Chapitre 9 : La grande plongée

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Ils étaient tous installés autour de la table ronde, dégustant des frites et des sandwichs. Le plan en cours était toujours d'envoyer quelques représentants dans la simulation d'Hypnos et d'essayer de raisonner avec les renégats en plus de sauver Athéna. Ils étaient tous aussi perdus, les uns que les autres. Il aurait été facile de simplement tous les réveiller en fermant les incubateurs, mais le dieu albinos craignait que cet endroit serait témoin d'un massacre, alors il insista pour envoyer quelqu'un dans ce monde virtuel. Il fut décidé que Flint, Lucas, Shayne et Gabriel seraient les premiers à intégrer cette dimension parallèle. On leur donnerait de nouvelles identités temporairement, afin qu'ils puissent s'intégrer à la ville où se trouvaient les âmes endormies.

— J'apprécie que tu aies pensé à tout ça, expliqua le capitaine de la Septième Brigade, mais as-tu pensé à nos familles et à nos amis ? Ne seront-ils pas inquiets lorsqu'ils réaliseront que nous sommes des imposteurs ?

— Ne t'en fais pas pour ça, dit celui qu'ils commençaient à surnommer Nemo. En tant que Dieu du Sommeil, je peux facilement modifier les rêves. Je ferais en sorte que vous soyez tous liés par le sang et qu'ils se souviennent de vous.

— Dans ce cas, je veux y aller, informa Estelle. Grand-Papa me manque et je m'inquiète pour Tante Sarah. Je veux savoir ce qui leur est arrivé.

La punk tourna son visage vers son épouse, inquiète.

— Il est hors de question que tu y ailles sans moi, grogna celle-ci. Je ne veux pas qu'il t'arrive malheur. Qui sait le genre d'influence maléfique Perséphone pourrait avoir ?

— Je compte aussi y aller, fit son jumeau.

Scottie se tourna vers Wyatt et ajouta :

— Toi, par contre, j'aimerais que tu restes ici pour veiller sur les machines. Luna et toi êtes mieux placés que nous pour comprendre tout ce qui touche aux sciences informatiques. Est-ce que ça te va ?

Le mage à la queue de cheval hésita un moment, puis hocha la tête.

— Vous allez avoir besoin d'une docteure ici, mentionna Cassandra. Je veillerais à ce que rien de grave ne vous arrive, durant votre simulation.

— Entendu, répondit Shayne, à côté d'elle.

La guerrière albinos était curieuse de voir ce qui y avait dans cette fameuse dimension, mais d'un autre côté, il fallait bien que quelqu'un reste dans ce laboratoire secret avec le jeune Randy, afin de le tenir occupé. Celui-ci n'était pas autorisé à partir.

— Je vais rester ici aussi, déclara-t-elle. Ne vous inquiétez pas pour le gamin, je m'en occupe. Je tâcherais de vous aider avec les tâches ici, en même temps.

— Voilà qui me rassure, soupira Gabriel de soulagement.

Le petit garçon, dans ses bras, jeta un coup d'œil rapide vers la dame aux cheveux blancs. Il enfouit timidement son visage dans la poitrine de son gros père. Le colosse lui caressa la tête, pour le rassurer.

— C'est que vous vous adaptez vites, on dirait... continua la guerrière, en gloussant.

— Il est tellement trognon... couina l'ex-golem, conquis.

L'homme ventripotent adorait déjà son nouveau fils et cela se ressentait à travers ses mots. L'enfant ne le quittait plus d'une semelle, depuis plus d'une heure. Il était heureux d'avoir retrouvé son papa. Ils remarquèrent tous rapidement qu'il ne se souvenait plus de rien de sa vie antérieur. Son âme était aussi nette qu'une nouvelle ardoise. Randy Markios était un tout petit garçon, tout ce qu'il y avait de plus normal et il était désormais le fils de Flint et Gabriel. Celui-ci avait même les yeux du Capitaine Markios, ayant choisi celui-ci comme son deuxième père. Il partageait le même élément que Gabriel et Charlie, soit celui de la création. La métamorphose était aussi l'un de ses points forts.

— C'est dingue quand même, comment tu nous ressembles, disait Flint en se penchant vers son fils pour lui caresser le dos.

— Je t'aime Papa, fit le gamin en faisant une bise sur le front du grand blond.

Le dirigeant du groupe était complètement gaga en recevant tout l'amour et l'affection du tout petit. Tout le stress accumulé au cours des derniers jours commençaient à s'envoler. Accepter cette nouvelle responsabilité de parent lui faisait plaisir. Même s'il s'ennuyait de sa ville et de sa vie d'avant, il recommençait à sourire. Cependant, il ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir d'avoir agi comme un imbécile après tout ce que Nash leur avait appris sur les dieux. Inceste ou pas, il aimait Gabriel et cela ne changerait jamais. Il comprenait aussi pourquoi ce secret était lourd à porter. Les olympiens avaient sûrement dû trouver tout cela compliqué au fil des derniers millénaires.

— Qu'est-ce qu'il y a, Papa ? demanda Estelle, remarquant la tristesse de Flint.

Le blond musclé baissa son regard et se leva de son banc avant de s'incliner.

— Je vous demande pardon pour mon horrible, terrible et disgracieux comportement ! s'exclama celui-ci en s'adressant à son groupe. Je ne mérite pas votre confiance !

Silence. Tous s'échangèrent des regards. Pour la plupart d'entre eux, dix ans s'étaient écoulés, donc ils avaient oublié pourquoi le capitaine agissait ainsi. Cependant. Shayne, Misaki, Lucas et Gabriel comprenaient pourquoi il était tendu.

— Allons, mec... Nous avons tous nos journées de merdes... répliqua Kylie. Et puis, nous aussi on a stressés à mort après la révélation de ton oncle. Ça nous a pris quelque temps, mais on s'en est remis. Puis c'est sûr qu'après ça, plein de choses ont changées...

— Comme mes sentiments pour elle qui se sont développés graduellement... rougit la petite blonde, à ses côtés. Ou bien la naissance des triplés...

— Et par ma faute, quelques-uns d'entre nous ont tout manqué... pleura Flint. Si vous saviez comme j'ai honte de mon choix...

Luna Kelly secoua sa tête et s'adressa à son ami.

— Oh arrête, sans Nash, nous aurions eu beaucoup de problèmes à retrouver les coordonnées d'Hypnos. J'ai eu une sacrée chance de les localiser mais ça m'a pris dix ans quand même. Et tu veux savoir la bonne blague ? Finalement mes chiffres n'étaient pas exacts. J'ai encore beaucoup à apprendre de ces machines.

— Cette dimension est en déplacement, à vrai dire, fit Hypnos. Donc il est normal que tes coordonnées n'aient pas fonctionnés. Nous flottons autour de la nouvelle Terre... Pour être plus clair, nous sommes au centre de la lune.

Bouche-bée, Flint tomba sur son siège.

— Comment est-ce possible ?! questionna ce dernier.

Celui qui les avait invoqués à ce laboratoire secret prit une grande inspiration.

— Tout cela faisait partie du plan d'Athéna, répliqua-t-il. En créant Aeglys, elle a détruit la lune pour la reconstruire avec une base secrète où elle pouvait mener quelques expériences, en cachette du Conclave. Nous sommes dans l'une de ces salles. Bien avant que je ne sois enfermé en Enfer, elle m'a tout dévoilé. L'un des techniciens travaillant pour nous, m'a téléporté ici à la dernière minute ; quand le néant a commencé à dévorer la planète. Randell était déjà là, à mon arrivée.

— Ouf... soupira Lucas. Ce n'est pas une déesse ordinaire, notre mère.

— J'allais dire la même chose, déglutit Flint. Plus le temps passe, plus je me dis qu'elle nous a préparé une tonne de surprises...

Hypnos gloussa. Ils retournèrent leur attention vers lui.

— Tant qu'on y est, dit-il, je crois qu'il est temps pour moi de vous dévoiler que le Saint Royaume n'est pas aussi loin que vous le croyez.

— Ah bon ? Pourquoi ? requerra le capitaine.

Il sortit de sa poche une pièce de monnaie qu'il lança dans les airs avant de la rattraper.

— Si ceci a deux faces, expliqua-t-il, je dirais que Célestia est la face cachée du Saint Royaume. Voilà pourquoi vous arrivez à acheminer toutes les âmes si facilement.

— Comment ça ? poursuivit Flint. Tu veux dire que nous étions au Saint Royaume d'une autre réalité ? Ça ne tient pas debout, toute cette histoire...

— Pourtant, ce fut Zeus lui-même qui créa cette dimension. Elle existe au-delà du Paradis où j'ai vu le jour et des Enfers de ce même monde.

— Donc, comment se fait-il que le Conclave n'ait pas réussi à nous trouver ?

— Ils savent où vous vous trouvez, au contraire, mais ne sont pas en mesure de vous envahir. Seules les personnes autorisées peuvent entrer chez vous. Pour cela, il faut passer par vos machines ou bien posséder l'une de vos bagues. Et si je me souviens de la plupart des divinités du Saint Royaume, je dirais qu'ils sont furieux en ce moment et qu'ils vont probablement essayer de vous envahir. La bonne nouvelle, c'est qu'ils sont en train de perdre cette guerre. Célestia dévore toutes ses ressources, petit à petit.

Cassandra afficha une expression d'horreur.

— Tu veux dire que nous sommes en train de leur causer tout plein de souffrances ? marmonna-t-elle. Oh non... qu'avons-nous fait ?

— Tout simplement ce que Zeus et Athéna planifiaient depuis des siècles : remplacer le Saint Royaume et c'est justement ce que vous faites depuis que vous y êtes.

— Tu veux dire... que nous sommes le Nouvel Ordre ?

— C'est exactement ça. Tôt ou tard, vous allez pouvoir accéder aux planètes sous la protection de l'ancienne dimension et ils n'auront plus aucuns pouvoirs à exercer sur ces dernières. Vous pourrez sélectionner les dieux qui vous rejoindront à Célestia et bannir les traîtres, si vous le souhaitez.

— Mais à quoi ça servirait ?! Votre stupide guerre a éclatée justement parce que vous avez expatrié plein de renégats ! Ça ne va pas, là-dedans ?!

Elle se pointa la tête avec deux doigts afin de désigner les dieux.

— Nous n'avons pas demandés à être les divinités du nouvel ordre ! Nous voulions seulement vivre ensemble et sauver les gens de notre planète !

Shayne était stupéfait que la soigneuse, habituellement si douce, venait de s'énerver. Il n'était pas le seul. Même Flint haussa un sourcil.

— Je suis du même avis que toi, Cassie, admit le grand blond. Cependant, Athéna pensait bien faire en nous redonnant vie...

— Et la plupart de nos nouveaux habitants ne venaient même pas d'Aeglys, à l'origine... prononça l'experte des flammes. Wyatt et moi, nous pensons même créer un nouveau continent rien que pour y accueillir de nouvelles âmes.

— Mm-hmm, fit le binoclard à la queue de cheval. Mais avant, il nous faudra l'accord de tous les représentants du monde. Si nous sommes pour agrandir cette planète, autant le faire avec dignité et respect.

— Vous n'avez pas chômé, en tout cas, remarqua Misaki qui approuvait leur décision. Bien joué, tout le monde !

Luna se gratta la joue, rougissante.

— Oh, allons. Ce n'est rien. Athéna est celle qui a fait le plus dur du travail. Nous n'avons fait que suivre ses instructions et apprendre un truc ou deux, au passage. Même qu'une certaine blonde et une certaine punk en ont profité pour visionner des dessins animés sur internet, pendant qu'elles travaillaient pour moi...

Estelle se mit à glousser nerveusement en levant une main dans les airs.

— Je plaide coupable... ces terriens ont inventés d'excellentes séries japonaises. J'en ai profité pour écrire quelques fanfictions sur le site web de Scribay... c'est ce qui m'a inspirée à devenir écrivaine et journaliste.

— Je ne comprends pas un traître mot de ce que vous dites, mais je suis content que vous vous soyez amusés en notre absence, déclara Flint Markios.

Scottie, Wyatt, Kylie, ainsi que la journaliste, pouffèrent de rire en même temps.

— Mais quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ?

Ils redevinrent calmes un moment, avant d'éclater de rire à nouveau. Confus, Flint jeta un regard vers son mari avec un regard inquiet.

— Décidément, je ne comprends plus les jeunes d'aujourd'hui...

Le colosse haussa des épaules et retourna son attention vers son nouveau fils.

¤*¤*¤

Debout à l'intérieur de leurs incubateurs, attendaient les instructions du dieu aux cheveux blancs. Gabriel, se sentait un peu serré dans son tube et dû se résoudre à utiliser son pouvoir unique pour maigrir rapidement.

— Je croyais que nos pouvoirs ne fonctionnaient pas ici, dit-il, confus.

— Les pouvoirs offensifs et les mauvais sorts ne peuvent pas être lancés, mais tout ce qui a rapport à l'art de la guérison ou bien ce qui touche à la création est permis, selon les consignes d'Athéna, répliqua Hypnos.

— Donc, pourquoi pénaliser les esprits élémentaires s'ils ne sont pas hostiles ?

— Le système de cette lune les considère probablement dangereux pour les machines, je ne saurais t'expliquer... Faudra demander tout ça à votre déesse, quand vous la trouverez.

Flint, à côté de l'incubateur de son mari, regarda avec horreur la nouvelle apparence du colosse. Il ne s'habituerait jamais à cette nouvelle version de lui. Estelle gloussa en remarquant la stupeur de son père blond, tandis qu'elle s'installait dans son compartiment.

— Je dois vous prévenir que vous risquez de vous sentir perdus au départ, c'est un peu normal, expliqua celui qui organisait cette mission. Vos pouvoirs seront bloqués, mais soyez sans craintes. Si jamais je devais détecter la moindre once de magie hostile dans la simulation, je vous aiderais de mon mieux.

— Aura-t-on un moyen de communication ? fit Kylie, installée derrière Flint.

— Je ne sais pas, je n'ai jamais essayé. Je verrais ce que je peux faire en plus de fouiller dans les options concernant les pouvoirs magiques. Cette technologie est étrange... Cependant, je dois aussi vous avertir que vous aurez probablement des apparences légèrement différentes dans cet autre monde, afin de vous adapter aux nouvelles lois de cette planète. Shayne, par exemple, devrait avoir une apparence plus humaine. Pour le reste, tout dépendra de ce que la simulation a planifié pour vos nouvelles vies.

— Comment ça, planifié ?

— N'oublie pas que cette simulation faisait à la base partie de ce que le Conclave planifiait pour vos âmes. L'algorithme a été volé des bases des données du Saint Royaume spécialement pour piéger Perséphone.

— Pfft... C’est chiant... J'ai intérêt à avoir tous mes membres, de l'autre côté... et une belle poitrine, un coup partie. Ça me ferait plaisir !

Estelle éclata de rire.

— Arrête de dire des bêtises, soupira son frère, en roulant ses yeux.

— N'empêche, que ça serait marrant de la voir avec une grosse poitrine... plaisanta Wyatt. Je me suis toujours dit qu'elle serait canon comme ça.

— Enfin quelqu'un qui pense comme moi ! bougonna la punk. Vive les gros seins !

Elle leva son poing en l'air, alors que Misaki couvrit instinctivement les oreilles du petit Randell. Le pauvre Scottie Sanders râla et se dit qu'il valait mieux abandonner toute tentative d'apprendre les bonnes manières à sa sœur. Au moins, elle ne se comportait pas comme cela avec leurs clients et il appréciait beaucoup ses efforts.

— T'as intérêt à ne pas me tromper avec Kylie, ajouta-t-il en se tournant vers son mari. Sinon ça va mal se finir entre toi et moi, chéri...

Il lui fit un simple clin d'œil, ce qui glaça le sang du mage.

— Je blaguais... déglutit Watt.

Hypnos passa devant chaque incubateur afin de s'assurer qu'ils étaient tous en bonne position pour commencer le processus. Il s'était assuré qu'ils n'aient pas d'objets compromettants sur eux, tels que des gadgets électroniques. La seule chose qui pouvait passer avec eux, était leurs bagues, car elles étaient imperméables et très résistantes aux fluides. Il leur passa un par un, des casques qu'ils enfilèrent sur leurs nez ou leurs bouches. Gabriel reconnu ces derniers pour les avoir déjà porté lorsqu'il devait se coucher dans sa chambre. La ventilation à pression positive continue, alias le CPAP, était son seul remède pour contrer son asphyxie du sommeil.

— Je vais devoir vous endormir avec des somnifères, pour commencer, dit le dieu. Ne vous en faites pas, vous ne sentirez rien. Je vais d'abord recouvrir vos corps avec la solution aqueuse qui devrait conserver vos formes sur de longues durées. Lorsque vos compartiments seront à moitiés remplis, vous serez déjà à moitié en dormit.

— On ne risque pas de tomber, hein ? fit le colosse.

— Non, impossible. Vous êtes supposés flotter dans ce liquide.

Le grand gaillard imposant du groupe salua son fils et lui fit un clin d'œil. Randy n'était pas heureux de voir ses parents le laisser seul, mais il tenait fermement la main de sa tante Misaki. Il espérait qu'ils réussiraient leur mission.

Pendant ce temps, le Dieu du Sommeil s'approcha d'un ordinateur, pas très loin des machines où se trouvaient les sept volontaires. Luna et Wyatt étaient déjà en train d'étudier leurs écrans, alors que Cassandra vérifiait le pouls de ceux et celles qui plongeraient dans la réalité virtuelle.

— Ça sera un peu comme un jeu vidéo, en fait, remarqua Kylie en se tournant vers Estelle, et son frère. Le premier qui remporte la partie doit une glace aux autres !

— Arrête de plaisanter, banane, chiala son jumeau. De nombreuses vies sont en jeu.

— En parlant de jeux, vous croyez qu'ils ont inventés un nouveau Po — commença la blonde. Ouah, ils ont déjà commencé à couler l'eau bizarre. Mettons nos masques !

Tous les trois s'exécutèrent et mirent leurs masques. Tous les incubateurs se fermèrent aussitôt. La solution aqueuse leur montait déjà aux chevilles. Flint pouvait déjà ressentir ses membres s'engourdirent, alors qu'il s'était équipé avant les autres. Il lutta contre le sommeil, jusqu'à ce que l'eau atteigne le haut de ses fesses. Le tube, relié aux bonbonnes d'oxygènes à l'extérieur et au gaz soporifique, était très long. Il perdit connaissance en premier, alors que son frère le suivit au royaume des songes. Gabriel salua Randy une dernière fois, puis se laissa flotter dans le liquide, il ferma ses yeux.

Misaki s'approcha de la grande boite en vitre où se trouvait son partenaire et sourit tristement. Elle espérait que son passage dans cet autre monde se ferait en toute sécurité.

— Je n'aime pas ces trucs... dit l'enfant qui pointait les tubes attachés aux masques.

— Ça leur permet de respirer, Randy, répliqua la guerrière.

— Non... j'ai cette image dans la tête... J'essaie de m'en souvenir, mais...

Randell plissa des yeux et passa rapidement à autre chose. Il lâcha la main de la dame et s'éloigna afin d'aller voir ce que faisaient Luna et Wyatt aux machines. Hypnos revint sur ses pas et s'approcha de celle qui avait la même couleur d'iris que lui.

— Tu n'es pas obligée de rester debout tout ce temps, dit-il. Je peux te montrer une salle de dortoir, si t'en a envie.

— Pas maintenant, rétorqua-t-elle.

Elle ne quittait pas Lucas des yeux. Elle s'inquiétait pour lui, car il ne s'était pas beaucoup exprimé du reste du groupe. Il était un peu plus bavard avec elle.

— D'après moi, ils seront de retour d'ici quelques heures... continua son interlocuteur. Je me suis assuré que le temps se déroulerait différemment dans la simulation. Une heure pour nous est à peu près l'équivalent d'une année pour eux. Avant cela, c'était que quelques secondes là-bas, pour les mêmes chiffres ici.

— Et que fait-on, si l'expérience ne fonctionne pas ? poursuivit l'experte des bâtons. On tue Perséphone et Thanatos ?

— C'est notre derniers recours... Toutefois, je crois toujours qu'ils pourraient nous aider à renverser le Conclave, une bonne fois pour toute.

Misaki se mit une main sur la hanche et jaugea Hypnos en fronçant des sourcils.

— Très bien, je vais leur laisser une chance, mais il est hors de question que nous acceptions Troyd dans notre camp. C'est un violeur et personne ne l'aime à Baldt.

— Si ça peut te rassurer, je ne le porte pas dans mon cœur, moi non plus, fit le dieu. Perséphone le garde seulement comme un chien de garde, car il est assoiffé de pouvoir et sait se battre. Elle trouve certains de ses traits très admirables.

— Il n'y a rien d'admirable chez cet homme... ni de bon...

— Thane non plus ne l'aime pas. Il le tolère à peine.

— J'imagine qu'il l'endure simplement parce que ça fait l'affaire de sa maudite folle, n'est-ce pas ? Parce que si c'est le cas, je le plains...

— T'as tout deviné...

¤*¤*¤

Lorsqu'il ouvrit les yeux, Flint réalisa qu'il était assis à l'intérieur d'une chambre plutôt en désordre. Boites de pizzas vides, bouteilles de sodas à moitié pleines, une console de jeux vidéo à droite, une autre console à gauche. Quelques bouteilles de pilules, une montre et des bouchons pour les oreilles. Devant lui se tenait un écran d'ordinateur, mais aussi une garde-robe avec deux portes-miroirs. Il vit son reflet et remarqua que son apparence était peu soignée. Ses cheveux étaient en batailles, il avait une barbe bien garnie et n'était pas si musclé que ça. Il se rendit compte qu'il était semblait plus jeune. Il se leva pour s'observer dans la glace et remarqua qu'il avait l'air d'un jeune adulte.

— Bordel, c'est quoi ça ? se dit-il pour lui-même. J'ai l'air d'avoir moins de vingt-ans.

Il regarda ses doigts et remarqua qu'il ne portait pas de bagues : ni celle que Gabriel lui avait offert pour leur mariage, ni celle que tous les brigadiers portaient depuis leur arrivée à Célestia. Il ne ressentait pas la moindre trace de magie dans son corps. Tout semblait banal à ses yeux. Celui-ci jeta un coup d'œil autour de lui et vit qu'il dormait dans un lit simple. Il n'y avait pas de trace de son époux, nulle part, ni d'Estelle.

— Teddie ? T'es réveillé ? lança une voix derrière la porte de sa chambre.

— Ouais ! répondit Flint, automatiquement.

— Papa veut savoir ce qu'on doit ramasser pour souper !

— Une poutine au hamburger et la sauce barbecue du resto !

— Encore ? Tu ne te tanneras jamais, on dirait bien...

— Bah, c'est lui qui paie, faut bien en profiter...

— OK ! Je lui dis ça tout de suite !

Cette voix appartenait à Sarah Markios, mais une nouvelle information entra dans la tête du grand blond. Celle-ci s'appelait Marie Sage dans cette dimension, ce qui voulait dire que son nom était soit Théodore ou bien Teddie. Il contourna rapidement son pupitre et vit qu'il avait un document d'ouvert, où il pouvait écrire : L'Héritage des Markios, sur le titre. Il cligna des yeux en se frottant la barbe.

— Ouf... je suis un écrivain dans cette dimension... constata celui-ci. C'est un miracle que mon autre moi a été capable de tout ça, sans mon assistance...

Il lut quelques lignes et remarqua qu'il avait déjà écrit trois livres et qu'il commençait un produit dérivé. Il avait posté cette histoire sur un site web de relecteurs, portant le nom de Scribay. Il cligna des yeux.

— Une petite minute... n'était-ce pas le nom qu'Estelle avait mentionné ? se dit-il pour lui-même. Étrange...

Il remarqua que son histoire avait atteint les dix milles lectures, mais que les gens se plaignaient beaucoup de ses longs chapitres. La seule réaction qu'il eut fut de tourner les yeux. Ensuite, il ouvrit un onglet sur un site appelé Facebook. Il ne comprenait rien de tout cela, mais sa tête s'adaptait peu à peu à cette nouvelle réalité. Il se passa une main dans les cheveux et vit que la date était le 1er juillet 2018. Ce jour-là était la Fête du Canada. Il voyait des couleurs du drapeau partout sur les réseaux sociaux. Rien de tout cela ne voulait dire quelque chose, à ses yeux. Cette simulation était très étrange.

Tout à coup, un objet se mit à vibrer dans sa poche de jeans. Il sortit machinalement ce qui semblait être une petite tablette tactile et appuya sur un symbole rectangulaire avec deux demi-cercles à chaque bout, penchant vers le bas. Il entendit une voix étrange, de l'autre côté de l'appareil.

— Teddie ? fit une voix familière. Ça fait quelques fois que j'essaie d'appeler sur le téléphone de la maison mais c'est toujours occupé. Pourrais-tu dire à Papa de m'appeler ?

— Il est au travail, mais il compte ramener de la bouffe pour souper. Essaie de le rejoindre sur son portable.

— Tu plaisantes... ? Il l'a en encore fait entré travailler, ce porc ?

— Les apprentis-cuisiniers sont tous nuls à chier, d'après son patron.

— Pas évident qu'il soit l'assistant-gérant.

Cette voix appartenait à Kyran Markios, mais celui-ci était connu sous l'alias de Nathan Sage sur cette planète. Flint n'aurait su dire pourquoi, mais cette version de son frère semblait moins autoritaire que la vraie.

— Bah, tu sais, répondit le grand blond, il fait de son mieux. Tout comme Marie et toi...

— Vraiment, ça nous aiderait si tu pouvais enfin te trouver une bonne maison d'édition... Fichue économie de merde ! Pfft...

Le capitaine de la Septième Brigade entendit alors un bruit de clochette de l'autre côté de l'appareil téléphonique et comprit que son frère travaillait dans une boutique, probablement une petite épicerie locale.

— J'dois y aller, Ted, dit son frère. Prends soin de toi.

— Toi aussi, mec, formula le barbu. Ciao.

Clic. Flint comprit que la communication était coupée et il rangea le téléphone dans sa poche. Il prit une grande inspiration et décida de sortir de sa chambre.

— Téléphone hein ? Voilà un mot intéressant, se dit-il en riant. Bon... Papa emmène un souper et moi j'ai un texte à finir... Non, pas de texte. Je dois retrouver les autres... Mais comment trouverais-je mes amis dans cette grosse ville ? Devrais-je aller vérifier mes courriels ? Ah... encore un mot qui ne m'est pas inconnu, tout à coup...

De nouvelles informations déferlaient dans sa tête, à un tel point qu'il avait le tournis. Il se tapa les joues, puis se dirigea vers ce qui semblait être la toilette près de sa chambre. Devant lui se tenait un miroir rectangulaire dans lequel il put voir sa barbe plus en détail. Celle-ci lui descendait jusqu'à la poitrine.

— Mec... faut te faire beau... marmonna-t-il dans le vide.

Il fouilla dans les outils de son père et se tailla un peu la barbe après s'être appliqué un peu de crème. Finalement, il recréa la barbiche qu'il portait souvent dans ses autres incarnations : fine, mais faisait tout le contour de son visage. Il rasa la moustache complètement. Il n'aimait pas sa coupe de cheveux actuelle, alors il prit un ciseau et se les tailla de sorte à ce qu'ils ressemblent un peu plus à son ancienne tête. Lorsqu'il eut terminé, il prit une grande respiration et sourit.

— Pas mal ! Pas mal du tout...

Il se souvint où trouver un balai et une pelle à poussière, dans cette maison. Il y en avait un dans le placard de la cuisine, où il y avait deux autres portes-miroirs. Celui-ci s'y déplaça et vit que sa sœur était assise à table et se peinturait les ongles.

Il s'arrêta net, clignant des yeux. Celle-ci n'avait pas l'air d'une nonne du tout. Même qu'elle avait l'air d'une jeune femme travaillant dans des activités louches, la nuit. Maquillée, portant une jupe très osée et un haut moulant. Elle dégageait un parfum pas trop fort pour ses narines, mais quand même inhabituel pour une religieuse.

— Mais c'est quoi ça... dit-il, bouche-bée.

— Hmm... ? fit sa sœur en se tournant vers lui. Oh ! Jolie look ! Je vois que tu t'es enfin décidé à te faire tout propre, hein mon frangin ?

— Euh... C'est que... j'en avais envie et euh...

Il essayait de trouver ses mots, tellement il était perturbé par la jeune femme qui se tenait devant lui. Elle avait la voix de sa sœur, mais ce qu'elle faisait ne lui faisait pas du tout penser à la jeune femme qu'il avait connu. Elle ne portait aucun symbole religieux.

— Teddie... ? Est-ce que ça va ? interrogea celle-ci. On dirait que t'as vu un fantôme.

Il déglutit et hocha la tête rapidement. Ensuite, il se tourna vers les portes-miroirs du placard et sortit le balai et la pelle à poussière. Il retraça ses pas jusqu'à salle de bain et ramassa les poils et les cheveux qu'il avait laissé partout sur le plancher.

— Non, mais il est arrivé quelque chose de dingue pour que ma sœur perde sa Foi ainsi... se dit-il. Que diable s'est-il passé pendant que nous étions ailleurs ?

Une fois qu'il eut terminé de nettoyer la pièce, il partit jeter ses déchets à la poubelle de la cuisine et rangea le reste. Il se rendit par après au salon qui était collé à la salle à manger. Il y avait une porte d'entrée près de deux autres portes-miroirs.

— Décidément, les gens aiment se reluquer dans cette famille... pensa-t-il.

Marie Sage se tourna vers lui et l'observa à travers le grand trou rectangulaire du mur qui séparait la cuisine et le salon. Elle le fit signe d'attendre, avec sa tête.

— Eh ! Tu vas où ? questionna-t-elle. Papa ne va pas tarder à revenir du resto...

— Je vais me promener un peu, j'ai besoin de prendre un peu d'air, expliqua Flint.

— D'accord... mais fais gaffe. Il y a des rumeurs qui circulent dans la rue, comme quoi il y aurait des voyous qui rôdent aux alentours. L'un d'entre eux a déjà crevé les pneus de Madame Marchand, notre voisine.

— Je ferais attention.

Elle fronça d'un sourcil en grimaçant, puis haussa les épaules et le salua. En sortant, Flint remarqua qu'il se trouvait dans une ruelle plutôt sombre et que sa maison était en fait reliée à d'autres habitations. C'était des demeures construites dans un gros bloc : des appartements. Il vu derrière lui que le numéro de l'endroit où il vivait était le 15. Il y avait d'autres bâtiments similaires devant lui et ils se rendaient tous très loin. Il remarqua qu'il se trouvait tout en haut d'un escalier en métal et il devait descendre plus bas pour atteindre la surface du sol. C'était un quartier assez pauvre. Rien d'extravagant, comme le palais présidentiel de Baldt. Celui-ci avait l'étrange impression que le Conclave s'était moqué de lui et de sa famille, en leur forgeant ces nouvelles identités. Il sentait déjà le sang bouillir en lui, tellement il méprisait ces derniers. Sous un ciel chaud d'été, il se demanda où se trouvaient ses ami. Il se mit à marcher dans le vide, inquiet pour eux.

Annotations

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Asa No
Habitant des bas quartiers de la capitale de Vapyllist, Thébaldéric se voit offrir un contrat bien peu commun pour quelqu'un de sa profession. On lui demande de participer à la mise à mort d'un dragon.
Ayant déjà eu affaire à l'une de ces créatures et ne voulant décevoir son commanditaire, le jeune homme accepte et se lance dans la mission sans se douter un seul instant qu'il est sur le point de faire tomber le voile du plus vieux secret du monde.




Histoire pour un appel à texte

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