L’écriture d’affaires multiples

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Mon avocate a clairement refusé de s’engager dans des enquêtes pénales complexes : le divorce, oui, mais pas au-delà. Je demande alors, par l’aide juridictionnelle la désignation d’un avocat d’office.

Je détaille mes affaires, et indique mon souhait d’avoir un avocat unique. Je regrette d’être dans la quasi-obligation de recourir à un avocat pour apparaître plus sérieux devant les juges.

Certes, j’annonce avoir un dossier compliqué, mais est-ce réellement le cas, ou ne s’agit-il pas simplement de l’œil d’intervenants qui ne souhaitent pas y entrer ? À y regarder sous un autre angle, mon affaire est simple : j’ai été victime en 2008 d’une extorsion de fonds au prétexte d’une enfant kidnappée. Trois ou quatre ans plus tard, je veux divorcer, et je m’aperçois que la machination avait été montée par mon épouse, ce qui renforce ma volonté de mettre un terme à notre mariage. Elle tient à éviter cette situation et envisage de me faire disparaître, pour différents prétextes. Cette présentation est claire : d’abord une affaire pénale à traiter, avant même celle du divorce. Le fait d’enclencher l’histoire pénale fera disparaître les risques à mon encontre. Quant au divorce, il découlera de la logique, ensuite.

On me répond qu’il s’agit d’une mauvaise approche du problème. Je crois plutôt que les avocats que j’interroge ne veulent traiter que ce qui est facile et lucratif, le divorce, et m’abandonnent avec mes autres difficultés. L’affaire du faux rapt semble remettre en question leur manière de fonctionner bien rodée.

Sans issue visible, je dois me résigner. Je retourne vers mes propres réflexions, peut-être d’autres choix naîtront-ils ? Je consulte de temps en temps les applications liées à l’autohypnose et à l’amélioration de ses propres capacités. Après l’obtention d’une formidable mémoire, je découvre la lecture rapide, sous hypnose.

Une autre activité attire mon attention : écrire un livre en un mois. Certains évoquent l’écriture automatique, mais pas seulement. Il s’agit avant tout de bien se concentrer, tout en laissant divaguer son imagination. La notion de « livre » est quantifiée : au moins cinquante mille mots en trente jours.

Je n’ai jamais été bon en écriture. À l’école, en cours de français, j’obtenais des résultats à peine moyens. Ensuite, je sais qu’avec le développement de l’informatique et des traitements de texte abordables, de plus en plus d’écrivains se lancent. Je n’arriverai jamais à me sortir de cette masse de nouveaux ouvrages.

Je vois cependant dans l’écriture l’occasion de détailler ce que j’ai subi, et la possibilité de laisser à mes enfants une explication pour le futur, lorsqu’ils seront en âge de comprendre. Car je ne me fais pas d’illusion, si Rachel est inculpée, des horreurs jailliront, pas toutes utiles ni même vraies. Toute l’histoire sera partielle, biaisée, faussée.

Alors l’idée nouvelle me taraude, et je décide de m’y lancer. Je chronomètre le temps passé pour un certain nombre de mots écrits. Je vise trente mille mots, soit un fascicule, même pas un livre. En une heure je couche entre quatre et six cents mots. Il me faut travailler quotidiennement, week-ends compris, cinq heures continues. J’accorde le reste du temps à la relecture, à la recherche d’idées.

Parmi les conseils pour écrire un livre je vois qu’il faut aussi beaucoup lire. Je n’en trouve pas le temps, car je poursuis également ma programmation de sites informatiques. Alors je redoublerai d’efforts.

Dans cette écriture, ne trouverai-je pas l’occasion de synthétiser mes problèmes et de présenter aux avocats de meilleurs résumés ? Pourquoi pas ?

Quinze jours passent, je n’avance pas autant que prévu. Peut-être trois mois pleins me seront nécessaires pour atteindre ce que d’autres sortent en quatre semaines ; je ne sais pas. J’ai trouvé le style du livre, ce ne sera pas de simples évocations de faits ou de sentiments, que j’entends dépasser : ce sera un thriller. J’emprunte tout de même de tels ouvrages à la bibliothèque pour m’imprégner de ce style que je ne maîtrise pas du tout.

Pour ce genre de roman, il faut un ou plusieurs morts. Au moment de mon écriture, ce point m’apparaît difficilement franchissable : Rachel a prévu de me tuer, mais elle n’a rien concrétisé, heureusement d’ailleurs. Le simple roman d’aventures est dépassé, mais est-ce suffisant ? Non. Dépassé par l’horreur que j’endure, peut-être, mais pas pour un lecteur anonyme. Je suis peut-être maintenant de mauvaise foi quant au terme « thriller » mais je dois écrire. Je veux me laisser aller, laisser aller mes sentiments, mes sensations.

C’est bizarre, mais c’est comme ça : des indices, à nous qui baignons dans l’affaire, apparaissent évidents. Ils sautent aux yeux. Je suis en train de risquer ma vie, depuis quelques mois ou année, mais c’est ainsi : je détiens à moi seul la solution. Je suis seul contre tous. Je sais que si je venais à être tué, ma mort, parce qu’elle serait irrémédiable, ne serait jamais punie. Je ne parle pas de vengeance, mais d’une simple punition, pour éviter qu’elle ne soit reproduite.

Ce ne sera jamais le cas. Je connais l’esprit humain. On dit que certaines personnes sont faibles. Mais cette faiblesse est en réalité un concours d’opinions implicites. Même au sein de ma propre famille. Si je devais mourir, la majorité de ma famille serait d’accord pour que l’affaire soit enterrée. L’affaire enterrée ? Moi avec, surtout… Là, ils prendront l’affaire — trop tard — en charge.

Le thriller, c’est quand des morts surgissent dans un roman alors que l’on ne s’y attend pas.

Dans mon histoire, la mort est permise par le silence. Silence, on va tuer. On n’a pas encore tué. L’assassin sait que s’il parvient à mon anéantissement personne ne lui en tiendra rigueur. Surtout, suivant qui est le criminel, on ne voudra rien déterrer… Au prétexte que rien ne pourra me faire ressusciter.

Ainsi, une mort impunie en entraînera d’autres, par simple lâcheté ou manque de réflexion des personnes ayant connaissance des meurtres.

Je me souviens de Rachel qui me racontait que son père avait été tué, empoisonné : personne n’a voulu ou n’a pu soulever les causes réelles de sa mort. Il ne demeure qu’un souvenir que nul ne saurait remettre en question. C’est le grand-père de mes enfants.

Un mort déjà. Et moi, suis-je en attente ? Pourtant je rigole. Je ris jaune en réalité. Je veux bien suivre, mais je dois survivre, me battre contre ce qui est « écrit ».

Un mois plus tard, je ralentis l’écriture. J’ai dû atteindre vingt mille mots, bien loin du compte, tandis que je rentre à peine dans le vif du sujet. Je conserve le travail dans mon ordinateur, sans plus y toucher : je ne dois pas m’éloigner de la réalité, mais progresser dans mes affaires bien réelles.

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