Les tests hypnotiques

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En région parisienne se trouvent de nombreux hypnotiseurs de rue. Le hasard faisant bien les choses plusieurs d’entre eux pratiquent en fin d’après-midi devant le centre Beaubourg, à quelques mètres seulement de la bibliothèque où je passe mes journées.

Dans le Sud, il est assez difficile d’organiser ce genre de manifestation, car nous ne sommes pas assez nombreux. Je découvre à Paris une aubaine : il est possible de pratiquer quotidiennement, et quand nous connaissons l’importance de l’exercice pour nous améliorer et progresser, ceci devient une opportunité intéressante. Je me relance mon apprentissage en discutant avec d’autres hypnotiseurs.

L’hypnose est basée sur quatre ou cinq phases à respecter. Elle débute par les prolégomènes, se poursuit avec l’induction puis un approfondissement avant de déboucher sur les jeux. À chaque étape il est impératif de constamment vérifier l’état de réception de la personne face à nous, de tester en permanence le volontaire. Ces tests permettent de vérifier que la personne continue de suivre nos paroles. Un des principes de l’hypnose est de placer au fur et à mesure des suggestions de plus en plus fortes, tout en évitant un décrochage de la réceptivité.

L’examen attentif du visage, du corps sert à constater que la personne continue à suivre et à accepter les recommandations que nous lui glissions. Plusieurs signes transparaissent : la respiration devient plus posée, les muscles sont plus relâchés, la couleur de la peau peut changer, soit devenir plus rouge à cause d’un afflux de sang au cerveau, soit plus pâle, en lien avec cette nouvelle tranquillité, les paupières tremblotent. Il n’existe pas un signe unique, mais toute une palette de possibilités.

L’hypnotiseur doit apprendre à reconnaître ces signes : le volontaire laisse transparaître des indications d’un changement qui s’opère à l’intérieur. Lorsqu’il y a ce changement, alors nous pouvons poursuivre avec des suggestions, avec différents phénomènes ou jeux hypnotiques.

Nous avons des pancartes qui nous présentent comme hypnotiseurs de rue, proposant un essai gratuit. Dès qu’une personne se déclare volontaire, nous commençons. Assez souvent se crée un petit attroupement qui débouche sur de nouveaux curieux désireux de se laisser hypnotiser.

Certaines personnes semblent plus réceptives que d’autres suivant le contexte de la rue, de l’humeur de ce jour ou encore d’autres causes. J’apprends à vérifier les intentions inconscientes de la personne.

Le test de base consiste dans le rapprochement des index, lorsque le reste de la main est gardé serré. Il existe d’autres vérifications qui jouent sur une possible attraction du corps vers l’arrière. Ce début de chute, où l’hypnotiseur rattrape la personne avant qu’elle ne tombe, est assez utilisé lors de spectacles. Il n’y a jamais de quelconque attraction, tout se déroule dans l’esprit des personnes qui pensent ressentir une certaine attraction dans leur dos ou leurs épaules.

Les tests de réceptivité sont particulièrement utilisés en hypnose, mais ils peuvent bien l’être dans d’autres domaines : par exemple, rien ne sert de continuer une conversation si nous ressentons chez l’autre des mensonges ou une volonté de fuite.

Avec un peu de réflexion, nous devrions prendre conscience de l’importance de la vérification. Quelles volontés transparaissent chez les gens ? Apprenons à mieux lire leurs attitudes. Dans des cas plus nombreux que ce que nous imaginons, nous connaissons, à l’avance, les réponses qui seront données. À l’étape du test, nous sommes déjà capables de savoir si l’étape suivante sera un succès ou un échec : nous possédons au fond de nous considérablement plus de réponses à nos interrogations.

Je me remémore mes dernières avancées : l’écriture de mon roman est reprise, un nouveau recours est déposé au tribunal, et enfin, accessoirement, je me relance dans la pratique de l’hypnose.

Que puis-je faire d’autre, qui soit utile ? Je soupçonne une action du maire derrière la convocation chez le psychiatre dans l’affaire de la pinède. Je vais donc informer des médias sur cette opération. Un journal d’investigation lancé sur internet avait mis à jour quelques petits scandales. Je repère leur adresse physique dans la capitale et m’y rends : rien de plus efficace qu’une rencontre dans leurs bureaux au cours de laquelle on pourra me poser toutes les questions, et je pourrai fournir des documents.

Sur place, j’évoque le nom de Ricardo. Des journalistes semblent intéressés. Pourtant, très poliment, l’un d’eux me montre le site Web du journal, ainsi qu’un coin où je dois cliquer pour envoyer mes documents, le soir, depuis chez moi.

J’attends deux jours avant de bien réfléchir à la formulation du texte que je joins, ainsi qu’aux pièces que j’envoie.

Je fais de même avec un journal satirique.

À nouveau, deux jours, ou trois passent, sans que je sois contacté, ne serait-ce que pour répondre à une question qu’un journaliste se pose ou fournir des informations complémentaires.

Je n’avais pas pensé à lier cette réaction aux tests. J’aurais alors constaté si des journalistes me recontactent ou non. Et d’une manière encore plus flagrante, d’analyser que lorsque j’étais dans leur bureau ils m’ont montré leur site Web au lieu de me questionner sur mes documents. C’est-à-dire qu’avant même d’avoir lu ce que j’allais leur faire parvenir deux jours plus tard il était déjà fortement probable que le sujet ne les intéressait pas.

J’en tire la réponse que je ne dois pas m’égarer ou perdre mon temps à essayer de rentrer en contact ni avec ces premiers journaux ni avec d’autres quotidiens ou hebdomadaires.

Quelles peuvent bien être les raisons de ce désintérêt ? Un maire qui utilise des méthodes fallacieuses, d’autant plus que Ricardo est connu, devrait susciter une certaine curiosité. Et ce n’est pas le cas. Peut-être que l’affaire de la pinède est au départ sans intérêt, mais maintenant, aller jusqu’à chercher à interner des gens doit être choquant !

Et pourtant l’attitude que je perçois est celle d’une impasse. Je me souviens alors de deux journalistes qui, après l’assassinat de Yann Piat, avaient écrit un livre dans lequel Encornet et Trottinette représentaient deux personnages politiques de la région. Les auteurs avaient été condamnés à de forts dommages et intérêts au prétexte de la diffamation, parce qu’ils n’avaient pas su prouver leurs allégations. L’un des deux auteurs était également journaliste auprès de l’hebdomadaire satirique que je viens de contacter. L’éditeur avait retiré le livre de la vente et un an après ce journaliste a été licencié de l’hebdomadaire. Pourquoi un an après ?

Un doute me taraude : chaque semaine, en seconde page, le journal publie inlassablement, décennie après décennie, des bruits de couloir au sein du gouvernement, des indiscrétions de collaborateurs ministériels, des colères du Premier ministre, quel qu’il soit, qui va parfois jusqu’à faire fondre en larmes quelque sous-ministre.

Ce journal est le seul à obtenir autant de confidences. C’est un peu comme si celles-ci lui étaient volontairement accordées chaque semaine par le pouvoir exécutif. Cet hebdomadaire arbore une prétendue indépendance, mais est-ce véridique ou qu’un slogan trompeur ?

Le monde politique fait vivre le journal de toutes ces petites phrases et autres indiscrétions. Y aurait-il eu alors une emprise sur l’équipe de rédaction ? Quelques personnalités auraient-elles demandé une vengeance, en plus d’avoir gagné devant les tribunaux, et obtenu qu’un de ces collaborateurs du périodique soit licencié un an plus tard ? C’est une question pour laquelle je n’ai pas de réponse arrêtée. Puis un éclair me vient : le titre de l’hebdomadaire comprend le mot « enchaîné ». La publication affiche son absence de liberté. Car sa dénomination aurait bien pu afficher, à la place, « déchaîné ». Certes, ce ne sont que des mots, mais je reste méfiant quant à ce qu’on croit être la liberté de la presse : l’erreur provient de nous, lecteurs, qui nous imaginons ces médias indépendants, alors que le contenu même de leurs publications est délivré uniquement par le pouvoir politique.

Lorsque mon affaire n’intéresse pas les médias, je me donne d’autres explications : le monde de la presse a-t-il peut-être peur ? Mon affaire ne serait-elle pas suffisamment importante pour que des risques soient pris par des journalistes, somme toute, humains ?

Internet m’apparaît un peu plus fiable, mais n’est pas suffisant. Je dois à nouveau retourner chercher au fond de moi-même d’autres solutions.

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