Abysses

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Mon roman, jusqu’au chapitre précédent, est gratuitement accessible en ligne sur la Toile.

En parallèle, un avocat auprès du Conseil d’État a été saisi pour qu’il fasse annuler la décision du tribunal de Marseille relative à la fausse lettre recommandée. Il est ahuri par cette décision. Le mémoire qu’il rédige est bon, et ce ne devrait être qu’une étape facile à franchir.

Deux mois plus tard, contre toute attente, le Conseil d’État confirme le jugement de Marseille et me déboute. Je ne parviens plus à joindre mon avocat pour en comprendre les raisons, car l’énoncé de la Haute cour demeure extrêmement vague : il ne me répond plus.

Auprès du greffe que j’obtiens la communication du mémoire du Commissaire du gouvernement : ce serait celui-ci qui aurait insisté, en s’appuyant sur une jurisprudence discutable, pour que mon recours ne soit pas admis.

Ma vision de l’environnement se confirme : je crois plus que jamais que si des régions, celles du sud, conservent une réputation parfois douteuse, c’est parce que l’État, dans ses plus hautes sphères, encourage cette situation.

Depuis très longtemps, si les hommes politiques avaient voulu nettoyer ces petites magouilles, alors ils s’y seraient employés.

Je me remémore le piège tendu par les policiers niçois. Certain qu’il a été appliqué à de nombreuses personnes autres que moi, je m’apprête à chercher ceux qui sont malheureusement tombés. J’ouvre un nouveau site, cette fois pour trouver des cas similaires. Je contacterai les avocats du Var et des Bouches-du-Rhône pour demander si un de leurs clients affirmait avoir été piégé d’une manière identique. J’appellerai également les hôpitaux psychiatriques.

En parallèle, je visionne des petits films d’internautes. Un terme m’interpelle : le « gang stalking » ou harcèlement en bande. Certaines personnes se présentent comme des victimes de leur entourage : on les suit dans la rue, on les appelle par leur prénom, on leur raconte des détails très personnels que seule la personne harcelée est censée connaître. Ils se disent ciblés.

Certains poussent jusqu’à raconter qu’ils se font irradier en permanence par des ondes à une fréquence identique à celles de nos fours. Ces armes invisibles qui traversent tous les murs cuisent petit à petit ceux qu’elles visent. Car sur le fond, une nouvelle technologie de pointe est en train de naître dans le domaine des armes non conventionnelles.

Ces cobayes involontaires, quelques fois d’origine étrangère, ne présentent pas de grand intérêt financier. Leurs témoignages ne peuvent pas du tout être pris au sérieux : des paranos ou des affabulateurs.

Pourtant je suis curieux et je me penche sur ce sujet. Certains d’entre eux correspondraient-ils au piège qui m’a été tendu ?

L’extrait d’un reportage diffusé sur notre chaîne nationale m’anéantit. Il montre des travaux effectués par la CIA dans les années 1950-1960. Des essais sont réalisés sur d’abord sur des Américains, puis des Canadiens. Une femme, qui a depuis obtenu un fort dédommagement témoigne à l’écran sur l’implantation d’une puce électronique dans son cerveau.

Les psychiatres qui réalisaient ces expériences pour l’armée américaine ne se cachaient pas. Au contraire, ils devenaient internationalement connus. Et lorsque ces chercheurs ne travaillaient pas directement pour cet employeur discutable, c’était leur université de rattachement qui bénéficiait de fonds importants accordés par l’armée.

L’un d’eux, le professeur José Delgado de l’université de Yale expérimente devant les caméras l’implémentation d’une puce dans le crâne d’un taureau. Comme pour une corrida, le taureau s’élance sur des hommes dans l’arène. À ce moment, avec sa télécommande, le professeur expédie une décharge via la puce électronique. L’animal est arrêté net dans sa course. Le professeur s’offre le luxe de descendre dans l’arène, et montre sa suprématie face à la bête. Les images sont celles de l’ORTF, avec les commentaires extasiés du présentateur de l’époque. Je vérifie sur la Toile : ce professeur a bien existé, tout comme son expérience de 1966.

La guerre froide venait de commencer, et une course s’ouvrait entre Américains et Soviétiques : chacun de ces pays devait développer le premier des armes invisibles pour atteindre l’adversaire. Les implants cérébraux ne pourront pas systématiquement être greffés, à moins d’avoir capturé un adversaire, par exemple lors d’opérations d’espionnage.

Les Russes se sont alors tournés les premiers sur les radiations par micro-ondes sur des personnes : les murs des bâtiments ne protègent plus. Les Américains ont commencé à comprendre cette technique lorsqu’ils ont remarqué que le personnel de leur ambassade était rapidement atteint de cancers, plus souvent que la population de référence.

Les recherches de la CIA ont été classées secret défense, et ce n’est que lorsque des victimes américaines demandaient réparation pour les tests dont elles avaient fait l’objet que l’agence américaine levait une partie du voile, en justifiant l’intérêt national : les expérimentations se sont poursuivies jusqu’au début des années 1990.

Les essais sur des humains se déroulaient le plus souvent sur des personnes vulnérables : dans des orphelinats, ou sur des femmes qui avaient été traumatisées et avaient développé une dissociation de la personne. Dans un asile, elles étaient endormies sous anesthésie. Mais des hommes font également l’objet de ces implants. Un Norvégien obtient à cette occasion réparation de son État.

Je reçois un choc lors d’un visionnage d’une chaîne vidéo d’un homme, parisien, qui se montre avec un appareil de détection d’onde émettrices. Il scanne devant lui, l’appareil ne réagit pas ; derrière lui non plus. Puis son cerveau gauche : l’appareil bipe ! Sur son cerveau droit, le détecteur ne réagit pas. Il revient sur le cerveau gauche, qui déclenche le signal. Enfin, il montre à l’écran le résultat sur son téléphone portable, identique à celui sur sa tête.

L’homme a réalisé plus d’une centaine de longues vidéos. Je ne peux pas tout regarder. Souvent, il insulte son ancien employeur, qu’il affirme être protégé par de hautes sphères. Il accuse également son bailleur de mettre à disposition l’appartement au-dessus de lui à des gens qui activent leur harcèlement électronique la nuit.

Sur d’autres vidéos, il prétend que le commissariat refuse de saisir ses plaintes. Une autre fois, il écrit au parquet de Paris pour se constituer partie civile dans des actes de commencement d’assassinat et de torture électronique. Il termine la vidéo en montrant la réponse du ministère public. Celui a requalifié la plainte en « discrimination », puis a constaté qu’il n’y avait pas discrimination et a classé la plainte. Pour moi, un tel agissement du parquet montre la volonté de ne surtout pas enquêter : si le procureur avait laissé la qualification de torture puis déclaré qu’il n’y avait rien, j’aurais pu comprendre. Mais là, inventer une discrimination montre une manœuvre. Je crois les affirmations de cet homme.

Je me plonge dans d’autres sites, dans d’autres vidéos sur lesquels des personnes visées se plaignent avec détails. Mon regard s’ouvre.

Depuis l’affaire du « pain maudit » à Pont-Saint-Esprit, où les États-Unis étaient soupçonnés d’expérimentations sur la population, plus de cinquante ans se sont écoulés. La technique a considérablement évolué. Je ne peux pas imaginer que l’armée américaine ait abandonné ses recherches. Certes, ils évitent d’œuvrer directement au grand jour, et passent certainement par des intermédiaires.

Mes problèmes personnels sont ridicules face à ce que ces anonymes endurent. Je les crois et je vais m’employer, dans la mesure de mes possibilités, à les aider en communiquant sur ce sujet. C’est parti !

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♣ Aussi publié sur mon compte Wattpad dans mon recueil "Les maux des mots" ♣
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