Enterrée

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Il fait beau, cet après-midi d’août, et avec les enfants, nous allons aller au parc de Sainte-Catherine à trois minutes à pied de chez nous. Sur le chemin, nous voyons une voiture de la police municipale arriver à toute allure, gyrophare allumé, piler, des policiers qui en sortent matraque au poing et se dirigent vers une rue à l’entrée du centre ancien.

Je n’aime pas trop ça, et je dis aux enfants de ne pas s’arrêter. D’autres enfants étaient déjà présents et expliquent aux miens qu’à midi une femme a été tuée, poignardée ou étranglée selon les versions. Les policiers sont là pour dissoudre un petit groupe qui se forme.

Le lendemain nous obtenons plus de détail via des personnes qui étaient déjà sur place. À midi, en plein centre ancien, il y avait du monde lors de l’intervention des pompiers qui ont tenté de sauver la femme. L’un d’eux avait donné des détails : la femme avait reçu plusieurs coups de couteau au thorax puis avait été égorgée.

Les Nouvelles provençales relatent l’affaire dans un article relativement bien détaillé. Les coups de couteau, les traces de sang, la mort, l’arme retrouvée dans la cuisine tandis que la victime gisait en bas de chez elle. En famille, nous commentons l’événement :

— Avec les progrès scientifiques, c’est certain que le criminel sera rapidement identifié, me dit-on. Il existe des bases de données ADN facilement interrogeables.

— Oui, je réponds. Et si celui qui a tué est inconnu de la police, un novice, il a forcément dû laisser derrière lui trop d’erreurs, qui exploitées, aboutiront à son arrestation. En tout cas si l’enquête est réalisée normalement.

Je viens d’employer le mot « normalement ». Car dans ma tête se dessine une autre issue. Je remarque le choix des mots employés par Les Nouvelles provençales. Quand nous avons à l’esprit qu’il s’agit d’un meurtre, nous concluons l’article en imaginant le meurtrier facilement arrêté. Mais il ne s’agit que de notre esprit.

En y regardant mieux, l’article ne traite pas d’assassinat, mais d’une simple mort. Le titre n’est pas celui d’une femme tuée, mais d’une femme retrouvée morte suite à des coups de couteau. Les journaux recherchent assez souvent la sensation, alors pourquoi cette fois-ci s’en privent-ils ? Il y a deux ans à Istres, un déséquilibré avait tiré sur quatre personnes, les tuant toutes avant d’être arrêté. Les journaux s’en étaient délecté, une marche blanche avait été organisée, différentes personnalités politiques avaient pris la parole, et Smith, alors ministre de l’Intérieur, s’était même déplacé.

J’ai l’impression que cette fois on veut éviter de montrer Istres du doigt, comme une ville où de simples citoyens peuvent de temps en temps être assassinés. Ce ne serait pourtant qu’un point de vue, car la ville demeure tranquille, en excluant les règlements de compte entre gens du milieu mafieux comme il y en a à Marseille et alentour. Ici, il ne s’agit que d’une pauvre femme, inconnue de tous.

Le texte mentionne une phrase du procureur, qui peut recevoir deux interprétations, ou même plus, au moins toutes deux vraies. Ce dernier déclare n’exclure aucune piste. La première interprétation, celle que la majorité d’entre nous retient, est que le parquet va se livrer à une enquête implacable, en profondeur. Nous pourrons faire confiance au résultat qui sera annoncé.

Mais je retire de ces mots une autre interprétation. En affirmant n’exclure aucune piste, les enquêteurs indiquent implicitement qu’ils vont rechercher une autre voie que celle du meurtre. C’est en tout cas l’interprétation que je fais, personnellement, de cette citation. L’article indique que la victime aurait été connue comme déséquilibrée mentale. Là aussi je pondère : si elle l’était vraiment, c’est-à-dire en présentant un danger pour sa propre personne ou pour son entourage, elle aurait été internée. Je pense qu’elle ne devait souffrir que de symptômes assez légers.

Le surlendemain l’enquête est bouclée : la femme, une folle en réalité, s’était suicidée dans sa cuisine, en se portant de nombreux coups de couteau au thorax puis finalement en s’égorgeant. Ensuite, agonisante, elle était descendue de chez elle, au premier étage de sa maison, jusque dans la rue où elle a été retrouvée.

La police a pu éluder ces faits grâce au concours d’un médecin légiste psychiatre. L’autopsie du corps n’a pas été estimée nécessaire, le cadavre peut maintenant être enterré à moins que la crémation n’ait été retenue.

En regardant en détail je m’aperçois que la veille de la prétendue autopsie le procureur de la République avait annoncé qu’il n’y avait pas eu de coup de couteau et qu’une autopsie allait être effectuée le lendemain. En effet, le médecin n’a, le lendemain, qu’appliqué les remarques du procureur, et déclaré qu’on n’avait porté à la victime aucun coup de couteau, qu’elle s’était suicidée, par pléonasme, toute seule. Finalement il n’y aura aucune autopsie, contrairement aux annonces. Il subsiste dans l’esprit des gens l’idée erronée qu’il y a eu une enquête.

Je peste contre de telles conclusions. Je me souviens de l’affaire des frères Saincené, retrouvés tous deux suicidés dans les Bouches-du-Rhône il y a moins de vingt ans, trois mois après l’assassinat de Yann Piat dans le département voisin du Var. De mémoire, l’un des deux frères avait obtenu un rendez-vous avec le procureur pour lui transmettre des éléments relatifs à des ventes de terrains appartenant à l’administration. Mais il n’a jamais pu livrer ces éléments, il s’était donné la mort avant. Yann Piat se penchait également sur des dossiers similaires, mais avait été tuée par des malfrats dans le cadre d’une sombre affaire de boîtes de nuit.

Je m’aperçois que ce procureur de l’époque a maintenant obtenu des galons puisqu’il est devenu le procureur général d’Aix-en-Provence.

L’un des frères Saincené avait un profil atypique. Il se livrait de temps à autre à d’étranges combines, ou prêtait main-forte pour des actions d’intimidation. Finalement les deux avaient décidé de mettre fin à leurs jours en préparant leur mort : ils avaient retourné le tuyau du gaz d’échappement de leur véhicule à l’intérieur de l’habitacle de leur voiture de manière à mourir asphyxiés. Par précaution, ils avaient auparavant avalé des somnifères, afin de ne pas souffrir de l’air vicié qu’ils inhaleraient. Enfin, mais ce n’était qu’un réflexe, ils avaient attaché leurs ceintures de sécurité dans cette voiture qu’ils ne feraient jamais démarrer. Ce n’était qu’un réflexe.

Si une enquête est ouverte pour meurtre, alors des investigations doivent être lancées, même si celles-ci ne débouchent pas durant des décennies. En revanche, dès que le parquet conclut à un suicide ou un accident, l’affaire est bouclée. Tout commencement d’enquête est arrêté et annulé. Pour cela, il est fait appel à un médecin, traditionnellement inscrit en tant qu’expert auprès du tribunal de grande instance, et qui agit alors dans un cadre légal. De là tire-t-il son nom de « médecin légiste ».

Je n’aime pas de telles conclusions que je trouve extrêmement légères et discutables. Je me remémore un sketch de trois humoristes, Les Inconnus, qui caricaturaient les absences d’enquête dans notre région. Tantôt un entrepreneur, un gérant de discothèque ou un chirurgien étaient retrouvés morts dans des circonstances troublantes : une tronçonneuse s’était déclenchée toute seule et avait découpé l’homme qui s’était retrouvé les pieds scellés dans un bloc de béton et jeté au large des calanques marseillaises. La police concluait à un accident, mais n’excluait pas la thèse du suicide. Je visionne à nouveau cette vidéo qui me fait toujours rire et je la poste sur les réseaux sociaux avec un mot relatif à l’affaire de cette femme qui est déclarée suicidée par la police istréenne. Il me semble que nos autorités locales préfèrent prendre le risque de laisser un assassin en liberté plutôt que de traumatiser les habitants. Ce choix m’apparaît assez discutable.

Le 17 août 2014

Nettoyer la police

Voilà plus de deux ans que j’ai ouvert ce blogue pour signaler les dangers de mort encourus. Le danger s’est déplacé : le danger ne provient plus de ma femme, mais maintenant de la police et du parquet qui, depuis ce temps, j’ai assez « embêté » la policière qui voulait me faire taire au sujet de ma plainte de 2008. Cet état de choses a, du côté de la police, beaucoup dérapé depuis. Je ne peux pas donner ici trop de détails.

Lors de ma recherche sur les voies de fait (les petits délits commis par certains policiers contre des plaignants) je suis tombé sur un article du Figaro : « Le Honduras tente de nettoyer sa police ». Certes en France nous n’en sommes pas là (40 % de policiers corrompus), mais la simple notion d’existence d’écarts est intolérable. Que fait notre Premier ministre, qui est de surcroît passé par le ministère de l’Intérieur ? Question…

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Je partage donc ici les quelques vers sans rimes et sans règles qu'il a dépeint de son ancre noire.

♣ Aussi publié sur mon compte Wattpad dans mon recueil "Les maux des mots" ♣
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