcher avec ces derniers à l'intérieur du bâtiment. Il y avait quelques-uns de ses collègues qui prenaient leur pause du souper. Elle les salua, puis ramassa ses espadrilles et ses affaires personnelles avant de se rendre près de l'entrée de la salle. Celle-ci tira la petite carte d'identité, attachée à un élastique, qu'elle gardait à sa ceinture. Ensuite, Kylie passa cette dernière devant un scan qui confirma la fin de son chiffre.

En sortant de l'immeuble, la jeune femme se dirigea vers le stationnement et ramassa sa motocyclette qu'elle avait garée et verrouillée avec un cadenas. Elle enfila son casque de sécurité, mis en marche son véhicule et emprunta la rue Vanier afin de se rendre sur le pont qui se rendait à la basse-ville. La musicienne et son frère vivaient dans un appartement, mais elle opta de rouler un peu plus au sud, pour finalement arriver au Parc Strathcona, où Scottie avait la permission de garer sa cantine mobile.

— Ah ? T'as déjà terminé ? demanda le jeune homme aux cheveux bleutés, alors qu'il tourna son regard vers sa sœur.

— Ouais... fit cette dernière. Tu me prépares un sandwich au bœuf effiloché, s’il te plaît ? Une assiette de frites avec ça.

— Tout de suite.

Celui-ci avait un filet dans ses cheveux pour les empêcher de tomber dans tous les sens. Il faisait chaud ce jour-là et le parc était rempli d'adolescents et d'adultes qui étaient venus célébrer la Fête du Canada. Le restaurateur aurait bien aimé travailler près la Colline du Parlement, mais celles-ci étaient réservées à d'autres activités comme à chaque année.

— Nadine ne travaille pas, aujourd'hui ? interrogea la musicienne.

— Non, fit Scottie. Elle avait de la visite chez elle qui est arrivé de Montréal hier soir. Je lui ai laissé le reste de la journée. Je ne vais pas tarder à fermer, de toute façon. Les concerts ne vont pas tarder à commencer et j'ai mal aux pieds.

— Les autres cantines mobiles semblent attirer un peu plus l'attention, sur les routes.

— Et c'est l'heure où tout le monde retourne à la maison...

Le jeune homme aux cheveux bleus préparait le sandwich de sa sœur en même temps qu'ils se parlaient. Celle-ci avait déjà sorti un billet de dix dollars canadiens pour payer son assiette, mais son frère le refusa.

— Laisse, c'est moi qui paie, dit-il. Tes potes m'ont laissés un généreux pourboire après votre concert de l'autre jour.

— Ah, cool ! s'exclama la punk. J'aime bien notre nouveau guitariste. Il est assez zen comme mec. Il s'entend bien avec notre bassiste.

La jeune femme avait son téléphone d'ouvert, sur l'un des nombreux réseaux sociaux auxquels elle était inscrite pour faire de promotion des Sewer’s Rodents, le nom de sa bande. Ce titre anglophone était une référence aux rats d'égouts, dont la jeune femme éprouvait une certaine sympathie, parce qu'ils étaient rejetés de tous.

— As-tu eu le temps de lire ce que je t'ai envoyé par courriel ? demanda Scottie.

— L'histoire sur Scribay ? formula celle-ci. Ça m'avait l'air intéressant mais le chapitre était trop long. Du coup, je n'ai pas pu le terminer...

— D'après les rumeurs, ce type vit pas très loin de chez nous. Et bizarrement, le nom de la ville où vivent ses personnages est aussi celui de l'une de nos ruelles...

— Je trouve ça louche, franchement. Ça ne m'inspire pas confiance.

— Moi j'aime bien la dynamique entre les personnages. J'ai lu une dizaine de chapitres depuis hier. Son père fait un peu la promotion de ce livre à son travail.

— Je ne vois vraiment pas pourquoi il ferait ça, puisque c'est un livre gratuit...

Scottie haussa les épaules, puis sortit les frites de l'huile végétale avant de les poser dans une assiette. Il se tourna ensuite vers le bœuf effiloché qu'il avait fait cuir dans une panne, à côté et ajouta un peu de sauce barbecue.

— Peut-être qu'avec un peu de chance, une maison d'édition finira par le remarquer, fit le cuisinier. Rares sont les bons livres de Fantasy en français, de nos jours...

— Et canadiens, en plus de ça... ajouta sa sœur. Quand même, il a écrit trois livres de cette grosseur, en quelques années ; il devait avoir beaucoup de temps libre...

— D'après ses notes d'auteurs, il souffre d'agoraphobie et d'anxiété sociale, ce qui fait qu'il ne peut pas travailler en public.

— Sa vie serait un enfer au centre d'appel.

Scottie posa le plat devant sa sœur, avec des ustensiles en plastiques. Après qu'elle ramassa le tout, elle rangea son téléphone portable dans sa poche de manteau et s'éloigna vers une table à pique-nique qui se trouvait près du véhicule de son frère. Ce dernier fermait la fenêtre où tout le monde pouvait commander leurs repas et descendit de la cantine mobile afin de retirer la pancarte du menu. Il rangea le tout et partit rejoindre sa sœur afin de s'asseoir un moment.

— J'empeste la graisse de frites, dit-il en retirant son tablier.

— Au moins tu aimes ce que tu fais, exprima Kylie. Moi, je te jure, une fois que j'aurais ramassé assez d'argent pour me payer mes études en musique, je vais quitter ce job de merde et m'inscrire à l'université.

— Je te verrais bien comme professeure de musique. T'as passé ta vie avec un instrument entre des mains... Je ne vois pas pourquoi ça ne pourrait pas continuer.

— J'ai toujours l'option de te rejoindre dans ton entreprise, mais tu me connais... Je ne suis pas douée pour cuisiner.

— Ça s'apprend, pourtant... Tu es juste trop paresseuse pour faire quoi que ce soit...

Il bailla tandis qu'elle lui sortait la langue.

— T'as quand même eut de la chance que Papa t'aide à te payer ta première cantine mobile à dix-neuf ans. Ce n'est pas tout le monde qui commencerait un truc aussi tôt. Une chance pour toi que tes mentors t'ont aidés à te faire un nom...

— J'ai eu de la chance avec mes stages, je crois.

Scottie dit cela en regardant sa montre. Il était presque six heure du soir. Lui-même commençait à avoir faim. Il n'avait pas envie de manger de la bouffe de son propre casse-croûte, il avait plutôt envie de sushis ou de tempuras.

Soudain, surgit de nulle part, un individu étrange les interpella.

— Hé ! Vous deux ! cria ce dernier, à une vingtaine de mètres de leur table.

Scottie se tourna et remarqua un grand homme blond, un peu plus âgé qu'eux, mais quand même jeune. Il avait une fine barbe de la même couleur que ses cheveux fraîchement rasés. Celui-ci se déplaça rapidement dans leur direction.

— Vous m'avez fait l'une de ces peurs ! poursuivit ce dernier. J'ignorais que nous allions être séparés. Sacré Hypnos... Vous auriez dû voir ma sœur ; elle est trop bizarre avec son nouvel accoutrement... Oh et vous avez remarqué mon accent ?

Kylie prit son plat et se tassa, écarquillant ses yeux.

— Mais t'es qui, toi ?! dit-elle, apeurée. Dégage avant que j'appelle les flics !

— Mais Kylie, c'est moi, Flint ! dit le grand blond. Allons...

L'individu louche portait un jeans flambant neuf et un chandail avec un capuchon rouge. Il avait l'air de connaître les jumeaux, mais ces derniers n'avaient aucune idée de qui il s'agissait. Celui-ci comprit qu'ils étaient probablement amnésiques.

— Et si je vous dis Teddie Sage, est-ce que ça vous dit quelque chose ? interrogea-t-il.

Scottie leva un sourcil en observant l'étrange jeune homme.

— N'est-ce pas l'auteur de L'Héritage des Markios ? demanda le propriétaire de la cantine mobile. Pourquoi cette question ?

— Athéna soit louée... soupira le grand blond de soulagement. Vous avez lu mon histoire dans ce cas ? Vous savez donc qui est Flint, n'est-ce pas ?

Le jeune homme aux cheveux bleus cligna des yeux et regarda sa sœur,

— Soit c'est moi qui deviens folle, soit ce type se prend pour Flint Markios, mentionna-t-elle. Et en plus, il serait le Teddie Sage dont on parlait toute à l'heure...

— Mais je vous jure que je suis Flint... celui qui était venu les perturber à leur table.

— Dans ce cas, où est Gabriel ? questionna Scottie, jouant le jeu.

— Je l'ignore ! Et je m'en fais pour lui... brailla leur interlocuteur. Vous ne sauriez pas où il se trouve pas hasard ? On devait tous se retrouver...

Au bord de la panique, Kylie sortit son téléphone portable de sa poche et commença à composer le 911. Son frère comprit tout de suite ce qu'elle comptait faire et l'en empêcha.

— Stop ! ordonna-t-il. Prenons au moins le temps de l'écouter.

La punk hésita un moment avant de poser son appareil téléphonique devant elle. Elle plissa des yeux en défiant l'homme blond du regard.

— Au moindre faux mouvement, j'appelle la police, menaça celle-ci.

— Je comprends... hoqueta l'homme qui lui faisait peur. Mais je m'inquiète pour mon chéri... et Shayne... sans oublier Lucas...

Scottie avait reconnu l'un de ces prénoms. Flint et Lucas étaient deux personnages clés des dix premiers chapitres de l'Héritage des Markios, ainsi que le gros golem Gabriel.

— Kylie, je crois qu'il dit la vérité, fit le cuisinier. Sinon comment est-ce possible qu'il nous reconnaîtrait ? Nous sommes des jumeaux sans importance...

— C'est parce que vous êtes dans mes histoires, soupira le grand blond. Vous êtes des amis de ma fille, les jumeaux Sanders.

— Et qui nous dit que tu n'es pas simplement un mec louche qui veut nous avoir dans son lit, hmm ? grogna la jumelle.

Elle s'avança en direction de Flint et le pointa le bras avec sa fourchette en plastique, voulant planter cette dernière dans sa peau.

— Allons ! Faut être complètement fou pour s'adresser à de purs étrangers sans connaître qui ils sont et à quoi ils ressemblent... soupira Flint.

— C'est gentil pour les malades mentaux, répliqua sarcastiquement Kylie.

— Non, mais il marque un point, expliqua Scottie. Je n'ai lu que quelques chapitres de son premier livre et j'ai déjà retenu quelques prénoms.

Le regard plein d'espoir, le capitaine de la Septième Brigade se tourna vers ce dernier.

— T-Tu me crois ? couina celui-ci, les yeux larmoyants. Oh Athéna soit louée...

— Et il mentionne le nom d'une déesse qu'on ne prie même pas... reprocha la jeune femme. Tiens-toi loin de nous...

La punk se leva du banc de parc, puis s'éloigna vers sa moto, d'un pas énervé. Elle jetait un regard effrayé derrière elle en composant les premiers chiffres sur son téléphone portable. Son frère soupira.

— Je m'en irais, si j'étais toi, dit le jumeau.

— P-Pourquoi ? demanda Flint, inquiet.

— Elle vient d'appeler les flics. Il n'y a rien que je puisse faire pour t'aider. Ma sœur est sur les nerfs depuis qu'un type a essayé de l'agresser. Il s'est retrouvé avec un œil en moins. Je te contacterais...

— Mais... comment ?

— J'ai un compte sur la plupart des réseaux sociaux où tu publies ton histoire... Tu auras de mes nouvelles. J'aimerais en savoir plus sur ce que tu as à nous dire.

Quelques mètres plus loin, Kylie Sanders discutait au téléphone.

— Ouais, il y a ce type qui semble sortir tout droit d'un asile psychiatrique et il cause avec mon frangin au Parc Strathcona, dit-elle. Venez vite, s'il vous plaît... J'ai peur qu'il nous fasse du mal... Je suis en moto et mon frère a une cantine mobile...

— J'ai besoin que vous me décriviez ce type avant de prendre toute décision.

— Ah merde, il s'enfuit !

— Pouvez-vous me le décrire ? Comment est son comportement ?

La jumelle s'empressa de décrire l'apparence de Flint, de la tête aux pieds, tandis que son frère l'observait d'un air bête. Ensuite, elle s'empressa de lui expliquer avec exagération comment celui-ci semblait déconnecté de la réalité. Lorsqu'elle eut terminé sa description, la dame qui lui parlait de l'autre côté de l'appareil lui dit qu'elle enverrait une note au commissariat mais qu'elle ne pouvait pas lui promettre qu'on enquêterait sur cet individu.

— Mais à quoi vous servez, alors, à part vous gratter le cul ?! râla la punk.

— Bonne fête du Canada, fit son interlocutrice, sèchement.

La réceptionniste lui coupa la ligne au nez. Grincheuse, Kylie revint s'asseoir à la table de pique-nique, pendant que Flint était déjà loin sur l'un des trottoirs. Il courait à une vitesse hallucinante, comme si sa vie en dépendait. Quelques curieux du parc avaient observés la scène et s'échangeaient des ragots. La jumelle choisi de les ignorer.

— Eh bah, toi qui déteste te faire parler sur ce ton, à ton travail, tu viens de faire la même chose à une agente du 911, déclara son frère, sur un ton moqueur. Bravo, frangine...

Pour toute réponse, la punk fronça des sourcils et prit une bouchée de son sandwich chaud qu'elle avait laissé sur la table. Elle détestait quand son frère avait raison.

¤*¤*¤

Flint s'arrêta au bout de cinq minutes de course. Ce corps n'était pas en forme, contrairement à celui qu'il avait laissé derrière lui dans l'autre dimension. Il prit une grande inspiration et se pencha vers l'avant, pour ensuite se prendre les genoux.

— Bon... se dit-il. Récapitulons... Les jumeaux Sanders ne me reconnaissent pas, mais Scottie a lu mon histoire en ligne, suffisamment pour reconnaître quelques prénoms et les associer ensemble. Qu'est-ce que ça veut dire ? Est-ce que mon alter ego essayait de communiquer avec eux, malgré lui ?

Le capitaine se toucha le menton et se pinça une joue. Il ressentit une douleur au visage. Cette apparence lui appartenait, mais il n'arrivait pas à comprendre le raisonnement de Teddie Sage et comment il était arrivé à écrire cette histoire en ligne. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il l'avait écrit et qu'il avait lu un passage avant d'aller se promener.

— Athéna a sûrement planté un truc dans mon cerveau pour que je n'oublie jamais ma vie antérieur, si ça se trouve... continua-t-il en reprenant son souffle. Qui d'autre était au courant pour son existence, à part Papa ? Probablement les renégats... Si ça se trouve, les machines de ma mère ont besoin d'être réparées au plus vite !

Le grand blond ignorait où il devait se rendre ensuite. Il savait que son père allait bientôt rentrer à la maison et qu'il lui faudrait retourner chez lui. Teddie semblait apprécier un plat typiquement québécois qu'on appelait de la poutine. Flint n'avait aucune idée de ce que ça pouvait être, mais son alter ego voulait en manger. Il avait l'impression de vivre deux vies à la fois, alors que certains souvenirs s'entremêlaient.

— Bon... cette ville doit être immense, n'est-ce pas ? pensa-t-il. Peut-être que je pourrais simplement me trouver une bonne carte et l'étudier un peu. Avec un peu de chance, je trouverais bien des endroits suspects sur celle-ci et à partir de là, je pourrais rechercher ma mère... ? Pfft... Mais où peut donc se cacher mon chéri ? Et ma fille ?

Ottawa avait beaucoup plus de circulation que d'habitude, d'après les pensées de Teddie. Flint se dit qu'ils devraient attendre une autre journée, pour que les festivités de cette fête se terminent. Ensuite, il essaierait de retrouver ses amis. Pour le moment, il voulait se tourner vers sa famille et essayer d'apprendre à mieux les connaître, sur cette planète étrange. Il savait déjà que Kyran était un peu plus décontracté, mais ignorait dans quoi celui-ci travaillait. Ni son alter ego ne pouvait lui répondre à cette question.

— Ici, Kyran se fait appeler Nathan, se dit-il. Je crois qu'il a développé des talents artistiques en grandissant, mais il ne vit plus avec nous depuis quelques années...

Le téléphone portable de Flint fit un étrange bruit sonore. Il retira ce dernier de sa poche de jeans et vit qu'il avait reçu un nouveau message d'un Scottie Sanders sur Facebook.

— C'est bon, ma sœur s'est calmée, put lire le grand blond, mentalement. Je ne sais pas si tu es sain d'esprit et si tu racontes la vérité, mais tout ce que je peux te dire, c'est que j'aime ton écriture et je compte continuer à te lire durant les prochains jours. Je dois t'avouer que je trouve cela perturbant que tu connaisses nos prénoms, alors qu'on ne sait rien de toi... Toutefois, j'ai toujours été spirituel... Il y a quelque chose en toi qui me semble familier et je ne saurais expliquer pourquoi. J'espère que tu sauras pardonner mon idiote de sœur. La prochaine fois que tu passeras au parc, viens partager tes histoires avec moi. Ça me fera plaisir de t'écouter.

Flint secoua sa tête, déçu. Scottie ne semblait pas le croire sur parole. Il avait surtout l'air de le prendre comme une sorte de détraqué dont il pouvait se servir pour son propre divertissement. Le capitaine se dit qu'il vaudrait mieux l'éviter pour quelque temps.

— Ça c'est malin, grogna-t-il. Le seul des jumeaux qui semble s'intéresser à moi ne le fait probablement pas pour les bonnes raisons. En même temps, ce n'est pas une bonne idée de faire de mauvaises suppositions. Peut-être qu'il me prend vraiment au sérieux, même s'il ne me croit pas entièrement. Il est réceptif, c'est déjà ça...

Le grand blond décida de rebrousser chemin jusqu'à Baldt Street, qui se trouvait dans la basse-ville. C'était à plusieurs minutes de marche de là. Il s'était rendu au parc en jogging, mais avait dû prendre plusieurs pauses, étant donné que son corps n'était pas si en forme que cela. À chaque fois qu'une voiture passait près de lui, il espérait reconnaître le visage de son mari ou bien de sa fille. Teddie n'avait pas l'âge d'avoir un enfant adolescent, mais il pouvait très bien se mettre en couple, s'il le souhaitait. Il vérifia sur ses réseaux sociaux rapidement et constata qu'il était célibataire.

— Comment ça, tu ne dévoiles pas ton orientation sexuelle ? se dit-il pour lui-même. Se pourrait-il que tu sois encore dans le placard ?

Flint trouvait les agissements et les souvenirs de son corps très étranges.

— Si la magie n'existe pas ici, au moins nous avons accès à plusieurs gadgets électroniques, poursuivit ce dernier. Tout ce que j'ai besoin de savoir se trouve à portée de main...

S'assurant qu'il n'y avait pas de voiture qui passerait dans la rue, il traversa la rue en courant et dépassa les nombreuses ambassades jusqu'à ce qu'il arrive sur la rue Baldt, anciennement connue sous le nom de la rue Stewart. Il avait déjà mal aux pieds, à force de courir. Combien de temps s'était écoulé depuis que ce dernier s'était éloigné de son appartement ? Il avait passé une bonne heure à marcher.

— Je vais devoir apprendre à me servir des bus, prochainement... marmonna-t-il pour lui-même. Ça sera plus rapide ainsi.

Voilà bien un mot avec lequel il n'était pas familier jusqu'au moment où il fit connaissance avec son alter ego. Teddie Sage semblait apprécier les trajets en commun, et ne savait pas conduire. Il sortait très peu de chez lui, sauf pour aller voir des films aux cinémas, s'acheter de nouveaux jeux vidéo ou bien aller manger au casse-croûte de son père. C'était un jeune homme qui souffrait de solitude et de dépression, qui ne parlait pas tellement à personne, car il croyait qu'on le prendrait pour un fou. Pour cette raison, il s'était mis à écrire des histoires... des récits qui étaient en fait tous basés sur la véritable vie des Markios. Flint ressentait que cette nouvelle apaisait le cœur troublé de l'individu avec lequel il partageait son corps. Tôt ou tard, ils finiraient tous les deux par ne faire plus qu'une seule entité. Il commençait à comprendre comment le tigre blanc s'était senti en fusionnant avec son neveu. C'était une expérience particulièrement troublante.

Le portable du grand blond se mit à sonner. Il le répondit.

— Allô ? fît celui-ci.

— Teddie ? interrogea la voix de son père. Mais t'es rendu où ? Ça fait plus d'une demi-heure que ton repas t'attends sur la table.

— Je me promène dans la rue, je m'en viens. Mets mon repas dans le réfrigérateur, d'accord ? Kyran nous a appelés, un peu plus tôt.

Au moment où il réalisa son erreur, le capitaine couvrit sa bouche avec horreur.

— Kyran ? ajouta son interlocuteur. Minute... Ce n'est pas Teddie qui me parle, n'est-ce pas ? Tu es Flint Markios... je me trompe ?

Le grand blond venait de réaliser que son père était déjà au courant pour leur identité secrète. Il soupira de soulagement.

— Si je te dis le nom d'Artael... commenta celui-ci. Est-ce que ça te dit quelque chose ?

— Reviens à la maison et tout de suite, ordonna l'autre. J'ai à te parler.

¤*¤*¤

Flint était assis dans le salon de son appartement, avec son père à côté de lui. Arthur Sage était le portrait craché de son alter ego, Artael Markios. Cependant, il était un peu plus jeune et ses cheveux lui descendaient jusqu'aux épaules, plutôt qu'au bassin. Il attachait ces derniers en queue de cheval et comme son fils, s'était laissé pousser une courte barbe.

Ils visionnaient la télévision en face d'eux, à volume bas. Marie Sage était sortie pour la soirée, alors que le père et son fils dégustaient leur repas ensemble. Flint apprit rapidement que les quadruplés Sage avaient été abandonnés par leur mère, à leur naissance, car elle était trop jeune pour s'en occuper. Ce fut les parents d'Arthur qui les élevèrent jusqu'à ce que celui-ci soit assez mature pour s'occuper de ses enfants. Diana Kingston n'avait été qu'un coup d'un soir.

Elle était ivre et ne se souvenait même pas d'avoir passé la nuit avec lui. Par conséquent, celle ignorait s'il était vraiment le père de ses enfants et n'avait pas l'air de s'en soucier, à l'époque. Elle avait fini par l'oublier après de nombreuses années et avait refait sa vie. Dernièrement, l'assistant gérant du casse-croûte avait tenté de reconnecter avec cette dernière, mais sans succès.

— Depuis quand es-tu réveillé, en fait ? questionna Flint.

— Bonne question, fit son père. Ça m'est arrivé il y a quelques semaines, alors que je lisais les premiers chapitres de ton roman. Tout d'abord, j'ai cru que c'était une mauvaise farce, mais je me suis vite rendu compte que certains de ces passages étaient déjà apparus dans mes rêves... Ça ne m'a pas pris plus de quelques heures avant de réaliser que tes livres parlaient de nous tous. Puis, Arthur Sage a finalement compris qu'il partageait son corps avec une âme importante : la mienne.

— As-tu tenté de parler de tout ça avec moi ? Enfin... Teddie... ?

— Il disait que ce n'était qu'une histoire qu'il se racontait pour s'endormir la nuit, rien de plus. Teddie était un garçon solitaire qui a passé sa vie devant un écran d'ordinateur ou bien à jouer à ses jeux vidéo. Il ne cherchait jamais à faire de mal à personne... Cependant, je le savais qu'il souffrait en silence et je ne savais pas comment réagir. Quand il a fait sa sortie du placard officielle, j'ai fait comme si cela n'était pas un si grand problème que ça, mais il l'a pris de travers...

— Il ne t'en veut pas, tu sais ? Il s'attendait simplement à ce que tu le jettes dehors. Je commence à comprendre ce qui l'a poussé à agir ainsi... Il s'isole parce qu'il a honte de ce qu'il est, contrairement à moi. Il n'a pas encore rencontré l'âme sœur. Il écrit donc notre histoire en s'imaginant aux côtés de Gabriel, pour se désennuyer.

Artael prit une gorgée de sa bière après avoir hoché la tête.

— S'il rencontrerait notre ami golem, j'imagine que tout cela changerait, n'est-ce pas ? suggéra celui-ci. Un simple élément dans mon existence a modifié mon état d'esprit. Ta simple présence pourrait affecter la sienne, comme un effet papillon.

— Peut-être... mais encore faudrait-il que je le trouve, expliqua son fils. Cette ville est immense, par contre je ne vois pas pourquoi on devrait s'en faire, puisqu'on ne peut pas en sortir. Suffit de bien l'étudier et on finira bien par retrouver l'un des nôtres.

Artael le regarda étrangement.

— On ne peut pas sortir d'Ottawa ? Comment ça ? demanda-t-il.

— Nous ne sommes mêmes pas vivants dans cette dimension... Enfin, rien de tout ceci n'est réel, déclara Flint. Nous sommes dans une simulation visant à interagir avec Perséphone et Thanatos. Ceci est une invention de Maman, en fait.

Il lui expliqua en détail ce que Hypnos lui avait raconté sur le laboratoire de la lune, ainsi que toutes les actions précédents cet événement, depuis la destruction de l'Enfer. À la fin de son récit, le capitaine de la Septième Brigade réalisa que son père était bouche bée.

— Je sais... ça fait beaucoup à avaler, expliqua le fils à son père. Mais bon, on nous attend en dehors de cette simulation. Tout ce qu'il nous reste à faire, c'est de rassembler tout le monde et essayer de négocier avec l'ennemi...

Il y avait encore tout plein de détails qui échappaient au patriarche de la famille Markios. Bien qu'il était ravi de ne plus être le seul à se souvenir d'Aeglys et de sa vie antérieure ; il avait le sentiment d'avoir oublié quelque chose de très important.

Annotations

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É. de Jacob
Ce recueil ne représente à mes yeux qu'une tentative, car je ne me suis jamais adonné jusqu'ici à l'écriture de la poésie. Il s'agit uniquement d'un exercice visant à me garder alerte en attendant qu'une histoire supplémentaire ne se profile dans les méandres créateurs de mon cerveau.
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É. de Jacob

Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour,
C’est l’amour.
Si tu souffres de l’agression de tes idées noires,
Si tu croupis dans la prison de tes ténèbres en plein jour,
Si tu ne vois plus la lueur au bout de ton désespoir,
Sache que ton chemin vers la Lumière, c’est l’amour.
Apprends à changer ta vision du réel.
N’accorde pas prise aux reproches,
Ni à ta condamnation personnelle.
Du renouveau de ton âme, tu approches.
D’abord, pour les autres et toi : ton pardon ;
Des remords et des regrets : ton absolution ;
Ton apprentissage de l’amour : ta solution ;
Laisser derrière toi le passé, ta résurrection.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour,
C’est l’amour
La foi en la Divinité te paraît peut-être stupide,
Car tu es persuadé qu’il s’agit d’un monde irréel.
Si une personne t’en parle, tu t’éloignes d’elle,
Tu ne veux pas du tout entendre ces ritournelles.
Mais laisse-moi te dire que la Divinité n’est pas religion ;
Que tu peux entrer en contact avec Elle simplement,
Sans rites, sans dogmes, sans menaces de punitions
Sans obligations, ni restrictions, ni peur du châtiment.
De même que, si tu commences à converser avec Elle,
Elle te répondra, et tu ressentiras alors pour Elle
Un amour illimité qui te fera sentir tout autre.
Ne crains rien, tu n’as pas à devenir apôtre.
Converse avec le ciel, les nuages et les esprits,
Une merveilleuse et magique musique, tu verras,
Commencera à te combler d’une immense joie,
Sur le chemin illuminé de l’amour inédit, infini.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour,
C’est l’amour.
Mais peu importe que tu refuses ce lien divin,
Si, au moins, tu recherches dans les nuages et le ciel,
Le réconfort bienfaisant de la Lumière spirituelle,
Alors, tu auras, à mes yeux, emprunté le bon chemin.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour.
Voilà la merveilleuse voie de ta guérison,
La magnifique route inversée de tes désillusions.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour.
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docno
La suite du "Murmure du violon".
L'histoire du violon mystérieux ne pouvait pas en rester là !

Quel est le véritable pouvoir du cristal alchimique ?
D’autres personnages démoniaques vont-ils surgir pour s’en emparer ?
La douce Mégane seule et abandonnée va-t-elle faire une carrière internationale ?
Ophélie a-t-elle réellement changé ?
Est-elle capable d’être une mère et une épouse ?

Des voyages dans des endroits fabuleux et réels d'un luxe inouï.
De l’intrigue. Du complot. De la trahison. De l’amour aussi.

Le jet privé vous attend ainsi que des personnages incroyables… Tatiana, le père DiPaoli, Mr Jean...
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