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J’ai le sentiment de faire face à des manœuvres franco-françaises qui ne nous choquent pas parce que tous ces agissements sont depuis longtemps intégrés dans notre esprit. En revanche, une personne à l’extérieur de notre pays, un Anglo-saxon par exemple, serait révoltée par de telles méthodes.

Il existe une communauté d’internautes qui réagissent au quart de tour contre de telles manières dès que nos libertés fondamentales sont atteintes : il s’agit des Anonymous. Dernièrement ils étaient montés au créneau lorsqu’un chat avait été martyrisé à Marseille. Le chaton avait été balancé contre un mur par un crétin qui se filmait puis qui a diffusé sa vidéo, tout content. En France ils avaient engagé une action contre lui, ce qui avait permis de l’identifier puis de l’arrêter. Dans d’autres pays, par exemple comme au Mexique, ils s’en prennent à des policiers en collusion avec des mafieux locaux, en divulguant des listes de personnalités.

Les Anonymous, par définition, sont introuvables. Ils connaissent les moyens pour échapper à toute identification. Il s’agit aussi d’un état d’esprit, chacun pouvant agir en ce sens, à la condition de ne pas discréditer le mouvement.

Avec l’internet les réflexions deviennent plus facilement collectives. Un individu peut avancer une proposition, et si elle est bonne, elle est démultipliée. Le réseau devient alors le porteur de propositions, auxquelles se rattachent les internautes. Une sorte de conscience d’Internet est en train d’émerger.

Dans le monde de l’Internet, nous trouvons également des informations malsaines. Sitôt qu’une censure ou une idée de punition disparaît, il existe des canaux sur lesquels il est possible de poster des informations ou des photos sans être repérés. Le message ne reste qu’environ une journée. Le principe est que des révélations choquantes et habituellement censurées par les médias traditionnels trouvent un nouvel écho auprès d’une communauté d’internautes qui se bat pour la liberté de la communication.

En ce moment figurent des photos d’Occidentaux décapités par des groupes terroristes. Je suis choqué par ces images. Mais n’est-ce pas le but recherché ici sur ce canal ? C’est la vue de ces représentations qui modifie mes perceptions et non pas le fait de savoir que des gens se sont fait égorger. L’information, nous l’avions déjà. Les images diffusées sur ce réseau ne sont qu’une occasion à laisser aller librement nos états sentimentaux, notre imagination accompagnée de toutes nos peurs, nos frustrations intérieures, notre haine éventuellement.

Les personnes qui postent sur ce canal ne sont que des êtres humains qui se laissent porter par leurs émotions débridées, sans censure. Il existe un risque, celui qui verrait notre cerveau cognitif se laisser submerger par des instincts bestiaux.

Je vais prendre ce risque. En une après-midi je réalise une vidéo cette fois en anglais. Mon accent est horrible, mais tant pis, j’explique que je suis Français. Je détaille cette fois un peu plus l’histoire de la rançon, puis ce qui m’arrive avec les forces de police.

Je mets le tout en ligne sur un site de partage de vidéos. Je récupère le lien que je poste sur le site non censuré. Rien, pas un retour. Je n’arrive même pas à voir ma vidéo.

Je me plonge un peu plus dans l’aide relative au fonctionnement de ce site. Ils expliquent la présence, malgré tout, de quelques administrateurs, anonymes. Ce sont eux qui valident ou non les messages. Même au sein d’un groupe pirate se trouve toujours un minimum d’organisation pour permettre de maintenir la structure viable.

Je comprends alors que je dois « vendre » l’intérêt de mon message à ces administrateurs. Je m’adresse à eux pour qu’ils débloquent ce que j’ai envoyé. Je tape un résumé de dix ou quinze lignes.

tl-dr, me répond-on.

Que signifient ces quatre lettres ? « Too long, didn’t read » : mon résumé n’a pas été lu, car il est, pour ces gens-là, trop long… Des messages sont postés depuis toute la planète, toute l’information est extrêmement superficielle. Tout fuse très vite. Le traitement devient presque binaire : oui ou non. Il n’y a pas de message en attente. Je comprends mieux l’intérêt suscité par un autre réseau social qui limite ses messages à cent soixante caractères. Je m’applique à résumer en très peu de mots la situation face à la police française. Les résultats sont mitigés, je note du scepticisme, de l’incompréhension. D’autres messages sont ouvertement racistes : il ne fallait pas se marier avec une personne de cette race. Au bout de trois ou quatre heures, lorsque j’ai reçu une vingtaine de réponses, le fil de discussion est fermé par un administrateur. Je note qu’une certaine censure, interne, existe tout de même.

Je pourrais davantage me pencher sur le fonctionnement de ce canal, en y consacrant plus de temps. Je devrais y trouver certaines solutions, ou tout au moins des axes d’action. Mais je n’en éprouve pas la nécessité.

Les messages que j’ai reçus en anglais me montrent comment réagit l’être humain. Lorsque des informations heurtent nos croyances internes, celles d’une certaine sécurité de la part de l’État, et les remettent en cause, alors il devient plus difficile de communiquer. Lorsque ce sont des étrangers qui tuent, par exemple des terroristes, l’information, bien que choquante, est mieux acceptée, car notre société veut apparaître comme distincte de celle des criminels.

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