Roman

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J’ai conscience que mon histoire est trop compliquée. Elle n’intéressera pas les journalistes qui penseront être sur un terrain glissant. Je reprends l’écriture du roman que j’avais arrêtée.

Je commence par changer tous les noms des personnages existants et je les remplace par des noms fictifs. Ce ne sont pas les personnalités de Ricardo ou de Smith qui sont intéressantes, mais les faits : les menaces de policiers, l’intrusion à mon domicile, l’absence de recours, la convocation chez un psychiatre… Les personnes sont interchangeables, ce ne sont que des pions dans ce roman. Dix ou trente ans plus tôt, ou plus tard, les mêmes faits auraient pu se produire, avec d’autres noms.

La seule constance est l’environnement dans lequel nous vivons, et au sein duquel les faits que je subis sont possibles. Là est l’erreur, et nous en avons conscience au plus profond de nous-mêmes.

Mais certaines vérités peuvent faire mal, alors notre esprit inconscient va nous les cacher, au moins partiellement. Et notre conscient va vouloir se rabattre sur des noms de personnes réelles : nous voulons voir chez Rachel une faute ou encore chez Ricardo un truand. Pourtant je persiste à m’attacher aux actes et à rester indifférent aux individus, quoi qu’ils aient commis.

Je dois donc détailler l’autre façon de percevoir notre environnement. C’est d’ailleurs ce qui m’a aidé jusqu’à présent, sans quoi je serais déjà tombé dans plusieurs pièges qui m’ont été tendus.

Un environnement propice à l’écriture m’est nécessaire. Chez mon frère, tout est calme, mais j’ai besoin de plus, il me faut sortir, ne pas rester enfermé.

Quotidiennement, je rejoins la grande bibliothèque du centre Georges Pompidou, au cœur de la capitale. L’espace est rempli d’étudiants. Je sors mon petit ordinateur portable et me remets au travail.

J’avance assez bien. Un repère pour l’écriture d’un livre est le nombre de mots. La rédaction n’a jamais été mon fort, alors je progresse beaucoup plus lentement que d’autres. Je vise les quatre mille par jour tout en sachant que je n’en coucherais que la moitié, ce qui me permettra d’atteindre les cinquante mille pages en un mois.

Je comprends aussi que je n’avais quasiment rien écrit précédemment. C’est comme si je repartais de zéro.

Je rédige également une nouvelle requête pour la soumettre au tribunal administratif. Précédemment j’avais allégué une violation de mon droit à avoir un procès normal et effectif contre les policiers qui m’intimidaient. J’avais été débouté par le jugement qui ne voyait pas d’atteinte à ce droit. Je pense que cette présentation est discutable, mais je me force à admettre que ma requête a été mal rédigée pour avancer dans une autre voie.

En réfléchissant, ce qui me dérange est la menace de contrainte, celle de policiers qui viennent me chercher chez moi pour m’emmener, vingt ou trente minutes plus tard chez le psychiatre. C’est ce point que je vais attaquer : peu importe le lieu et la durée d’enfermement, que ce soit dix minutes dans un fourgon de police ou cinq ans dans un asile, il ne doit pas y avoir de détention du tout.

Je rédige ma requête, l’imprime et la dépose directement au tribunal administratif de Paris. Je suis assez content d’avoir trouvé une issue à mon problème.

Depuis mon départ d’Istres, j’ai coupé tout contact avec mon entourage. J’ai dit que je partais, mais n’ai fourni aucune précision sur le lieu exact. Seule ma mère sait que je suis chez mon frère. Je dois quand même interroger mon répondeur téléphonique. Alors un jour dans Paris, je replace la batterie et ma puce dans mon téléphone quelques instants pour lire les messages laissés sur ma boîte.

Mon opérateur m’envoie systématiquement un SMS récapitulant les personnes qui ont cherché à me joindre sans laisser de message. Je tombe sur un numéro que je ne connais pas : cette personne a appelé le matin de ma fuite d’Istres, de dix heures onze à dix heures cinquante-quatre, ce correspondant a cherché à me joindre six fois. Mais surtout, c’est un autre SMS étrange qu’elle m’a laissé, toujours non signé : « Rep chui dvan la porte ».

Cette écriture rapide et assortie de fautes veut faire croire à une personne cool. Cette attitude ne doit qu’attirer un peu plus ma méfiance.

J’avais désactivé ma sonnette, ceux qui voulaient me voir étaient obligés de me téléphoner. Je n’aurais pas pensé à l’époque avoir autant de chance : filtrer avec mon portable les personnes qui se pointent à mon domicile le jour de ma fuite, et surtout obtenir d’eux leur numéro de téléphone. Pour l’instant je n’en fais rien, je le garde en réserve. Je suis content d’avoir suivi mes intuitions.

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