Tiré des livres, suite

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La lecture apprend. Ce que j’avais lu sur les relations entre certains francs-maçons et le pouvoir judiciaire à Nice m’avait été utile pour mieux comprendre les protections dont jouissent certains.

La franc-maçonnerie fait peut-être fantasmer certaines personnes qui pensent voir des complots un peu partout, et s’imaginent que quelques individus assez souvent mal intentionnés peuvent être à l’origine de sombres manipulations. Les lobbys juifs et francs-maçons sont d’ailleurs le plus souvent cités. Mais en ce qui me concerne, je n’y crois nullement.

Je ne cesse de me le répéter : personne ne connaît Lionel Aubert, je ne suis qu’un anonyme, un individu comme des millions d’autres. J’imagine les discussions entre personnes du parquet au sujet de mes plaintes :

— Chef, j’ai une personne qui relance une plainte sur un dossier que nous avons fermé.

— Et alors, c’est intéressant ?

— Non, il se plaint d’une enquête qui n’aurait pas eu lieu.

— Et qui commande ici, qui décide de ce qu’il faut faire ? Les plaignants ? Depuis quand ?

— OK, j’ai compris, on garde le dossier fermé.

— D’accord, je sais que vous avez compris, mais lui ? Soyez ferme, s’il vous plaît. La justice, que nous représentons, ne saurait être tutoyée par de tels individus. Pour qui se prend-il ? Je ne veux plus entendre parler de lui ! D’accord ?

— Oui, je m’en charge, répond l’exécutant le sourire aux lèvres.

Et il importe peu de connaître le type de décision prise : simple mot dans mon dossier, sollicitation d’une intervention de la police ou encore acte d’intimidation en demandant que ma porte soit fracturée. Ce qui compte c’est que des gens agissent pour me bloquer.

C’est à ce stade que je conçois l’utilité de réseaux francs-maçons. Il s’agit, pour des personnes ayant une conception assez particulière de la justice, peut-être parce qu’elles ont réussi à être investies de certains pouvoirs, de se soutenir les uns les autres.

Je dois me renseigner. La Toile ne m’apparaît pas assez fiable. Je me rends à la médiathèque. J’y repère une auteure, journaliste, qui semble être très bien informée sur le sujet. Parmi les nombreux livres qu’elle a écrits, j’emprunte Un État dans l’État au titre évocateur et m’y plonge sans attendre.

Que de nombreux maçons visent les plus hautes places du pouvoir ? Je le savais déjà. Aujourd’hui ceux-ci ne s’en cachent même plus : le président de la République est maçon, le Premier ministre également, le ministre de l’Intérieur, la ministre de la Justice, aussi, etc. Ceci est actuel. Le livre avait été écrit lorsque ces hommes et femmes du secret n’occupaient pas encore toutes ces places, seule une poignée de postes ministériels étaient aux mains de ces frères emblématiques.

Que cela change-t-il ? Cette recherche, pour ces gens-là, d’intégrer une organisation secrète parallèle apparaît, à mes yeux, comme un signe de faiblesse. Par leurs propres moyens, par leurs seules ressources personnelles, ces personnes n’auraient pas réussi, en tout cas telles étaient leurs pensées, qui les ont alors guidées vers ce qu’ils croyaient être la nécessité de rejoindre un tel réseau. Ces gens avaient cette conviction de ne pas être assez forts. Des personnes qui pensent ainsi partent défavorisées, car elles n’ont pas confiance en elles. Ce raisonnement n’est pas celui que je tire du livre, mais mon analyse de certaines situations.

Puis il y a « le vent ». Ici des paroles s’envolent sans qu’aucun écrit ne reste. Le prétexte de secrets à garder, hiérarchisés en niveaux accessibles seulement après des années et des années d’études et de soumission aux plus gradés que soi est trompeur : une personne ordinaire qui fait une découverte va vouloir la publier, être reconnue et estimée pour son travail. Mais ici, bizarrement, des hommes et des femmes politiques, qui recherchent une certaine notoriété, prétendent acquérir un savoir secret qu’il leur est interdit de révéler. Si cette connaissance concerne le bien de l’humanité, car c’est en substance ce que prétendent rechercher les maçons, alors pourquoi la garder cachée ? C’est illogique.

Ces gens se regroupent non pas pour une réflexion suprême, mais, terre à terre, pour tisser un réseau. Les quelques loges maçonniques existantes ne sont pas officiellement liées entre elles. Ceci conforte le rejet de la thèse d’un prétendu complot, qui n’existe pas.

Le livre m’instruit sur deux points. D’abord la recherche d’un verrouillage du système : à la fin des années 2000, une loge a essaimé avec des techniques de marketing des invitations pour toucher tous les notables possibles. Ses effectifs ont augmenté de près de cinquante pour cent. Que savons-nous des motivations de ces nouveaux adhérents ? Pas grand-chose. En substance on leur faisait miroiter le ralliement d’un réseau d’hommes et de femmes de pouvoir. Quel intérêt leur était implicitement présenté ?

Puis en France une particularité est née : celle des « fraternités ». Les maçons de loges différentes peuvent se regrouper par groupes professionnels, et certains annuaires secrets sont diffusés en leur sein. L’auteure cite l’exemple des maçons restaurateurs, qui évitent de diffuser leur nom de crainte de voir d’autres frères venir demander à manger gratuitement. En revanche, dans le domaine de la justice, ces gens n’éprouvent aucune objection à se retrouver en dehors de tout cadre légal. Ainsi juges, procureurs, avocats et certains policiers organisent entre eux des rencontres informelles, derrière le secret maçonnique.

Ces deux faits instillent le doute quant à de possibles dérives du système. Je me conforte à nouveau dans la lotocratie : non seulement les dirigeants politiques peuvent être tirés au sort, mais également les juges et procureurs. D’ailleurs ceci était pratiqué aux premiers temps de la Révolution française.

C’est anecdotiquement qu’une autre révélation attire mon attention. La journaliste évoque à quelques reprises l’existence de « chantiers ». Il s’agit de créer de toutes pièces des éléments en vue de discréditer une personne. Monter un chantier contre quelqu’un a pour finalité de le faire condamner, lui faire perdre son emploi, le briser. La mise en place d’un chantier relève d’un esprit de vengeance, mesquin, aigri. Comment des maçons, qui prétendent rechercher un certain éclairage philosophique, peuvent-ils tomber dans de telles extrémités ? Il en est de même pour ceux qui se taisent au lieu de se révolter. C’est la différence entre les actes et les paroles : leur prétendue quête d’un absolu n’est qu’une façade.

Au moins à deux reprises dans le livre, la fabrication de chantiers est citée. Si les maçons se taisent entre eux, la justice, la police auraient dû mettre un terme à ces pratiques. Mais ça n’a pas été le cas. Je m’interroge, et laisse pour l’instant ce sujet en suspens.

Je pense à nouveau à l’affaire des policiers qui avaient défoncé ma porte. J’étais déjà certain auparavant d’une machination. Maintenant je sais qu’elle a un nom : un chantier.

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