Une page se tourne

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Depuis septembre je visionne des séances d’hypnose thérapeutique. J’ai souscrit un abonnement sur la Toile qui me donne accès à près d’une centaine de sessions collectives. Je n’ai pas l’intention de pratiquer ce genre d’hypnose, je suis juste intéressé par ces techniques. La différence la plus notable réside dans l’induction qui est beaucoup moins directe. Elle se situe essentiellement dans la parole, dans le fait d’amener progressivement les personnes à pénétrer dans l’état hypnotique, simplement en se laissant guider par des paroles, des images, des sensations. Est-ce là de l’« hypnose conversationnelle » ? Je n’en sais rien pour l’instant, je me laisse guider par ces flots de paroles.

Ces cabinets publics ont lieu à peu près deux fois par mois. En théorie quinze jours d’écart laissent du temps pour assimiler les notions abordées. Mais parce que j’ai un accès aux archives, je peux rapprocher ces visionnages, et j’en abuse. Ainsi en une soirée je regarde une ou deux séances, et je poursuis le lendemain. J’enchaîne à un rythme élevé ces sessions. Je ne m’en rends pas bien compte tout de suite, mais leur projection va droit à mon subconscient. Un des principes de l’hypnotiseur consiste à s’adresser à notre partie inconsciente : en l’espace de quelques semaines, je subis de plein fouet toutes ces suggestions.

Les séances d’hypnose thérapeutique abordent des sujets aussi divers que les phobies, la crainte de parler en public, ou encore certaines dépendances. Les thèmes peuvent sembler s’étendre sur une large palette, leur point commun réside dans la manière de les traiter, unique : notre mental est capable de gérer ces différentes situations. Encore faut-il lui faire confiance et vouloir faire appel à lui de manière détachée, sans chercher à comprendre nos mécanismes internes.

Je découvre la puissance de mon cerveau inconscient, beaucoup plus loin que ce que je connaissais déjà. Ces nouvelles découvertes me servent personnellement. Aux autres gens, je me contenterai de montrer des phénomènes amusants, ceux de l’hypnose de spectacle.

La date du samedi 19 octobre approche : je dois me produire au pub de l’Europe, à Istres, pour une soirée dédiée à l’hypnose. Le jour vient. Ce que j’appelle un spectacle n’en est pas un : à ma manière, je me déplace de table en table et m’adresse chaque fois à des groupes restreints de deux, trois cinq personnes. Certains sont curieux, d’autres, assez souvent les mêmes, veulent essayer. Je commence par les prolégomènes, ces longues explications détaillées, sur ce qui va se produire. Puis j’enchaîne les tests, les catalepsies, les amnésies… Durant trois bonnes heures, mon cerveau est en ébullition. La démonstration se termine peu après minuit à la fermeture du bar. Les gens sont contents.

Le lendemain je tombe malade. Durant trois jours je reste cloué au lit. Certes le temps, avec l’automne, s’était adouci, mais j’attribue mon état à une sorte de chute après l’effort cérébral que j’ai dû prodiguer. La balance, avec dans un plateau la démonstration d’hypnose, et dans l’autre son contrecoup fiévreux, penche quand même sur la volonté de réitérer. Nous fixons avec le patron du bar une nouvelle date, au 23 novembre.

Ces deux expériences sont bénéfiques.

À Istres approchent les élections municipales. Si l’on doit tenter de se débarrasser de Ricardo, c’est maintenant qu’il faut agir, et non dans six ans. J’envisage, certes de loin, m’engager dans la campagne. Je mets en pause mes démonstrations d’hypnose.

Les questions d’endormissement restent tout de même abordées en famille, entre adultes ou avec les enfants. La personne qui demeure la plus réceptive à cette sorte de pouvoir reste Rachel.

J’ai beau lui expliquer que ces phénomènes sont naturels, elle persiste à me coller l’étiquette de « sorcier », sans aucune autre connotation que la capacité d’exercer une prétendue emprise. Elle est contente de l’expérience passée que je lui ai permise de vivre, et raconte à son entourage mes nouveaux pouvoirs. J’insiste sur le fait qu’il ne s’agit que de jeux de paroles, mais cela ne change pas grand-chose à la perception qu’elle en a.

Je pratique l’hypnose pour faire découvrir aux gens des capacités inimaginables dans leur cerveau inconscient. En quelques minutes des décennies de travail conscient du cerveau sont rapidement remises en question.

Ainsi l’expérience que j’avais fait vivre à Rachel à la fin de l’été l’a profondément marquée. Un effet immédiat s’est produit dans les jours qui ont suivi ma démonstration. Mais l’essentiel est beaucoup plus subtil, et exerce une action puissante sur le mental, en profondeur, et sur des durées plus longues.

Trois ou quatre mois sont passés, et son comportement a littéralement changé. Auparavant, Rachel était sûre d’elle, elle pensait pouvoir manipuler différentes personnes. Et là, depuis ces derniers mois, je l’ai allègrement dépassée. Elle me perçoit maintenant comme un manipulateur plus fort qu’elle. Bien sûr, je maintiens que la manipulation n’existe pas, en tout cas, pas en matière d’hypnose. Rachel maintient un avis différent.

Sans le vouloir, en tout cas pas consciemment, je suis parvenu à renverser l’équilibre des forces dont elle faisait usage jusqu’à présent. Dorénavant, je pense enfin pouvoir vivre tranquillement, sans risque pour moi ou pour les enfants. Une page se tourne.

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