Istres et élections municipales

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Je suis en pleine procédure de divorce, plus une affaire criminelle dont je dois me débarrasser. En parallèle, je pratique depuis peu l’hypnose. Il me faut légèrement me détacher de tous ces domaines, en tout cas ne pas me focaliser trop dessus. Je repars sur mes fondements : dans les années 2000, j’allais à l’étranger pour aider les gens. Rentrant en France pour raisons familiales, je n’allais pas renoncer à ma volonté de partager l’assistance aux gens.

Je suis bénévole auprès d’une association de défense de consommateurs. L’accueil et le conseil des personnes m’apparaissent assez aisés, et j’y participe chaque semaine. Mais ce n’est pas ma seule implication.

Mon autre ambition est de participer à la chute de Ricardo. : la majorité des habitants juge défavorablement son action, mais il est capable de certains retournements pour conserver son siège.

Je ne veux pas entrer dans un quelconque jeu politique, puisque je ne discute pas de l’étiquette du maire. L’image que nous donnons de notre circonscription ainsi que sa gestion m’intéressent, sans me préoccuper d’un prétendu positionnement sur l’échiquier politique.

J’avais appris à l’occasion d’une lecture de l’ouvrage de Tocqueville qu’au XIXe siècle, aux États-Unis d’Amérique, les démocrates américains étaient situés à droite de l’échiquier, et les libéraux à gauche. Puis ces positionnements se sont inversés. Preuve en est donc de ne pas se fier aux paroles des hommes politiques, mais simplement de se questionner hors de tout clivage. Pourtant, c’est un autre événement qui me pousse un peu plus dans la campagne des municipales.

Ce matin, comme tous les jours, je remonte ma rue. Au fil des ans, les commerces ouvrent, ferment, tournent, se succèdent. Un jour, une nouvelle vitrine apparaît, tandis qu’une autre vient de fermer.

Mais aujourd’hui, à quelques pas de chez moi à peine, une nouvelle devanture me choque : il ne s’agit plus d’un magasin, mais de la permanence politique de la Ligue nationale.

Je m’oppose à la Ligue nationale, « LN » comme nous avons coutume de dire, d’abord parce qu’elle véhicule des idées de haine, de racisme, d’antisémitisme. Mais je la défie également de se présenter comme l’unique opposant crédible à Ricardo. D’ailleurs, faire monter la Ligue à Istres est son idée, lui qui rêve d’un second tour « à la Jacques Chirac » en 2002, lui le maire honni pour ses scandales, se faire plébisciter par les Istréens.

Je suis aussi le citoyen militant. Le soir même, j’imprime six ou douze coupons d’une page que je crée, sur laquelle je fixe mon hostilité, et je les dépose sur les pare-brise de quelques voitures garées, au hasard, devant la devanture de ce parti : « Ni Ricardo, ni LN à Istres ». Le lendemain, c’est le slogan « Istres ne sera pas un Vitrolles bis » que j’affiche, faisant allusion à la gestion éphémère du même parti dans une ville proche de Marseille, quinze ans plus tôt. Je réitère chaque soir, à la tombée de la nuit. Mon action de simple citoyen est peut-être limitée, mais elle est existante.

Je n’aime pas la politique, j’ai l’impression de quelque chose qui m’échappe, peut-être un fond légèrement malsain chez ceux qui prétendent, au nom des autres, les gérer. Je suis également gêné par les directives données par les partis. Cependant la situation d’Istres ne saurait laisser ses habitants indifférents. Alors je m’engage dans l’action l’espace de ces municipales.

Quelques élus prennent une distance avec ce système en s’affichant sans étiquette, mais ils sont minoritaires. Je préfère le consensus raisonnable, la discussion entre personnes d’opinions, à l’origine, divergentes, mais qui, en bout de compte, finissent par se rejoindre sur l’intérêt collectif.

L’idée d’une opposition unie continue de me séduire, même si le premier essai, effectué quelques mois plus tôt, semblait avoir porté un coup fatal à l’association. Nous râlions contre notre maire et ses extravagances, nous ne pouvions pas demeurer sans agir. Ou alors nous devions cesser nos plaintes.

Ainsi, après deux ou trois mois nous nous sommes retrouvés, toujours les mêmes, et au complet, persuadés de l’utilité de l’union au-delà de nos discordances. J’insiste : je n’aime pas la politique. Si j’entends m’impliquer, c’est uniquement en tant que simple citoyen. L’association politique est remise sur les rails. Je demande et obtiens d’être intégré aux membres fondateurs. La structure ne mentionne plus la fonction de président, ce qui m’apparaît une bonne chose : nous allons travailler pour une organisation, et non pas pour un chef.

Je crée sur la Toile un espace d’échanges de discussions et d’idées, sous la forme d’un wiki : chacun peut apporter sa pierre à l’édifice, sans attendre une validation de supérieurs. J’affectionne cette méthode de travail : que ceux qui veulent avancer le puissent, sans être freinés.

Ricardo va inaugurer sa nouvelle mairie, la troisième qu’aura connue Istres. Elle domine l’étang. Elle a été construite à grands frais, nécessitant de raser un gymnase et une partie de la colline avec des richesses archéologiques dans le sol.

Les Istréens sont partagés : certains sont un peu fiers du nouvel édifice, puisque présenté comme construit gratuitement, par un tour de passe-passe comptable, tandis que d’autres restent critiques.

Je me propose pour réaliser un tract sur le thème de la nouvelle mairie et le distribuer. Je fournis aux membres de l’association une première maquette. Je n’obtiens qu’un seul retour, pour lequel j’intègre les suggestions : le titre doit être offensif : « Nouvel Hôtel de ville, nouveau gouffre financier pour les Istréens ». Dans le corps du tract, j’aborde le thème de l’endormissement collectif des Istréens et j’évoque le syndrome de Stockholm, lorsqu’une victime tombe amoureuse de son tortionnaire.

La veille de l’inauguration de la nouvelle mairie, j’imprime un millier de tracts. Ce soir Nicolas et Océane dorment chez leur mère. Je suis donc libre. Minuit passé, je remplis ma sacoche et je sors garnir les pare-brise des voitures. Je ne rentre qu’à quatre heures du matin. Les parkings devant la mairie sont pleins. Je sais que le lendemain matin, quelques heures avant l’inauguration le maire n’aura pas le temps d’envoyer le personnel municipal retirer la totalité des tracts. Juste l’imaginer pester me plaît.

J’ai réalisé et mis en place cette action quasiment seul, la majorité des autres membres n’avait ni émis d’avis, ni participé au tractage. J’aime cette façon d’œuvrer : lorsqu’un individu a des idées, des propositions, de l’énergie à dépenser, alors il doit agir sans attendre un aval systématique de ses supérieurs politiques.

Vers la fin décembre, à l’occasion d’une nouvelle réunion quelques membres de la structure décident de jeter l’éponge. Certains n’ont pas aimé mon tract, d’autres n’ont pas confiance dans notre mouvement. Je regrette cet abandon très rapide. Les vacances de Noël arrivent, j’en profite pour prendre un peu plus de recul.

Le 16 janvier je suis convoqué à une audience auprès des prud’hommes de Paris. Il s’agit d’une vieille affaire introduite trois ou quatre ans plus tôt, qui traînait. Parmi les points que j’abordais figurait le refus d’appliquer, à certaines professions, une prime de précarité. J’avais envoyé une Question de constitutionnalité pour remettre en cause certaines dispositions légales, et le cas échéant, après un dur parcours, de faire déclarer non constitutionnels des articles de loi.

À mon habitude, je mets à nouveau en forme ma QPC la veille de l’audience. J’achète un billet de train aller-retour vers Paris. Après quatre ou cinq heures de voyage avec diverses correspondances, j’arrive trente minutes avant l’audience.

Après l’appel des affaires, le président du tribunal prend la parole. Il déclare qu’au sein de sa juridiction, c’est la première fois qu’une QPC est soumise. Les avocats sont généralement assez frileux par rapport à la remise en cause des lois sur lesquelles ils se sont toujours appuyés. L’accès aux juridictions d’ordre supérieur, les cours d’appel ou la Cour de cassation, constitue une barrière dans leur esprit.

Assez rapidement le président en vient à l’essentiel : ma Question a été transmise au parquet et le procureur a estimé que mon mémoire était sérieux et pouvait être communiqué à la Cour de cassation dans un premier temps. Je ne m’attendais pas à un tel réquisitoire. Mon affaire est traitée en quinze minutes.

Je sors assez déboussolé du tribunal. Il s’agit pour moi d’une excellente nouvelle, et pourtant je reçois un choc, j’accuse le coup. Je ne peux plus penser à quoi que ce soit, j’ai l’esprit ailleurs. Je devais passer la nuit chez mon père ou mon frère, mais je change d’avis, je vais à la gare où je permute mon billet pour un départ immédiat, je rentre sur Istres.

C’est étrange, à Istres, dans notre petite ville de trente ou quarante mille habitants nous peinons à avancer ensemble, tandis que lorsque je me retrouve seul à l’échelle nationale je deviens capable d’actions beaucoup plus fortes.

Tant pis, je me résous tout de même à accentuer le mouvement politique istréen : je me prends à rêver de voir des individus monter une vraie liste d’opposition : ni Ricardo, ni la LN à Istres, mais de simples citoyens. J’exclus l’idée que des partis politiques traditionnels puissent avoir un impact lors de cette élection, je ne les sens pas du tout à la hauteur pour sortir du « système Ricardo ».

Je souhaite rentrer dans la logique de ce que veulent les Français. Les polémiques politiciennes doivent être éjectées, nul besoin de se focaliser sur l’emplacement d’un rond-point ou de l’augmentation ou non de la taxe d’habitation. Je ressors mon idée de 2008-2011 : le plein-emploi des Istréens.

Aucun parti politique ne veut en parler, moi si…

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