Un lien

11 minutes de lecture

Rachel m’a toujours effrayé lorsqu’elle affirmait qu’elle se vengerait sur les enfants, simplement parce qu’elle était en contact avec des policiers. Ces prétendues relations de Rachel prenaient de l’ampleur lorsque les informations que je transmettais au parquet restaient inexploitées.

Je prends maintenant conscience d’une autre réalité, parallèle. La plainte avait été classée, pour diverses raisons, par le ministère public dès 2008.

Rachel n’a jamais pu avoir d’impact sur cette décision. C’était au contraire une période durant laquelle elle pouvait être amenée à rembourser les sommes escroquées. Ses grandes filles étaient à l’époque encore au Congo, et si à ce moment-là nous avions compris qu’elle était derrière cette manipulation, nous aurions été, avec ma famille, en position de demander la restitution de l’intégralité du versement. Nous aurions clos cette affaire à l’amiable, sans que les tout-petits puissent être l’objet d’un quelconque chantage. Rachel aurait payé, nous aurions divorcé, et les choses en seraient restées là.

Aujourd’hui, à l’été 2013, ma femme ne m’apparaît plus qu’un acteur secondaire. Certes, Rachel a usé de ma naïveté, elle s’en servait et en profitait. Mais maintenant ? Voilà quelques mois que nous vivons séparés. Durant les vacances, nous faisions preuve de souplesse quant à la garde des enfants. Nous habitons dans la même ville, ils peuvent se rendre assez rapidement chez l’un ou chez l’autre.

L’été, plus près de chez moi, il y avait la plage, où je les amenais presque tous les jours. J’avais mon ordinateur portable, je travaillais à l’ombre, les surveillant du coin de l’œil durant leurs jeux sur le sable ou dans l’eau. Leur mère savait qu’ils aimaient faire ainsi et les laissait. De même, si Rachel ou moi-même voulions sortir, le soir par exemple, l’autre pouvait se charger de la garde des enfants. Nous bénéficions tous, les enfants compris, d’une bonne entente entre nous.

Aujourd’hui, les seuls obstacles auxquels je suis confronté sont ceux induits par le parquet d’Aix-en-Provence et la police, lorsque celle-ci me menace d’une peine de prison ferme.

Certes, je continue inlassablement à insister auprès de Rachel pour le remboursement des sommes escroquées, mais ma demande n’a pas d’impact. Quelquefois je m’interroge : des policiers l’auraient elle assurée d’une protection en amont ? C’est une question qui me vient à l’esprit sans que je puisse conclure.

Lorsque je ramenais les enfants chez elle, j’attendais poliment sur le palier. C’est elle-même qui me faisait entrer :

— Tu ne vas pas rester là dehors, entre ! me disait-elle.

Elle était également contente de me montrer son nouveau chez-elle. C’était son indépendance. Bien qu’il n’y ait rien de fondamentalement extraordinaire, ceci représentait à ses yeux une certaine réussite : elle avait son logement, bien à elle. Elle était contente de me le dévoiler, me faisait visiter les différentes pièces et exhibait les différents meubles qu’elle venait d’acquérir. Elle avait certainement derrière la tête des idées de revanche, mais peu importait :

— Tu m’as chassé de chez toi, mais vois comme maintenant je suis bien, pouvait-elle penser.

Nos relations se sont subrepticement améliorées sur d’autres points encore. L’image fréquente que nous percevons de couples divorcés est celle d’une séparation relativement dure : chacun demeure chez lui, et n’empiète aucunement dans la nouvelle vie de l’ancien conjoint. J’étais très ferme avec Rachel, notamment lorsque j’avais permuté il y a quelques mois les serrures de la maison. Puis Rachel avait compris. Je lui faisais parvenir, au fur et à mesure qu’elle me les demandait, les différentes affaires laissées chez moi et dont elle avait besoin. Progressivement, les craintes se sont estompées. Je la laissais venir à la maison fouiller dans les différentes penderies ou tiroirs. Essentiellement à cause du manque de place chez elle, elle préférait laisser plusieurs vêtements chez moi.

Pour des raisons pratiques, nous vivions mieux ainsi. La séparation devenait presque indolore, je l’espère, pour les enfants. L’été s’était bien déroulé, il ne pouvait qu’en être de même pour la rentrée des classes. La même logique prévaut durant la scolarité : la semaine je m’occupe des enfants, tandis que les week-ends, ils décident de l’endroit où ils veulent dormir.

Je me rappelle les cours de PNL que j’avais reçus en école de commerce. Le but de l’enseignement était de nous apprendre à percevoir positivement notre environnement.

Ces souvenirs ne me paraissent maintenant qu’une illustration de la situation dans laquelle je me trouve : le ciel me tombe dessus, je suis en pleine procédure de divorce, mon travail informatique tourne au plus bas, et pourtant je me sens bien, ou en tout cas, mieux.

Le « recadrage » est un des enseignements indirects de la programmation neurolinguistique. Je l’applique lors de ma relation avec Rachel. Le côté sombre du divorce et des fortes disputes peut être perçu comme une opportunité, tout dépend de la manière de l’appréhender.

La PNL pose une dizaine de présuppositions. Quatre d’entre elles sont : « la carte n’est pas le territoire », « nous possédons en nous toutes les ressources nécessaires pour réussir », « si un objectif n’est pas atteignable, il convient de le changer » et « nous effectuons toujours le meilleur choix possible ».

La première formule apparaît absconse. Il s’agit d’une métaphore qui met en évidence que le monde réel n’est pas forcément celui que nous croyons voir. Nous pensons le cerner au travers de l’image que nous avons de lui (« la carte »), mais il peut différer de la réalité (« le territoire » ou « le pays » suivant les traductions).

La seconde sentence n’est qu’un renforcement de mes découvertes récentes au travers de l’hypnose : nous sommes capables de très grandes choses, sauf que nous sommes bloqués par certaines de nos croyances limitatives. L’être humain est construit à peu près de la même manière sur toute la surface de la Terre. Si certaines personnes réussissent des actions, celles-ci sont alors accessibles à l’espèce humaine, l’essentiel étant d’y travailler, de se donner les moyens de la réussite.

Nous pouvons cependant constater qu’un objectif est inatteignable. La PNL, en posant qu’« il n’y a pas d’échec, mais de l’expérience », relativise l’état dans lequel nous nous trouvons. Nous devons tirer profit de la situation, d’abord par le regard que nous portons. L’enseignement est que nous devons recadrer notre objectif, pour cette fois l’atteindre.

Et enfin un précepte très puissant qui doit être un moteur pour nous faire progresser : « le choix que nous faisons, à tout instant, est toujours le meilleur ». Quand nous étions étudiants, nous éprouvions quelques difficultés à comprendre ce postulat, et nous tentions de prendre le professeur en défaut :

— Mais, monsieur, disais-je, ça ne marche pas dans le cadre du loto par exemple. Aujourd’hui, je valide les numéros 2, 8, 13, etc., et ce sont finalement d’autres chiffres qui sortent. Ça veut dire que je n’ai pas fait le bon choix !

— Eh si ! Quand vous avez validé votre grille de loto, c’est parce que vous pensiez que vous aviez une chance de gagner, n’est-ce pas ? Sinon, vous n’auriez pas dépensé votre argent… Premier point. Ensuite, si vous avez choisi les numéros que vous venez de citer, c’est parce que vous aviez le pressentiment, qui se révélera faux par la suite, mais sur le moment, vous l’aviez, cette intuition, que ces numéros vous portaient chance. Au moment où vous cochiez vos cases, vous pensiez que les numéros choisis étaient les meilleurs.

Le professeur marque un point. Il enchaîne :

— Le soir, lorsque les boules sont tirées, il vous convient d’appliquer un autre précepte : « il n’y a pas d’échec, mais du feed-back ». Plusieurs leçons peuvent être tirées : c’est très dur de gagner avec tous les numéros ; on perd souvent notre argent au loto ; personne ne peut lire l’avenir, etc.

Une fois levés les doutes relatifs à l’assertion sur les meilleurs choix possibles, nous devons en voir le bien-fondé : si, au fond de nous-mêmes, nous pensons que nous ne prenons pas de bonne décision, alors nous n’agissons pas. Si au contraire nous avançons, c’est parce que nous croyons, c’est parce que nous avons cette intime conviction de bien faire. Peut-être, le futur nous le dira, nous sommes-nous trompés ? Et nous en retirerons de l’expérience. Mais sur le moment nous agissons pour le mieux.

La PNL pousse à l’action, à l’avancement. Elle nous fournit aussi les moyens d’accepter nos erreurs, puis de tenter à nouveau, jusqu’au succès attendu. Cette programmation de notre esprit est un levier formidable.

J’ai rencontré plusieurs échecs jusqu’à présent, qui ne font que me montrer que je ne suis pas encore parvenu à mes buts : émerger, vivre bien, sainement, et, à l’occasion, obtenir réparation dans l’affaire de la rançon. J’étais déjà un peu convaincu qu’il ne fallait pas que je m’arrête en route. Je dois continuer à me battre. Ce combat doit être intelligent ; il ne me faut pas taper à tort ou à raison. Je dois constater les acquis bénéfiques, et les laisser inchangés, tandis que je porte ma concentration sur tous les ressentis néfastes.

La séparation avec Rachel se déroule bien, et nous convenons de ne pas nous faire la guerre sur ce point. Je lui rappelle régulièrement que ce n’est pas une raison pour que j’abandonne l’affaire de la fausse rançon, et je persiste à en demander remboursement. J’opère donc une distinction très claire entre, d’un côté, ce qui est bien, et d’un autre, ce que je ressens comme mauvais.

Par rapport à l’État, l’approche diffère. L’administration est une notion abstraite, sur laquelle il est impossible de coller une étiquette d’un quelconque « mal ». Son fondement est uniquement « bien », il n’y a rien à lui opposer. Lorsque la situation se déroule mal, ce sont des erreurs qu’il convient de contrer.

Je dois donc poursuivre contre l’État. Environ un mois après mes derniers recours, j’ai adressé une lettre circonstanciée à la garde des Sceaux : ses services partagent une responsabilité importante quant au naufrage de l’affaire. La ministre est un personnage public pour lequel j’ai assez d’estime, alors autant lui écrire, dans une bonne intention, celle de la correction d’erreurs. Certes, ma lettre ne lui parviendra jamais directement. Ses services la traiteront, une parmi des milliers d’autres.

Je me souviens, à l’époque du drame du Darfour, de ce personnage politique qu’est Georgette Lachapelle. Elle ne partageait pas encore, à l’époque, de fonction au sein de l’exécutif. Autour de la table était débattu un sujet de société, peu importe lequel. Sans raison apparente, Mme Lachapelle avait posé devant elle un petit écriteau sur lequel était mentionné « Darfour ». Ce simple geste rappelait ce qui se déroulait au-delà de nos frontières. Le sujet du jour était certes important pour notre société, mais il ne devait pas occulter des massacres en cours. Ce seul souvenir me reste de cette femme, mais à partir de ce moment, je l’ai appréciée.

À cause des vacances estivales, la réponse m’est parvenue un mois plus tard, en août, signée par un chef de cabinet. Au-delà des formules de politesse, il m’est rappelé que je peux saisir le procureur général afin que ce dernier se penche sur le cas déjà refusé par le procureur. Je connaissais ce recours, mais il m’était sorti de l’esprit. Bien sûr, je vais m’exécuter dans les jours qui viennent.

Je n’écris pas tout de suite. Je sais que pour les choses importantes il faut savoir prendre son temps. Deux ou trois jours, voire une semaine, n’ont aucune incidence sur un travail de fond. Autre chose en moi-même me gêne. J’ai quelque idée là-dessus.

Lorsque je me suis plongé dans l’hypnose, je n’ai fait qu’ouvrir de nouvelles possibilités. Je n’ai fermé aucune ancienne porte, bien au contraire, elles sont toujours plus grandes ouvertes. C’est là aussi un des préceptes de la PNL : pour réaliser le meilleur choix, il convient d’élargir le nombre de possibilités qui s’offrent à nous. J’ai donc poursuivi dans la voie d’une meilleure compréhension de l’inconscient, par l’autohypnose.

Un phénomène d’hypnose traite d’ailleurs de la relation avec l’inconscient, le « signaling ». Lorsqu’une personne se montre peu réceptive aux suggestions directes, nous pouvons lancer directement un appel à son inconscient :

— Inconscient de monsieur ou madame, je souhaite entrer en communication avec toi. Si tu m’entends, et si tu es d’accord, tu peux m’envoyer un signal. Ceci peut être par exemple un soubresaut dans un des doigts.

Puis nous demeurons attentifs à tout mouvement correspondant. Lorsque le signe se produit, nous pouvons creuser :

— Bien, ce geste peut correspondre à un « oui ». Inconscient de monsieur ou madame, es-tu d’accord pour poursuivre ?

Ce prétendu dialogue avec l’inconscient est assez déroutant pour les non-initiés. En tout cas il est utile à plusieurs niveaux. Il renforce la nécessité d’une meilleure prise de conscience, si tel peut être le mot, de notre inconscient.

La personnalisation de l’inconscient n’est qu’une manière d’approcher un dialogue interne. Elle n’est pas systématiquement utilisée par tous les hypnotiseurs. Elle peut être utile au début d’un travail personnel, puis s’estomper petit à petit, au fur et à mesure que le conscient intègre qu’il n’est pas seul à régir notre personne et qu’il existe d’autres constituants en nous avec lesquels il doit s’associer.

Lorsque je débutais dans l’autohypnose, je suivais assez scrupuleusement les enseignements de divers manuels. Puis j’ai commencé à prendre mes propres marques. Je décidais d’atteindre cet état en fin de soirée. Je ne suis pas un fumeur, à proprement parler. Pourtant maintenant, je peux apprécier une cigarette, unique, à ce même instant, comme un petit plaisir. Je n’éprouve pas de dépendance. En fait, ce n’est pas tant l’objet, la cigarette, que le moment de détente que je recherche.

D’autres diront qu’il n’y a nul besoin d’entrer dans un état hypnotique, ou inversement qu’une cigarette ne nous fait pas pénétrer dans un tel état. Toutes ces affirmations sont possibles, je ne cherche pas à distinguer le vrai du faux, je me contente de cette sensation agréable.

Ces instants de repos, de calme, de relaxation sont toujours bénéfiques. C’est lorsque nous nous sentons mieux, un peu plus posés, plus calmes, que nous ressentons des capacités accrues. Nous devenons peut-être un peu plus intuitifs, un peu plus créatifs. Un changement très subtil s’opère en nous.

Je mets à profit cette relaxation personnelle, de l’esprit. Certains accordent un peu plus d’importance à entretenir une bonne forme mentale. Je fais de même, mais avec les activités cérébrales. J’entraîne un peu ma mémoire, bien que maintenant connaissant des astuces mnémotechniques poussées, je m’y attarde moins.

J’avais vu une sortie possible à la crise lorsque le ministère de la Justice m’avait conseillé de saisir le procureur général. Mais j’ai eu raison de ne pas me précipiter. Au fond de moi, j’avais le sentiment que quelque chose clochait. Depuis un mois, je n’ai rien fait. J’attends d’appréhender avec plus de précision la difficulté que je sens poindre. En attendant, je m’engage sur d’autres sujets.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Rayeuse
Ecris Simone est un collectif d'autrices féministes qui lance des défis sur instagram
https://www.instagram.com/ecrissimone/?hl=fr

Je me lance donc dans cette aventure et essayer de répondre au mieux au thème et contraintes imposées. Je rajouterai d'autres textes libres sans aucun rapport avec les défis. Donc oui, ceci est un recueil de nouvelles/textes courts sur une cause qui me tient à coeur !
2
3
0
5
Défi
Sagittaire
Réponse au défi 'Un cauchemar' de Jed D .
1
4
0
3
Défi
beatrice

A toi, mon père, qui m'a quittée à l'aube de tes soixant-dix printemps
A toi, mon fils, qui m'a souri à l'aube de mes vingt- cinq printemps
Aux quatre vents, sur tes montagnes d'auvergne, tu voyages, mon père
Au pays de soleil- levant, tu as décidé de faire ta vie, mon fils
Comme la lumière du soleil illumine la terre, vous avez réussi à éblouir mon triste coeur
Merci.



6
15
22
1

Vous aimez lire lionel ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0